Notre-Dame tentée par le privé ?

L’incendie de Notre-Dame de Paris pose en filigrane la question du financement des travaux d’entretien des édifices religieux placés sous le contrôle d’un Etat endetté et tenté par l’appel au privé pour sauver un patrimoine au temps compté.

Passées les polémiques sur les dons consacrés au financement des travaux de rénovation de Notre Dame de Paris, polémiques typiquement françaises et qui n’ont pas fini de ponctuer les commentaires à venir sur la rénovation future, se pose aussi et avant tout une question essentielle : Qu’en est-il de l’état du patrimoine culturel national et par là même comment dans les années à venir l’Etat pourra-t-il contribuer à son entretien ? D’emblée, évacuons certains préjugés, à savoir qu’une grande partie du patrimoine est d’essence privée et que en sont responsables leurs propriétaires. Mais pour ce qui est du patrimoine dit public (sauf exception), notamment les édifices religieux (église, cathédrale, temple, mosquée et synagogue), la problématique est tout autre. Un rappel juridique et historique s’impose. En France, depuis la promulgation de loi sur la Séparation des Eglises et de l’Etat en 1905, les bâtiments religieux sont sous la responsabilité de l’Etat qui assure l’entretien et les risques inhérents (l’incendie de Notre Dame en est l’exemple type). En ce cas là, l’Etat est son propre assureur.

Epreuve du temps et finances publiques

Or, cet héritage est devenu aujourd’hui d’autant plus lourd que, les années passant, le patrimoine en question est soumis à l’épreuve du temps et les finances publiques, censées assurer les fonds nécessaires à leur entretien, sont soumises elles à l’épreuve du déficit… D’aucuns argueraient de la nécessité économique de privatiser tout ou partie de ce patrimoine dans des mesures propres à chaque bâtiment, mesures qu’il conviendrait de fixer. « Horreur ! » s’écrieraient les défenseurs acharnés d’un patrimoine placé sous la férule de la collectivité. L’argument de la dépossession au profit du privé est audible, compréhensible et légitime et il appartient à chacun de savoir s’il est bienvenu ou non. A titre d’exemple, rappelons que la Tour Eiffel, édifice non religieux mais privé a affiché un montant de recettes de cent millions d’euros en 2018 quand Notre Dame de Paris a présenté un bilan s’élevant à dix millions, les fidèles se refusant à privatiser l’entrée de la cathédrale du XIIème siècle. Cette décision tout à l’honneur de ceux qui l’ont prise n’empêche que la question du recours au secteur privé va nécessairement se poser avec de plus en plus d’acuité dans les années à venir pour financer les travaux de rénovation. (Lire l’article sur francetvinfo.fr : https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/04/19/en-trois-jours-notre-dame-a-recu-plus-de-dons-que-les-dix-plus-grandes-uvres-caritatives-en-un-an_5452697_4355770.html ) Car si les souscriptions lancées ses derniers jours pour la rénovation de la cathédrale sont d’initiatives publiques, les fonds collectés sont d’essence privés.

Dette et doxa

Plusieurs raisons poussent à la réflexion. A commencer par le coût généré par l’entretien et la rénovation des édifices. Si le Ministère de la Culture est généreux, le Ministère de l’Economie ne l’est pas obligatoirement au regard des contraintes budgétaires actuelles et à venir. Et si le coût reste à ce jour négligeable au regard du budget de l’Etat (près de 2.500 milliards d’euros par dont près de 98% absorbés par le remboursement de la dette publique), ce coût pourrait connaître une forte inflation au regard de l’usure du patrimoine accéléré par le réchauffement climatique. Autre raison, qui fait fi de la doxa collective qui veut que le patrimoine reste dans le giron étatique (confirmant par là même le lien existant entre les Français et les vestiges physiques de leur Histoire), la relative facilité avec laquelle il est possible de mobiliser des fonds privés. (Lire l’article sur lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/04/19/en-trois-jours-notre-dame-a-recu-plus-de-dons-que-les-dix-plus-grandes-uvres-caritatives-en-un-an_5452697_4355770.html ) Relative car tous les bâtiments religieux ne valent pas Notre Dame et qu’il sera plus difficile de mobiliser des millions d’euros pour une chapelle inconnue du grand public que pour Notre Dame….Véritable révolution culturelle qui s’annonce et que soulève la rénovation de Notre-Dame dont la grandeur a traversé les âges mais dont les vicissitudes renvoie un pays à des réalités économiques que l’incendie a fait émerger. Et si pour l’heure, s’écharpent partisans et détracteurs de financements privés ou publics, viendra immanquablement le temps de la décision pour Notre-Dame et pour d’autres édifices : Privé ou public ?

N’est pas sauveur qui veut

A la tête de la coalition militaire qui a libéré la Lybie en 2011, la France peine aujourd’hui à résoudre le conflit qui y sévit. Ne pouvant que constater ses maladresses, Paris démontre aussi les limites de son influence diplomatique et confirme son statut de puissance mondiale moyenne.

Lorsque Nicolas Sarkozy, alors président de la République, et David Cameron, Premier ministre anglais, décidaient et engageaient en 2011 une intervention militaire commune en Libye pour libérer le pays de l’emprise du Colonel Kadhafi (pourtant reçu avec tous les honneurs républicains à Paris en 2007), rares étaient ceux qui imaginaient l’état de déliquescence dans lequel le pays basculerait une fois l’intervention achevée et le Colonel Kadhafi disparu. Par cette intervention à peu de frais, l’armée libyenne étant alors aussi mal équipée que préparée, la France et son président en perte de vitesse dans l’opinion à un an du scrutin électoral de 2012, voyait là l’opportunité de se poser en figures incontournables de la diplomatie méditerranéenne.

Paix et crédibilité
Pourtant, force est de constater que huit ans plus tard, après moult sommets devant sceller la paix entre les deux principales factions libyennes (ndlr : L’Armée Nationale libyenne du Maréchal Haftar et l’Armée du Gouvernement d’union nationale actuellement à la tête du pays), dont l’une a opéré le 11 avril une foudroyante avancée sur Tripoli, à savoir celle du Maréchal Haftar, que rien ne semble orienter le pays vers la paix, au grand dam des populations civiles, prises dans l’étau de la guerre. (Lire l’article sur rfi.fr : http://www.rfi.fr/afrique/20190411-libye-civils-pris-etau-combats-tripoli ) Et que dire de l’image diplomatique de la France, qui a perdu via cette crise, un peu plus de crédibilité à l’échelle internationale en dépit des efforts de médiation que celle-ci a déployé et qu’elle continue à déployer. Proche du Général Haftar qu’elle soutient sans le dire et dont l’offensive sur Tripoli compromet le processus de paix, Paris voit sa position controversée, incapable de présenter officiellement une ligne claire au regard du conflit entre les deux factions, ravivant aussi les tensions sur le dossier avec son partenaire italien. (Lire l’article sur lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/04/12/la-france-critiquee-pour-son-role-ambigu-dans-le-dossier-libyen_5449212_3212.html) Car il convient de ne pas s’y tromper, c’est bien la France qui est l’un des premiers responsable du chaos qui prévaut aujourd’hui en Lybie.

Chute et désarroi

Certes l’emprise qu’opérait le Colonel Kadhafi sur le pays a motivé sa chute et il était devenu nécessaire que cet homme, aussi cruel que cynique, disparaisse de la scène politique libyenne mais devant le désarroi des populations, la faiblesse structurelle du pays et la guerre civile qui ravage la Cyrénaïque, il apparaît combien l’opération militaire a été menée avec une forme de désinvolture dénuée de toute anticipation susceptible imaginer l’ère post-Kadhafi. La France, toujours prompte à dispenser des leçons d’humanité et d’humanisme aux autres nations a ainsi péché par orgueil avec l’idée que l’intervention menée lui permettrait de redorer son blason de puissance mondiale tout en imaginant, comme le pensa au début des années deux mille Georges W. Bush, l’ancien président des Etats-Unis, que l’on pouvait sans mal exporter la démocratie. Au final, et dans l’indifférence presque totale, la Lybie continue à se déchirer, et continuera jusqu’à ce que l’une des deux factions écrase sa rivale, Paris ayant quant à elle misé sur le Général Haftar. Or cette dernière a prouvé via cet imbroglio diplomatique dans laquelle elle apparaît en première ligne, qu’elle restait une puissance moyenne, aux capacités diplomatiques limitées et incapables de gérer les conséquences de ces actions y compris dans son périmètre direct d’intervention diplomatique.

Elections ou référendum ?

Si la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne semble hautement probable, la demande d’un report long pourrait transformer les élections européennes en Grande Bretagne en référendum déguisé et propice au pro-européens.

A quel jeu Theresa May, premier ministre britannique, joue-t-elle ? Alors que la date butoir du 12 avril approche à grands pas, celle à laquelle Union Européenne et Royaume-uni doivent se séparer, en bon ou mauvais termes, voilà que la locataire du 10, Downing Street se trouve dans la possibilité, afin d’éviter tout chaos politique, de demander un report long du Brexit. Celui-ci pourrait alors trouver son terme en 2020 avec l’accord de l’Union Européenne et l’obligation pour le Royaume-Uni d’organiser un nouveau référendum sur le maintien des Britanniques dans l’Union et de nouvelles élections générales. (Lire l’article sur lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international/article/2019/04/03/les-cinq-scenarios-du-brexit_5445171_3210.html) L’idée n’est pas sans conséquences et Theresa May sait que cette alternative pourrait éviter bien des maux à l’Albion au premier rang desquels une sortie calamiteuse de l’Union, synonyme d’avatars divers et variés (droits de douanes, contrôles aux frontières, coopération,…).

Participation et référendum

Mais dans l’immédiat, une telle décision verrait surtout les Britanniques participer aux prochaines élections européennes à venir en mai prochain ce qui pour un pays officiellement sur le point de quitter l’Union relèverait du paradoxe et non des moindres. Ce qui se traduirait par l’envoi de députés britanniques au parlement, par la nomination de commissaires britanniques au sein de la Commission,…. ! Pour autant cette participation pourrait ô combien servir les partisans pro-européens et, par le jeu de circonstances heureuses, le Premier ministre britannique car en cas de forte participation, le taux de participation en question se transformerait en référendum pro-européen déguisé qui révélerait l’attachement d’une catégorie de Britanniques à l’Union dont certains manifestent bruyamment leur amour au drapeau européen depuis plusieurs semaines désormais. En cas de faible participation, et les scrutins européens ne sont pas à même de mobiliser les corps électoraux, Theresa May aborderait les mois à venir, si celle-ci devait rester aux affaires, dans une position des plus délicates et des plus inconfortables, car le Brexit deviendrait alors inévitable quand il apparaît aujourd’hui encore comme un horizon fort probable mais non absolument certain. Situation des plus complexes qui à elle seule témoigne de toutes les ambiguïtés sur lesquelles se sont construites les relations entre l’Union Européenne et le Royaume-Uni, une sorte de « je t’aime moi non plus » tout à la fois pervers et malsain qu’il s’avère peut-être désormais urgent de solder et ce à plusieurs titres.

Contraintes et acceptations

Ainsi, en cas de maintien dans l’Union Européenne, le Royaume-Uni se trouverait dans l’obligation d’accepter nombre de règles européennes (Euro compris) perçues jusqu’alors comme des contraintes ayant motivé la volonté d’une partie de la population de sortir du giron de Bruxelles et du Parlement. Et que dire des autres pays composant l’Union ? Sont-ils ou seront-ils d’accord pour accepter un nouveau report, a fortiori jusqu’en 2020 ? (Lire lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/monde/europe/brexit-les-europeens-maintiennent-la-pression-1006393) Il apparaît aussi évident qu’un ensemble tel que l’Union européenne ne peut au regard de la situation internationale, animée de concurrences féroces, continuer à avancer avec la question du Brexit en suspend, quand bien même un nouveau référendum viendrait-il consacrer ou confirmer la sortie du Royaume-Uni du l’Union Européenne. Et à ce jour une chose semble sûre : le Royaume-Uni sortira de l’Union européenne….ou pas… !

Le Brexit, un vrai british soap

Les manifestations de soutien au sentiment pro-européen organisées à Londres témoignent aussi de la peur ressentie par nombre de Britanniques de se retrouver esseulés dans un monde traversé de concurrences face auxquelles la Grande-Bretagne se retrouverait placée en situation de faiblesse.

Décidément, le feuilleton du Brexit n’en finit pas de rebondir ! Ce London soap ou British soap, c’est selon, tient en haleine tout le continent au point d’en devenir presque pathétique. Non que la manifestation qui s’est déroulée le 23 mars dernier dans les rues de Londres en soit l’exemple, loin s’en faut, elle est surtout la conséquence logique et responsable d’un Brexit où les atermoiements se disputent aux coups de mentons (Lire lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international/article/2019/03/23/les-opposants-au-brexit-se-mobilisent-a-londres-pour-appeler-a-un-second-referendum_5440290_3210.html). Car à ce jour, personne n’est capable de dire si oui ou non et surtout quand la Grande-Bretagne sortira de l’Union européenne. Le gouvernement britannique, coincé entre les résultats du référendum qui a validé démocratiquement la sortie de la Grande-Bretagne, l’Union l’Union européenne qui a posé ses conditions et désormais la volonté de certains d’organiser un nouveau référendum pour décider du sort du pays, doit résoudre une impossible équation. Et le temps presse…

Attachement et peur

Pourtant en se penchant sur les causes de l’agitation actuelle, il en est une qui semble émerger plus que d’autres. Certes il a longtemps été fait reproche aux Britanniques de se tourner vers le grand large selon le mot de Winston Churchill, mais il convient aussi de souligner qu’aujourd’hui leur attachement au continent reste entier car même exclus de l’Union douanière, la Grande-Bretagne reste un partenaire essentiel. Pour autant, la raison qui semble donc être à l’origine de cette agitation, c’est la peur de se retrouver seul. Car défaite de l’Union européenne, de ses structures, de ses avantages et de ses obligations, d’ailleurs à la base du référendum de juin 2016, la Grande-Bretagne se retrouverait seule, à savoir n’appartenant plus à au aucun ensemble économique massif susceptible de la protéger ou de l’épauler en qualité de partenaire économique chose qui dans le monde actuel, traversé de concurrences féroces, serait pour le moins extrêmement risqué. Et les manifestants ayant battu le pavé londoniens le 23 mars en sont naturellement conscients. Que faire alors ? Il sera difficile pour le gouvernement britannique de nier la volonté populaire sortie des urnes en juin 2016 tout comme il sera fatal pour ce même gouvernement de sortir de l’Union sans accord. Non qu’une sortie avec un accord a minima soit la solution pour les Britanniques mais il est clair que la solution idéale n’existe pas. Et tout report, à savoir au-delà des élections européennes, élections auxquelles les Britanniques participeraient de fait, entérinerait sans le dire officiellement une sortie à court ou moyen terme.

Annulation et méfiance

Autre conséquence, la fragilisation de la Grande-Bretagne sur la scène européenne qui aurait alors beaucoup de mal à faire valoir ses principes insulaires et notamment sont attachement viscéral à la Livre Sterling. La question se pose alors de savoir si les manifestant pro-européens ont songé à cette éventualité parmi tant d’autres d’autres…
Un report du Brexit ou une annulation pure et simple obligerait la Grande-Bretagne à opter pour un profil bas car en retrouvant hypothétiquement sa place dans l’Union européenne (place que jusqu’au 12 avril elle occupe d’ailleurs encore), cette même place serait marquée du sceau de la méfiance. Inextricable situation à laquelle Theresa May, le Premier Ministre anglais doit faire face, (Lire l’article sur lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/monde/europe/0600959106178) et qui trouve ses racines dans l’agitation populiste d’hommes comme Nigel Farage ou Boris Johnson, prompts à leurs heures passées, à conspuer une Union européenne accusée de tous les maux mais visiblement moins lourds que ceux que le Brexit apporte. Leur silence est d’ailleurs l’illustration de la limite des discours populistes capables d’enflammer les foules mais incapables d’en gérer les conséquences. Il apparaît évident que les prochains jours seront déterminants pour l’avenir de la Grande-Bretagne tout comme de l’Union Européenne qui sortirait somme toute grandie de cette aventure car celle-ci sera restée fidèle à sa ligne de conduite, atout majeur alors que l’Union est souvent brocardée pour sa faiblesse diplomatique.

Une fleur sans racine

Que restera-t-il du mouvement des Gilets Jaunes ? Nul ne saurait le dire mais l’actuel étiolement du mouvement trouve ses origines dans l’absence de structuration politique à même d’assurer sa pérennité.

Qu’arrive-t-il donc au mouvement des Gilets Jaunes ? Alors que l’Acte XVII n’a rassemblé que 28.600 manifestants sur l’ensemble du territoire, d’aucuns s’interrogent désormais sur les raisons qui expliquent l’étiolement d’un mouvement qui restera historique tant dans sa forme que dans foultitude de revendications que celui-ci a porté. Et c’est un fait, depuis la première manifestation organisée le 17 novembre 2018, le nombre de participants a inexorablement chuté, chute occultée par les différentes violences commises lors des rendez-vous parisiens ou tenus en région. (Lire l’article sur lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/03/09). Voilà un premier embryon de réponse susceptible d’expliquer la perte de vitesse et de popularité du mouvement : les actes de vandalisme ou de violence générés par les casseurs affublés de Gilets Jaunes ont lourdement porté atteinte au mouvement quand il ne s’agissait pas de Gilets Jaunes authentiques qui se sont adonnés à la violence.

Complexité et logique

Autre raison, la lassitude de certains Gilets Jaunes, dont les convictions et l’engagement ont été sapés par les dérives du mouvement, sans tenir compte des violences bien que celles-ci aient joué un rôle non négligeable, où se mêlaient sans véritable logique diverses revendications parfois totalement opposées. Autre explication possible, la mise en place du Grand Débat national qui a permis à certains de s’exprimer, soit à l’échelle communale, soit devant le Président de la République, Grand Débat non dénué de critiques à lui apporter mais qui a eu le mérite de mettre en évidence, par les propositions avancées, la complexité que suppose la gestion d’un Etat comme la France et surtout les difficiles solutions à générer pour solutionner les problèmes dégagés. Autant de raisons capables d’expliquer l’agonie du mouvement qui peine désormais à se trouver une cause viable et populaire. Et peut-être est-ce là la principale raison de la perte de vitesse du mouvement : son manque de logique politique (entendez ici au sens grec du terme, c’est-à-dire pour le bien de l’intérêt général) et de cause claires et définies. Le mouvement s’est, dès son origine, fait fort de multiplier les revendications mais en s’occupant plus d’occuper les ronds-points que de préciser et d’affiner un discours qui pour être audible, crédible et pérenne devait nécessairement se structurer et non pas ressembler à une vaste foire-à-tout où la démagogie se disputait avec un populisme rampant.

Histoire et révolutions

Ainsi, plaider pour la mise en place d’un Référendum d’initiative citoyenne (RIC) est une proposition élective sensée mais dans une démocratie où se succèdent régulièrement les rendez-vous électoraux marqués par de très forts taux d’abstention, est-il raisonnable de croire que les RIC organisés mobiliseraient plus que les scrutins prévus par la Constitution ? Il ne s’agit en rien d’une question rhétorique et chacun y apportera sa propre réponse mais il reste évident que le mouvement des Gilets Jaunes s’est écrasé sur l’absence de ligne politique ou sociale en rupture avec la doxa classique qui prévaut en matière de gestion des affaires publiques. Or, et l’Histoire, éternel recours, l’a maintes fois prouvé, sir la rue est l’origine de nombreuses révolutions, celle-ci ne peut s’affranchir pour arriver à son terme d’une expression politique structurée à même de porter les revendications défendues. A trop vouloir se détacher des structures politiques et syndicales, en arguant d’un apolitisme forcené et d’une indépendance intellectuelle détachée de toutes idéologies ou de tous modèles, qu’ils soient d’essence libérale ou marxiste, le mouvement a perdu toute crédibilité pour finir par devenir hors-sol. Reste désormais à savoir quel sera l’avenir de ce mouvement qui dans quelques années sera soumis à la patine de l’Histoire, à l’exercice de la mémoire et au risque de l’oubli ? Il est fort à craindre que dans un élan vulgarisateur, Gilets Jaunes et Grand Débat national soient placés dans le même chapitre, l’un expliquant l’autre et ce pour éviter que mouvement originel ne se perde dans les limbes de l’Histoire.

L’Algérie à l’heure de son histoire

Alors que grossissent les cortèges de manifestants refusant la nouvelle candidature du président Bouteflika à l’élection présidentielle, l’Algérie amorce un tournant décisif de son histoire : l’âge de l’émancipation.

Et si l’Algérie entamait enfin son printemps arabe ? Devant l’ampleur de la contestation liée à la volonté du président Abdelaziz Bouteflika, un homme de 82 ans malade, de se représenter à un cinquième mandat (l’ancien membre de l’Armée de libération nationale (ALN) a été élu pour la première fois en 1999), pourquoi ne pas imaginer que ce géant du monde arabe, qui possède tous les atouts (Ressources naturelles, démographie, exposition géographique,…) pour devenir une grande puissance, se libère des chaînes de l’armée qui l’étreignent depuis 1962  sous couvert d’une République démocratique qui n’en porte que le nom ? (Lire l’article sur le figaro.fr : http://www.lefigaro.fr/international/2019/03/02/). L’occasion se présenterait-elle enfin pour ce pays, riche d’une manne pétrolière mal exploitée et rongé par une corruption endémique, qui avait vu ses voisins tunisiens, lybiens et syriens s’émanciper respectivement de l’autorité de Zine el-Abidine Ben Ali, Muammar Khadafi et Hosni Mubarak en 2011 ?

Lassitude et intérêt général

En réalité, tout semble y concourir. La lassitude du peuple algérien, notamment sa jeunesse largement majoritaire (45% de la population totale, soit 42,2 millions d’Algériens, est âgée de moins de 25 ans ; 22,5% de moins de 30 ans)*, pressée d’expédier l’héritage des pères de la révolution de Houari Boumédiène à Ahmed Ben Bella en passant par
Abdelaziz Bouteflika, la volonté de ce dernier d’extraire le pays d’un immobilisme sclérosant où se disputent affairistes et hommes politiques souvent plus soucieux de leurs intérêts particuliers que de l’intérêt général et enfin la nécessité pour l’Algérie de rentrer de plain pied dans le XXIème siècle en se débarrassant de cette image de nation post-coloniale incapable de grandir sans l’aide d’un quelconque allié attiré par les ressources naturelles du pays. Et la contestation d’attester de cette volonté de changement. Mais étrangement, alors que le peuple algérien refuse de voir le président Bouteflika se présenter à nouveau, l’opposition reste silencieuse, incapable de présenter une solution alternative. (Lire l’article sur lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/03/02/) Or, et l’Histoire l’a maintes fois prouvé, tout mouvement populaire mal appréhendé et mal contrôlé peut donner lieu à des débordements ou des dérives à l’ampleur inconnus. L’Algérie, qui a longuement pansé les plaies de la guerre d’indépendance et de la guerre civile, est désormais prête à se tourner vers une démocratie digne de ce nom où son peuple, longtemps infantilisé et tenu sous perfusion grâce aux recettes pétrolières qui ne faisaient que cacher grossièrement une réalité sociale et économique devenue insupportable, semble vouloir clairement en finir avec son régime politique actuel pour enfin se nourrir de libertés fondamentales comme la liberté d’expression ou de la presse.

Maturité et privilèges

Or, au regard des premières manifestations, des slogans lancés, de la volonté de manifestants de n’être en aucun cas récupérés et de s’inscrire dans une logique pacifiste, il apparaît combien ce mouvement laisse exhaler une maturité et une densité que le régime actuel doit désormais plus que redouter. Rappelons-le, la population algérienne, jeune et cultivée, en dépit d’un système éducatif à bout de souffle, s’est nourrie des erreurs commises et de l’expérience des générations passées. Mais au-delà de cette jeunesse, c’est, semble-t-il, toute la société algérienne qui fait valoir son exaspération incarnée par le refus de voir le président Bouteflika se présenter à nouveau. Car pourquoi se représenterait-il si ce n’est pour assurer la survie d’un édifice politique, social et économique chancelant et dépassé où prébendes et privilèges ont pris le pas sur la collectivité. D’aucuns, au sens de la formule plus ou moins aiguisé, affirmeraient que l’Histoire est en marche. Pourtant, si celle-ci ne s’arrête jamais, elle aime à faire sentir son pouls par des à-coups parfois plus violents que d’autres, en témoignent les manifestations et cet embryon de révolution qui se fait jour dans les rues d’Alger. L’heure est venue !

  • Sources : Algérie Presse Service – Population au 1er janvier 2018.

L’aide d’Etat

L’échec des négociations entre syndicats salariés et patronaux pousse l’Etat à régler le litige. Et la situation d’interroger sur ce recours systématique à la puissance publique en cas de désaccord alors que ce même Etat est régulièrement accusé de tous les maux.

Naturellement, personne ne s’attendait à ce que partenaires sociaux salariés et patronaux se quittent sur un constat d’échec et d’incompréhension dans le cadre de la renégociation de l’assurance-chômage. Personne certes mais il faudra pourtant trouver une issue à l’impasse, issue qui en l’état s’appelle le Gouvernement. (Lire l’article sur lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/02/20) Car une fois encore, c’est à l’Etat et à ses premiers représentants qu’il reviendra la tâche d’accoucher d’une solution. Etrange paradoxe en ces temps troublés où le Gouvernement, souvent décrié, et avec lui le Président de la République, pour son attitude jugée anachronique et déconnectée de la réalité vécue par l’immense majorité des Français, est appelé à la rescousse pour résoudre le dossier sensible de l’assurance-chômage. Sensible car il incarne presque à lui seul, celui de la Sécurité Sociale l’est tout autant, la force et la puissance de l’Etat-Providence, celui auquel les Français sont viscéralement attachés.

Modèle et revendications

L’Etat-Providence, ce système permettant après le prélèvement de divers impôts, taxes et autres charges, de redistribuer les fonds collectés, est devenu le synonyme du fonctionnement du modèle français. Souvent décrié, accusé de dilapider les fonds qui lui sont confiés, l’Etat-Providence reste pourtant plébiscité par les Français et placé sous la protection des gouvernements successifs. Paradoxe encore car les Français souvent accusés d’individualisme tacite ou de solidarité de circonstance selon leur humeur politique du moment, ont toujours élu des présidents de la République ou donné leur blanc-seing à un gouvernement à la condition ultime que ces derniers protègent l’Etat-Providence. Certaines mauvais esprits n’hésiteront pas à affirmer que ce modèle, envié par nombre de pays dans le monde, devenu peu ou prou le système de fonctionnement des membres de l’Union européenne, est l’objet d’un dévoiement calculé, fruit de profiteurs mal intentionnés. Accusation sans fondement qui tranche avec une réalité autre, celle d’un pays attaché à son modèle, qui le défend contre vents et marées certes en le critiquant vertement parfois durement sans pour autant le remettre en cause de sorte à le régénérer. Et preuve en est, confier l’avenir de l’assurance-chômage à l’Etat pour permettre au dispositif de sortir de l’ornière est à la fois le signe de confiance, que d’aucuns jugeront relative, dans le Gouvernement, donc des institutions et de ceux qui la servent, mais aussi la garantie que le modèle d’indemnisation des demandeurs d’emploi ne sera pas otage de revendications ou de blocages partisans. Etrange paradoxe en effet que ce recours à l’Etat quand souvent, répétons-le, celui-ci est jugé trop présent, trop vampirisant, trop gourmand,…Bref ! Tous les adjectifs n’y suffiraient pas et pourtant la réalité est là : En cas d’impasse c’est l’Etat qui est sollicité pour son efficacité dans la décision et sa neutralité dans les responsabilités à assumer.

Dieu et l’Etat

Est-ce à dire que les Français sont devenus indissociables de leur modèle de fonctionnement, que sans l’Etat, ils ne sont plus rien ? Le journaliste nord-américain Ted Stanger avait théorisé dans l’un de ses ouvrages (Sacrés Français ! Un Américain nous regarde, 2004) avec un brin d’humour et une bienveillante ironie teintée de réalisme ce réflexe franco-français de recours ultime à l’Etat en expliquant que les Français avait remplacé Dieu par l’Etat. Héritage révolutionnaire et déchristiannisation à n’en pas douter. Mais aussi puissant soit-il, rappelons aussi pour pondérer la maxime du journaliste américain celle de Lionel Jospin, ancien et alors Premier Ministre, qui affirmait en 1997, lors de la mise en place d’un lourd plan social chez le constructeur automobile Renault à Steenvoorde que « l’Etat ne pouvait pas tout ». Ici, en l’espèce et dans le cas de l’assurance-chômage, il peut jouer les médiateurs en faisant jouer les décrets d’application qui s’avéreront nécessaires. Mais ne nous y trompons pas. La puissance publique risque, sous les effets d’une mondialisation de plus en plus gourmande et cruelle, d’entreprises soucieuses de s’émanciper de la tutelle d’Etats jugés trop envahissant et de citoyens en perte de repères prêt à sacrifier la notion de collectivité incarnée par l’Etat au profit de l’intérêt individuel, de perdre de son aura et de son influence. Et si tel était le cas, c’est nous tous qui serions perdants car l’Etat, c’est nous…

L’ours et le retour de bâton

L’arrivée incongrue d’ours polaires dans l’archipel de Nouvelle Zemble interroge une fois encore sur les effets du réchauffement climatique mais elle met aussi en évidence l’inconscience et la vanité de l’être humain face à une nature qu’il a toujours cru pouvoir asservir.

L’information serait presque passée inaperçue si elle ne révélait pas une réalité climatique que nombre d’entre nous peinent à appréhender et ce pour de multiples raisons. Mais l’invasion massive d’ours polaires sur les îles de l’archipel de Nouvelle Zemble, situé dans la Mer de Barents (Russie), témoignent, s’il fallait encore accumuler de nouvelles preuves, que le changement climatique n’est plus une hypothèse mais une réalité (Lire l’article sur le monde.fr : https://www.lemonde.fr/climat/article). Inutile ici de revenir sur les problèmes posés par l’arrivée de ces mammifères marins, attirés par les déchets alimentaires humains alors que leurs ressources naturelles tendent désormais à ce réduire de manière drastique. Cruelle évidence que cette invasion met en lumière : la surpêche qui altère gravement les réserve de poissons tend ainsi à réduire le nombre de phoques qui constituent la base de l’alimentation des ours polaires qui par effet de dominos se lancent à la recherche de nouvelles ressources. Il en est de même, et dans un autre registre, pour ce qui est de la disparition progressive des insectes dont l’éradication génère une altération tout aussi inquiétante des populations d’oiseaux et, pis que tous, pourrait à terme menacer les processus de pollinisation des plantes à fruits, les abeilles étant le symbole de cette disparition.

Atermoiements et accident

Il convient dès lors de se pencher sur les responsables de cette faillite écologique. Ils ne sont pas difficiles à identifier : nous tous. Plus scientifiquement, l’Homme. Foin d’atermoiements ou de justifications toutes plus vides les unes que les autres pour expliquer les agissements d’un mammifère, qui se prétend le plus doué de tous, mu par l’idée que son intelligence lui permettait de domestiquer la nature. Rêve fou, tout aussi fou que celui d’arrêter la course du soleil. Infernale machine biologique, l’Homme n’a eu de cesse depuis des siècles désormais de bâtir son confort sur les ressources naturelles que la Terre a mis à sa disposition sans imaginer, sauf quelques uns d’entre nous longtemps considérés comme des illuminés ou des iconoclastes, que la Terre en question n’était en rien inépuisable. Portés par un ego surdimensionné, nous avons abusé des facilités que la planète nous offrait pour constater aujourd’hui les bras ballants que des espèces animales sont clairement menacées de disparition quand d’autres ont définitivement disparu. Et si alerter et prévenir des dangers que présentent nos comportements est un premier pas salvateur, suivi obligatoirement d’actes à l’échelle mondiale et non plus régionale, actes certes louables mais aussi inutiles que méritoires s’ils devaient rester ponctuels et localisés, l’Homme doit aussi se souvenir que sa présence sur Terre est un accident de l’Histoire biologique de la planète. Rien à l’origine ne prédisposait l’humain à survivre dans un milieu brutal. Sa survie, fruit de sa capacité d’adaptation, lui a inconsciemment instillé l’idée qu’il pouvait alors exploiter son milieu d’évolution sans avoir à s’en remettre à lui. Or il apparaît aujourd’hui que Dame Nature est fatiguée et excédée des abus commis par l’Humanité à son endroit. Et il faudra clairement admettre, sans tarder, que le combat contre un milieu que nous pensions dominer, est perdu car rien ne peut entraver l’Evolution.

Intelligence et Evolution

A force de prétention et de vanité, l’Homme, parvenu biologique, s’est imaginé représenter la forme aboutie de toute vie terrestre. Erreur considérable, au regard des conséquences à supporter aujourd’hui car si tel était le cas, son intelligence l’aurait conduit à maîtriser son développement, à freiner ses ambitions certes naturelles mais incompatibles avec un milieu hier soi-disant maté, aujourd’hui en rébellion contre ceux qui le martyrisent. La disparition des espèces (mammifères, insectes, poissons,…) n’est que le préambule à un chapitre final qui verra l’acteur du film de l’Evolution, l’Homme, être la dernière victime. Il est certainement encore temps d’agir. D’autres dans les années soixante-dix, René Dumont, candidat écologiste à l’élection présidentielle de 1974 avait alerté sur les risques que la planète courrait. Le Club de Rome, en 1972 aussi, avait alerté sur l’impossibilité d’une croissance économique continue (ndlr : Rapport Meadows), basée sur une surexploitation des ressources naturelles (Lire l’article sur wikipedia.org : https://fr.wikipedia.org/wiki/Club_de_Rome). Rares ont été ceux à les entendre ou vouloir les entendre…Initiatives isolées qui sont à l’origine de la victoire culturelle et actuelle des écologistes et des défenseurs de l’environnement remportée non sans mal après des décennies de lutte. Mais cette prise de conscience, heureuse et bienvenue, ne résoudra en rien l’avenir des ours polaires de Nouvelle Zemble, comme nous, condamnés à disparaître du fait de notre ignorance, notre vanité et notre égoïsme.

Emmanuel Macron, essai de définition

Qu’est-ce que le macronisme ? Sujet d’interrogation qui ne laisse pas sans questionner quidams et politologues dans un monde bouleversé et en manque de repères. Et si justement, le macronisme était le fruit de l’absence de vision.

D’aucuns s’y sont essayés et d’autres certainement chercheront encore à le cerner. Certes. Mais quoi ? Cette interrogation qui dépasse tous les clivages politiques et qui les annihile en même temps porte sur la définition du macronisme. Il est fort à parier que dans les années à venir, la question agitera encore les sphères d’historiens et de politologues tant l’instant Macron a déstabilisé et bouleversé le jeu politique français et européen. Inattendu dans son élection, insaisissable dans la couleur de son action à la tête de l’Etat, à la fois libéral et social, (Lire l’article sur lopinion.fr : https://www.lopinion.fr/dossier/edito/qu-est-que-macronisme-140458 ) démocrate et parfois terriblement vertical dans la mise en place des réformes souhaitées, Emmanuel Macron détonne car il semble avancer avec assurance et certitude sans pour autant s’appuyer sur un corpus idéologique précis, hérité ou inventé. Et si le macronisme ce n’était pas cela finalement…? Ou que cela ? Cette capacité à diriger l’Etat sans référence particulière à une histoire politique définie, certes rassurante pour certains mais visiblement encombrante pour d’autres et pour lui en premier lieu.

Etat-Providence et survivance

Si ces prédécesseurs avaient tous, peu ou prou, comme ambition impérieuse de protéger l’Etat-Providence qui est le nôtre, Emmanuel Macron, sans balayer cette nécessité, ne semble pas obsédé par cette contrainte qu’il perçoit plus comme un avatar que comme une obligation. Cet ovni politique, venu de nulle part et sorti de sa boîte comme un beau diable, a fait le deuil des idéologies passées jugées trop lourdes et peu efficaces. Et dans un pays comme la France, pétri de convictions, qui sont plus souvent articulées autour de préjugés ancestraux qu’autre chose, ces héritages idéologiques, pourtant brocardés et critiqués, à tort ou à raison, sans être plébiscités par les électeurs, apparaissent pourtant comme des repères, des bouées au-delà desquelles il convient de ne pas naviguer. L’admonestation de mesures fiscales lourdes a ainsi provoqué la colère des Gilets Jaunes, preuve que la verticalité de la décision n’est pas une manière de gouverner. Pour autant, l’absence de colonne vertébrale supposée à la politique engagée par Emmanuel Macron pourrait cependant poser les bases d’un nouveau mode de gouvernance. (Voir l’article sur franceinter.fr : https://www.franceinter.fr/emissions/l-edito-politique) Entre pragmatisme et réalisme, loin des canons idéologiques, que le temps et la pratique ont transformé en substrat plus qu’en racines, le président Macron trace un nouvelle route, évidente pour certains, illisible (pour une grande majorité) pour d’autres dans un univers social en pleine déréliction. Le règne de la médiocrité et de la superficialité ont ainsi, et aussi, permis l’émergence d’Emmanuel Macron, l’homme apparaissant comme un recours ou un opportuniste capable de s’immiscer dans les entrelacs d’une société peut-être plus préoccupée par le programme télévisé ou les dernières vidéos postées sur Youtube que par l’avenir du pays et de l’Europe.

Méfiance et négatif

Est-ce répréhensible ? Non naturellement mais est-ce à dire que les Français ont hérité du président qu’ils méritent…Rien n’empêche de le penser mais le macronisme que l’on peine tant à définir trouve aussi peut-être ses racines dans l’étiolement d’une société en manque de repères et de boussoles. Il suffit pour s’en convaincre de s’arrêter un instant sur les taux de participation aux différents scrutins qui révèlent tous un réel désintérêt des Français pour la politique et une vraie, et inquiétante, méfiance à l’endroit du personnel politique. Que la France souffre d’une profonde crise de sa démocratie représentative n’est plus un scoop ! L’idée a tellement été (et une fois encore ici) avancée qu’elle en perd toute sa pertinence et son originalité mais elle n’en reste pas moins empreinte de véracité. Or l’inertie coupable et teintée de confort qui est la nôtre est aussi quelque part responsable de l’élection d’Emmanuel Macron. Lui a su exploiter les atermoiements des politiques passées et la méfiance du corps électoral. Et l’absence de vision globale de ses concurrents a servi son ascension sans le contraindre à poser une dessein clair. Aussi, et concluons ainsi, le macronisme semble aujourd’hui plus s’écrire par défaut que par impression, par manque plus que par abondance, comme si celui-ci était le négatif d’un positif passé et jauni.

Le réseau du plus fort

Des Gilets Jaunes à Bilal Hassani, les réseaux sociaux ont démontré toute leur puissance en relayant sans délai et dans l’anonymat le plus complet le message d’internautes soucieux de donner corps à leur voix.

Quel lien existe-il entre les Gilets Jaunes et Bilal Hassani, auteur-compositeur qui ira défendre la France lors du concours Eurovision de la chanson organisée cette année à Tel-Aviv, en Israël ? De prime abord, aucun. Et pourtant à y regarder de plus près, l’on s’aperçoit que ce qui unit les Gilets Jaunes et le héros de la contre-culture du XXIème siècle ce n’est pas la couleur approximativement approchante de la perruque du chanteur et des gilets fluorescents mais les réseaux sociaux. Plus précisément, la force et la puissance de ces derniers. Une explication s’impose. Sans réseaux sociaux, ni les Gilets jaunes, ni Bilal Hassani n’auraient pu accéder au rang de notoriété qui est le leur aujourd’hui. Bien des raisons l’expliquent. Agissant en dehors de toutes sphères contrôlables, les internautes, fervents pratiquant des réseaux, invisibles des sondeurs et échappant à toute manipulation politique et médiatique directe, sont ainsi parvenus à créer un espace d’influence d’échelle mondiale ne répondant à aucun des canons de la communication connus tout en faisant voler en éclats les prévisions établies, non sur la volatilité des réseaux, mais sur des réflexes ou des préjugés sociétaux désormais dépassés.

Médias et followers

La capacité de mobilisation des Gilets Jaunes tient avant tout à la puissance des réseaux sociaux qui par effet viral et contagieux parviennent à attirer à eux un ensemble de partisans, déclarés ou non, d’indécis à convaincre ou simples quidams séduit par la facilité du message à relayer via un média, internet, souple, rapide, immédiat et anonyme d’où l’impossible prévision qui entoure l’émergence des Gilets Jaunes. Raisonnement similaire en ce qui concerne Bilal Hassani. L’homme, inconnu de la sphère publique officielle qui s’affiche habituellement sur les chaînes de télévision ou d’informations en continu, est passé à travers les mailles du filet de la médiatisation classique mais pas de celle des réseaux sociaux. A coup de vidéos postées sur You Tube, de followers fidèles bien décidés à défendre leur poulain, Bilal Hassani a encore déjoué les pronostics les plus fiables, de ceux qui il y a encore dix ans auraient été considérés comme paroles d’Evangile au point d’en devenir des vérités qu’il ne manquait plus qu’à mettre en pratique. Or, la lame de fond que représente les réseaux sociaux aujourd’hui, capables de bouleverser les principes essentiels qui sous-tendent la sphère audiovisuelle essentiellement articulés autour de l’audimat, est devenu, à son corps défendant et au grand malheur des grands organes de presse et de télévision un impitoyable juge de paix. Malheur à pondérer cependant car encore surpris par la puissance de ces réseaux sociaux, leur capacité de mobilisation, le nombre inconnu de ceux qui se cachent derrière leur écran de téléphone ou d’ordinateur, les grands médias, les institutions et les pouvoirs publics sauront à n’en pas douter prendre le pouls de ces nouveaux acteurs de la vie publique, médiatique et politique pour à terme proposer des contenus en adéquation avec celles et ceux qui font vivre ces réseaux sociaux. Est-ce à dire qu’un jour le législateur d’une manière ou d’une autre, d’une manière détournée ou non, viendra réguler internet pour en saisir les arcanes et les réflexes ? Seuls l’avenir le dira. Mais si le choix de Bilal Hassani reste une anecdote piquante, joviale et distrayante comme l’est d’ailleurs ce jeune homme, l’aventure des Gilets Jaunes laissera elle des traces que d’aucuns veulent déjà effacer pour éviter que l’Histoire ne se répète.