Phénomène de mode ou tendance durable ?

Mouvement ancien amené à resurgir à la faveur de la crise migratoire, l’identitarisme semble renaître, aidé par les mouvements populistes. Mais sa résurgence, qui pourrait se confirmer dans le temps, n’est pourtant pas inéluctable.

Etats-Unis, Hongrie, République Tchèque, Autriche et désormais Italie, autant de pays qui, apeurés par l’afflux de migrants ou ses conséquences supposées, ont opté pour la voie populiste avec l’espoir de voir la question migratoire réglée. Pourtant, s’il est indéniable que le nombre de migrants ayant traversé la Méditerranée ou le Rio Grande entre les Etats-Unis et le Mexique est en augmentation, ces flux n’ont pas bouleversé les assises sociales et économiques des pays concernés au point de remettre en cause leur mode de fonctionnement. Seules 3,4% de la population mondiale sont amenées à se déplacer dans le monde (Lire l’article sur tdg.ch : Il y a 258 millions de migrants dans le monde ). Et les gesticulations enfiévrées des dirigeants populistes ne seront jamais que des cautères sur des jambes de bois. Mais pour autant, la question migratoire a eu pour effet de mettre en évidence un phénomène, non pas nouveau car déjà ancien dans l’Histoire des peuples, mais qui a soudainement resurgi, à la faveur de peurs nouvelles, très souvent infondées, à savoir l’identitarisme ou réflexe identitaire. Et il n’est exagéré de penser que l’identitarisme sera certainement le mouvement, sinon l’un des mouvements forts du XXIème siècle. Et que le combat s’annonce rude.

Dilution et altruisme

Plusieurs raisons peuvent l’expliquer, essayer en tous cas. La crise migratoire certes mais celle-ci n’est qu’un révélateur ponctuel qui, répétons-le, trouvera son épilogue dans la progressive intégration des populations arrivées sur le sol européen ou ailleurs. Les autres raisons sont à chercher dans le sentiment, impalpable et ressenti par certains, de dilution d’une identité, d’une culture ou d’une forme de vie commune. Le républicanisme néo-conservateur et le catholicisme traditionaliste, évoqués par Danièle Sallenave (Lire l’article sur lemonde.fr : Danièle Sallenave : « L’identitarisme est la maladie du XXIe siècle » ) jouent aussi un rôle clef dans l’exacerbation de ce phénomène. Ce sentiment, renforcé par les coups de boutoir d’une mondialisation croissante et macrocéphale, dont il faut cependant limiter les effets dans ce même sentiment et dans la réalité des faits, tient avant tout de peurs profondes nourries par certaines catégories de populations : souvent acculturées, peu enclines à l’altruisme, obnubilées par la réussite matérielle et financière, adeptes d’une diplomatie forte et sans concessions ou la fermeté (parfois la plus absurde à l’image de celle voulue et développée par Donald Trump ou Matteo Salvini en Italie) l’emporte sur le dialogue. L’autre frange serait a contrario bien plus versée dans le débats d’idées, celui où la laïcité serait quelque part dévoyée pour offrir un cadre de réflexion prétendument salvateur mais qui se révèle en réalité une justification toute trouvée à un conservatisme lourdement ancré, visant ainsi des communautés bien définies, à savoir celle optant pour l’islam comme religion.

Générations perdues ?

Passé le constat et l’analyse, reste à savoir si cette l’identitarisme perdurera, combien de temps et sous quelles formes ? Premier rempart : l’éducation des générations à venir à qui les notions d’altruisme doivent être nécessairement inculquées. Est-ce à dire que les générations passées ou actuelles sont perdues ? La question reste entière. Autre rempart à l’identitarisme : la nécessaire prise de conscience des pays concernés au premier plan, non pas par une fermeture simple et définitive des frontières (car une frontière se contourne…) mais par le développement de politiques d’accueil concertées qui répartissent, selon les moyens de chacun, les migrants et ce en vue d’une intégration pleine et entière. Certes l’expérience a été tentée au sein de l’Union européenne et s’est vue sanctionnée par le refus de certains membres. Mais la question migratoire, et par là même son opposé réfractaire qu’est l’identitarisme, ne se régleront ni l’un ni l’autre par la brutalité du refus ou du déni. Comme souvent dans son Histoire, l’Humanité est confrontée à des crises diverses qui doivent non pas la diviser mais au contraire développer le terreau d’une solidarité nouvelle. Car pour simple information, nous vivons tous sur la même planète…

Diplomatie d’affaires

Le revirement de Donald Trump au sortir du sommet du G7 aussi surprenant qu’insupportable qu’il puisse être, révèle aussi la personnalité d’un individu loin d’épouser les atours d’un homme politique classique.

D’aucuns, devant la réaction de Donald Trump qui à peine après s’être envolé pour les Etats-Unis dénonçait l’accord signé quelques heures plus tôt au terme du sommet du G7, se sont étranglés d’indignation, fustigeant le président américain, jugeant son attitude aussi irresponsable qu’imprévisible. Pourtant, en analysant, en essayant au moins, cette réaction, il convient d’admettre qu’elle n’a rien d’étonnant si l’on s’en réfère au personnage et à son parcours personnel. Ainsi, les chefs d’Etat qui entouraient Donald Trump lors du sommet en question, chef d’Etat qu’est aussi le président américain, se sont-ils comportés et ont agi comme tels, conscients des enjeux que leurs positions, leurs propos et leurs décisions impliquaient à l’échelle mondiale. Sauf que Donald Trump, et c’est là que la bât blesse, n’est pas un homme politique au sens strict du terme. Il n’a pas fréquenté les institutions américaines ou les grandes écoles américaines au sein desquelles il se serait imprégné du discours politique et des méthodes qui l’accompagne, autant d’éléments qui lui auraient permis de faire valoir sa position de manière moins brutale et manichéenne.

Négociations et écho

Pourquoi ? Car Donald Trump est un homme d’affaires qui agit comme tel. Lorsque le contrat signé ne lui convient pas, ici l’accord final du sommet, il le dénonce, fut-ce au prix d’un prétexte mesquin comme la prétendue insultante intervention du Justin Trudeau, le Premier ministre canadien. (Lire l’article sur le figaro.fr : G7: Trump s’en prend à nouveau à Trudeau et menace les Européens) Certes le courage le plus élémentaire aurait voulu que Donald Trump dénonçât l’accord non pas dans son avion mais directement auprès de ses homologues mais ceci relève d’un autre registre. Donald Trump reviendra à la table des négociations quand lui, et lui seul jugera bon d’y retourner, à savoir quand la situation lui semblera propice, comprenez : favorable aux Etats-Unis. Pour autant, plusieurs raisons expliquent ce revirement. La première réside dans le fort soutien de la population américaine dont jouit Donald Trump : 44% des électeurs américains lui accordent leur confiance, les 66% restants lui sont opposés ou ne se prononcent pas ; dans la masse virulente d’opposants déclarés à sa politique, beaucoup dénoncent son incapacité à gouverner mais ne trouvent pour l’heure aucun écho dans l’électorat américain. Seconde raison expliquant ce revirement, le fait que Donald Trump a aussi été élu sur le slogan America first (L’Amérique d’abord). Et en toutes occasions, celui-ci ne manque pas de s’y plier, défendant les intérêts américains quoi qu’il en coûte, dût-il pour cela malmener, et de quelle manière, des alliés anciens et fidèles tels que l’Allemagne ou la France ; et quand bien même celui-ci serait-il amené à dénoncer un accord international comme celui signé lors du G7, le même Donald Trump, preuve à l’appui, n’hésite en rien à le faire. La troisième raison, liée à la seconde, renvoie aux prochaines élections législatives qui doivent se tenir en novembre, dites élections de mid-term (Chambre des Représentants et Sénateurs étant appelés à être renouvelés). Le Congrès (Chambre des Représentants et Sénat), actuellement dominé par les Républicains, est naturellement une force pour Donald Trump qui peut s’appuyer sur celui-ci pour développer sa politique. Or, une politique trop conciliante avec les alliés internationaux pourrait facilement blesser le corps électoral américain, déception qui serait à même de se traduire par un revers politique dont Donald Trump souhaite, évidemment, s’affranchir mais qui pourrait cependant se produire. (Lire l’article sur rfi.fr : Elections de mi-mandat: la débâcle annoncée des Républicains américains en 2018) Autant de raisons certes lointaines vues de France et d’Europe mais qui pèsent lourdement sur le président-Businessman que se veut être Donald Trump. Preuve, s’il en était encore besoin, combien Donald Trump reste un président atypique car pétri de mœurs et d’habitude banales aux Etats-Unis, mais tellement surprenante vues d’Europe, atypique car l’homme incarne une nouvelle forme de dirigeants politiques affranchis des règles qui prévalaient jusqu’alors. Ce qui est peut-être le plus inquiétant….

Façon commedia dell’arte

Si l’incertitude politique prédomine désormais en Italie, celle-ci n’est peut-être que la conséquence de l’incapacité des partis populistes à élaborer un programme de gouvernement fiable et pérenne.

Ainsi, les électeurs italiens seront-ils amenés d’ici quelques mois à se rendre à nouveau aux urnes pour désigner quel parti prendra les rênes de l’Etat. Après le fiasco de l’alliance entre le Mouvement 5 Etoiles de Luigi di Maio et la Lega de Matteo Salvini, la péninsule ronge son frein , certains attendant le prochain rendez-vous électoral pour renverser la situation politique issue de la précédente consultation, d’autres espérant reproduire avec le même succès les conditions favorables à une alliance entre les deux partis populistes. Mais que révèle finalement le cas italien ? Que les partis extrémistes ou populistes progressent en Europe en s’appuyant sur les supposés excès de la politique menée par la Commission européenne et le Parlement éponyme ? Que l’Italie, pays bancal et endetté à hauteur de 132% de son PIB est mûr pour tomber dans l’escarcelle des populistes en question ? Il y a du vrai dans tout cela, c’est indéniable mais en poussant plus loin la réflexion, on peut aussi s’apercevoir qu’une forme de raison a coupé court aux velléités des deux partis en lice.

Viles passions

Le président Sergio Mattarella, considéré comme un ardent défenseur de l’idée européenne, a rappelé aux deux formations qu’il n’était même pas envisageable pour l’Italie, à plus ou moins long terme, de sortir de l’Eurozone, argument qui était devenu l’un des piliers des discours de la Lega et de 5 Etoiles. Mais plus encore, l’exemple italien prouve aussi qu’en dépit de discours faciles et séduisants, prompts à attiser les viles passions, à réveiller des haines cuites et recuites, les partis extrémistes ne sont pas nécessairement en mesure de gouverner et encore moins capables de pouvoir s’entendre sur une ligne directrice fiable à même d’assurer à leurs pays respectifs un avenir serein. Car le développement des thèses populistes et extrémistes, thèses bornées à la seule dénonciation des difficultés rencontrées par tel ou tels pays, ici l’Italie, et de leurs conséquences ne peut servir de base politique quand la situation en Italie ou ailleurs appelle à la mise en place de solutions crédibles pérennes. Le président Mattarella l’a d’ailleurs bien compris. L’alliance de la carpe et du lapin entre la Lega et 5 Etoiles était, qui pouvait croire le contraire, voué à l’échec tant les points de divergence entre eux étaient abyssaux et surtout combien la fragilité de leurs discours respectifs exposaient l’Italie à la méfiance de leurs alliés et l’Union européenne. Certes à ce jour l’Italie est retombée dans le chaos politique (elle en a l’habitude) mais n’est ce pas in fine un mal pour un bien. Le temps que le pays retrouve, souhaitons-le, ses esprits en dépit de la nomination d’un ancien économiste du FMI,  Carlo Cottarelli (Lire l’article sur le monde.fr : Crise politique en Italie : un engrenage infernal) prompt, indirectement à provoquer la ire des eurosceptiques. Le pari est très risqué mais il vaut la peine d’être tenté pense certainement le Président de la République italienne.

Capacités d’adaptation

L’attentat perpétré par un français d’origine tchétchène confirme la capacité de l’Etat islamique à s’adapter à notre vigilance en étant capable de frapper n’importe où, à toute heure et via des individus parfois peu immergés dans les réseaux terroristes.

Les raisons ultimes susceptibles d’expliquer le geste de Khamzat Azimov resteront vraisemblablement inconnues et ce même si la revendication par l’Etat islamique de l’attentat qui a ensanglanté Paris le 12 mai se suffisent à elles-mêmes pour expliquer son acte par ailleurs appuyé par l’allégeance de l’agresseur à l’Etat islamique. Pour autant le geste de cet individu, certes fiché S, interroge non sur l’efficacité du dispositif ou sur le suivi accordé à celles et ceux qui figurent dans le fichier national, mais sur les moyens alloués à l’anti-terrorisme. Il n’est pas ici question d’ouvrir un procès à l’endroit des autorités en charge de la sécurité intérieure, procès gratuit qui n’aurait aucun sens et tournerait rapidement à une polémique aussi stérile qu’infondée. Un constat préventif s’impose cependant. Au regard du nombre d’attentats déjoués sur le territoire (78 projets ont été déjoués sur le territoire français depuis 2013* – voir ci-dessous), il serait faux, voire idiot, de crier à l’inefficacité des services de renseignements ou de police. (Lire l’article sur lemonde.fr : Cibles, auteurs…, radiographie des 78 projets d’attentat recensés en France depuis 2013 ) Mais une autre réalité s’impose aussi : il est impossible de placer un agent des forces de l’ordre derrière chaque fiché S. Manque de moyens et de personnels, possible atteinte à la liberté individuelle et de mouvement expliquent cette évidence qui, en outre, ne serait pas nécessairement la solution.

Protéiforme et adaptation

Car à ce jour, la menace terroriste devenue protéiforme, peut, preuve en est avec Khamzat Azimov, faire appel ou se servir d’individus des plus discrets et dont l’implication dans logique terroriste était jusqu’alors minime voire nulle. C’est bien là la difficulté du combat contre le terrorisme que mènent nombre de pays : son caractère totalement imprévisible, aveugle et inconscient. Certes, répétons-le, nombre d’attentats ont été déjoués en France et dans le monde. Mais combien sont actuellement en préparation, attentats dont les services de renseignements internationaux ne sont pas encore informés car fomentés en dehors des circuits traditionnels ou des réseaux identifiés ? Loin d’être sots, les auteurs d’attentats ont eux aussi appris des services de renseignements et savent désormais, sinon les induire en erreur du moins déjouer leur vigilance ou bien suffisamment brouiller les pistes pour ralentir leur intervention. Khamzat Azimov, qui ne présentait en rien un profil particulièrement dangereux, a pourtant commis l’irréparable. Lorsque l’Etat islamique régnait en maître au Moyen Orient, en Syrie et en Irak, aussi violentes que pouvaient être les actions, ces dernières étaient géo-localisables dans leurs origines. Désormais, avec la disparition de l’Etat islamique, il sera de plus en plus difficile de localiser non pas les auteurs mais l’espace de tensions où se fomentent les attentats car cet espace aura pris une dimension mondiale et secrète. Faudra-t-il alors se méfier de tout et de n’importe quoi ? Non ! Naturellement ! Mais il faudra garder à l’esprit encore longtemps que la menace somnolente est à même de se réveiller à tout moment car ceux qui en sont les auteurs ont su s’adapter à notre vigilance.

*Source : Lemonde.fr – 30.03.2018

La tentation chinoise

L’annonce du retrait des Etats-Unis de l’Accord de Vienne régulant l’activité nucléaire de l’Iran plonge le Moyen Orient et les cosignataires dans une incertitude lourde et dangereuse. Et si la solution à la crise naissante venait de Chine ?

En annonçant le retrait des Etats-Unis de l’accord de Vienne (Joint Comprehensive Plan of Action – JCPOA) signé entre les cinq membres du conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Russie, Chine et France) plus l’Allemagne, Donald Trump jette, non seulement le Moyen-Orient dans une période d’incertitudes lourdes dont les conséquences pourraient rapidement s’avérer dramatiques, mais déstabilise aussi les autres co-signataires de l’accord, en dépit de leur volonté, pour l’heure, de faire front et de respecter les termes d’un traité acquis après douze ans de négociations. (Lire l’article sur lemonde.fr : Iran : une décision absurde aux effets déstabilisateurs ) Au Moyen-Orient, dans un premier temps, le retrait des Etats-Unis pourrait facilement être interprété par Téhéran comme une sorte de blanc-seing a un programme nucléaire bien plus actif qu’il ne l’est aujourd’hui, la République iranienne faisant fi des sanctions à venir.

Poids diplomatique

Hassan Rohani, le président modéré iranien ayant donné, après l’annonce de Donald Trump, pour instruction à l’Organisation de l’énergie atomique iranienne de préparer un programme visant à la production d’uranium enrichi mais dans un laps de temps conditionné par l’attitude des autres co-signataires. Israël, et dans une moindre mesure l’Arabie Saoudite, ont salué ce retrait en fidèles alliés des Etats-Unis mais pourraient là encore, et dans les plus brefs délais, regretter une décision qui ne lie plus les Iraniens à qui que ce soit ou à quoi que ce soit sauf aux nations européennes dont le poids diplomatiques au Moyen-Orient est quasi-nul, au mieux symbolique. Car il n’est pas leur faire injure que de dire que le poids des pays décidés à encore respecter l’accord ne constitue en rien une menace particulière pour Téhéran même si celle-ci s’est montrée sensible et attentive à la volonté de ces derniers de rester ouverts au dialogue dans le cadre de l’accord signé. Et l’avenir de dire si l’union affichée entre les cosignataires restant perdurera dans le temps…La Grande-Bretagne toujours plus tentée par le grand large que par l’Europe pourrait faire preuve dans les mois à venir de frilosité pour finalement accorder du crédit au retrait nord-américain ; le couple franco-allemand, conscient des dangers que la rupture de l’accord ferait courir pourrait aussi faire preuve d’un volontarisme limité et ce même si l’Iran ouvre d’immenses perspectives économiques. (Lire l’article sur lesechos.fr : Marchés financiers : comment l’Iran peut rebattre les cartes ) La Russie, quant à elle, prompte à soutenir Bachar El Assad dans sa lutte contre la rébellion syrienne pourrait voir dans l’accord signé un accessoire quelque peu encombrant, trop préoccupée par sa position diplomatique à l’échelle internationale.

Accord ou atlantisme ?

Car à trop soutenir un accord, certes imparfait, mais qui a le mérite d’exister, accord qui réintègre d’autant plus l’Iran dans le circuit diplomatique mondial que celle-ci respecte les termes fixés par le traité, les co-signataires savent pertinemment que le risque de voir s’ouvrir une crise diplomatique avec les Etats-Unis est réel. Et reste à savoir qui des signataires européens sera prêt à relever ce défi ? Tout proche qu’il soit de Donald Trump, tout attaché qu’il soit à l’accord et tout respectueux de l’accord de Vienne qu’il s’affiche, Emmanuel Macron sera partagé entre deux feux. La défense acharnée du traité ou un atlantisme à ses yeux essentiel ? Car la position des Etats-Unis est aussi une épreuve pour l’Europe. Pourquoi ? Parce que celle-ci a peut-être là l’opportunité de faire preuve d’une certaine maturité et d’un courage que d’aucuns salueraient en faisant honneur à ses convictions en se désolidarisant, au regard de la question iranienne, des Etats-Unis. Pour autant, la solution se trouve peut-être à Pékin. La Chine, partie prenante silencieuse dans la lente résolution (et loin d’être acquise) crise nord-coréenne, sait combien son poids économique et diplomatique serait à même d’infléchir la position de Donald Trump, à tout le moins de le pousser à reprendre des négociations plus rapidement que celui-ci ne le souhaite. Pékin dispose de tous les atouts, avec pour vertu cardinale de ne pas être directement liée avec l’Iran sauf via l’Accord de Vienne, pour résoudre la crise diplomatique qui s’annonce. Mais le voudra-t-elle ? Mais le pragmatisme des co-signataires, réalistes quant à l’absurdité de la décision de Donald Trump, peu désireux de voir s’envoler le prix du baril de pétrole, de voir s’éteindre les perspectives économiques offertes par l’Iran, y compris pour la Chine (confrontée à un ralentissement de son économie) et plus globalement de voir s’affaisser la croissance économique actuelle pourrait motiver la Chine. Mais quand la Chine s’éveillera…?

Machiavélisme ou diplomatie ?

Si le rapprochement des deux Corée permettra d’apaiser les tensions qui paralysent la région, le renvoi de la dénucléarisation de la Corée du Nord à un avenir indéterminé offre à Kim Jung Un un moyen de pression à même d’influer sur les négociations à venir.

Le monde des affaires étrangères est en ébullition ! Et pour cause : les deux Corée, ennemies que l’on croyait irrémédiablement irréconciliables semblent avoir franchi le pas que tous les experts des relations internationales attendaient depuis 1953. Naturellement, la réunification n’est pas pour demain mais le semblant de détente qui traverse les deux pays après que la Corée du Nord a annoncé sa volonté de se rapprocher de Séoul et de réduire son arsenal nucléaire ouvre la voie à tous les espoirs. Voilà pour le constat dont beaucoup, et à raison, se réjouiront. Pour autant, Pyong-Yang, prudent par essence et par nature, a bien précisé que si la paix était une promesse des plus réalisables, la dénucléarisation en revanche, ne serait pas immédiate en dépit de l’intention nord-coréenne de fermer le centre d’essais nucléaires souterrains de Punggye-ri. (Lire l’article sur lemonde.fr : Corée du Nord : optimisme prudent après les précisions de Kim Jong-un sur la fermeture de son site d’essais nucléaires) Là encore, plusieurs raisons expliquent cette position.

Pressions diplomatiques

Kim Jung Un, conscient que les avancées diplomatiques actuelles ne doivent en rien affaiblir la Corée du Nord, sait aussi que celui-ci doit conserver un moyen de pression diplomatique. Kim Jung Un, loin d’ignorer les arcanes des relations internationales et les liens secrets ou officiels qui peuvent unir les différents acteurs engagés dans ce jeu d’échec international, a très bien assimilé le fait que proposer de dénucléariser son pays était une étape, un premier pas qui sera suivi dans les faits si les autres protagonistes en effectuent aussi. En d’autres termes, si Pyong-Yang donne le sentiment d’effectuer le premier pas vers des relations normalisées pour sortir de l’état de guerre officiel qui prévaut depuis 65 ans, il revient, aux yeux de Kim Jung Un, aux Etats-Unis, à la Corée du Sud, au Japon et aussi à la Chine de faire part de leur volonté de pacifier la région. Alors, peut-être, que la dénucléarisation annoncée se traduira dans les faits. Mais pour l’heure l’idée avancée reste sur la table. Parallèlement, la tactique nord-coréenne, plombée par les échecs passés des tentatives de rapprochement ou de dénucléarisation (Lire lesechos.fr : Comment la Corée du Nord a systématiquement berné la communauté internationale par le passé), est aussi le moyen de se donner des allures de partenaire affable et compréhensif après avoir été taxé de tous les maux possibles.

Machiavélisme ?

D’un point de vue diplomatique, Kim Jung Un joue in fine assez intelligemment cette partie d’échec car en cas d’échec à venir (que d’aucuns ne veulent envisager mais gardent cependant à l’esprit), Pyong-Yang pourra aisément se draper dans le linceul victimaire en précisant que l’initiative du rapprochement lui revenait. Machiavélique ? Certainement. Mais en renvoyant l’idée d’une dénucléarisation à un avenir encore flou, tout en travaillant à un rapprochement qui lui sera bénéfique économiquement (le rapprochement en question pourrait permettre une détente des relations sino-coréennes), Kim Jung Un effectue une avancée diplomatique à peu de frais qui contente les Etats-Unis. Et dans l’attente de la rencontre avec Donald Trump prévue dans le courant du mois de juin, Kim Jung Un s’offre une nouvelle virginité internationale.

Savoir s’opposer

En affichant une détermination sans faille, Emmanuel Macron déstabilise une opposition incapable de contrer son volontarisme. Sauf à comprendre que les réflexes d’opposants qui prévalaient jusque là sont devenus obsolètes, toute opposition se brisera sur le réformisme du Président.

 

Toute opposition à Emmanuel Macron serait-elle vaine et nulle ? D’aucuns s’écrieraient que non, que la démocratie doit nourrir, par diverses formations politiques, une réflexion différente de celle du chef de l’Etat, du Gouvernement et de la majorité qui l’accompagnent tout deux. Pour autant, force est de constater aujourd’hui que celles et ceux qui s’essaient à contredire la parole présidentielle se heurtent, non pas à un mur d’incompréhension de la part du Président mais à une volonté décidée de mener à leur terme les réformes engagées ou voulues. Ainsi, se succèdent opposants et détracteurs, s’appuyant comme souvent sur la grogne populaire ou le mécontentement de telles ou telles corporations avec l’espoir de faire flancher la détermination présidentielle. Sauf que jusqu’à ce jour, cette tactique qui longtemps prévalu et qui a souvent fait par le passé ses preuves en se concrétisant par l’abandon du projet proposé ou par une réforme a minima ne fonctionne plus.

Défaut ou vertu

Emmanuel Macron, qui était membre de la Commission Attali, (ou Commission pour la libération de la croissance française)* chargée par Nicolas Sarkozy, de réfléchir à de possibles réformes susceptibles de modifier l’aspect et le fonctionnement du pays tout en le sortant de l’ornière de la crise économique, a vu au moins deux de ses successeurs reculer devant une opposition politique et une opinion réfractaires. Convaincu pour sa part, à tort ou à raison, que la France avait besoin de fermeté dans l’art de mener les réformes à leur terme, le Président fraîchement élu s’est donc empressé de mettre en œuvre ce qu’il a proposé pendant sa campagne et de ne dévier en rien de la route fixée. Certes, le bilan un an après son élection est discutable et ouvert à la critique mais l’homme de l’Elysée peut être gratifié de ce trait de caractère (défaut pour certains, vertu pour d’autres) de tenir le cap fixé. Cependant, que le Président de la République fasse preuve de détermination dans sa volonté de mener à bien ses réformes, il n’y a la rien d’étonnant in fine, juste en réalité l’application de la mission qui lui a été confiée. On peut s’en émouvoir mais tellement habitués que nous sommes et avons été à voir l’exécutif reculer pour un oui ou pour un non que la fermeté élyséenne nous surprend.

Critique et contestation

Ce qui est en revanche plus inquiétant pour l’avenir d’un débat démocratique sain et constructif, c’est le manque d’imagination des opposants au Président. Tous s’enferrent ainsi aujourd’hui dans des attitudes dépassées qui ne correspondent en rien à la situation nouvelle issue de l’élection d’Emmanuel Macron et qui restent pour l’immense majorité encore largement imprégnées de l’idée que la critique associée à une contestation populaire poussera l’Elysée à reculer. Répétons-le, cette tactique est désormais obsolète et n’a aucune prise sur un exécutif qui sans s’en moquer, accorde peu de cas aux gesticulations ou aux déclarations d’une opposition faible, voire transparente. L’opposition à Emmanuel Macron, nécessaire à tous points de vue, devrait néanmoins se structurer et ce concentrer non pas autour de réflexes désormais stériles et inefficaces devant la détermination du Chef de l’Etat mais peut-être sur une étude approfondie des réformes à venir afin d’en déterminer les forces et les faiblesses. Car si les modes de fonctionnement politiques ont désormais changé, les formations politiques doivent elles aussi admettre que leur propre mode de fonctionnement doit évoluer pour répondre à la nouvelle donne sociétale. C’est peut-être ainsi que les partis traditionnels retrouveront leur aura et leurs militants perdus.

Nota bene : La Commission pour la libération de la croissance française, ou, du nom de son président Jacques Attali, la Commission Attali, est une commission chargée par le président de la République française Nicolas Sarkozy de rédiger un rapport fournissant des recommandations et des propositions afin de relancer la croissance économique de la France. Elle a commencé ses travaux en juin 2007 et a rendu son rapport final le 23 janvier 2008. La commission Attali était directement inspirée par le comité Rueff-Armand et la commission Sudreau. En février 2010, le président lui demande de proposer d’ici l’été 2010 des pistes de sorties de crise. Le second rapport intitulé « Une ambition pour dix ans » a été remis au président de la République à la mi-octobre 2010.

Source : Wikipedia.org

Nostalgie soviétique

L’agitation de Vladimir Poutine sur la scène internationale traduit aujourd’hui la volonté d’un homme de rendre à son pays sa puissance et son aura diplomatique en restaurant un climat de Guerre froide. Mais à quoi répond cette inclination : nécessité politique ou instinct de survie ?

A quoi joue Vladimir Poutine ? La question pourrait surprendre mais au regard de l’indignation, feinte ou réelle, du néo-président russe au lendemain des frappes de la coalition américano-franco-britannique en Syrie, celle-ci prend un certain sens. Vladimir Poutine défendra-t-il le régime syrien de Bachar El-Assad jusqu’à la chute de celui-ci ou préférera-t-il se retirer du jeu diplomatique avant le retrait du dictateur syrien ? Il est fort probable que, pour des questions purement stratégiques, notamment liées à l’avenir de la présence russe en Méditerranée, le locataire du Kremlin optera pour la seconde option, affectionnant certainement plus de négocier sa place en Europe sud-orientale avec les alliés plutôt que perdre toute présence russe au Moyen-Orient avec la chute de Bachar El-Assad même si d’autres raisons peuvent être avancées.

Guerre Froide et zones d’influence

Sergueï Markov (In leJDD.fr : Frappes en Syrie : pourquoi la Russie ne contre-attaque pas), un politologue proche du Kremlin, offre une autre explication sur la passivité de Moscou : « En Syrie, la Russie ne protège pas Assad mais se protège elle-même. Notre objectif est d’arrêter la marche des Etats-Unis et de l’Union européenne visant à remplacer tous les leaders et les régimes politiques qui ne leur plaisent pas. Notre objectif est aussi d’offrir à l’armée russe de quoi démontrer sa puissance. » Mais pour l’heure, la première des motivations de Vladimir Poutine, au delà des questions syriennes, est certainement de rendre à la Russie sa grandeur passée, celle que feue l’URSS portait en elle. Car Vladimir Poutine, fruit du régime déchu en 1991, n’a jamais caché son admiration pour l’URSS ainsi que puissance diplomatique et militaire. Or à ce jour, si Vladimir Poutine sait pertinemment que la Russie n’est pas en mesure de rivaliser (économiquement ou militairement) avec les Etats-Unis ou la Chine, celui-ci n’est en rien opposé à entretenir un climat de Guerre Froide en multipliant toutes initiatives qui pourraient donner le sentiment d’une bipolarisation du monde (Lire l’article dna.fr : Poutine et la nouvelle Guerre froide). Expansionnisme caucasien, aide officielle au régime syrien, relations cordiales avec les Occidentaux…sont autant d’éléments qui laissent à penser que Vladimir Poutine travaille à cette situation diplomatique à ses yeux des plus confortables car synonyme de contrôle des zones d’influence de l’ancienne Union soviétique. Autre éventualité, conscient des difficultés rencontrées par la Russie, ramenée à ses frontières originelles, Vladimir Poutine multiplie les postures belliqueuses afin de donner corps à une stratégie diplomatique visant à conférer à la Russie un rôle actif et non passif face à la multi-polarisation du monde qui lui échappe.

Isolement et reconnaissance 

Effrayé par la montée en puissance de nations longtemps en marge du Monde, Vladimir Poutine, cherche aujourd’hui à extraire son pays du marasme économique mais aussi de l’isolement diplomatique dans lequel il est enlisé depuis trois décennies. La bipolarisation qui prévalait jusqu’en 1989 était, en dépit des risques gigantesques qu’elle faisait courir au monde d’alors (même si Glasnost et Perestroïka avaient largement permis de détendre des relations compliquées), pour Vladimir Poutine, tout à la fois rassurante et source de puissance mais surtout de reconnaissance. Car la donnée nationaliste n’est pas étrangère dans l’attitude du président Poutine, lui-même soucieux de faire valoir toute l’âme russe dans des relations, qui à l’échelle internationale s’appuient avant tout sur le pragmatisme et non nécessairement sur un sentiment au demeurant aujourd’hui assez flou en Russie. (Lire Cahiers du monde russe in : Marlène Laruelle, Le Nouveau Nationalisme russe) Or, la stratégie de Poutine, qui plonge ses racines dans l’Histoire de la Russie puis de l’URSS, apparaît cependant en de nombreux points, comme anachronique voire vouée à l’échec. Car rendre à la Russie du XXIème siècle son influence et sa puissance passée est, au regard des capacités actuelles du pays et en dépit des atermoiement de Vladimir Poutine, impossible.

Bis repetita Mai 68 ?

L’association des mouvements sociaux emmenés par les cheminots et les étudiants pourrait facilement amener à l’émergence de nouveaux conflits en dépit d’une croissance économique retrouvée. Car les motifs ne manquent pas.

Et si le cinquantenaire de Mai 68 donnait à certains l’idée de revivre les grandes heures de la contestation étudiante qui ébranla la France de la fin des années soixante au point, un an plus tard, de provoquer indirectement le départ du Général de Gaulle du pouvoir ? Certes l’occasion est belle et la circonstance en serait d’autant plus heureuse mais en s’attardant sur la situation globale du pays, rien n’empêche finalement d’imaginer que les contestations qui animent l’actualité essaiment dans l’opinion. Les cheminots, tout comme les étudiants, semblent clairement décidés à poursuivre leurs mouvements respectifs en entraînant avec eux, en essayant en tout cas, une frange de la population jugeant la politique du Gouvernement par trop libérale. (Lire l’article sur lesechos.fr : Réforme SNCF : certains sujets « ne sont pas négociables », déclare Edouard Philippe) Car à ce jour, les motifs de colère dans le pays demeurent et persistent : Education nationale, Hôpitaux, Etablissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, demandeurs d’emplois, précaires,… Tous pourraient, et à raison, rejoindre un mouvement social cristallisé à ce jour autour de la seule réforme de la SNCF ou de l’entrée à l’Université (Lire l’article sur lemonde.fr : Parcoursup : ces universitaires qui refusent de trier les candidats à l’entrée en fac).

Légitimation et lassitude

Car la volonté réformatrice du Président de la République, qui l’a d’ailleurs portée au pouvoir, semble aujourd’hui mal comprise ou mal interprétée par une partie de l’électorat se considérant comme ballottée par une politique sociale et économique trop oligarchique. En parallèle, vouloir s’appuyer sur le mécontentement des usagers de la SNCF pour légitimer la réforme en cours en espérant retourner l’opinion contre l’entreprise de transports est un pari risqué qui pourrait éveiller d’autres revendications auxquelles le Gouvernement ni le Président ne sont préparés. Si les ordonnances portant sur la Loi Travail ont été facilement digérées par une opinion globalement en accord avec l’esprit de la réforme, celle touchant à la SNCF, tout aussi acceptée en théorie par la même opinion (selon un sondage paru dans le Journal du Dimanche 62% des Français interrogés souhaitent que le projet soit mené à son terme), pourrait néanmoins se heurter à la lassitude d’usagers excédés de retards et de désagréments à répétition. Idem pour la contestation étudiante, plus marginale pour l’heure, il n’est pas impossible que celle-ci dégénère en véritable bras de fer. S’il est possible d’engager des négociations, certes difficiles, avec les syndicats de cheminots, il sera plus compliqué de canaliser la fougue des étudiants et pour cause : le mouvement estudiantin, protéiforme et souvent inégal, ne pourra être contenter qu’avec le seul retrait de la réforme.

Signes et croissance

En outre les blocages actuels ne pénalisent que quelques étudiants, blocages n’ayant aucun effet sur l’économie du pays. Mais en revanche, un mouvement étudiant défilant sous les fenêtres de Matignon ou de l’Elysée deviendrait vite ingérable et politiquement épineux. Et certains signes, entre autres, de ne pas tromper : l’énergie du Parti socialiste à vouloir se relever de sa débâcle électorale et d’à nouveau fédérer autour de lui les exclus de la politique sociale du Gouvernement (Lire l’article sur lemonde.fr : Au congrès du PS, Olivier Faure veut ouvrir une nouvelle page), Les Républicains appelés à s’interroger sur la pertinence du projet de Laurent Wauquiez,…Bref ! Sous le chaud soleil de la croissance économique retrouvée, chose dont on ne peut que se réjouir mais qui ne peut occulter les difficultés récurrentes du pays, il semble que cette conjoncture ne suffise pas à étouffer une contestation larvée. Et si aujourd’hui ce n’est plus la société de consommation ou l’omniprésence du Général de Gaulle qui sont combattus, c’est bien une politique soit trop ambitieuse pour la France soit trop brutale.

La grève : Histoire, culture ou survie ?

S’attarder sur les raisons intrinsèques du mouvement de grève qui s’annonce renvoie à des motifs historiques propres à un pays baigné de contestation mais aussi à celles de syndicats aujourd’hui battus en brèche, notamment un en particulier.

« Une de plus ! » diraient les plus cyniques à l’heure où le pays s’apprête à subir l’un des plus larges mouvements de grève que le siècle (encore jeune!) ait connu. Certes. Pourtant, au-delà des revendications avancées, que chacun jugera légitime ou non, il n’est pas inintéressant de s’interroger sur cette propension française à la grève. Pourquoi donc les Français se réfugient-ils dans la contestation à chaque fois que leurs acquis, quels qu’ils soient, sont ou semblent menacés ? En 2009, le très influent magazine nord-américain Time (Lire l’article sur courrierinternational.com: Travail. Pourquoi les Français font-ils toujours grève ?) se penchait sur la même question en précisant qu’il fallait chercher les racines de cette habitude dans l’Histoire de France et notamment dans la Révolution Française, la Résistance et Mai 68. Et le magazine de rappeler que «s’il y a des promesses que les Français n’ont aucune difficulté à prendre au sérieux, ce sont les menaces de rébellion brandies par les travailleurs dans tout le pays alors que leurs emplois sont menacés par la crise. En effet, les dernières actions qui ont marqué l’actualité sociale ne sont au fond qu’une sorte de version moderne du penchant historique des Français pour l’insurrection en réponse à l’adversité. Une tradition qui, à la faveur de la crise économique globale que nous vivons en ce moment, fait un retour remarqué. Ce penchant serait ancré dans une tradition insurrectionnelle gauchiste qui prendrait sa source dans la Révolution, passerait par la Commune, la Résistance et Mai 1968 » L’explication, naturellement subjective et venue d’un pays où la valeur travail pèse autant que celle de la famille est certainement à pondérer mais relève malgré tout d’une certaine pertinence. Oui ! L’Histoire joue un rôle dans les consciences collectives et la tradition que celle-ci véhicule tout comme celle-ci transmet, au fil des générations, une âme qui anime encore les mouvements de grève qui animent aujourd’hui le pays.

Discours et échec

D’autres argueront aussi une profonde et vivace histoire syndicale qui structure des organisations battues en brèche et qui pour certaines, à commencer par la CGT, voient dans les conflits sociaux le moyen de donner corps à un discours délaissé, voire contesté, ainsi qu’à une crédibilité susceptible d’être remise en cause par les prochaines élections professionnelles devant se tenir à l’automne. Guy Groux, chercheur au Centre de Recherche politique de Sciences Po (Cevipof), s’interroge ainsi sur les raisons capables de sous-tendre le conflit à venir en particulier au sein de la SNCF. (Lire l’article sur telos-eu.com : SNCF: au-delà du statut, les raisons d’un conflit) «Ne faut-il pas rechercher du côté des syndicats, mais aussi des pouvoirs publics, les raisons d’un conflit qui peut s’avérer long et difficile ?  (…) Comme dans d’autres bastions, l’influence de la CGT à la SNCF est en net recul. En 1996, elle disposait lors des élections d’entreprise d’une majorité quasi-absolue, près de 48% des suffrages ; en 2006, son score était de près de 40% ; désormais, elle représente à peine un peu plus du tiers des suffrages (34,33%). Au niveau national, la situation est également très critique. » questionne le chercheur en rappelant combien «un nouvel échec des luttes des cheminots pour la défense de leur statut entraînerait la CGT dans une spirale de plus en plus infernale». Pour l’heure et au-delà des raisons qui motivent le mouvement à venir, restent les désagréments prochains qui vont certainement générer grogne pour certains, adhésion ou indifférence pour d’autres au sein d’usagers pour qui la grève revêt une valeur et un intérêt différent.