Impitoyable Affaire Grégory

La disparition de Jean-Michel Lambert, juge qui instruisit l’Affaire Grégory de 1984 à 1986, nourrit encore la fascination que suscite ce fait divers hors du commun. Comme si la mort de cet enfant avait réveillé les plus viles pulsions de l’âme humaine au point d’engendrer une affaire imprévisible.

C’est à croire que l’Affaire Grégory ne sait exister que par les victimes qu’elle génère ! Car après la disparition de Jean-Michel Lambert, voilà que cette histoire, devenue drame national et espace de tous les fantasmes les plus sordides, semble vouloir reprendre sa part de mystère, celle que les derniers événements lui avaient disputée. Cette disparition jette cependant, encore une fois, un voile secret et obscur sur une affaire qui n’en manquait pas. Comment alors interpréter le geste de ce magistrat discret et silencieux, longtemps accusé d’avoir été l’otage inconscient des médias, qui avait incarcéré Bernard Laroche, puis relâché ce dernier pour ensuite incarcérer Christine Villemin pour elle aussi la relâcher onze jours plus tard ? En l’état, rien ne semble expliquer le geste que l’enquête précisera certainement. L’Affaire Grégory, outre la fascination qu’elle suscite dans notre société, outre les réflexes et les réalités sociales qu’elle a révélé et qu’elle continue à révéler, n’a laissé, à commencer par ces acteurs directs dont faisait aussi partie Jean-Michel Lambert, personne indemne.

Expression maléfique
Violente et vorace, elle continue plus de trente ans plus tard à réclamer son lot de victimes, comme une bête sauvage terrée dans sa grotte qu’un supplicié doit satisfaire. Combien la mort de ce petit garçon a-t-elle laissé s’échapper tout un cortège de haines non dites et de rancoeurs assassines étouffées ? Combien la face noire d’une société contemporaine et les aspects les plus vils de l’âme humaine, où se côtoient folie, démence et fureur, ont-ils trouvé là le terreau fertile à leur expression maléfique ? Comment alors encore aujourd’hui rester indifférent à cette affaire ? Beaucoup attendent énormément de la confrontation de Murielle Bolle avec son cousin. Mais peut-être en attendent-ils trop ? Il est à craindre que, tout comme en 1984, le mutisme le plus sourd ne se fasse entendre et ne fracasse sur le mur du silence le mince espoir de connaître enfin la vérité. Mais cette affaire qui, sans trop exagérer, ne ressemble à aucune autre car, avec les années, nourrie par un contexte et une somme d’événements aussi extraordinaires qu’improbables, l’Affaire Grégory est devenue une affaire à part, obsédante, presque incontrôlable, comme extraite de la masse des affaires judiciaires non élucidées. Si anormale, si exceptionnelle que trente trois ans après, elle peut se repaître d’une nouvelle victime. Naturellement, rien n’autorise à affirmer que ce sont les derniers rebondissements de l’affaire où l’affaire elle-même qui ont poussé Jean-Michel Lambert au geste qu’on lui prête aujourd’hui. (Lire lexpress.fr : Affaire Grégory : Les quatre controverses qui collaient au juge Lambert ) Mais l’homme n’a-t-il pas toujours affirmé avoir été marqué par cette affaire et les commentaires qui avaient accompagné son action ? Affaire exceptionnelle, hors du commun et hors du temps, l’Affaire Grégory n’a certainement pas fini de réclamer son dû. Pour que jaillisse enfin la vérité ou pour que se taisent, certainement à jamais, celles et ceux qui savent peut-être encore quelque chose.

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