Les Ultras, fossoyeurs du football professionnel

Ultras foot
Souvent impressionnantes, les actions des Ultras peuvent prendre des allures de violences qui discréditent le football et effraient un public en quête de divertissement. (Crédit photo : wikipédia.org)

La question de la violence dans les enceintes sportives à nouveau relancée par les incidents survenus à Amiens, se pose un impératif de gestion des groupes ultras. Sous peine de voir les stades désertés et le football professionnel discrédité.

D’aucuns pensaient la question sinon définitivement réglée, du moins largement dominée. Mais l’incident survenue le 30 septembre dernier lors du match de football de Ligue 1 opposant Amiens à Lille au stade la la Licorne dans la capitale Picarde a relancé la question de la sécurité dans les stades au regard de la présence de groupes Ultras. Naturellement, l’enquête diligentée par le Parquet d’Amiens déterminera les responsabilités de chacun mais demeure la question prégnante de la gestion de ces groupes de supporteurs. Ces individus, rarement présents dans les enceintes sportives dédiées à la pratique du football pour la beauté du sport ou la candeur innocente du soutien bon enfant que l’on peut apporter à son équipe favorite, atteignent à l’image (déjà très écornée ! ) du football professionnel. Et il s’agit aujourd’hui d’un fait acquis, qui ne relève plus de l’épiphénomène : le football professionnel, voire amateur, génère des comportements violents et totalement asociaux. La question à se poser désormais, passé le constat, est de savoir comment dans un premier temps juguler cette violence, pour ensuite la faire totalement disparaître. Vaste tâche que celle-ci car la violence, majoritairement contenue au plus plus profond de chacun de nous, est pourtant affleurante chez certains et qui n’hésitent pas à l’exprimer lors des rencontres sportives. Et chacun de se renvoyer parmi les dirigeants de clubs la responsabilité des incidents ou des actes en prétextant une mauvaise gestion des groupes, d’insuffisantes mesures de sécurité, d’incomplètes installations à l’intérieur des enceintes afin d’isoler ces supporteurs qui n’en ont que le nom….

Subir et redouter ?

Que faire alors ? La réponse policière et judiciaire peut certes être avancée mais est-il possible de poser un agent des forces de l’ordre derrière chaque individu jugé ou supposé violent ? La multiplication des mesures, y compris les plus restrictives comme l’interdiction de stade finiraient par se heurter aux fondamentaux de la liberté individuelle. Donc question compliquée, juridiquement, matériellement et financièrement. Dès lors, ne reste-t-il plus qu’à subir et redouter le pire ? Si l’interrogation n’est pas en soi insupportable, la réponse pourrait déplaire et être jugée impensable. Pour autant, ne convient-il pas aussi de prendre la question de la violence des groupes ultras de biais et non plus frontalement ? Explications. Qu’es-ce qui génère cette violence ? La bêtise. C’est une réponse mais le terme est trop générique. Plus précisément, l’envie d’en découdre pour satisfaire un ensemble de frustrations propres à chacun des supporteurs appartenant à ces groupes. Il n’est pas ici question de transformer ces individus en victimes d’un société contemporaine dure et cruelle, loin s’en faut. Mais aborder plus encore la sociologie des groupes de supporteurs ultras ne serait pas inutile non plus. L’étude permettrait, peut-être, de dessiner les raisons et les origines de cette violence, condamnable naturellement, amplifiée par l’exposition médiatique du football professionnel. Parallèlement, nombreux arguent de l’omniprésence de l’argent dans le football professionnel pour expliquer cette violence. Cependant, le lien entre violence gratuite et flux financiers, ceux qui traversent le football professionnel aujourd’hui, n’est pas si direct et évident.

Hypocrisie du fair-play

La violence des groupes ultras cible généralement d’autres groupes de supporteurs ou l’équipe adverse et la dimension financière et économique ne semble pas être une des origines de cette violence. En témoigne l’observation d’Antoine Boutonnet, Commissaire chef de la Division de la lutte contre le hooliganisme (DNLH)* : « La définition d’un ultra est la suivante : Les ultras sont des supporters qui aiment se retrouver en groupe pour encourager leur équipe, qui créent des animations, des tifos, chantent… C’est le douzième homme. Ils aiment être autonomes par rapport à leur club et à sa gouvernance. Ils rejettent le fair-play qu’ils considèrent comme une véritable hypocrisie puisqu’ils considèrent le football comme un affrontement entre deux camps. Ils veulent avoir leur esprit critique et pouvoir peser sur un certain nombre de décisions. Ils ne sont pas forcément adeptes de la violence mais sont prêts à en user pour défendre leur groupe envers et contre tout. Ils ont d’ailleurs des relations très ambiguës avec les actes de violence. Ça peut être de la violence verbale mais aussi physique. Ils se chambrent entre eux et cela peut déboucher malheureusement sur des bagarres. » (Lire le dossier complet sur : Le mouvement ultra en France ) Passées toutes les analyses, demeure une réalité. Il est devenu, à des degrés divers, risqué, voire dangereux de se rendre au stade, seul ou accompagné, compte tenu de la présence de groupes de supporteurs, incontrôlables car indépendants des clubs qu’ils soutiennent. Néanmoins, tant pour des questions de survie du football professionnel que pour des questions de sécurité publique, la gestion de ces groupes devra être abordée sans tarder afin de rendre les enceintes sportives sûres pour tous.

In Foot365, décembre 2015.

Jean-Luc Mélenchon, une énigme en politique

Entre lyrisme et culture politique, Jean-Luc Mélenchon se pose aujourd’hui comme le seul opposant à Emmanuel Macron. Mais cette opposition, souvent violente, masque des ambitions difficiles à cerner dans un environnement politique où le clivage gauche-droite semble rejeté.

Que cherche Jean-Luc Mélenchon ? Ou, plus précisément, que veut-il ? Si l’objectif du président du groupe parlementaire de la France insoumise à l’Assemblée Nationale est de s’imposer comme premier opposant à Emmanuel Macron, l’objectif est atteint. Devant des Républicains et un Parti socialiste amorphes et démembrés, l’un et l’autre au bord de l’implosion après avoir été siphonnés par La République en marche, il apparaît que l’ancien ministre délégué à l’Enseignement professionnel de Lionel Jospin est effectivement devenu le seul scrupule dans la chaussure du Président de la République. Reste à savoir désormais si le locataire de l’Elysée redoute l’homme et les dénonciations quasi-quotidiennes de celui-ci à l’endroit du pouvoir. Pour l’heure, rien ne semble indiquer, officiellement, qu’Emmanuel Macron tremble. Les prochaines échéances électorales nationales prévues en 2017 laissent à l’un et à l’autre le temps, pour l’un de fourbir ses armes, pour le second de peaufiner son mandat en se se dotant d’un bilan sensé le reconduire à l’Elysée. Mais tout cela ne répond en rien à la question originelle. Que veux Jean-Luc Mélenchon ? Son objectif ultime est-il de conquérir le pouvoir suprême ou simplement d’agiter la sphère politique en gênant et déstabilisant Emmanuel Macron et la majorité parlementaire qui l’accompagne pour influer sur la politique sociale menée ou à venir.

Jules César et Pompée

A ce jour, Jean-Luc Mélenchon crie, s’insurge, vitupère contre la politique d’Emmanuel Macron engrangeant ainsi, du moins est-ce l’un des objectifs, un nombre inconnu de déçus du Parti socialiste ou de La République en marche et qui voit en Jean-Luc Mélenchon une nouvelle alternative anti-libérale et progressiste (lire l’article sur lemonde.fr : Bataille idéologique entre MM. Macron et Mélenchon ). Or cette tactique, peut effectivement, à terme porter ses fruits ; a fortiori si l’homme stigmatise ses critiques sur la politique pro-patronnale ou libérale du président élu. Mais en l’absence d’échéances nationales proches, il sera impossible à Jean-Luc Mélenchon de mesurer la portée de son discours. Profitant de la déconfiture du Parti socialiste pour grossir les rangs de ses soutiens, Jean-Luc Mélenchon ne propose aujourd’hui en terme politique guère plus que ce que sa campagne présidentielle a laissé entrevoir. Celui qui, de Proudhon à Blanqui, de Jaurès à Blum, présente, dans un syncrétisme original et inédit, tous les contours de ses prédécesseurs progressistes en leur empruntant thématiques et héritages, agite plus qu’il n’agit. Et est-ce suffisant pour mobiliser un électorat qui a massivement voté pour Emmanuel Macron, électorat visiblement usé par le clivage gauche-droite qui prévalait jusqu’alors sans pour autant interdire moults collusions devenues insupportables au dit électorat ? Dès lors Jean-Luc Mélenchon, et peut-être est-ce son objectif in fine, ne chercherait-il pas à agréger à gauche de l’échiquier un ensemble hétéroclite, progressiste, plutôt eurosceptique, à même de peser sinon dans les urnes du moins socialement, quitte à battre le pavé aussi souvent que nécessaires à ses yeux ? Créer une masse d’opposition, semblable à celle que représentait la classe ouvrière au XIXème siècle ne serait-il pas le but de Jean-Luc Mélenchon ? Lui le populares*, défenseur officiel du peuple, à l’image de Jules César il y a vingt-deux siècles, face à Emmanuel Macron, l’optimates*, présenté comme le défenseur d’une oligarchie arrogante et égoïste, comme le fut Pompée, a tout à gagner dans cette entreprise où les adversaires ont déclaré forfait par K-O. Pour autant, la route que s’est tracé Jean-Luc Mélenchon, difficile à imaginer, devra tenir compte de cette recomposition du paysage électoral français où prévaut une forme de volonté de changement dénuée d’empreintes libérales ou marxistes trop lourdes. Si l’homme rêve aujourd’hui d’une République du peuple pour le peuple, à l’image de celle de 1848, celui-ci sait aussi que les institutions de la Cinquième République restent pour le moins coercitives à qui voudrait s’émanciper de leurs natures et de leurs origines.

* Les Populares formaient une tendance politique populiste qui marqua la République romaine, notamment au IIème siècle av. J.-C. , en s’appuyant sur les revendications des couches les plus pauvres de la société romaine et des non-citoyens. (Source : wikipédia.org)

*Les Optimates constituaient une tendance politique conservatrice qui marqua le dernier siècle de la République romaine, par son opposition aux Populares. (Source : wikipédia.org)

Réinventer l’Humanité

Aube
Les changements climatiques à venir pousseront nécessairement l’Humanité à créer et à inventer de nouveaux mode de vie, de pensée et de fonctionnement. Mais lesquels ? Crédit photo : Pixnio.com – Libre de droits

Si le changement climatique présente aujourd’hui des aspects visibles et évidents, les bouleversements qu’il engendrera dans les décennies à venir pousseront l’Humanité à se réinventer. Explications.

Les catastrophes naturelles qui ravagent actuellement les Caraïbes et le Golfe du Mexique confirment, à tous le moins une évolution du climat tendant non pas à modifier la fréquence des ouragans ou des tornades mais plutôt leur violence intrinsèque, au pire un réel changement du climat en question et ce à l’échelle mondiale. (Lire l’article sur lachainemeteo.com :  Climat : Les ouragans sont-ils plus nombreux à cause du réchauffement ?) n’est nul besoin de rappeler les dévastatrices coulées de boues qui ont frappé en août dernier la Sierra Leone (lire article sur liberation.fr : La Sierra Leone enterre ses morts après des coulées de boue dévastatrices ), coulées qui s’ajoutent à la liste des fléaux naturels passés. Pour autant, ce constat effectué et acquis, la question qui se pose à ce jour est donc de savoir si l’Humanité est prête aux changements qui ne s’amorcent plus pour la simple et bonne raison qu’ils sont déjà là. Certains argueront que le Monde est prêt. D’autres avanceront le contraire. Au vu des derniers événements, il semble que ce sont les seconds qui ont raison. Mais là encore se pose la question de savoir ce que signifie être prêt ? S’il s’agit de prévoir matériellement une catastrophe en stockant denrées et médicaments, en préparant les infra-structures à subir de lourdes intempéries ou en alertant les populations que les cieux vont se déchaîner alors, soyons honnêtes, il est excessif d’évoquer une quelconque préparation. Tout au plus s’agit-il d’un ensemble de de précautions certes louable mais qui ne peut s’inscrire dans la durée.

Bouleversements culturels et économiques

Préparer l’Humanité aux changements climatiques appelle d’autres obligations que les pouvoirs publics, légitimés par les peuples qu’ils dirigent, vont devoir amorcer au plus vite et de manière extrêmement large. Car l’augmentation globale des températures, la montée des eaux de mers liée à la fonte des glaces et glaciers, la multiplication des catastrophes du type Irma ou Harvey vont tous et entre autres demander des efforts considérables d’adaptation tant au niveau politique, économique que culturel. La remise en question à laquelle l’Humanité est aujourd’hui confrontée est gigantesque, la nier relevait de l’aveuglement. A titre d’exemple, et d’un point de vue économique, esclaves du pétrole et des dérivés que nous sommes, l’industrie automobile devra nécessairement bouleverser ses chaînes de production pour ne produire à terme (la durée est à déterminer) que des véhicules électriques ou autre mais en tous cas qui ne seront plus propulsés via une énergie fossile. L’entreprise BMW a d’ailleurs annoncé qu’elle s’y préparait dès à présent (Lire l’article sur lusinenouvelle.com : BMW revoit son modèle de production pour sa i3 électrique) Politiquement, il est probable que l’Humanité soit obligée de faire le deuil des grands affrontements idéologiques qui ont nourri son Histoire pour ne se consacrer qu’à la préservation de l’intérêt général qui se muera rapidement en intérêt écologique. Mais c’est certainement d’un point de vue culturel que la révolution idéologique sera la plus profonde. Comment en effet, changer des siècles, voire deux millénaires d’habitudes.

Nouvelle histoire

Concrètement, qui imagine aujourd’hui abandonner sa voiture pour, dans l’hypothèse de trajets courts, opter pour le vélo ou un transport en commun (écologique naturellement!) ? Qui s’imagine abandonner de porter des vêtements en fibre synthétiques parce que conçus à base d’énergie fossile ? Il existe pléthore d’exemples à même d’engendrer les changements culturels auxquels nous serons fatalement confrontés. Alimentation, santé, médecine, déplacements, logements…La liste est longue et non-exhaustive tant l’Humanité a collectionné et collectionne encore rites et habitudes dont elle croit ne pouvoir se passer. Et pourtant, il faudra bien sortir la tête du sable ! Et c’est ce qui sera certainement le plus difficile à accepter. Les différents peuples qui ont habité les multiples régions du monde, qui y on fait souche pour développer des cultures propres adaptées à l’environnement qui a longtemps été le leur devront désormais accepter l’idée que leur propre histoire n’est en rien finie ou bornée par leur univers proche. Au contraire, le changement climatique et les changements géographiques induits vont pousser l’Humanité à s’interroger sur ces actes, à se responsabiliser en créant de nouveaux mode de vie. Bref ! A se réinventer une nouvelle Histoire.

L’impossible dilemme

Dilemme
Quelle que soit la décision prise par Donald Trump, celui-ci sortira toujours perdant. L’humiliation par le silence et l’inaction ; La responsabilité du chaos de la guerre par une intervention armée. Crédit photo : Pixabay.com

Les provocations nord coréennes poussent Donald Trump dans ses derniers retranchements au point de révéler le vrai caractère du locataire de la Maison Blanche et la véritable teneur de son mandat. In fine, le président américain sortira toujours perdant de cette crise diplomatique. Explications.

Si la probabilité pour que la crise nord-coréenne débouche sur un conflit armé reste faible, et ce en dépit des événements qui pourraient laisser penser, voire augurer, le contraire, celle-ci a au moins le mérite de révéler, en partie du moins, la vraie nature de Donald Trump. Arrivé à la Maison Blanche, auréolé de son franc-parler et de sa prétendue capacité à rendre à l’Amérique sa grandeur passée et révolue (Make America great again !), il apparaît pourtant aujourd’hui que Kim Jong Un, le dictateur trentenaire de Pyong Yang soit parvenu à acculer et à déstabiliser le président américain dans ses derniers retranchements en lui lançant cyniquement : « Chiche ! » (Lire l’article sur lepoint.fr : Donald Trump face au révélateur nord-coréen) . Certes, à ce jour, l’option militaire pour mettre fin aux provocations de Kim Jong Un est clairement posée sur la table comme une alternative possible. Mais possible seulement. Et c’est toute la question, Donald Trump franchira-t-il le cap ? Osera-t-il lancer contre la Corée du Nord une attaque militaire, conventionnelle ou non, en assumant de fait et par conséquence les retombées diplomatiques, politiques et géostratégiques qui en découleraient ?

Silence ou action

Le dilemme auquel est confronté Donald Trump est par essence cornélien. Concrètement, soit il laisse Kim Jong Un poursuivre ses essais, tout en agitant le spectre d’une intervention précédée d’une résolution de l’Organisation des Nations Unies, ensemble qui équivaudrait à faire volte-face ; soit le président américain, motivé par diverses raisons qui tiennent tant de la nécessité politique et internationale que de l’ego et de l’orgueil blessés, engage un conflit avec l’une des dernières dictatures communistes du Monde avec des conséquences dantesques. Cornélien problème donc : le silence de la soumission ou l’action aux effets encore mal définies. Car en multipliant les essais balistiques et nucléaires, Pyong Yang est parvenu à tenir la dragée haute, voire à humilier la communauté internationale en la renvoyant à ses contradictions tout en prouvant les limites, si besoin était, de l’ONU. A ce jour, il est évident que Kim Jong Un ait cure des protestations internationales et américaines se moquant avec ironie des sanctions actuelles ou à venir. Preuve en est : il multiplie les provocations sans que quiconque n’agisse physiquement. (Lire l’article sur leparisien.fr : L’implacable ascension de Kim Jong Un) Certes Donald Trump fulmine et enrage mais est bien contraint d’avaler la ciguë. Idem pour l’ONU qui ne tardera pas à voter une résolution prônant plus de sanctions contre la Corée du Nord. Mais lesquelles ? Et la Maison Blanche de se tourner vers Pékin, certes prompt à condamner Pyong Yang mais moins enclin à voir s’effondrer le régime Nord-Coréen au profit de la Corée du Sud ou d’une présence étrangère, américaine probablement, à ses frontières. Donald Trump est donc pris dans l’étau du chantage et de la terreur du feu nucléaire.

Défiance et responsabilité

Un chantage des plus cyniques car toute intervention américaine visant à destituer Kim Jong Un serait très mal apprécié par Pékin ; une terreur nucléaire assimilée à un cercle vicieux car le premier qui l’emploierait serait naturellement amené à en subir à son tour les conséquences. L’infranchissable serait alors dépassé et le monde basculerait dans une incertitude lourde, voire chaotique. Voilà comment, un trentenaire au sourire glacé, est parvenu à défier la plus grande puissance du monde et son président en testant l’un et l’autre afin de savoir quel était le niveau de courage et de responsabilité du second. Combien l’image internationale et nationale de Donald Trump, déjà largement écornée, serait-elle encore plus ternie si la crise devait s’enliser dans une multiplication de provocations nord-coréennes sans réponse américaine . Et combien serait lourde la responsabilité de Donald Trump d’ouvrir le feu, quel qu’il soit, contre la Corée du Nord, sans connaître précisément la nature armée de la réponse et tout en ignorant la réaction de Pékin. Périlleux dilemme auquel est donc aujourd’hui confronté Donald Trump. Reclus dans son pays prison, Kim Jong Un se sait ô combien en sécurité et ne doit certainement pas manquer de se gausser des gesticulations américaines, si lointaines, si inoffensives.

Une conférence ! Et après ?

Emmanuel Macron '
La conférence voulue par Emmanuel Macron apparaît comme inspirée par le bon sens et la nécessité. Mais sera-t-elle suffisante pour endiguer la menace terroriste ?

L’annonce par le Président Macron de la tenue d’une conférence internationale dédiée à la lutte contre le financement du terrorisme islamiste se veut méritoire. Mais endiguera-t-elle la menace qui pèse sur les sociétés contemporaines ? Sauf aussi à engager une lutte intérieure contre le fanatisme.

La volonté affichée par le Président Macron de lutter contre le financement du terrorisme via une conférence internationale organisée à Paris en début d’année prochaine est certes louable et objectivement bienvenue (Lire l’article sur lesechos.fr : La lutte contre le terrorisme, priorité diplomatique d’Emmanuel Macron ) . A tous le moins permettra-t-elle, on peut l’espérer en tous cas, d’identifier officiellement les pays et les organisations amenées à financer les groupes terroristes islamistes. Dans un second temps, elle sera l’opportunité pour le président Macron de confirmer, d’essayer au moins, sa stature internationale. La tentative est risquée car le défi est grand, d’ampleur mondiale en réalité. Pour autant, aussi louable que soit cette intention, accompagnée en France par la présence concrète des forces de l’ordre et des forces armées sur le terrain, cette conférence ne permettra pas, ni dans l’intervalle de sa tenue, ni au lendemain de sa clôture d’immédiatement endiguer la menace qui pèse sur nombre de nations exposées aux coups de folies d’une organisation, Daesh, aujourd’hui agonisante.

Cynisme et paradoxe

Car là est le paradoxe. Alors que l’Etat islamique recule jour après jour sous les coups de boutoir des forces de la coalition en Irak et en Syrie ainsi qu’au Liban (lire l’article sur slate.fr : La victoire du Liban signe-t-elle le début de la fin pour Daech? ), que son existence même et son futur proche s’écrivent en pointillés, jamais les attentats n’auront été si violents, en tous cas aussi nombreux dans un espace temps très court et rapproché. Barcelone, Londres, Levallois,…Pour ne citer que les dernières attaques mettent en évidence une organisation désormais aux abois, mais qui par tous les moyens possibles, tente de survivre en propageant la mort et la terreur. Pourtant, ce chant du cygne d’un cynisme et d’une cruauté sans égal renvoie aussi nos sociétés contemporaines à des réalités qu’il convient et conviendra d’assumer, à savoir qu’il existe ici ou là une ou plusieurs minorités d’individus susceptibles d’être encore fascinés par les thèses de l’Etat islamique. Le débat est ancien. La fragilité économique et intellectuelle, toutes deux associées, de certaines franges de la population, en France ou ailleurs, figurent au rang des premiers terreaux sociaux à même de générer des comportements dangereux pour la collectivité.

Obscurantisme et ignorance

Aussi, s’il convient de lutter contre le financement international du terrorisme, il est tout aussi impératif de lutter contre les facteurs sociaux et économiques à même de pousser parmi les plus faibles dans les bras de la propagande de Daesh. Mais ce combat s’avérera certainement plus long que celui qui sera engagé au lendemain de la conférence voulue par le président Macron. Ainsi, les attaques à la voiture bélier, les agressions au couteau ou tout autre type d’attentats continueront très certainement – bien que nous souhaitons tous ici comme ailleurs que cela ne soit pas le cas – à se multiplier tant que les racines du mal terroriste n’auront pas été éradiquées. Voeux pieux ? Pas réellement car il appartient aussi aux sociétés contemporaines de combattre l’obscurantisme et l’ignorance par l’éducation et la culture, de travailler au bien être de tous par le développement de sociétés altruistes et non individualistes. « Compliqué et difficilement réalisable ! » argueront certains. « Vraiment ? » répondront d’autres. La réponse est entre les deux mais la nécessité d’y travailler impérative car une fois Daesh mort et enterré, à défaut d’avoir éradiqué les racines du mal, celles-ci germeront à nouveau pour encore contaminer ceux qui se sentiront exclus de la collectivité.

Le sens des priorités

Priorité
Se pâmer devant 220 millions d’euros est-il plus important que s’interroger sur les faiblesses de nos sociétés contemporaines ?

Entre indifférence et décadence, nos sociétés contemporaines occidentales semblent avoir perdu le sens des priorités. En témoignent l’engouement et les commentaires liés au transfert du brésilien Neymar au Paris-Saint-Germain quand le Yémen meurt, terrassé par la guerre civile et le choléra.

Nous aurions pu, via ces quelques lignes, préambules au coma estival qui s’installe à chaque mois d’août, évoquer le transfert rocambolesque de Neymar au Paris-Saint-Germain, le énième rebondissement de l’Affaire Grégory, la chute du président Macron dans les sondages ou encore la vague de chaleur caniculaire qui écrase une partie du pays. Nous aurions pu. Mais, étrangement et paradoxalement, sans évoquer chacun d’eux à proprement parler nous finirons par les utiliser comme exemples dans une forme de démonstration que d’aucuns jugeraient cynique. Ainsi, beaucoup l’ignorent, mais le Yémen est en proie, non seulement à la guerre civile, mais aussi à une épidémie de choléra telle qu’elle pourrait éradiquer purement et simplement la moitié de la population (lire l’article sur lemonde.fr : Le Yémen, un pays prisonnier du choléra ) « Terrible ! » crieraient certains et à raison d’ailleurs. Mais ils le crieraient dans le silence de l’indifférence car soyons honnêtes qui s’en soucie ? Hormis les Yéménites eux-mêmes, quelques ONG présentes sur place et l’Organisation des Nations Unies…

Mort programmée

Il est clair que dans l’ordre des priorités le transfert d’un gamin de 25 ans pour 220 millions d’euros, devenu bête de foire, semble peser plus lourd que la mort programmée de toute une population. Ne serait-ce pas là le signe inquiétant et dramatique que nos sociétés contemporaines occidentales se sont vendues à une forme de lâcheté qui se cacherait derrière…Mais derrière quoi finalement ? Derrière rien. Osons le dire et l’écrire les paillettes supposées du transfert de Neymar occultent notre incapacité chronique à nous pencher sur les vraies questions qui interrogent l’humanité. Certains appellent cela la décadence…Ont-ils réellement tort ? Comment peut-on laisser mourir un peuple et se pâmer devant 220 millions d’euros qu’aucuns d’entre nous ne touchera d’ailleurs ? Certes, beaucoup argueront du fait que nous ne pouvons rien à cette guerre civile et à cette épidémie. C’est vrai. Mais rien en revanche ne nous empêche de faire preuve de modestie et de pondération en évitant de nous vautrer dans des comportements qui frôlent l’indécence et la vulgarité comme ceux qui fleurissent sur les réseaux sociaux. Il est naturel d’être heureux, lorsque l’on est supporteur du PSG en l’occurrence, du transfert de ce joueur mais de là a en oublier que le Monde continue de vivre et mourir,…Quant au énième avatar de l’Affaire Grégory, à la chute d’Emmanuel Macron dans les sondages ou la chaleur estivale, avouons qu’ils ne sont là que pour nous donner bonne conscience car là encore personne ne sera fondamentalement traumatisé (sauf à être concerné directement) par ces saillies dont le quotidien regorge. Alors à l’heure où châteaux de sable, siestes interminables et commentaires sur le positionnement tactique de Neymar (!) se multiplient, il n’est pas inopportun ni inutile de se demander ce que nous sommes devenus ou en train de devenir. Sur ce Bonnes Vacances…

Tempête dans un verre d’eau sur la dolce vita

Tempête
Loin d’être une tempête diplomatique, le dossier STX trouvera un épilogue marqué par le pragmatisme qu’impose la situation. Au risque de voir l’un des deux acteurs perdre un peu de crédibilité. Crédit photo : commons.wikipedia.org

La nationalisation temporaire des chantiers navals STX confirme le volontarisme industriel du Président de la République. Mais la brouille actuelle entre Rome et Paris, devra se solder par une solution pragmatique qui pourrait fragiliser Emmanuel Macron.

Naturellement, la brouille entre Rome et Paris ne durera pas. Mais elle illustre à sa façon comment le nouveau Président de la République entend mener sa politique industrielle, (lire l’article sur lesechos.fr : Chez STX, Macron affiche son volontarisme industriel) quitte à se fâcher, répétons-le de manière très temporaire, avec ses partenaires européens, a fortiori quand ceux-ci sont aussi membres fondateurs de l’Union européenne, ce qui est le cas de l’Italie. Ce que d’aucuns appelleraient du volontarisme industriel, d’autres une forme de bravade malvenue, confirme en tous cas qu’Emmanuel Macron a décidé de faire valoir la position de la France sur le champ industriel, faisant par là même passer à ses homologues européens et à ses détracteurs que la rupture qu’il entend incarner et sur laquelle il a été élu se traduira dans tous les domaines où le locataire de l’Elysée est potentiellement amené à trancher. Autant dire…tous. Cet autoritarisme, qui pour beaucoup ne peut pas être assimilé, à ne serait-ce qu’une ébauche de politique économique ou industrielle, a déjà valu il y a de cela quelques jours au Président une volée de bois vert au lendemain de la démission du Chef d’Etat major des Armées ou plus récemment encore avec l’annonce de la réduction de 5 euros des APL.

Jupiter dicte

Et visiblement, les faits le prouvent en tous cas, qu’Emmanuel Macron a cure des commentaires ou des vitupérations des uns et des autres. Jupiter dicte ses injonctions et gare à ceux qui s’y opposent, y compris à l’extérieur de l’Hexagone ! L’homme avance et déroule son programme comme ses intentions. Reste à savoir cependant si ces décisions pour le moins radicales se répéteront tout au long du quinquennat et surtout si l’exécutif, toujours dans le temps à venir, sera en mesure d’assumer les critiques et les attaques que les réformes annoncées ou les décisions de ce type seront susceptibles de générer. Car si la volonté de réformer ne peut être enlevée à Emmanuel Macron, il faut aussi s’interroger sur les circonstances qui baignent ces décisions. En l’état, fermer la porte temporairement aux italiens de Fincantieri, réduire les APL de cinq euros ou accepter la démission du Chef d’Etat Major des Armées ne va pas, ou n’a pas, soyons honnêtes, bouleversé le paysage social ou économique français. Mais à défaut de transformer la société française, ces décisions prises directement par l’exécutif ou suscitées par lui, apparaissent comme des marqueurs forts de l’emprise qu’Emmanuel Macron entend imposer sur la conduite des affaires du pays (lire l’article sur lemonde.fr : STX France, modèle de la politique industrielle que souhaite Macron  ). D’autres avant lui avaient essayé, sans grand succès, de s’imposer via un lot d’annonces jugées en leur temps fortes et marquantes. Qui ne se souvient pas de la croissance à aller chercher avec les dents de Nicolas Sarkozy ou de la finance qui devait être l’ennemi de François Hollande. L’Histoire a montré combien les annonces en question sont restées lettres mortes et ont participé aussi, car non suivies des faits, à la chute des concernés. Ici, l’arme de la nationalisation, brandie et utilisée par le Gouvernement, relève in fine du détail. L’Histoire officielle retiendra que le Président de la République n’a pas hésité à dire non à un pays infiniment ami de la France au titre de la préservation des intérêts industriels du pays. Pertinent ? Bienvenu ? Stupide ? Déplacé ? Peu importe car cette nationalisation ne reste que temporaire et que le dossier devra fatalement se résoudre à l’aune du bon sens et personne ne sait à ce jour qui cédera le premier. Emmanuel Macron y perdrait beaucoup en terme d’image et d’autorité. Mais le pragmatisme, fondement de l’action du président, se moque des états d’âmes ou des aspirations médiatiques de ces acteurs. A suivre…

Le pragmatique et l’inflexible

Pierre de Villiers
Le Chef d’Etat Major des Armées a démissionné. Le militaire s’attendait-il à de tels changements imposés à la Grande muette réputée inflexible ? Crédit photo : commons.wikipedia.org

La vague d’indignation suscitée par la démission du Chef d’Etat Major des Armées illustre l’incompréhension d’une grande majorité de la classe politique à comprendre que le Président de la République défend le pragmatisme au détriment de la tradition. Explications.

Tollé, autoritarisme, manque de respect envers la fonction…Autant de qualificatifs qui aujourd’hui animent le débat politique au lendemain de la démission du Chef d’Etat Major des Armées Pierre de Villiers , le plus haut des gradés de l’Armée Française ayant motivé sa décision par un désaccord profond avec le Président de la République, rappelons-le Chef des Armées sous la Cinquième République. L’émotion qu’a suscité cette décision est pourtant révélatrice d’une multitude de changements amorcés par le nouveau président, changements que, visiblement, une partie encore non négligeable du personnel politique français a du mal à intégrer. Ainsi, s’il est inutile ici de revenir sur le conflit qui opposa Pierre de Villiers au Président de la République, il est bon de se pencher en revanche sur les raisons du tollé suscité par cette démission jugée par certains comme scandaleuse. Emmanuel Macron, au contraire de ces prédécesseurs, et pour de nombreuses raisons, sans mépriser l’Armée Française, ne nourrit pas à son endroit toute la déférence et toute l’admiration que lui ont accordée les différents chefs de l’Etat (et ce même si l’on a accusé en 2008 Nicolas Sarkozy, via la mutualisation des moyens humains et matériels engagée alors de malmener l’institution militaire). Ce respect, simple et strict de l’institution militaire, que témoigne Emmanuel Macron, respect dénué de toute dévotion excessive, rompt avec ce culte ancien qui accordait à la Grande Muette, une place hors du temps et des hommes, et une autonomie quasi-totale pour ainsi dire incontestée ; l’institution s’appuyant en outre sur l’origine militaire du fondateur de la Cinquième République le Général de Gaulle.

Au service de la patrie

En brisant cette soumission tacite aux Armées, le Président de la République redistribue sans ménagement les cartes de l’autorité en rappelant qu’en qualité de Chef des Armées, c’est lui et lui seul qui décide et non les haut-gradés du Ministère de la Défense, fussent-ils compétents, aguerris et reconnus. En renvoyant l’Armée dans ses fonctions républicaines, à savoir institution au service de la patrie, et non l’inverse, Emmanuel Macron s’est naturellement attiré les foudres d’une classe politique encore largement imprégnée des principes qui prévalaient jusqu’alors. Car le macronisme, qui peine encore à se dessiner sur le plan économique et social, a trouvé là une occasion de s’affirmer. En imposant son autorité sur les Forces Armées, le président de la République a clairement établi, voire rétabli, les frontières du pouvoir de chaque acteur. Décidé à rompre avec des coutumes et des règles silencieuses qui accordaient à l’Armée une omnipotence sourde aux réalités économiques actuelles, le président Macron cherche aussi à briser l’isolement dans lequel l’institution vivait jusqu’alors. Et que le personnel politique le plus aguerri en soit choqué n’a rien d’étonnant dans la mesure où celui-ci appartient à un univers où les priorités budgétaires, en l’état la réduction du budget global alloué aux armées, ne correspond plus aux attentes des Français et aux capacités des finances publiques.

Armée crainte et redoutée

Emmanuel Macron semble quant à lui vouloir faire preuve de pragmatisme et de lucidité : oui à une armée efficace et équipée ! Non à des dépenses aveugles au nom d’une nécessité cachant assez grossièrement un prestige discutable. Car l’Armée française, crainte et redoutée, n’est cependant pas celle des Etats-Unis, engagée sur des fronts multiples et capable de bouleverser un quelconque ordre régional ; l’exemple syrien en est l’illustration même car jamais la France seule n’aurait pu renverser Bachar El Assad d’où sa demande d’aide aux Etats-Unis qui ont préféré s’abstenir. Ainsi, tout comme la société française dans son ensemble, les Forces Armées devront elles aussi rompre avec leurs habitudes, notamment celles qui les plaçaient dans une situation privilégiée car garante de la sécurité collective. Si elles occupent toujours cette place, celle-ci se fera à l’aune d’une nouvelle donne politique dictée par la nécessité de s’adapter au monde contemporain et non plus ancrée dans une tradition historique aujourd’hui anachronique.

Impitoyable Affaire Grégory

La disparition de Jean-Michel Lambert, juge qui instruisit l’Affaire Grégory de 1984 à 1986, nourrit encore la fascination que suscite ce fait divers hors du commun. Comme si la mort de cet enfant avait réveillé les plus viles pulsions de l’âme humaine au point d’engendrer une affaire imprévisible.

C’est à croire que l’Affaire Grégory ne sait exister que par les victimes qu’elle génère ! Car après la disparition de Jean-Michel Lambert, voilà que cette histoire, devenue drame national et espace de tous les fantasmes les plus sordides, semble vouloir reprendre sa part de mystère, celle que les derniers événements lui avaient disputée. Cette disparition jette cependant, encore une fois, un voile secret et obscur sur une affaire qui n’en manquait pas. Comment alors interpréter le geste de ce magistrat discret et silencieux, longtemps accusé d’avoir été l’otage inconscient des médias, qui avait incarcéré Bernard Laroche, puis relâché ce dernier pour ensuite incarcérer Christine Villemin pour elle aussi la relâcher onze jours plus tard ? En l’état, rien ne semble expliquer le geste que l’enquête précisera certainement. L’Affaire Grégory, outre la fascination qu’elle suscite dans notre société, outre les réflexes et les réalités sociales qu’elle a révélé et qu’elle continue à révéler, n’a laissé, à commencer par ces acteurs directs dont faisait aussi partie Jean-Michel Lambert, personne indemne.

Expression maléfique
Violente et vorace, elle continue plus de trente ans plus tard à réclamer son lot de victimes, comme une bête sauvage terrée dans sa grotte qu’un supplicié doit satisfaire. Combien la mort de ce petit garçon a-t-elle laissé s’échapper tout un cortège de haines non dites et de rancoeurs assassines étouffées ? Combien la face noire d’une société contemporaine et les aspects les plus vils de l’âme humaine, où se côtoient folie, démence et fureur, ont-ils trouvé là le terreau fertile à leur expression maléfique ? Comment alors encore aujourd’hui rester indifférent à cette affaire ? Beaucoup attendent énormément de la confrontation de Murielle Bolle avec son cousin. Mais peut-être en attendent-ils trop ? Il est à craindre que, tout comme en 1984, le mutisme le plus sourd ne se fasse entendre et ne fracasse sur le mur du silence le mince espoir de connaître enfin la vérité. Mais cette affaire qui, sans trop exagérer, ne ressemble à aucune autre car, avec les années, nourrie par un contexte et une somme d’événements aussi extraordinaires qu’improbables, l’Affaire Grégory est devenue une affaire à part, obsédante, presque incontrôlable, comme extraite de la masse des affaires judiciaires non élucidées. Si anormale, si exceptionnelle que trente trois ans après, elle peut se repaître d’une nouvelle victime. Naturellement, rien n’autorise à affirmer que ce sont les derniers rebondissements de l’affaire où l’affaire elle-même qui ont poussé Jean-Michel Lambert au geste qu’on lui prête aujourd’hui. (Lire lexpress.fr : Affaire Grégory : Les quatre controverses qui collaient au juge Lambert ) Mais l’homme n’a-t-il pas toujours affirmé avoir été marqué par cette affaire et les commentaires qui avaient accompagné son action ? Affaire exceptionnelle, hors du commun et hors du temps, l’Affaire Grégory n’a certainement pas fini de réclamer son dû. Pour que jaillisse enfin la vérité ou pour que se taisent, certainement à jamais, celles et ceux qui savent peut-être encore quelque chose.

Les eaux noires

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Les secrets de la mort de Grégory Villemin courent encore dans les remous de la Vologne. Jusqu’à quand ? Crédit photo : Commons.wikipedia.org

A l’heure où rebondit l’Affaire Grégory, il n’est pas inutile de s’attarder sur les ressorts sociologiques d’un drame où se confondent horreur et fascination au point de bouleverser et de passionner, encore, la France d’aujourd’hui. Tentatives d’explications.

Comment expliquer, trois décennies après le drame, que l’Affaire Grégory fascine encore ? Certes, le fait de n’avoir jusqu’alors jamais identifié le meurtrier joue pour beaucoup dans cette fascination que d’aucuns qualifieraient de macabre, voire de malsaine. Pourtant, la réalité est là, malsaine ou macabre : l’Affaire Grégory, fait divers qui a ébranlé la France à l’automne 1984, et qui continue encore à la bouleverser, attise les passions les plus dévorantes. Et pour essayer de comprendre, en partie, pourquoi cette affaire fascine encore, il faut se replonger plus de trente ans en arrière. Quel était le paysage de la France d’alors ? François Mitterrand avait été élu trois ans plus tôt. Et à l’allégresse et l’espoir suscités par la victoire en mai 1981 place avait été faite à un cruel retour à l’austérité. Pour autant, la France du milieu des années quatre-vingt n’était pas malheureuse. Loin s’en faut. Et c’est dans ce contexte qu’un jour d’octobre 1984, l’Hexagone, découvre, ébahi, un monde oublié, du moins hermétique et silencieux, où deux familles aux réflexes et aux habitudes souvent qualifiées d’archaïques se déchirent sur fond de rivalités tues ou de haines cuites et recuites.

Inertie rétrograde

Inutiles ici de revenir sur les arcanes de l’affaire à proprement dite mais à la lecture de celle-ci se dessine les contours d’une partie de la France d’alors, portion de territoire vivant quasiment recluse et imperméable au progrès technique et social qui s’amorçait. Quelle ne fut pas la surprise de ces millions de Français, déjà horrifiés par la découverte du corps de l’enfant, que sur les bords de la Vologne, dans les sombres et austères Vosges, pouvaient vivre un ou plusieurs criminels capables d’ôter la vie à un enfant. Lancée sur l’autoroute de la modernité et de la modernisation, les Français, subjugués, s’apercevaient combien certains d’entre eux cultivaient une forme d’inertie rétrograde empreinte de violence et de rancoeur. Là réside en partie la fascination pour cette affaire, fascination qui se confond avec la découverte d’un autre monde, détaché de la réalité contemporaine où la fragilité des âmes était broyée par la mécanique impitoyable de la vengeance et du secret. La seule question qui venait alors à l’esprit et qui y vient probablement encore est : Mais comment est-ce possible ? Comment peut-on vivre écrasé par de tels secrets ? (lire lefigaro.fr : Affaire Grégory : De nouveaux éléments mettent à mal la déposition d’un témoin-clé) Plus que l’innommable et insupportable infanticide, la fascination pour l’affaire naissait de cette addition macabre de circonstances odieuses et improbables. Dans les eaux noires du mensonge et du non-dit familial, là où se noyaient d’inavouables secrets de familles, l’Affaire Grégory s’est posée comme l’unique brèche, l’ultime saillie, dans laquelle se sont précipitées presse et opinion. Car l’Affaire Grégory, outre un fait divers lourd et pénible, est aussi un phénomène social, un révélateur de consciences et de mœurs. Devant la souffrance légitime des deux parents, toute pudeur a été oubliée et bafouée, interrogeant d’ailleurs, et à raison, sur les moyens à déployer et les limites à ne pas franchir à des fins d’information. Mais au-delà, l’Affaire Grégory a aussi été le miroir d’une France à deux vitesses : celle embarquée dans le train du troisième millénaire qui pointait le bout de son nez et celle restée sur place, comme figée dans un siècle inconnu mais loin, très loin de celui dans lequel elle vivait officiellement. Et alors que les acteurs du drame sont aujourd’hui à nouveau sur le devant de la scène (mais l’ont-ils réellement quittée ?) de nouvelles questions surgissent et poussent encore l’opinion à de demander qui a ôté la vie du jeune Grégory.