Voie bloquée à la SNCF ?

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Entre fermeté et grève perlée annoncée, les syndicats de cheminots devront ménager la susceptibilité d’usagers qui ont encore en mémoire la grève de novembre 1995. Droits réservés : pxhere.com

Le conflit opposant syndicats de cheminots et Gouvernement sur la réforme de la SNCF s’annonce dur même si la détermination de l’Etat pourrait avoir raison des partenaires sociaux conscients de leur image dans l’opinion. Explications.

Avec l’annonce d’un prochain mouvement de grève initié par la SNCF dans le cadre du projet de réforme de l’entreprise ferroviaire, les négociations entamées entre l’Etat et les partenaires sociaux prennent dés à présent un nouveau tournant (Lire lemonde.fr : Grève à la SNCF : le gouvernement tiendra bon, assure Bruno Le Maire ). Décidé à mener la réforme à son terme, l’Etat et avec lui le Président de la République font face aux syndicats de l’entreprise, décidés pour leur part à ne pas céder aux volontés du Gouvernement en particulier sur le statut de cheminot. Il n’est pas nécessaire ici de revenir sur les détails d’une réforme annoncée par Emmanuel Macron au cours de sa campagne présidentielle mais de passer celle-ci au crible de celle qu’en sont temps, en 1995, Alain Juppé avait tenté d’initier pour finalement abandonner le projet, perdre tout le crédit politique dont il jouissait alors et ouvrir une voie dégagée pour la Gauche plurielle de Lionel Jospin, grand vainqueur des élections législatives anticipées de 1997. Aussi, via le prisme de l’Histoire, est-il judicieux de penser que les syndicats de la SNCF auront raison de la détermination du Gouvernement.

Réforme et orientation

Plusieurs paramètres laissent à penser que non. Tout d’abord, l’état de l’opinion de 2018 est loin de ressembler à celui de 1995 encore largement baigné de notions de compromis voire de volte-face au nom de la nécessité de préserver une forme de statu-quoi somme toute confortable. Ensuite, la détermination d’Emmanuel Macron, qui s’appuie aussi sur l’évolution des mentalités au cours des vingt-trois ans écoulés, semble tout à la fois motiver et effrayer des syndicats cheminots, remontés contre une réforme jugée inique et injuste, loin des préoccupations de l’entreprise. Enfin, l’épreuve de force sur le point de s’engager, non sans une certaine violence, permettra à son vainqueur d’orienter, sinon en durablement du moins pendant une grande partie du quinquennat, la politique globale du Gouvernement. En cas d’échec, Emmanuel Macron et Edouard Philippe deviendraient les cibles faciles et dégagés d’adversaires politiques et syndicaux prêts à en découdre. Une réforme non aboutie ou une demie-réforme serait assimilée à une forme de volte-face prompte à ouvrir de multiples brèches dans la politique menée par le Gouvernement. Parallèlement, échaudés, pour ne pas dire effrayés par la diligence et la brutalité avec laquelle le Code du Travail a été modifié dans le cadre de la loi éponyme grâce aux recours aux ordonnances, les syndicats de cheminots savent que toute faiblesse serait fatale et que le Gouvernement peut à tout moment rompre le dialogue (option risquée à bien des égards alors qu’il a déjà été initié) et passer en force.

Usagers et opinion

Mais en annonçant le lancement d’un mouvement de grève de deux jours par semaine jusqu’au 3 juin, les syndicats de cheminots savent que les désagréments causés aux usagers seront moindre que ceux qui avaient prévalu en 1995, mouvement de grève qui avait durement écorné l’image de l’entreprise publique au point de braquer l’opinion contre elle. Conscients de cette réalité, les syndicats de cheminots espèrent dont par ce conflit, larvé et reconductible, entraver autant que faire se peut les négociations sans trop gêner des usagers prompts, à leur tour, à se retourner, tout comme en 1995, contre l’entreprise. Et de justifier les désagréments à venir par la position du Gouvernement à leur endroit expliquant ainsi qu’il n’y a guère d’autres solutions pour faire valoir leurs droits et sauvegarder l’entreprise. Certes. Mais cette grève, atypique et iconoclaste pour le moins, ne serait-elle pas finalement un aveu masqué de renoncement, preuve que le poids de l’opinion est plus fort que celui de contestation ?

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