Lettre à nos très chères bagnoles…

L’abaissement la vitesse autorisée sur les routes départementales et nationales génère déjà ires et commentaires. Mais si la mesure s’avère in fine anecdotique, la grogne suscitée traduit aussi une inquiétude réelle sur l’avenir de l’automobile et sur son rôle central à nécessairement repenser.

L’annonce du prochain abaissement de la vitesse autorisée sur voie départementale et nationale sans séparation de 90 à 80 km/h n’a pas manqué, loin s’en faut, de provoquer moult commentaires, notamment chez les partisans du maintien de la vitesse autorisée actuelle. Plusieurs raisons ont été invoquées par ces même partisans : inutilité de la mesure au regard d’autres causes plus flagrantes d’accidents telles que l’usage du téléphone mobile au volant, l’absorption d’alcool ou de substances illicites (voire les trois conjuguées), distances de sécurité non respectées,…Bref ! Autant de raisons certes audibles mais qui trouveraient sans mal des contradicteurs, forts, qui plus est, de statistiques accablantes sur la responsabilité de la vitesse excessive dans la mortalité routière. D’autres argueront en revanche que la proposition du Gouvernement ne repose pas sur une étude sérieuse car menée sur une période d’observation trop courte. Là encore le débat s’annonce sans fin et c’est bien là que la bât blesse car cette joute verbale infinie tourne autour d’une réalité plus simple et plus pragmatique.

Puissance et mobilité

Les Français n’aiment pas que l’on touche à leur bagnole ! C’est ainsi. Naturellement, il ne s’agit pas d’un motif suffisant pour cesser toute politique visant à réduire le nombre d’accidents, bénins ou mortels, sur les routes mais il pousse à s’interroger sur le rapport que nous entretenons avec nos voitures. Pour l’immense majorité d’entre nous, elle est un outil indispensable pour se rendre sur notre lieu de travail (quand ce n’est pas un outil de travail à part entière), pour assurer des déplacements quotidiens impérieux et nécessaires. A cela s’ajoute aussi un dimension égotiste et un sentiment de puissance et de supposée réussite sociale propre à la voiture. Pour autant, aussi indispensable soit-elle devenue, est-elle nécessairement le seul moyen de locomotion existant ? Non évidemment. Mais elle reste le moyen central de locomotion, celui autour duquel tout gravite et qui s’assimile tant au sésame qu’à la solution unique censée résoudre le problème de mobilité. Et n’évoquons même pas son rôle économique ! Si, folle utopie que l’allégation qui va suivre, la voiture n’était plus le premier moyen de déplacement des Français (et de bien d’autres populations) d’aucuns n’auraient cure de ce futur abaissement de la vitesse autorisée. L’exacerbation des tensions autour de la question automobile est le fruit d’une l’incapacité actuelle de nombre d’entre nous de se projeter dans un avenir sans voiture et plus largement dans un avenir totalement différent où la voiture autonome et connectée aura remplacée la voiture soumise à la volonté de l’homme.

Le bouclier et l’iceberg

Ainsi, derrière la levée de bouclier qui s’annonce et qui finira par se dégonfler, se cache tout à la fois un sentiment d’agression mu par une inquiétude et une ignorance sur ce que sera le futur de l’automobile et du futur tout court. Car changer de mode de transport n’est que la partie immergée de l’iceberg. La révolution automobile, qui passera par la disparition à grande échelle du moteur à explosion et par l’émergence du véhicule connecté, électrique et autonome (donc libéré de toute influence humaine), ne sera que la portion congrue d’une révolution bien plus large qui modifiera nos habitudes culturelles, sociales, culturelle et économiques. Et que dire de la contrainte environnementale (réduction des émissions de CO² notamment) qui dicte aujourd’hui, et qui dictera plus encore demain, nombre de décisions à prendre même si l’usage de la voiture électrique pose d’autres questions d’essence environnementales à étudier aussi. Alors oui l’abaissement de la vitesse autorisée de 90 à 80km/h va générer grognes et mécontentements mais au regard du vent de l’Histoire, il ne seront que zéphyrs effacés par la modernité qui prendra tôt au tard le dessus. Et ni l’un ni l’autre ne parviendront à éviter la condamnation irrémédiable de la voiture à propulsion thermique.

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