Que les gros salaires…

Les polémiques entourant la rémunération des grands chefs d’entreprises ont encore rebondi à l’occasion de l’affaire Carlos Ghosn. Mais ces polémiques ne répondraient-elles pas à des réactions épidermiques où se mêlent Histoire et sentiments humains ?

Outre les différents griefs retenus contre Carlos Ghosn, (actuel président de Renault et ancien président de Nissan) l’affaire au centre de laquelle l’homme d’affaires est aujourd’hui enlisé n’a pas manqué de réveiller la récurrente polémique portant sur la rémunération des chefs de grandes d’entreprise. Ironie du sort et de l’actualité celle-ci a aussi été relancée par la démission de Chantal Jouanno de son titre de coordonnatrice de la Commission du Grand débat national voulue par le président Macron (lire l’article sur rtl.fr : http://Commission nationale du débat public : Chantal Jouanno refuse de démissionner), et ce alors que montaient de nouveaux débats portant sur sa future rémunération (14.666 euros brut / mois). Pour autant, passés les faits précédemment évoqués, il n’est pas inutile de se pencher sur les raisons qui suscitent depuis tant d’années, en France en particulier, de telles polémiques sur la rémunération de certains de nos concitoyens. Plusieurs raisons pourraient l’expliquer.

Elite et aversion

L’Histoire de France peut ainsi apparaître comme un premier recours et notamment celle de l’Ancien Régime. Le royaume de France qui prévalait avant la Révolution Française était dominé par une élite sociale, la noblesse de robe et d’épée, qui puisait ses privilèges dans les premières heures de la construction du royaume. Vivant globalement dans une aisance financière et matérielle qui contrastait avec le dénuement ou les moyens limités du Tiers-état, cette noblesse aveugle n’a pas sur anticiper le bouleversement révolutionnaire de 1789 tout en imprimant à la France et à son peuple un profond sentiment d’aversion contre les élites d’une part, et d’autre part contre l’argent en tant que tel. Et il n’est pas erroné aujourd’hui d’affirmer que les Français ont un rapport compliqué avec l’argent, rapport rendu d’autant plus compliqué dans une société judéo-chrétienne comme la nôtre notamment. L’argent, alors inconsciemment ramené à l’image des Marchands du Temple, ceux là même que Jésus accusait d’avarice et de vénalité, prend alors une dimension coupable qui fait de celui qui en possède un être vil, dénué d’humanité car pétri par le goût du lucre. A lui d’expier d’une manière ou d’une autre. Autre explication, plus proche de nous encore, la portée de la dialectique marxiste via laquelle l’argent, facteur d’aliénation de l’individu et objet d’accumulation par les élites capitalistiques, travaille aussi à l’idée que l’argent, utilisé dans une logique libérale, promeut l’inégalité sociale. Autant de raisons audibles et valables qu’il appartiendra à chacun de juger ou de déjuger mais qui participent toutes, consciemment ou inconsciemment, à la polémique portant sur la rémunération de certains. Néanmoins, le raisonnement ne serait pas complet s’il ne faisait pas référence à un autre sentiment, somme toute humain, et qui agite aussi la polémique.

Jalousie et hypocrisie

Ainsi, devant le niveau de rémunération de certains, niveau qui a connu une réelle inflation depuis plusieurs années désormais dans le secteur privé en particulier (Chefs d’entreprises, sportifs de haut niveau, artistes,…), beaucoup arguent de l’indécence des salaires versés. « Trop élevés ! Injustifiés ! Anormal ! » crient certains devant les sommes allouées. Certes. Mais derrière le prétexte de l’indécence sensée dénoncer les salaires versés, ne se cacherait-il pas une forme de jalousie non avouée et d’hypocrisie malsaine ? Jalousie car ceux qui dénoncent aujourd’hui ces montants d’ailleurs versés selon des critères (compétences, expériences, diplômes,….), certes discutables, refuseraient-ils ces mêmes salaires si l’on devait les leur verser pour leur activité actuelle ? Hypocrisie car en ignorant volontairement le fait que nous vivons dans une économie de marché où les salaires répondent aussi à la loi de l’offre et de la demande, nous nions une réalité économique que nous refusons d’assumer. Et à feindre de savoir que le libéralisme économique et le capitalisme génèrent des inégalités sociales que nous sommes toujours prompts à dénoncer quand nous considérons en être victimes, nous reflétons encore l’image d’une société capricieuse et immature. Ainsi, apparaît-il que la polémique et les débats sur les salaires versés aux chefs de grandes entreprises, sportifs ou autres n’a pas réellement de sens car fondés sur des sentiments humains qui relèvent naturellement de la subjectivité et non de l’objectivité qui supposerait alors une analyse complexe et extrêmement détaillée de la valeur ajoutée des compétences, de l’expérience et des diplômes de chacun, ainsi que leur place et leur rôle dans le circuit économique contemporain. Tâche ardue s’il en est.

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