La grève : Histoire, culture ou survie ?

S’attarder sur les raisons intrinsèques du mouvement de grève qui s’annonce renvoie à des motifs historiques propres à un pays baigné de contestation mais aussi à celles de syndicats aujourd’hui battus en brèche, notamment un en particulier.

« Une de plus ! » diraient les plus cyniques à l’heure où le pays s’apprête à subir l’un des plus larges mouvements de grève que le siècle (encore jeune!) ait connu. Certes. Pourtant, au-delà des revendications avancées, que chacun jugera légitime ou non, il n’est pas inintéressant de s’interroger sur cette propension française à la grève. Pourquoi donc les Français se réfugient-ils dans la contestation à chaque fois que leurs acquis, quels qu’ils soient, sont ou semblent menacés ? En 2009, le très influent magazine nord-américain Time (Lire l’article sur courrierinternational.com: Travail. Pourquoi les Français font-ils toujours grève ?) se penchait sur la même question en précisant qu’il fallait chercher les racines de cette habitude dans l’Histoire de France et notamment dans la Révolution Française, la Résistance et Mai 68. Et le magazine de rappeler que «s’il y a des promesses que les Français n’ont aucune difficulté à prendre au sérieux, ce sont les menaces de rébellion brandies par les travailleurs dans tout le pays alors que leurs emplois sont menacés par la crise. En effet, les dernières actions qui ont marqué l’actualité sociale ne sont au fond qu’une sorte de version moderne du penchant historique des Français pour l’insurrection en réponse à l’adversité. Une tradition qui, à la faveur de la crise économique globale que nous vivons en ce moment, fait un retour remarqué. Ce penchant serait ancré dans une tradition insurrectionnelle gauchiste qui prendrait sa source dans la Révolution, passerait par la Commune, la Résistance et Mai 1968 » L’explication, naturellement subjective et venue d’un pays où la valeur travail pèse autant que celle de la famille est certainement à pondérer mais relève malgré tout d’une certaine pertinence. Oui ! L’Histoire joue un rôle dans les consciences collectives et la tradition que celle-ci véhicule tout comme celle-ci transmet, au fil des générations, une âme qui anime encore les mouvements de grève qui animent aujourd’hui le pays.

Discours et échec

D’autres argueront aussi une profonde et vivace histoire syndicale qui structure des organisations battues en brèche et qui pour certaines, à commencer par la CGT, voient dans les conflits sociaux le moyen de donner corps à un discours délaissé, voire contesté, ainsi qu’à une crédibilité susceptible d’être remise en cause par les prochaines élections professionnelles devant se tenir à l’automne. Guy Groux, chercheur au Centre de Recherche politique de Sciences Po (Cevipof), s’interroge ainsi sur les raisons capables de sous-tendre le conflit à venir en particulier au sein de la SNCF. (Lire l’article sur telos-eu.com : SNCF: au-delà du statut, les raisons d’un conflit) «Ne faut-il pas rechercher du côté des syndicats, mais aussi des pouvoirs publics, les raisons d’un conflit qui peut s’avérer long et difficile ?  (…) Comme dans d’autres bastions, l’influence de la CGT à la SNCF est en net recul. En 1996, elle disposait lors des élections d’entreprise d’une majorité quasi-absolue, près de 48% des suffrages ; en 2006, son score était de près de 40% ; désormais, elle représente à peine un peu plus du tiers des suffrages (34,33%). Au niveau national, la situation est également très critique. » questionne le chercheur en rappelant combien «un nouvel échec des luttes des cheminots pour la défense de leur statut entraînerait la CGT dans une spirale de plus en plus infernale». Pour l’heure et au-delà des raisons qui motivent le mouvement à venir, restent les désagréments prochains qui vont certainement générer grogne pour certains, adhésion ou indifférence pour d’autres au sein d’usagers pour qui la grève revêt une valeur et un intérêt différent.

Les Etats-Unis doivent encore grandir

Objet de fascination, la première démocratie du monde est traversée par une crise sociale majeure opposant partisans et détracteurs du port et de la vente d’armes. Et si cette crise exprimait les premiers pas vers l’âge adulte d’une nation encore très jeune ?

Et si les Etats-Unis entraient dans l’âge de la maturité ? La question pourrait paraître étonnante, voire stupide, mais en s’attardant sur la manifestation organisée par la jeunesse américaine le 24 mars dernier à Washington, intitulée Marche pour nos vies, il n’est pas interdit de se poser la question (Lire l’article sur lemonde.fr : Etats-Unis : une génération qui a grandi sous la menace des armes). Car en définitive et souvent dans l’Histoire, ne sont-ce pas les jeunes générations ou les jeunes adultes qui ont, les premiers, lancé les mouvements de contestation ? En ce cinquantenaire de Mai 68, certes engoncés dans un confort tout bourgeois qu’ils apprécient, les post soixante-huitards n’ont pas toujours été des sexagénaires rangés mais des étudiants désireux de changer le monde qui les entourait. Le combat désormais officiel de la jeunesse américaine contre les lobbys des armes à feu (comprenez défenseurs du port et fabricants d’armes) peut s’assimiler à un premier pas vers un changement de mentalité au sein de la première démocratie du monde qui, en vertu de cet attribut démocratique, autorise le port d’armes pour finir par s’interroger sur la pertinence de ce droit.

Paradoxe, violence et talion

Certes. Mais de là à évoquer une quelconque maturité ? Répétons-le l’allégation n’est pas fortuite car les Etats-Unis, aussi puissants et respectés qu’ils peuvent l’être, restent une nation jeune, fondée au cœur du Siècle d’Or européen (1492 – 1681). Eblouis par les avancées technologiques et techniques de ce pays-continent, nombre d’entre nous ont fini par occulter le fait que les Etats-Unis, officiellement créés en 1776 lors de la Déclaration d’Indépendance, sont encore une nation qui doit achever sa mue intellectuelle en stabilisant ses rapports sociaux. L’élection de Donald Trump ne prouve-t-elle pas à sa manière que le peuple américain est encore capable de surprendre, et dans le mauvais sens du terme, une partie de sa population et de ses partenaires, alors que la situation internationale appelle à une pondération concertée et non pas à une escalade de la violence sous quelque forme que ce soit. Le souffle d’air frais que tente d’insufler la jeunesse américaine, et c’est là que réside aussi le paradoxe, se veut le constat sage et plein de bon sens, généralement apanage de quadragénaires éprouvés, d’une fraction de la population (près de 22,7 millions de 15-24 ans en 2015)* que le pays doit désormais faire le deuil de traditions issues d’une partie de son histoire où violence et loi du talion prévalaient.

Modernité et Moyen-Age

Cette jeunesse, courageuse et meurtrie, (Lire l’article sur slate.fr : Etats-Unis, Europe: la jeunesse a-t-elle encore un avenir? ) a compris qu’une nation moderne, prompte à s’ériger en donneur de leçon et en gendarme du monde, ne pouvait continuer d’abriter en son sein des lois autorisant un simple quidam à porter une arme au simple motif de faire valoir son droit à le faire et aussi d’assurer la survie d’une industrie pétrie de cynisme. Dans Ecrits sur l’Histoire (1969), l’historien Fernand Braudel (1982-1985) expliquait qu’au regard de la date de création des Etats-Unis, le pays en question en était alors, rapporté à la contemporanéité de notre temps, au Moyen-Age. Est-ce à dire ou penser que le Moyen Age européen était une ère archaïque, noire et obscure ? Loin s’en faut mais si la période a été intellectuellement riche et porteuse, artistiquement féconde, les codes qui régissaient les rapports humains étaient eux en revanche empreints de violence. Alors si la manifestation de la jeunesse américaine ne se soldera pas dans les mois ou les années à venir par l’abolition du port et de la circulation des armes à feu, elle marquera cependant un premier pas vers l’âge adulte d’un pays dont l’Histoire reste encore à écrire. Mais demeure la question de savoir combien de temps cette transition prendra…

*Sources : Banque Mondiale in http://perspective.usherbrooke.ca

Voie bloquée à la SNCF ?

Train
Entre fermeté et grève perlée annoncée, les syndicats de cheminots devront ménager la susceptibilité d’usagers qui ont encore en mémoire la grève de novembre 1995. Droits réservés : pxhere.com

Le conflit opposant syndicats de cheminots et Gouvernement sur la réforme de la SNCF s’annonce dur même si la détermination de l’Etat pourrait avoir raison des partenaires sociaux conscients de leur image dans l’opinion. Explications.

Avec l’annonce d’un prochain mouvement de grève initié par la SNCF dans le cadre du projet de réforme de l’entreprise ferroviaire, les négociations entamées entre l’Etat et les partenaires sociaux prennent dés à présent un nouveau tournant (Lire lemonde.fr : Grève à la SNCF : le gouvernement tiendra bon, assure Bruno Le Maire ). Décidé à mener la réforme à son terme, l’Etat et avec lui le Président de la République font face aux syndicats de l’entreprise, décidés pour leur part à ne pas céder aux volontés du Gouvernement en particulier sur le statut de cheminot. Il n’est pas nécessaire ici de revenir sur les détails d’une réforme annoncée par Emmanuel Macron au cours de sa campagne présidentielle mais de passer celle-ci au crible de celle qu’en sont temps, en 1995, Alain Juppé avait tenté d’initier pour finalement abandonner le projet, perdre tout le crédit politique dont il jouissait alors et ouvrir une voie dégagée pour la Gauche plurielle de Lionel Jospin, grand vainqueur des élections législatives anticipées de 1997. Aussi, via le prisme de l’Histoire, est-il judicieux de penser que les syndicats de la SNCF auront raison de la détermination du Gouvernement.

Réforme et orientation

Plusieurs paramètres laissent à penser que non. Tout d’abord, l’état de l’opinion de 2018 est loin de ressembler à celui de 1995 encore largement baigné de notions de compromis voire de volte-face au nom de la nécessité de préserver une forme de statu-quoi somme toute confortable. Ensuite, la détermination d’Emmanuel Macron, qui s’appuie aussi sur l’évolution des mentalités au cours des vingt-trois ans écoulés, semble tout à la fois motiver et effrayer des syndicats cheminots, remontés contre une réforme jugée inique et injuste, loin des préoccupations de l’entreprise. Enfin, l’épreuve de force sur le point de s’engager, non sans une certaine violence, permettra à son vainqueur d’orienter, sinon en durablement du moins pendant une grande partie du quinquennat, la politique globale du Gouvernement. En cas d’échec, Emmanuel Macron et Edouard Philippe deviendraient les cibles faciles et dégagés d’adversaires politiques et syndicaux prêts à en découdre. Une réforme non aboutie ou une demie-réforme serait assimilée à une forme de volte-face prompte à ouvrir de multiples brèches dans la politique menée par le Gouvernement. Parallèlement, échaudés, pour ne pas dire effrayés par la diligence et la brutalité avec laquelle le Code du Travail a été modifié dans le cadre de la loi éponyme grâce aux recours aux ordonnances, les syndicats de cheminots savent que toute faiblesse serait fatale et que le Gouvernement peut à tout moment rompre le dialogue (option risquée à bien des égards alors qu’il a déjà été initié) et passer en force.

Usagers et opinion

Mais en annonçant le lancement d’un mouvement de grève de deux jours par semaine jusqu’au 3 juin, les syndicats de cheminots savent que les désagréments causés aux usagers seront moindre que ceux qui avaient prévalu en 1995, mouvement de grève qui avait durement écorné l’image de l’entreprise publique au point de braquer l’opinion contre elle. Conscients de cette réalité, les syndicats de cheminots espèrent dont par ce conflit, larvé et reconductible, entraver autant que faire se peut les négociations sans trop gêner des usagers prompts, à leur tour, à se retourner, tout comme en 1995, contre l’entreprise. Et de justifier les désagréments à venir par la position du Gouvernement à leur endroit expliquant ainsi qu’il n’y a guère d’autres solutions pour faire valoir leurs droits et sauvegarder l’entreprise. Certes. Mais cette grève, atypique et iconoclaste pour le moins, ne serait-elle pas finalement un aveu masqué de renoncement, preuve que le poids de l’opinion est plus fort que celui de contestation ?

L’art du cache misère politique

Si le changement de nom du Front National en Rassemblement National a pour vocation de relancer le parti, l’opération lancée par Marine Le Pen s’assimile plus à un cache misère qu’au sauvetage d’un parti exsangue. Mais gare cependant aux franges les plus extrêmes à même se passer de tout parti.

Voilà ! C’est donc fait ! Le Front National, parti d’extrême droite fondée par Jean-Marie Le Pen a vécu pour désormais s’appeler Rassemblement National, ainsi l’a voulu la présidente du Parti, Marine Le Pen. Elle qui traîne comme un boulet sa prestation télévisée lors du débat de l’entre-deux tours de l’élection présidentielle en mai 2017, a proposé à ses militants, près de 50.000 officiellement encartés à ce jour, un changement de nom jugé par Marine Le Pen comme essentiel. Plusieurs raisons semblent justifier ce changement à commencer par la volonté de la présidente du parti de rompre avec l’histoire politique initiée par Jean-Marie Le Pen. « Tuer le père » était devenu pour Marine Le Pen, plus qu’une nécessité œdipienne, un impératif de survie qui lui permettait de ne plus être perçue comme la fille de Jean-Marie Le Pen (qu’elle reste par ailleurs) mais avec qui elle a rompu une prétendue filiation politique. (Lire l’article sur lemonde.fr : Marine Le Pen réélue présidente du FN, son père déchu de la présidence d’honneur)

Strapontin et alliances

Car dans ce changement de nom intervient aussi la volonté d’accoucher d’un nouveau parti, dont l’appellation laisse supposer de futures alliances avec qui serait susceptible de s’entendre avec la présidente actuelle. Marine Le Pen a parfaitement compris que l’ancien Front National ne disposait plus aujourd’hui que d’un strapontin sur l’échiquier politique actuel. Certes le parti d’extrême droite n’est pas le seul mais les autres formations politiques ont pour elles (pour l’heure concernant Les Républicains) de ne pas ériger la haine de l’autre et de l’étranger comme base de réflexion idéologique. Consciente de la difficulté pour le Front National d’exister dans un tel environnement, amputé de figures clefs telles de Floriant Philippot et son courant souverainiste, Marine Le Pen tente aujourd’hui de déshabiller Jacques pour habiller Paul. Concrètement, ce changement de nom, qui s’assimile plus à un cache misère qu’autre chose ne pourra cependant pas masquer la nature profonde du parti en question. Désormais persuadée que son parti ne parviendra jamais au pouvoir seul, Marine Le Pen s’aventure sur le terrain  de rapprochements possibles avec l’espoir de séduire ou convaincre Les Républicains que le Rassemblement National vaut mieux que le Front National. Se pose alors la question de la porosité idéologique entre les deux formations ; celle de Laurent Wauquiez, qui n’a eu de cesse ces dernières semaines de battre en brèche les cadres de son parti et celle du Rassemblement National désormais contraint d’accepter le principe de la compromission toujours banni jusqu’alors.

Déliquescence et terreau

Mais derrière ce changement de nom, qui relèvera de l’anecdote historique dans les années à venir, se cache aussi la déliquescence d’un parti, (tout légitimé qu’il pense être par le soutien de Steve Bannon, l’ancien conseiller stratégique de Donald Trump, ou lancé dans une chasse aux propos racistes proférés par l’un de ses cadres – lire l’article sur lemonde.fr : Le numéro 2 du Front national de la jeunesse, Davy Rodriguez, suspendu pour propos racistes) cerné par des affaires judiciaires lourdes, des conflits de personnes larvées nourris de haines cuites et recuites, des luttes de pouvoir, à bout de souffle dans les sondages et l’opinion…Bref ! Choses communes à nombre de partis politiques mais qui ont su s’en relever via une gestion pragmatique des difficultés survenues grâce à ses composantes souvent éclairées et cultivées. Situation inverse au Rassemblement National où se bousculent pelle-mêle divers profils souvent vierges de toute expérience politique et aux capacités limitées en matière de règlement d’affaires quelconques. Est-ce à dire que Marine Le Pen a cherché, par ce changement de nom, à faire du neuf sur du vieux ou a posé un cautère sur une jambe de bois ? Peu importe à vrai dire et tout démocrate devrait se satisfaire des difficultés rencontrées par Le Rassemblement National. Mais gare cependant ! Car si l’expression politique institutionnelle et organisée qu’est le Rassemblement National est aussi l’ultime émanation d’un parti épuisé, en l’occurrence Le Front National, il reste encore dans le pays un terreau extrémiste, xénophobe et nationaliste qui n’a finalement guère besoin de parti pour s’exprimer. Et c’est bien là que le sens du mot démocratie doit prendre tout son sens.

Explication de texte

Accusés de transformer l’information ou de contribuer à alimenter de sombres complots, les médias doivent affronter la méfiance de leurs concitoyens et d’une certaine frange du monde politique. Et si cette crainte était liée à l’incapacité de nos sociétés à accepter leurs propres reflets. Explications.

Il est fréquent en démocratie de s’en prendre ouvertement aux journalistes et aux médias. La proie est facile et si elle peut mordre, la morsure sera toujours interprétée comme la réaction à une vérité que la victime aura eu le malheur et le courage de dire. Ainsi, depuis quelques semaines, de nombreux acteurs du monde politique, Laurent Wauqiez, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et outre atlantique, Donald Trump lancent à l’envi attaques et critiques contre les médias de leurs pays respectifs. Répétons-le il est classique dans une démocratie de s’en prendre aux vecteurs d’information accusés de pervertir, transformer, dénaturer ou interpréter selon ses envies ou ses orientations cette dernière. D’ailleurs la critique des médias n’est pas le seul apanage des acteurs de la vie politique ; le commun des mortels au café du commerce, sur internet ou sur les réseaux sociaux ne s’en prive pas, rendant les journalistes responsables de tous les maux. La question à cette heure n’est donc pas de savoir si les journalistes sont responsables de la faim dans le monde (rappelons aussi que certains d’entre eux exercent leur activité professionnelle dans la plus grande précarité) ou de la défaite à l’élection présidentielle de François Fillon mais plutôt de savoir pourquoi ils sont la cible de nombre de nos concitoyens.

Grandeur et décadence
Jouissent-ils de privilèges indus ? Non. Sont-ils au cœur de complots visant à déstabiliser l’ordre mondial ? Non. Et à ce propos un homme comme Donald Trump est certainement plus à même de bouleverser les équilibres internationaux plus que les journalistes qu’il honnit ouvertement. La réalité est peut-être finalement bien plus simple qu’il n’y paraît et renvoie à l’essence même de l’activité journalistique. Qu’es-ce qu’un journaliste ? Un transmetteur d’information, un individu qui s’abreuve de faits, qui absorbe les composantes complexes et multiples d’une tendance pour la restituer à ses lecteurs, ses auditeurs ou ses téléspectateurs. Voilà tout. Et le halo de crainte qui entoure cette profession est tout compte fait lié à l’incapacité pour ses détracteurs d’accepter la vérité simple et froide, aride et dépassionnée que les journalistes et médias s’évertuent avec conscience et éthique à diffuser. Certes cette acte de transmission est parfois maladroit, malheureux, malvenu…Bref ! Tous les qualificatifs n’y suffiraient pas mais il n’en reste pas moins que le métier de journaliste n’est pas celui de communicant et sa fonction première reste de montrer le monde dans sa beauté comme dans sa laideur, dans sa grandeur comme dans sa décadence. Critiquer à l’excès les journalistes et les médias au point de les insulter et de dévaloriser leur métier revient à renier et à refuser d’assumer notre monde. Evoquer les bidonvilles de Lagos ou de Buenos Aires n’est pas se vautrer dans le sensationnalisme ou le voyeurisme, c’est montrer aussi et avant tout que notre monde, voulu aseptisé, est aussi facteur de déséquilibre sociaux lourds et dont il faut accepter l’existence. Accuser les médias, comme nombre d’acteurs politiques, aux accents volontiers populistes et animés pas de basses fins électoralistes, de n’accorder la parole qu’à un panel choisi d’individu relève de la manipulation d’opinion quand ce n’est pas de la simple bêtise. « Mais les journalistes transforment tout ! » entend-t-on régulièrement ici ou là Mais que transforment-ils ? Le plomb en or ? Ne serait-ce pas la vérité qu’ils diffusent qui dérange ceux qui les accablent ? Pour conclure un débat qui n’aura certainement jamais de fin, rappelons, incidemment, qu’une presse libre et indépendante est un pilier de la démocratie. Lieu commun certes mais qu’il est bon de rappeler à l’heure où la superficialité et la médiocrité des rapports humains tendent à écarter toute réflexion au profit de raccourcis intellectuels fermés et hermétiques aux évolutions nécessaires auxquelles presse et journalistes contribuent aussi.

La mémoire du web

Poussée à se retirer du télé-crochet The Voice, Mennel incarne une catégorie d’individus, jeune et baignée d’insouciance, prompte à s’exprimer sur internet mais oublieuse de la notion de conséquence et de responsabilité. Sauf qu’Internet n’oublie pas.

Que retenir in fine de l’affaire Mennel ? Que TF1, chaîne consensuelle s’il en est, a voulu étouffer tout commentaire susceptible de nourrir de quelconques polémiques qui auraient attenté à l’un de ses programmes phares, ici The Voice. (Lire l’article sur : lexpress.fr : Messages complotistes: face à la polémique, Mennel quitte The Voice) Certes à ce jour l’affaire est close. Pourtant en y regardant de plus près, si cette affaire, en particulier, est derrière nous, d’autres en revanche pourraient dans les semaines, les mois ou les années à venir littéralement exploser. Comment ? Et bien tant que celles et ceux qui se rendent sur les réseaux sociaux continueront à s’exprimer sans réfléchir aux conséquences de leurs propos, les affaires Mennel ne cesseront d’émerger. Tant que les utilisateurs de Facebook, Tweeter ou autres s’exprimeront en toute insouciance sans la moindre notion du poids de leurs contributions, alors les archéologues du web, (ceux qui, patiemment et méthodiquement, écument les pages à la recherche du mot, de la phrase ou du commentaire jugé maladroit, pire xénophobe, homophobe, raciste ou complotiste, pour les livrer en pâture à des internautes friands de sordide), continueront, sans scrupule, à exhumer de quoi stopper net une ascension ou une carrière naissante, voire à ternir une réputation.

Traces et circonstances

Et là de constater le paradoxe d’internet, cet extraordinaire outil où chacun peut évoluer dans l’anonymat le plus complet pour devenir un jour peut-être une icône des réseaux sociaux. Des milliards de données souvent à l’intérêt secondaire, voire nul, qui peuvent soudainement à la faveur d’une circonstance se retrouver projetés sur le devant de la scène au point, et la jeune Mennel en a fait l’expérience, de briser les reins de son auteur. Car ce que semble avoir oublié bon nombre d’utilisateurs d’internet (y compris l’auteur de ces lignes) est qu’Internet est un gigantesque dépôt d’archives, où toutes traces numériques restent ancrées et imprimées au plus profond de serveurs informatiques lointains qui ignorent tout des contenus déposés mais qui les conserveront ad vitam. Y compris ce que certains nomment, à tort ou à raison, des erreurs de jeunesse. (Lire l’article sur liberation.fr : Mennel, une française ordinaire) Oui ! Internet à la mémoire longue. Que faire alors ? Premièrement, peut-être serait-il judicieux de rappeler que la notion de responsabilité incombe aussi aux utilisateurs du web et qu’aussi dépassée qu’elle puisse paraître, la responsabilité individuelle reste la clef de voûte de la complexité des rapports sociaux. Elle nourrit le respect d’autrui et de ses convictions. La liberté qu’offre Internet n’est qu’une liberté de façade car chacun y est surveillé et épié. Nul, derrière son écran, naviguant paisiblement sur Internet, n’est à l’abri des regards. Et chacun de nous s’y construit, volontairement ou involontairement, à coups de commentaires ou de sites fréquentés, une histoire et un passé que les circonstances de l’Histoire pourraient facilement interpréter.

Liberté d’expression ou bannissement

Ensuite et techniquement, comprendre que tout aussi libertaire que soit internet, cet outil suppose aussi d’apprendre à l’utiliser. Un jour, peut-être, pouvoirs publics et acteurs du web légiféreront sur la question pour éviter que des propos licencieux à tout le moins puissent être déposés sur la toile. La science mathématique est certainement assez avancée pour imaginer des algorithmes capables de détecter des commentaires déplacés ou susceptibles de heurter l’opinion. « Atteinte aux libertés fondamentales ! A la liberté d’expression ! Retour de l’ordre moral ! » s’écrieraient certains. A raison ? Il appartient à chacun de répondre à cette interrogation à l’aune de ses convictions mais objectivement tout propos appelant à la haine, faisant l’apologie du terrorisme ou voulant instaurer le doute sur des vérités avérées par des faits intangibles et reconnus peuvent être bannis de la toile. L’histoire d’internet ne s’écrit finalement que depuis une vingtaine d’années et les réseaux sociaux, aujourd’hui portés au pinacle du débat participatif seront peut-être dans plusieurs années rangés au rang d’avatars même si pour l’heure leur poids et leur influence, certainement surestimés, restent prégnants. Alors comme un homme averti en vaut deux…

La Corse, nouveau fruit de la discorde

Entre dialogue et fermeté affichée, Emmanuel Macron doit à son tour affronter la question corse. Pourtant, plus que le risque d’attenter à l’image de l’exécutif, c’est un risque de fracture au sein de la majorité qui pourrait se dessiner. Explications.

Il est bien des sujets sur lesquels la majorité parlementaire sera susceptible au cours du mandat du Président de la République de se quereller voire de se briser. Et la question corse figure au rang de celles qui présentent des risques sinon élevés du moins probables. Car en voulant incarner un changement attendu, du moins si l’on s’en réfère aux résultats des urnes, Emmanuel Macron a fait naître sur l’ensemble du territoire, Île de Beauté comprise, l’idée que nombre de choses étaient désormais possibles. Certes il peut y avoir un pas, quand ce n’est pas un gouffre, entre ce que l’on imagine réalisable et ce qui le devient réellement. Et la majorité parlementaire d’incarner le pouvoir capable de matérialiser les aspirations exprimées. Et là encore la question corse de s’inviter au débat qui n’a rien de nouveau.Voilà plus de quatre décennies – la création du Front de libération nationale corse (FLNC) datant de 1976 – qu’une partie de la population de l’Île appelle à l’indépendance ou à une très large autonomie. Passons sur les moyens employés, souvent violents comme l’assassinat du Préfet Erignac en février 1998, par le passé pour faire valoir cette revendication qui ne peut être niée.

Fruit et République

Plus pacifiquement et démocratiquement, l’automne dernier a vu Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni respectivement portés, suite à des élections locales, à la tête du conseil exécutif et à la présidence de l’Assemblée de Corse confirmant la volonté de ceux qui se sont rendus aux urnes de voir la Corse basculer dans le champ de l’autonomie. Et il sera désormais très difficile à Emmanuel Macron de négliger, comme l’on longtemps fait ses prédécesseurs, les doléances de ses interlocuteurs. Jusqu’alors la fermeté dans le cadre de la République prévalait : La République française est une et indivisible. Or la Corse faisant entièrement partie de la Métropole et de la République, elle ne pouvait en être exclue, y compris sous les coups de boutoir d’une revendication nationaliste, pacifique ou violente. Parallèlement et a contrario, les nationalistes avancent aujourd’hui comme argutie juridique à leur revendication l’article 74 de la Constitution qui régit le statut des collectivités d’outre-mer. Dilemme des plus épineux et contradiction des plus patentes quant l’on sait aussi que la Corse a élu, au sein de l’Assemblée territoriale, des représentants de La République en Marche qui ont signé le 7 février dernier une résolution émanant de l’Assemblée de Corse appelant le président de la République « à ouvrir avec les représentants élus de la Corse un dialogue sans préalable ni tabou » (Lire l’article sur lemonde.fr: En Corse, les élus territoriaux LRM rappelés à l’ordre par Paris: ). Certes rappelés à l’ordre par l’exécutif, il n’en reste pas moins que les six députés en question s’inscrivent désormais en faux avec la ligne défendue par l’Elysée.

Intégrité et velléités

Pour combien de temps, la question se pose aussi. Quelle sera leur position au sein de l’Assemblée nationale et quelle sera la position du groupe parlementaire à l’endroit de leur positionnement identitaire ? Christophe Castaner, le délégué général de LRM a précisé que cette position « n’était pas celle LRM ». Certes. Mais le vers est dans le fruit et la fracture se profile. (Lire l’article sur hufftingtonpost.fr : Corse: en attendant Macron, La République En Marche cherche encore sa voix) Ainsi, Emmanuel Macron, comme ses prédécesseurs, est donc confronté à la question corse, partagé entre la volonté de préserver l’intégrité territoriale de la République et l’envie de résoudre un problème par le choix d’une autonomie des plus larges qui ouvrirait cependant la voie à de plus grandes velléités nationalistes corses ou issus d’autres régions de France. Car s’il est possible sans trop de dommages de refuser la construction d’un second aéroport à Notre Dame des Landes, il est plus difficile et plus risqué de contester la volonté d’une assemblée élue démocratiquement et qui entend porter la voix d’un peuple, fut-il contesté, moqué ou brocardé dans son identité.

Et ainsi naquit l’Homo consomminus

Confrontées à une crise de leurs modèles économiques, nos sociétés contemporaines devront inventer de nouveaux modes de consommation en adéquation avec le XXIème siècle. Explications.

L’annonce par Alexandre Bompart, Président-Directeur-Général du Groupe Carrefour, de la suppression prochaine de 2.400 emplois associée à la fermeture de plusieurs sites de distribution et le lancement d’investissements à venir dans le e.commerce (lire l’article dans lesechos.fr : Carrefour : les mesures phares de Bompard) traduit nombre de mutations à même de s’interroger sur le devenir de nos modes de consommation. Inutile ici de s’attarder sur les détails de ce plan propre au neuvième distributeur mondial mais intéressons nous plutôt aux évolutions sous-jacentes qui ont poussées le distributeur à de telles décisions. D’aucuns argueraient, et à raison, de la toute puissance d’internet qui a révolutionné le commerce dans son ensemble. D’autres, toujours à raison, invoqueraient la crise réelle de l’hypermarché car trop grand, trop anonyme,..etc. Les plus pessimistes y voient la fin programmée à longue échéance de la grande distribution (pourtant inventée par les Français dans les années soixante pour ensuite se répandre à la surface du globe).

Obsolètes et débilitantes

Tous ces arguments sont valables et pertinents mais à l’heure où la superficialité et la médiocrité (dont pourrait aussi aisément traiter ces quelques lignes) semblent être devenues des modes de fonctionnement récurrents pour une grande partie de nos sociétés contemporaines, la crise traversée par le distributeur français, et d’autres certainement qui préfèrent peut-être taire pour l’heure leurs difficultés, illustre peut-être la volonté de rompre avec des pratiques jugées désormais obsolètes et débilitantes mais aussi la crise de modèles économiques désormais dépassés. Rassurant ? Oui et non. Oui car le rituel du pèlerinage hebdomadaire dans les grandes enseignes de distribution qui prévaut encore aujourd’hui est devenu pour nombre d’entre nous aussi épuisant que vide de sens. A l’heure où le commerce en ligne offre tout, pourquoi encore se rendre dans les temples de la consommation aveugle où s’entasse un public blasé et dont l’imagination a été sapée par l’abondance de biens (même si celle-ci ne nuit pas !) ? Parallèlement, les crises sanitaires à répétition (l’exemple Lactalis en est le dernier exemple en date) poussent le citoyen-consommateur à la prudence, voyant peut-être dans la grande distribution un acteur peu regardant sur le contenu de ses rayonnages. En outre, le romantisme qui entoure le principe du circuit-court (absence d’intermédiaires entre consommateurs et producteurs) au point d’en faire une réalité, sinon dangereuse pour la grande distribution du moins un élément à ne plus négliger (lire l’article sur l’expansion.l’express.fr: Les hypers lorgnent le marché naissant des « locavores ») , a fini par convaincre un nombre croissant de consommateurs soucieux de s’extraire de la logique abrutissante de la consommation de masse.

Civilisation et innovation

Mais tous ces arguments ont aussi leurs pendants négatifs. Au premier rang d’entre eux une question : si la grande distribution marque le pas (sans être amenée à mourir demain) qu’est-ce qui la remplacera ? Les circuits-courts aussi séduisants soient-ils ne sont pas capables de nourrir la planète entière. Le bio ? Trop limité dans ses capacités de productions même si elles restent à étudier. Les crises sanitaires ? Tout aussi déplorables et inquiétantes qu’elles puissent être, elles se reproduiront fatalement tant la masse alimentaire à pourvoir est gigantesque. Alors se pose la question simple de la création d’un nouveau modèle de consommation qui peut certes passer par internet ou les circuits-courts mais pas uniquement. « Lesquels alors ? » questionneraient certains. Et bien c’est le propre de chaque civilisation, aux heures clefs de son histoire d’inventer, de créer, et d’innover, ici de générer de nouveaux modes de consommation. En un mot repenser un homo consomminus du XXIème siècle.

Crash démocratique

L’abandon du projet de Notre-Dame-des-Landes interroge sur le fonctionnement démocratique d’institutions où l’expression populaire se retrouve bafouée par un exécutif omnipotent. Explications.

Nombre de commentaires ont ponctué la décision de l’exécutif d’abandonner le projet aéroportuaire de Notre Dame des Landes. Certains saluent la décision prise, d’autres la condamnent, crient au déni de démocratie, d’autres au principe de réalité,…Bref ! Tous les avis sont en l’état valables pour légitimer le choix fait. Pour autant, la décision en question, indépendamment de son orientation, interroge certes sur le fonctionnement de notre démocratie, mais aussi et surtout sur des institutions pour le moins, et en l’état, particulièrement radicales. Ces institutions, celles de la Vème République en l’occurrence, bien que révisées au cours de la décennie passée (la dernière révision constitutionnelle sa été validée en juillet 2008), laissent encore au Président de la République, ici Emmanuel Macron, le choix de bafouer une expression populaire qui s’était, rappelons-le, exprimée pour la création du site aéroportuaire en 2016 dans le cadre d’un référendum local (55% de votes favorables contre 45% de votes défavorables). Quoi de plus démocratique que cela !

L’expression et la négation

Car ce qui choque dans cette affaire désormais close de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, ce n’est pas tant la décision prise que la possibilité pour le premier représentant de l’Etat, élu au suffrage universel, donc partiellement par ceux qui se sont exprimés lors du référendum local, de nier sans scrupule une expression populaire, légale et démocratique. Et la situation de nous interroger sur la possible nécessité de se pencher, une fois encore (car le débat n’est pas clos) sur notre constitution qui autorise la tenue de référendums locaux mais autorise le Président de la République à s’en laver les mains quel que soit le résultat. Et avec l’Enquête d’utilité publique et les 189 décisions de justice validant le projet lancé en 1963 ! Cette décision, qui confirme une fois encore la verticalité de nos institutions, en dépit du processus de décentralisation engagé depuis bientôt quatre décennies, n’est en rien encourageante pour les grands projets d’aménagements lancés depuis de nombreuses années à l’image des ligne à grande vitesse qui pourraient voir là le préambule à une fin programmée à défaut d’être officiellement enterrées. Que convient-il alors de penser au regard de ce choix ? Que la raison l’a emportée sur la passion, que le courage a cédé le pas à la lâcheté ? Chacun apportera sa réponse à l’aune de ses propres convictions. Mais peut-être qu’il serait opportun en parallèle de s’interroger sur la pertinence d’institutions par trop jacobines et centralisatrices et ce au détriment de l’expression démocratique. Sans cela, il sera difficile dans les années à venir de pourvoir évoquer tout en restant crédible le fonctionnement démocratique de nos institutions.

Lettre à nos très chères bagnoles…

L’abaissement la vitesse autorisée sur les routes départementales et nationales génère déjà ires et commentaires. Mais si la mesure s’avère in fine anecdotique, la grogne suscitée traduit aussi une inquiétude réelle sur l’avenir de l’automobile et sur son rôle central à nécessairement repenser.

L’annonce du prochain abaissement de la vitesse autorisée sur voie départementale et nationale sans séparation de 90 à 80 km/h n’a pas manqué, loin s’en faut, de provoquer moult commentaires, notamment chez les partisans du maintien de la vitesse autorisée actuelle. Plusieurs raisons ont été invoquées par ces même partisans : inutilité de la mesure au regard d’autres causes plus flagrantes d’accidents telles que l’usage du téléphone mobile au volant, l’absorption d’alcool ou de substances illicites (voire les trois conjuguées), distances de sécurité non respectées,…Bref ! Autant de raisons certes audibles mais qui trouveraient sans mal des contradicteurs, forts, qui plus est, de statistiques accablantes sur la responsabilité de la vitesse excessive dans la mortalité routière. D’autres argueront en revanche que la proposition du Gouvernement ne repose pas sur une étude sérieuse car menée sur une période d’observation trop courte. Là encore le débat s’annonce sans fin et c’est bien là que la bât blesse car cette joute verbale infinie tourne autour d’une réalité plus simple et plus pragmatique.

Puissance et mobilité

Les Français n’aiment pas que l’on touche à leur bagnole ! C’est ainsi. Naturellement, il ne s’agit pas d’un motif suffisant pour cesser toute politique visant à réduire le nombre d’accidents, bénins ou mortels, sur les routes mais il pousse à s’interroger sur le rapport que nous entretenons avec nos voitures. Pour l’immense majorité d’entre nous, elle est un outil indispensable pour se rendre sur notre lieu de travail (quand ce n’est pas un outil de travail à part entière), pour assurer des déplacements quotidiens impérieux et nécessaires. A cela s’ajoute aussi un dimension égotiste et un sentiment de puissance et de supposée réussite sociale propre à la voiture. Pour autant, aussi indispensable soit-elle devenue, est-elle nécessairement le seul moyen de locomotion existant ? Non évidemment. Mais elle reste le moyen central de locomotion, celui autour duquel tout gravite et qui s’assimile tant au sésame qu’à la solution unique censée résoudre le problème de mobilité. Et n’évoquons même pas son rôle économique ! Si, folle utopie que l’allégation qui va suivre, la voiture n’était plus le premier moyen de déplacement des Français (et de bien d’autres populations) d’aucuns n’auraient cure de ce futur abaissement de la vitesse autorisée. L’exacerbation des tensions autour de la question automobile est le fruit d’une l’incapacité actuelle de nombre d’entre nous de se projeter dans un avenir sans voiture et plus largement dans un avenir totalement différent où la voiture autonome et connectée aura remplacée la voiture soumise à la volonté de l’homme.

Le bouclier et l’iceberg

Ainsi, derrière la levée de bouclier qui s’annonce et qui finira par se dégonfler, se cache tout à la fois un sentiment d’agression mu par une inquiétude et une ignorance sur ce que sera le futur de l’automobile et du futur tout court. Car changer de mode de transport n’est que la partie immergée de l’iceberg. La révolution automobile, qui passera par la disparition à grande échelle du moteur à explosion et par l’émergence du véhicule connecté, électrique et autonome (donc libéré de toute influence humaine), ne sera que la portion congrue d’une révolution bien plus large qui modifiera nos habitudes culturelles, sociales, culturelle et économiques. Et que dire de la contrainte environnementale (réduction des émissions de CO² notamment) qui dicte aujourd’hui, et qui dictera plus encore demain, nombre de décisions à prendre même si l’usage de la voiture électrique pose d’autres questions d’essence environnementales à étudier aussi. Alors oui l’abaissement de la vitesse autorisée de 90 à 80km/h va générer grognes et mécontentements mais au regard du vent de l’Histoire, il ne seront que zéphyrs effacés par la modernité qui prendra tôt au tard le dessus. Et ni l’un ni l’autre ne parviendront à éviter la condamnation irrémédiable de la voiture à propulsion thermique.