L’Europe encore et toujours

Si le Brexit a pu menacer l’unité de l’Union européenne, il apparaît trois ans après le référendum britannique que l’Europe politique a su conserver son dessein initial en renvoyant la Grande-Bretagne a ses contradictions.

Beaucoup, pro-européens comme eurosceptiques, voire carrément anti-européens, voyaient la sortie la Grande-Bretagne de l’Union européenne comme une épreuve dont l’ensemble communautaire fondée en 1957 ne se relèverait pas. Et d’aucuns de pointer les risques inhérents à cette sortie, négociée ou non, en avançant le risque de voir la fièvre émancipatrice se propager dans toute l’Union. Et force est de constater qu’il n’en a été rien. Certes, entre le référendum britannique de juin 2016 et la sortie programmée le 29 mars prochain, le visage politique de l’Europe a changé. Les élections ont amené en Autriche, en Hongrie et en Italie, pays fondateur pour ce dernier, des gouvernements peu enclins à gouverner aux côtés de Bruxelles, voire à remettre en cause les fondements démocratiques de l’Union européenne mais aucun à ce jour n’a ouvertement et officiellement demandé sa sortie de l’Union. Car si celle-ci peut revêtir des aspects lourds, elle n’en reste pas moins porteuse d’avancées et d’avantages qui in fine pèsent plus que les inconvénients et les gouvernements à majorité ou les coalitions populistes l’ont très bien compris en dépit des critiques ou des menaces proférées à l’endroit de l’Union européenne.

Onde de choc et maturité

Que faut-il alors retenir de ce Brexit qui semble désormais inéluctable bien que plusieurs plans de secours semblent se faire jour sans pour autant s’apparenter à de vraies solutions ? (Lire l’article sur iris-france.org : http://www.iris-france.org/128692-plans-durgence-pour-le-brexit-vers-un-accord-sans-accord/ ) Pour autant, il apparaît que, trois ans après l’onde de choc du résultat britannique, l’Europe sort presque grandie de cette épreuve. Pour s’en convaincre, il suffit de se pencher sur les négociations engagées une fois la décision britannique du retrait entérinée. L’Union européenne a négocié avec fermeté, pied à pied avec les Britanniques afin d’accoucher du meilleur accord possible, entendez qui préserve les principes européens fondamentaux et originels sans pour autant négliger les aspirations britanniques. D’aucuns diraient, ce qui est assez rare dans l’histoire de l’Union européenne, que celle-ci a fait preuve de maturité, comprenant que les intérêts individuels des pays composants l’ensemble, fussent-ils puissants, ne pouvaient prendre le dessus sur l’ambition européenne. En laissant la Grande -Bretagne quitter l’Union européenne, et en laissant à son destin un pays souvent turbulent, toujours iconoclaste et partagé depuis trois siècles entre son continent d’origine et le grand large, comprenez les Etats-Unis d’Amérique pour des raisons historiques, linguistiques et économiques, l’Union européenne a donné l’image d’un ensemble politique cohérent avec son histoire et fidèle à ses convictions en renvoyant les Britanniques et notamment les parlementaires de la Chambre des Communes à leurs responsabilités : Acceptez ou non l’accord proposé, nous ne transigerons plus.

Emancipation et dommages collatéraux

Forte de cette nouvelle stature politique et diplomatique, l’Union européenne a aujourd’hui toutes les cartes en mains pour dessiner son avenir tout en faisant passer un message sans équivoque à ceux qui souhaiteraient la quitter : Nous ne braderons pas nos ambitions collectives pour satisfaire les intérêts particuliers de pays en mal d’émancipation. Ainsi, l’Union européenne n’interdit-elle à aucun peuple de quitter ses rangs mais précise, Brexit à l’appui, que le départ ne sera pas exempt de dommages collatéraux. Souvent brocardée pour son inertie et sa lourdeur, l’Union européenne a fait preuve durant les trois ans passés d’une rigueur et d’une fermeté dont peu l’imaginaient capable a fortiori les Britanniques partisans du retrait qui par leurs députés se sont opposés à l’accord proposé. En voulant préserver son dessein européen, en agissant comme un ensemble politique adulte et responsable, l’Union européenne a gagné en crédibilité à l’échelle internationale sans jamais se désunir ou en offrant le spectacle de pays en dissonance avec les ambitions originelles. Passée l’épreuve du Brexit, et quelle que puisse être l’avenir des relations entre la Grande-Bretagne et l’Union européenne, avec ou sans traité, reporté ou non, appliqué ou non, l’Europe a gagné en puissance. A elle désormais de l’exploiter avec justesse, audace et intelligence.

Que les gros salaires…

Les polémiques entourant la rémunération des grands chefs d’entreprises ont encore rebondi à l’occasion de l’affaire Carlos Ghosn. Mais ces polémiques ne répondraient-elles pas à des réactions épidermiques où se mêlent Histoire et sentiments humains ?

Outre les différents griefs retenus contre Carlos Ghosn, (actuel président de Renault et ancien président de Nissan) l’affaire au centre de laquelle l’homme d’affaires est aujourd’hui enlisé n’a pas manqué de réveiller la récurrente polémique portant sur la rémunération des chefs de grandes d’entreprise. Ironie du sort et de l’actualité celle-ci a aussi été relancée par la démission de Chantal Jouanno de son titre de coordonnatrice de la Commission du Grand débat national voulue par le président Macron (lire l’article sur rtl.fr : http://Commission nationale du débat public : Chantal Jouanno refuse de démissionner), et ce alors que montaient de nouveaux débats portant sur sa future rémunération (14.666 euros brut / mois). Pour autant, passés les faits précédemment évoqués, il n’est pas inutile de se pencher sur les raisons qui suscitent depuis tant d’années, en France en particulier, de telles polémiques sur la rémunération de certains de nos concitoyens. Plusieurs raisons pourraient l’expliquer.

Elite et aversion

L’Histoire de France peut ainsi apparaître comme un premier recours et notamment celle de l’Ancien Régime. Le royaume de France qui prévalait avant la Révolution Française était dominé par une élite sociale, la noblesse de robe et d’épée, qui puisait ses privilèges dans les premières heures de la construction du royaume. Vivant globalement dans une aisance financière et matérielle qui contrastait avec le dénuement ou les moyens limités du Tiers-état, cette noblesse aveugle n’a pas sur anticiper le bouleversement révolutionnaire de 1789 tout en imprimant à la France et à son peuple un profond sentiment d’aversion contre les élites d’une part, et d’autre part contre l’argent en tant que tel. Et il n’est pas erroné aujourd’hui d’affirmer que les Français ont un rapport compliqué avec l’argent, rapport rendu d’autant plus compliqué dans une société judéo-chrétienne comme la nôtre notamment. L’argent, alors inconsciemment ramené à l’image des Marchands du Temple, ceux là même que Jésus accusait d’avarice et de vénalité, prend alors une dimension coupable qui fait de celui qui en possède un être vil, dénué d’humanité car pétri par le goût du lucre. A lui d’expier d’une manière ou d’une autre. Autre explication, plus proche de nous encore, la portée de la dialectique marxiste via laquelle l’argent, facteur d’aliénation de l’individu et objet d’accumulation par les élites capitalistiques, travaille aussi à l’idée que l’argent, utilisé dans une logique libérale, promeut l’inégalité sociale. Autant de raisons audibles et valables qu’il appartiendra à chacun de juger ou de déjuger mais qui participent toutes, consciemment ou inconsciemment, à la polémique portant sur la rémunération de certains. Néanmoins, le raisonnement ne serait pas complet s’il ne faisait pas référence à un autre sentiment, somme toute humain, et qui agite aussi la polémique.

Jalousie et hypocrisie

Ainsi, devant le niveau de rémunération de certains, niveau qui a connu une réelle inflation depuis plusieurs années désormais dans le secteur privé en particulier (Chefs d’entreprises, sportifs de haut niveau, artistes,…), beaucoup arguent de l’indécence des salaires versés. « Trop élevés ! Injustifiés ! Anormal ! » crient certains devant les sommes allouées. Certes. Mais derrière le prétexte de l’indécence sensée dénoncer les salaires versés, ne se cacherait-il pas une forme de jalousie non avouée et d’hypocrisie malsaine ? Jalousie car ceux qui dénoncent aujourd’hui ces montants d’ailleurs versés selon des critères (compétences, expériences, diplômes,….), certes discutables, refuseraient-ils ces mêmes salaires si l’on devait les leur verser pour leur activité actuelle ? Hypocrisie car en ignorant volontairement le fait que nous vivons dans une économie de marché où les salaires répondent aussi à la loi de l’offre et de la demande, nous nions une réalité économique que nous refusons d’assumer. Et à feindre de savoir que le libéralisme économique et le capitalisme génèrent des inégalités sociales que nous sommes toujours prompts à dénoncer quand nous considérons en être victimes, nous reflétons encore l’image d’une société capricieuse et immature. Ainsi, apparaît-il que la polémique et les débats sur les salaires versés aux chefs de grandes entreprises, sportifs ou autres n’a pas réellement de sens car fondés sur des sentiments humains qui relèvent naturellement de la subjectivité et non de l’objectivité qui supposerait alors une analyse complexe et extrêmement détaillée de la valeur ajoutée des compétences, de l’expérience et des diplômes de chacun, ainsi que leur place et leur rôle dans le circuit économique contemporain. Tâche ardue s’il en est.

Alexandre Benalla n’est pas Machiavel

L’affaire Benalla ne révélerait-elle pas une forme de dérive morale de notre société au profit d’une superficialité et d’une médiocrité devenues principes de fonctionnement ? Y compris au plus haut sommet de l’Etat. Tentative d’explication.

Il y a dans l’affaire Benalla comme un parfum gênant d’amateurisme, de ceux qui ridiculisent une fonction et des institutions tout aussi vénérables que puissent être celles de la cinquième République. A croire que cet homme, sur lequel l’on a beaucoup écrit (ici encore…!) et beaucoup dit, lui-même se prêtant au jeu de l’interview et de l’audition devant la commission parlementaire pour expliquer les faits et gestes qui furent les siens lors du Premier Mai dernier. Et voilà que l’homme que l’on pensait loin des couloirs du pouvoir a été trahi par l’utilisation d’un passeport diplomatique utilisé dans le cadre d’affaires privées menées en Afrique. (Lire l’article dans lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/politique/article) C’est à croire qu’Alexandre Benalla est devenu le mauvais génie de la présidence, la face cachée d’une campagne électorale menée tambour battant et d’une accession au pouvoir suprême aussi fulgurante que stupéfiante. Et que dire de l’exercice du pouvoir en tant que tel par Emmanuel Macron qui vit depuis plus de six mois dans la crainte d’un rebondissement de l’affaire, qui vient par ailleurs d’arriver, et la peur de nouvelles frasques de son ancien collaborateur, appelons-le ainsi.

Ombre et existence

Comment expliquer alors le cas Benalla avant d’en venir à l’affaire proprement dite qui reste somme toute assez banale ? Entre médiocrité et ambition, ego surdimensionné et soif de reconnaissance, Alexandre Benalla s’est immiscé dans la trajectoire de la comète Macron. D’abord en queue, invisible et inconnu, comme peuvent l’être ces hommes qui entourent les personnalités médiatiques, que l’on voit sans voir, des ombres que l’on oublie avant même de les avoir vues, ensuite en pleine lumière, un jour de mai 2018, arborant fièrement et de manière imbue et abusive un brassard de la Police nationale. Aujourd’hui révélée, la possession d’un passeport diplomatique par Alexandre Benalla vient confirmer une forme de toute puissance recherchée par cet homme longtemps transparent mais qui a su profiter de l’instant Macron comme d’autres, rares, avant lui ont su le faire pour donner sens à son existence. (Lire l’article dans le figaro.fr : http://www.lefigaro.fr/politique) Il y a dans cette manigance à grande échelle un certain talent. Certes nous ne sommes pas dans l’élégance raffinée d’Arsène Lupin, (reconnaissons que l’analogie est flatteuse et osée) mais elle confine à une vraie gageure. Pourtant, l’homme en question est-il réellement le seul responsable de cette nouvelles affaire, tout comme de la précédente ? D’aucuns crieraient que oui et à raison puisqu’il est censé être responsable de ces actes. Mais au-delà, ceux qui lui ont accordé leur confiance, lui ont laissé la bride sur le cou et délivré un passeport diplomatique sont tout aussi responsables que lui.

Hiérarchie et réalité

Et puis il y a aussi un autre coupable, invisible et pernicieux, (et pernicieux parce qu’invisible), que l’on qualifiera rapidement d’air du temps. Celui où la méritocratie républicaine a cédé le pas à la médiocrité institutionnalisée. Comment expliquer alors qu’un Alexandre Benalla, certes aidé par un entourage complice, ait pu se hisser à un tel niveau sinon de responsabilités du moins à un tel niveau au sein de la hiérarchie élyséenne au point d’être investi de fonctions diplomatiques représentatives que supposent la possession d’un tel passeport ? Car Alexandre Benalla n’est pas Machiavel et Emmanuel Macron n’est pas César Borgia (encore heureux soit dit en passant). Ainsi, l’affaire Benalla ne doit-elle pas occulter une autre réalité qui structure aussi et en partie notre société, celle d’une facilité nouvelle générée par le culte de l’apparence et de la superficialité où le contenant a remplacé le contenu, où la forme a dompté le fond, où la séduction du discours a remplacé le sens des mots et des actions. C’est aussi ça l’affaire Benalla.

Un gilet pour mieux respirer

Si le mouvement des Gilets jaunes semble marquer le pas, la contestation qu’il porte est aussi une bouffée d’oxygène pour une démocratie endormie qui a oublié ses origines révolutionnaires.

Est-ce l’approche des Fêtes de fin d’année, la lassitude, somme toute légitime des manifestants, ou les annonces du président de la République qui sont à l’origine de la faiblesse, toute relative cependant, de la mobilisation des Gilets Jaunes samedi 14 décembre à Paris ? Il n’y a pas ici, comme souvent d’ailleurs, une seule explication mais certainement la conjonction des trois paramètres et d’autres qui inconsciemment nous échappent encore. Pour autant, alors que le mouvement semble désormais plus proche de la fin que du début, et aussi éruptif qu’il fût, une chose est sûre : il y a en France aujourd’hui une frange de la population longtemps ignorée, du moins négligée, qui a fait trembler la République. Quoi que puissent en penser le Président Macron et le Gouvernement, la France a connu un de ses plus violents et profonds épisodes contestataires depuis de nombreuses décennies. Aussi désordonné qu’il ait pu paraître, le mouvement a confirmé la force d’une France avec laquelle il faudra désormais compter.

Récupération et pronostics

On peut comprendre le peu d’empressement du pouvoir actuel à répondre aux injonctions des manifestants qui appellent à une dissolution de l’Assemblée Nationale car au vue du mois passé, rien, absolument rien, ne saurait garantir un quelconque résultat dans un sens ou dans l’autre. Et que dire de la revendication portant sur un Référendum d’initiative citoyenne…Un autre enseignement à tirer de cette crise est le naufrage complet et total des partis politiques qui,avec ou sans finesse, ont essayé de récupérer un mouvement justement irrécupérable car décérébré, sans hiérarchie officielle ou tête pensante. Les Gilets Jaunes, et c’est leur force,sont insaisissables car protéiformes, imprévisibles car dénués de toute logique politique pré-établie. Invisibles dans les radars des sondages toujours prompts à jouer les médiums, transparents dans les discours politiques des partis actuels, les Gilets Jaunes ont déjoué tous les pronostics. Politiques, médias, sondeurs,chercheurs,….sont tous passés à côté. Les raisons : un mouvement aussi soudain qu’inconnu, aussi volatile qu’incongru qui s’est révolté contre une hausse jugée insupportable du prix des carburants. Les Français, peuple discipliné au possible, souvent prêts à tout accepter, avaient jusqu’à l’éruption des Gilets Jaunes, perdus leur âme révolutionnaire, elle-même sapée par la douceur du confort soyeux qu’apportait l’Etat-Providence et la société de consommation. Mais voilà qu’un jour de novembre, les oubliés de la croissance, les besogneux de la France d’en bas ont dit que cela suffisait. Il y a finalement quelque chose de rafraîchissant dans le mouvement des Gilets Jaunes, indépendamment des inacceptables et intolérables violences qui ont terni le mouvement, à savoir cet aspect enthousiaste et contestataire,révolté et presque candide. Naturellement d’aucuns argueront, et à raison, que l’on compte parmi eux des individus aux positions politiques extrêmes incompatibles avec l’idéal républicain. C’est juste et il conviendra dans les moins à venir à veiller à ce que les formations extrémistes ne capitalisent pas ce mécontentement à leur crédit. La prudence dans tous mouvements populaires s’impose toujours. Pour autant, les Gilets Jaunes ont été, et sont encore,une bouffée d’oxygène pour une démocratie, la nôtre, enlisée dans une routine lénifiante qui avait oublié à quoi pouvait ressembler une vraie contestation avec ses points positifs comme négatifs. Alors ne retenons que le positif !

La France de Macron et la France des Gilets Jaunes

La crise des Gilets Jaunes révèle l’existence de deux France que beaucoup opposent : Principes, histoire, croyances, ambition. Ni l’une ni l’autre ne cédera. Et l’issue de la crise de peut-être se trouver dans la disparition de l’un des deux.

Nombreux ont été et nombreux seront les commentaires écrits ou à écrire sur le mouvement des Gilets Jaunes. Il est probable que l’Histoire retienne sous le vocable de crise sociale lourde et majeure du quinquennat Macron cet épisode de contestation émaillé de violences sidérantes. Pourtant, avant des’intéresser à la trace que laissera cet épisode dans les mémoires, arrêtons-nous un instant sur le portrait de la France de 2018, celle d’Emmanuel Macron mais pas seulement la sienne car c’est bien là que le bât blesse. Tout au long de sa campagne électorale, Emmanuel Macron n’a eu de cesse de répéter de vouloir changer le destin du pays en réformant de l’intérieur un des plus vieux Etat du monde. Pour résumer le plus synthétiquement possible, sans tomber dans la caricature, l’homme voulait donner à la France les allures d’une start-up, moderne et connectée, jeune et dynamique,enthousiaste et prête à embrasser le XXIème siècle avec fougue et passion. C’était, et c’est très certainement secrètement encore son ambition.

Nouveau Monde et blocages

D’autres avant lui avaient essayé d’assimiler la France à une entreprise qui n’attendait qu’un gestionnaire à la poigne de fer, à l’image de Nicolas Sarkozy, qui on s’en souvient voulait « aller chercher la croissance avec les dents ! » L’image était originale mais l’homme a dû reculer et céder pour finalement quitter piteusement l’Elysée.Emmanuel Macron fort de cette expérience, pensait en revanche,épouser son temps et plonger la France dans le Nouveau Monde en faisant fi des réticences et des blocages, bref de l’Histoire d’un pays où la modernité côtoie encore de puissantes et profondes habitudes dont chacun jugera de la pertinence. Erreur de jeunesse ou infernale hubris qui lui attira la foudre des dieux ! Face au président quadragénaire, une population composite où se retrouvent partisans et détracteurs, indécis et indifférents, ces derniers peu portés sur la vie politique, souvent abstentionnistes,vivent globalement un quotidien terne et fade, loin des préoccupations du monde politique. Et ce sont eux qui constituent aujourd’hui l’essentiel du contingent des Gilets Jaunes, des hommes et des femmes dépassés par le monde et ses mutations, submergés par les nouvelles obligations dictées par l’adaptation forcée au processus de mondialisation au défi environnemental, terrifiés par la couleur libérale que le Président Macron entend donner à la social-démocratie qu’il défend.

Illusion et revendications

A l’arrivée, deux mondes qui s’opposent et s’entendent mal (Lire lemonde.fr www.lemonde.fr/politique/article/2018/12/08/)  D’aucuns évoqueraient une fracture sociale pour reprendre la dialectique de Jacques Chirac lors de la campagne présidentielle de 1995 mais le mal est certainement plus profond car deux France sont désormais en concurrence, le comble dans un monde où le marché fait loi. Espérer les réconcilier est illusoire car l’une et l’autre sont viscéralement attachées à leurs principes et leurs idées. Les Gilets Jaunes se vivent et se sentent victimes d’une marche en avant forcée vers un monde qui les terrorise car inconnu et dans lequel leurs croyances et leurs principes n’auraient aucune prise ; l’autre France, plus ou moins en adéquation avec le discours macronien sans pour autant renier les revendications des Gilets Jaunes, prête à franchir le pas à condition que celui-ci ne s’accompagne pas d’une chute trop violente, comprenez que les amortisseurs sociaux ne soient pas démantelés. In fine, un constat à l’interprétation cruelle s’impose : puisque ni l’un ni l’autre ne cédera, l’un ou l’autre devra disparaître. Mais lequel des deux ?

Condorcet au secours des Gilets Jaunes

Entre contestation protéiforme et absence de cohérence intellectuelle, le mouvement des Gilets Jaunes brille aussi par une certaine méconnaissance du système qu’il dénonce. Au risque de rapidement se décrédibiliser.

Alors que la France se déchire sur la question des Gilets Jaunes, sur les violences concomitantes au mouvement et sur le ras-le-bol fiscal qui étoufferait le pays, pourquoi ne pas s’attarder sur l’un des plus pertinents aphorismes de l’un des plus fertiles penseurs du XVIIIème siècle, à savoir Condorcet. « Il faut enseigner ce qui suffit à ne point dépendre », cette citation prend ainsi au regard des événements actuels et de la contestation qui l’épouse tout sons sens. Comment ? Et bien en analysant la portée du propos du mathématicien et philosophe, l’on devine combien celui-ci croyait et plaidait pour l’émancipation de l’individu par le savoir et la connaissance. Une fois libéré des chaînes de l’obscurantisme qui le retient prisonnier de l’ignorance, l’Homme peut ainsi accéder à un niveau de compréhension de son environnement et des évolutions de ce dernier. Or, à ce jour, nous entendons en France un discours somme toute assez flou, composé de revendications des plus farfelues aux plus réalistes mais toutes noyées dans un mouvement hétéroclite où prédomine une ignorance évidente du système pour lequel le pays a opté voilà des décennies.

Ignorance et punition

Ce système, dénoncé aujourd’hui, c’est l’Etat-Providence, celui qui permet à chacun de nous de profiter de services publics ou d’actions publiques diverses qui vont de l’hôpital à l’école en passant par les allocations sociales si utiles et vitales pour les plus démunis. Les exemples ne manquent pas. Et preuve de cette ignorance, le leitmotiv permanent des Gilets Jaunes prompt à dénoncer pelle-mêle les taxes et les impôts dans un même paquet qui n’aurait que pour but d’étrangler les populations. Rappelons-le, au sein d’un Etat-Providence, l’impôt et la taxe, pour reprendre la dialectique actuellement employée, n’ont rien de ponctions punitives mais sont l’illustration matérielle de la contribution financière de chacun à la richesse nationale en vue de redistribution. Certes, l’on peut arguer que le montant du prélèvement fiscal global est lourd en France (56% des revenus – Lire l’article sur lefigaro.fr : http://www.lefigaro.fr/impots) mais ce prélèvement, essentiel dans un Etat-Providence fait de la France un des pays les plus confortables du monde et des mieux lotis au point de vue socio-économique. Que le système en question recèle des failles, des gabegies, des erreurs voire des sur-impositions, personne n’en disconvient mais demander plus d’étatisme sans le financement par l’impôt est proprement impossible. Hurler à la dictature de la taxe et de l’impôt avait un sens en 1789 quand la richesse produite était ponctionnée à des fins purement personnelles sans la moindre optique de redistribution par le monarque absolu mais en 2018, le discours n’a plus de sens et de raisons d’être. Supprimer l’impôt ou les taxes reviendrait à tuer l’Etat-Providence, celui à qui l’on demande justement aujourd’hui plus d’efforts et d’interventionnisme. Et Condorcet dans tout cela ? Son aphorisme, fort à propos, est alors à considérer comme une invitation à la réflexion et l’étude, non celle qui pousse le chercheur et le penseur dans un univers déconnecté, mais celle qui incite chacun de nous à se pencher sur les fondements du système qui est le nôtre, à nous verser dans le texte et non dans l’insulte pour comprendre et non combattre un Etat-Providence non pas fatigué mais mal appréhendé. Précisons-le, il appartient à chacun de s’abreuver aux sources du savoir afin de donner corps à sa réflexion, car, associé à des violences fruits de casseurs obtus, le mouvement des Gilets Jaunes tend à se décrédibiliser.

Un si fragile gilet

Sans préjuger de son avenir, le mouvement des Gilets Jaunes traduit aussi l’existence d’une conscience écologique à deux vitesses. L’une supposée prête à consentir aux efforts nécessaires, la seconde effrayée et ancrée dans un quotidien qu’elle imaginait figé. Explications.

Après les incidents survenus samedi 24 novembre à Paris dans le cadre de la manifestation des Gilets Jaunes, se pose désormais la question du souvenir que laissera le mouvement sensé à l’origine contester la hausse du prix du carburant ? Echaudés par une politique macronienne aux accents jupitériens et à la verticalité assumée, les Gilets Jaunes ont fait valoir avec force agitation leurs arguments dans une capitale ébahie. (Lire lefigaro.fr : Jean-Pierre Le Goff : «Les gilets jaunes, la revanche de ceux que l’on a traités de “beaufs” et de “ringards”» ) Pour autant, loin des dégradations générées, il n’est pas inopportun de s’interroger sur l’identité de celles et ceux qui depuis le 17 novembre multiplient les opérations escargots,occupent les péages ou ralentissent le trafic automobile dans les différentes agglomérations du pays.

Silence et contrainte

Beaucoup ont évoqué cette France périphérique, noyée dans un concept géographique contesté sans être nécessairement totalement invalidé, cette France composée de rurbains, contrainte d’utiliser son véhicule pour tous les jours se rendre sur son lieu de travail ou se déplacer pour diverses raisons, silencieuse et besogneuse, loin de l’agitation médiatique et qui se sent comme oubliée ou délaissée par l’Etat ou la collectivité. Il appartiendra à chacun de juger de la pertinence de ce concept et des réalités qu’il essaie d’englober mais il n’est cependant pas erroné d’affirmer qu’il existe en France aujourd’hui une frange de la population pour laquelle la contrainte environnementale (celle qui justifie pour le Gouvernement la hausse de la Taxe intérieure de consommation de produits pétroliers –TICPE) reste encore floue et absconse, sans effet concret ou visible,donc au pire injustifiée ou mieux prématurée. Sans nier ou contester le réchauffement climatique, cette frange de la population ne semble pas avoir intégré la nécessité de désormais changer de mode de vie afin de ne pas hypothéquer l’avenir. Enfermée dans des certitudes où seules prévalent pouvoir d’achat et difficultés du quotidien, cette France dite silencieuse vit la hausse des carburants et plus globalement la politique menée par le Gouvernement comme une forme agression à son mode de vie, une atteinte à son confort chèrement acquis et pour lequel certains sacrifieraient beaucoup. Il apparaît ainsi que la conscience environnementale propre à chacun et que chacun nourrit à l’aune de ses convictions et de ses actes prend l’aspect d’une logique à deux vitesses :une prête à consentir à l’effort, l’autre préoccupée, et il serait difficile de la blâmer, par le pragmatisme du quotidien.

Effroi et puissance naturelle

Il serait inutile et méprisant de vouloir opposer une élite éclairée consciente des enjeux environnementaux et une masse protéiforme, inculte et ignare de ces propres enjeux qui s’arc-bouterait sur un univers pétri de réalité accablante (Lire lemonde.fr : Gilets jaunes » : « Les élites parlent de fin du monde, quand nous, on parle de fin du mois »). L’analyse sociologique qui en découle est plus fine et complexe qu’une simple opposition frontale et manichéenne, source d’incompréhensions de part et d’autre. In fine, le mouvement des Gilets Jaunes révèle l’existence d’une population effrayée par la puissance de la Nature et mais surtout par les efforts que celle-ci nous impose à court terme quand cette même population pensait le temps et l’espace figés, seulement rythmés par des décisions étatiques qui amélioraient ou assombrissaient leur quotidien. Et les raisons de ces réflexes de défense sont multiples et pas seulement dictées par un quotidien laborieux : isolement spatial et culturel, sentiment d’abandon et de déclassement figurent aussi au rang des raisons susceptibles d’expliquer un mouvement trop hétérogène pour pouvoir survivre dans le temps. Car à terme, submergés par la volonté de la majorité de mener une vie sinon paisible du moins exempte de débordements, les Gilets Jaunes s’en retourneront eux-aussi à leur quotidien.

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D’hommages et dommage ?

La fin des célébrations du centenaire de la Première Guerre mondiale ne laisse pas sans interroger sur les rapports des Français à l’Histoire. Et si ces derniers avaient tout simplement changé ?

Alors que se sont achevés, avec la commémoration de l’Armistice de 1918, les quatre ans de célébration de la Première Guerre mondiale, il convient peut-être de s’interroger sur la trace historique et sociale que laissera cet épisode commémoratif. Certes les livres d’Histoire continueront à évoquer le Premier Conflit mondial, et note sera faite des célébrations du centenaire, mais globalement que restera-t-il de l’épisode 2014-2018 avec comme point d’orgue le 11 novembre 2018 ? D’aucuns l’affirment : Les Français aiment l’Histoire et leur Histoire en particulier. L’affirmation qui peut valoir de réponse est peut-être péremptoire car rien aujourd’hui ne vient totalement la confirmer. Et s’appuyer sur le succès remporté par les documentaires télévisés ou les émissions dédiées à la matière ne suffit pas à en faire une règle absolue. Autant le dire sans fard, les jeunes générations, celles qui écriront les livres d’Histoire demain semblent n’avoir cure des obsessions mémorielles ou de la nécessité d’entretenir une trace historique qui leur paraît des plus lointaines.

Trace et poids

Certains crieraient au scandale voire au blasphème pédagogique mais c’est un fait : les quatre ans de commémorations passés ont certainement plus été marqués par les événements nationaux et internationaux (Attentats terroristes, tensions diplomatiques…) que par le poids et la trace de la succession des célébrations sensées redonner vie à un conflit centenaire. Erreur de programmation ou surestimation du poids de l’Histoire dans notre société ? Certainement les deux et ce dans un monde contemporain où la valeur de la culture et du savoir a pris la forme de l’appartenance à une élite sociale qu’Internet cherche, parfois à raison et avec succès, à combattre. Quant à la trace laissée par ces quatre années, elle sera certainement moins profonde que le conflit en lui-même, se fut-il achevé il y a cent ans. Triste constat que celui de voir un pays ancien, revendiquant une histoire passionnante, parfois noire et indigne, se désintéresser de ce qui pourrait le rattacher à son passé. Est-ce à dire que la parole est à l’avenir ? Certes ! Mais elle l’a toujours été ! Y compris et a fortiori au lendemain de 1918 ! Alors qu’est-ce qui a pu changer ? Peut-être est-ce finalement le rapport que nous entretenons au passé qui a modifié notre appréhension des actes célébratifs. Naturellement, il convient de définir la nation de rapport au passé. Est-il perçu comme oppressant, lointain, inutile,…Chacun nourrira ce rapport à l’aune de ses besoins en la matière. Mais, comme affirmé plus haut, le rapport que les jeunes générations entretiennent à l’Histoire est aujourd’hui totalement, irrémédiablement différent, de celui qui prévalait jusqu’alors. L’Histoire, grave et solennelle est devenue accessoire et ludique, les manuels d’Histoire se vident pour ne prendre l’apparence que de glossaires remplis de notions et d’événements perçus comme poussiéreux et rébarbatifs.  Dès lors comment s’étonner que après quatre ans de célébrations et d’hommages divers, le centenaire de la Grande Guerre soit à bout de souffle ? Lui qui appartient déjà à l’Histoire tout comme l’événement qu’il était sensé commémorer n’a pas su insuffler le renouveau républicain et communautaire espéré, de ceux qui unissent et soudent un peuple. C’est certes dommage. Peut-être. Mais c’est ainsi, l’Histoire de l’Histoire passe, elle aussi.

Quand Donald Trump pense à la fin

Une défaite lors des élections de mi-mandat augurerait une seconde partie de mandat à négocier avec prudence et douceur pour Donald Trump et ce dans la perspective de 2020. Autant de vertus qui manquent au président actuel face à des prétendants ambitieux.

Alors qu’approchent les Mid-Terms, devant se tenir le 6 novembre prochain, scrutin devant essentiellement renouveler la Chambre des Représentants (lire l’article sur lesechos.fr : Etats-Unis : ce qu’il faut savoir avant les élections de mi-mandat), il est fort à parier que Donald Trump, président en exercice, en sera naturellement un spectateur assidu, l’issue du rendez-vous électoral étant potentiellement porteuse de changements à venir au cours des deux années de mandat restant. Les données sont claires. En cas de victoire, Donald Trump pourra interpréter les résultats comme une adhésion du peuple américain à la politique menée depuis deux ans, politique faite d’isolationnisme forcené et de protectionnisme débridé. Et dans le même temps, l’ancien homme d’affaires pourra aussi envisager l’élection de novembre 2020 sous les meilleurs auspices quel que soit l’adversaire que la convention démocrate aura désigné pour l’affronter. En cas de déconvenue en revanche, entendez une chambre qui basculerait dans le camps démocrate au lendemain du 6 novembre, Donald Trump serait alors dans une situation politique loin d’être inédite à Washington, (Bill Clinton, Georges W. Bush et Barack Obama ayant dû composer avec des majorités d’opposition durant leurs mandats respectifs) mais qui l’obligerait à bien plus de prudence et de retenue, forcé par les événements à adoucir son propos et sa politique pour éviter de froisser les franges sensibles de l’électorat républicain, voire plus.

Prétendants et ambitions

Entre prudence et douceur, l’actuel locataire du 1600 Pennsylvania Avenue devrait aussi regarder d’un œil bien plus attentif que jusqu’alors les manœuvres engagées par les Démocrates et notamment par les figures montantes du parti, Gavin Newsom (Lire l’article sur lesechos.fr : Californie : Gavin Newsom, la bête noire de Trump qui monte) et Andrew Gillum, aux ambitions pour l’instant locales bien affichées, en attendant plus si les circonstances politiques s’y prêtaient. Le premier, ancien maire de San Francisco, quasiment inconnu en Europe, a ainsi conquis le cœur des Californiens, grand Etat démocrate. Admirateur de Robert Kennedy, s’inscrivant d’ailleurs dans la légende kennedienne, Gavin Newsom, qui a entre autre ferraillé en 2008 aux côtés d’Hilary Clinton, occupe depuis 2011 le poste de Lieutenant-Gouverneur de Californie et est candidat au poste de Gouverneur du même Etat face à John H.Cox. Pour autant, l’homme est-il un rival sérieux pour Donald Trump ? Bien des étapes restent à franchir pour Gavin Newsom en particulier au sein de son propre parti où Andrew Gillum, (Lire l’article sur RFI.fr : Etats-Unis: Gillum, le Noir américain choisi par les démocrates pour la Floride) lui-aussi candidat au poste de Gouverneur en Floride, fait aujourd’hui figure d’épouvantail des plus crédibles. Issu de la communauté noire, soutenu par Bernie Sanders, l’homme, maire de Talahassee, jouit d’une popularité que peu lui auguraient et doit affronter, avec de sérieuses chances de l’emporter, le gouverneur sortant de Floride Ron DeSantis, fidèle de Donald Trump. Autant d’hommes que le Président américain devra surveiller en cas de défaite électorale le 6 novembre prochain et ce même si le Parti Démocrate, réputé pour ses atermoiements récurrents est encore loin d’avoir fait son choix. Ce qui peut-être, pour l’instant, le moyen de relativiser pour le président américain un potentiel revers.

Samba contrariée à Rio…

Si l’arrivée de Jair Bolsonaro à la tête du Brésil exposerait  le pays plus à l’isolement qu’à la sortie de crise, sa potentielle élection nourrit encore le débat sur la montée des régimes populistes et interroge sur les doutes d’une Humanité angoissée.

Faut-il s’inquiéter de la possible arrivée à la tête de l’Etat brésilien de Jair Bolsonaro, candidat de l’extrême droite et ardent défenseur d’un pays qu’il entend placer, une fois élu, sous la coupe d’une dictature militaire qui ne dira pas son nom mais qui en aura tous les atours ? La réponse semble évidente où que l’on se trouve sur la planète et ce pour plusieurs raisons. Une des premières relève de la conception que nombre d’entre nous se font de la démocratie. Système certes imparfait, parfois discuté et discutable mais qui a au moins le mérite de laisser à chacun le droit de s’exprimer en vertu des libertés fondamentales qu’elle défend. Mais l’expérience Lula puis Dilma Roussef, figures de proue du Parti des Travailleurs a laissé des traces et a abîmé, à tort ou à raison, l’image que les Brésiliens avaient de la démocratie. (Lire l’article sur lemonde.fr : Election au Brésil : « Mon doigt ne tremblera pas pour voter Bolsonaro ») Et il semble clair que si le Brésil devait basculer dans la dictature, du moins dans un régime autoritaire, les libertés en question seraient, de fait, considérablement réduites. La seconde réponse en revanche relève d’approches peu évidentes de prime abord mais sont cependant, ou pourraient à terme le devenir, lourdes de conséquences d’un point de vue économique pour le Brésil.

Protectionnisme

Poids lourd de l’Amérique Latine, puissance agricole mondiale, deuxième producteur de soja après les Etats-Unis, le Brésil appartient au club fermé des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), ensemble de pays émergents devenus au fil des années et par le biais de la mondialisation des acteurs incontournables du commerce international. Or l’arrivée de Jair Bolsonaro au pouvoir pourrait engendrer la mise en place d’une politique protectionniste aux conséquences difficiles à établir tant les entrelacs commerciaux qui unissent les puissances internationales sont nombreux, obscurs et parfois abscons. Pour autant, le Brésil, aujourd’hui rongé par une corruption quasi-endémique, une pauvreté récurrente, et une profonde crise économique et sociale, qui lui confèrent tous l’image d’un pays à la dérive prêt à se jeter dans les bras du militarisme défendu par Bolsonaro, aurait beaucoup à perdre à durcir sa politique commerciale au regard de sa situation. D’un point de vue économique naturellement car tout aussi puissant soit-il, le Brésil reste en priorité un pays exportateur de matières premières agricoles diffusées sur l’ensemble de la planète. Et un retournement de situation politique, et son corollaire l’atteinte aux Droits de l’Homme, (Lire l’article sur lesinrocks.com : Brésil: Bolsonaro promet « la prison ou l’exil » pour les « gauchistes » quand il sera élu) serait susceptible de détourner nombre de pays de Rio ou de décourager toutes velléités commerciales. La conséquence directe serait donc évidente et du moins se traduirait-elle par un refroidissement de ses relations internationales.

Considérations et doutes

Enfin,le retour aux années de plomb, qui semble plébiscité par une majorité de Brésiliens, pourrait aussi s’inscrire dans la volonté d’un peuple d’achever, comme le rappelle l’historienne spécialiste du Brésil Maud Chirio, l’action de répression engagée par la dictature militaire à l’heure où celle-ci était au pouvoir (Lire l’article sur lemonde.fr : Maud Chirio : « Bolsonaro va mettre en place un régime fascisant »). Loin de toutes considérations philosophiques, commerciales ou économiques, le peuple brésilien donne aujourd’hui le sentiment de se moquer des conséquences de ses choix, agissant certes en nation souveraine et démocratique mais aussi insouciante et immature. Car si l’arrivée de Jair Bolsonaro à la tête de l’Etat devait se confirmer, la notion de souveraineté du peuple brésilien n’apparaîtrait plus alors comme une question prioritaire mais comme un artifice démocratique gênant dans toute démoctature. Mais l’évènement traduirait aussi la montée constante de mouvements autoritaires au sein d’une Humanité en plein doute. Ne serait-ce pas aussi cela le plus dangereux ?