Le covid-19 diable de la démocratie

Confrontées à la nécessité de limiter les libertés individuelles et collectives pour lutter contre le covid-19, les démocraties contemporaines sont déchirées entre défense des acquis libertaires et impératifs sanitaires castrateurs. Lequel prendra à terme le pas sur l’autre ?

Voilà un des effets pervers de la crise sanitaire générée par l’apparition et la propagation du coronavirus à l’échelle mondiale : la suppression, certes temporaire, des libertés fondamentales de chacun. D’aucuns, pour des raisons évidentes de santé publique, y voient une nécessité et, globalement, les mesures de confinement et de restriction drastiques des déplacements privés (hors déplacements professionnels ou impérieux) sont pour l’heure toutes acceptées. Pour l’heure…! Car rien ne permet d’avancer que si la situation actuelle devait perdurer, au-delà des six semaines communément admises pour singulièrement réduire les risques de contagion et de saturation des hôpitaux, l’acceptation de ces mesures serait tout aussi aisée. Et le coronavirus de poser aujourd’hui un réel problème à nos démocraties contemporaines et à nos Etats de droit.

Volte-face et rapport

Ces dernières, basées sur des libertés individuelles qui font de chacun de nous des acteurs et citoyens souverains, sont désormais obligées de faire volte-face et d’appliquer des méthodes qui laissent parfois exhaler des relents de républiques bananières, voire plus comme l’exemple hongrois vient le démontrer (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international) Forces de l’ordre disséminées sur l’ensemble du territoire, contrôle des déplacements, verbalisation, fermeture des aéroports…Autant de mesures et de réalités qui éloignent les démocraties contemporaines des concepts qui les fondent. Alors oui ! Effectivement, le covid-19 défie les régimes démocratiques en les renvoyant à des extrémités que le virus impose tout en malmenant les bases de l’État de droit. L’irruption du covid-19 n’est pas sans interroger des démocraties peu habituées, voire pas du tout, à discuter leurs libertés avec un ennemi invisible et pourtant dévastateur. La question qui se pose alors est de savoir si nos démocraties seront capables d’accepter le bouleversement sociétal que génère ce virus ? Insupportable dilemme, impossible nœud gordien à trancher. Il faut désormais, sinon s’en convaincre, du moins commencer à s’y préparer, la potentielle multiplication d’épisodes pandémiques dans les années à venir va modifier notre rapport à la liberté en général et aux libertés collectives et individuelles en particulier. Nombre de nos régimes démocratiques actuels se sont créés et ont prospéré sur le postulat considéré comme intangible que la nature était au service de l’Homme. Longtemps, ce dernier a considéré sa place sur Terre comme une évidence que rien ne pouvait remettre en cause et ce dans une forme de darwinisme mal compris, appliqué à tort et sans discernement.

Insouciance et socialisation

Le covid-19, dernier épisode en date d’autres accidents viraux (Peste Noire 1347 – 1352 ; Grippe espagnole 1918 – 1919 ; SRAS 2002) a ceci de particulier qu’il a fait irruption dans un monde où la notion de liberté était fondamentalement acquise, consubstantielle de modes de vie qui se baignaient d’insouciance et que personne ne souhaitait remettre en question. A ceci s’ajoute une intégration économique paroxystique qui ne prévalait pas par le passé, y compris en 2002 où le principe de mondialisation, avancé certes, ne l’était pas autant qu’à ce jour, intégration qui démultiplie les effets du covid-19. Les interactions économiques du XIVème siècle, voire du XXème ou du début du XXIème n’égalent en rien celles qui prévalent à ce jour et expliquent aussi pourquoi aucune mesures de confinement et de restrictions des libertés n’avaient été alors appliquées. Est-ce à dire qu’il faudra vivre cloîtré et refuser toute socialisation ? Non naturellement, mais il faudra dans les années à venir peut-être admettre la réduction de certaines libertés individuelles, voire collectives, pour préserver notre mode de vie, à réinventer de surcroît. D’aucuns crieraient à des politiques liberticides ! Ils auraient raison mais force est de constater aussi que l’état du monde après le passage du covid-19 appellera certainement à une impérieuse et profonde remise en question.

Au révélateur du coronavirus

Si la crise sanitaire actuelle tend à saturer les hôpitaux français, celle-ci met en évidence les nombreuses carences d’un système de santé trop longtemps inféodé à la doxa de l’austérité économique. Essai d’explication.

Indépendamment du défi sanitaire qu’il pose à l’Humanité, bien que celle-ci ne soit pas menacée d’extinction par le coronavirus, la pandémie actuelle est révélatrice en France au moins de toutes une série de dysfonctionnements voire d’aberrations fruits de logique libérale visiblement incompatibles avec la crise que nous vivons. Ces dysfonctionnements, pour pudiquement les nommer, se résument en quelques mots : manque de masques, manque de lits, manques de structures, manque de soignants, manque de tests, manque…manque…Bref ! La liste est longue et malheureusement non exhaustive. Pourquoi ? Car depuis de nombreuses années, précisément depuis le milieu des années quatre-vingt avec l’apparition et l’affirmation de politiques libérales nourries d’austérité budgétaire, les hôpitaux français et avec eux toute la nébuleuse médicale liée aux financements publics ont été sacrifiés sur l’autel de la rentabilité. Concrètement, considéré comme un gouffre financier, l’Hôpital a vu son budget surveillé à la loupe, l’objectif du législateur étant de limiter le coût de cette institution au coeur du système de santé français. A titre d’exemple, au cours des dernières décennies, le nombre de lits dans le système hospitalier français a connu une baisse continue, puisqu’entre 1982 et 2013, il est passé de près de 600.900 à près de 429.000 lits (exactement 612.898 à 428 987), soit une diminution de 30 %.

Prix ou coût ?

Pis ! Le journal Le Parisien rappelait en octobre 2019 que « l’augmentation de dépenses autorisée à l’hôpital (et en clinique) pour 2020 ne doit pas dépasser 2,1 % de l’enveloppe de 2019, soit 1,5 milliard de plus que l’an dernier et un budget plafonné à 84,2 milliards d’euros. Pour 2019, le gouvernement avait accordé + 2,3 %. Ce qui impose aux hôpitaux français de trouver 800 millions d’euros d’économies ». (leparisien.fr : http://www.leparisien.fr/economie/) Il serait naturellement intellectuellement malhonnête de s’arrêter à ces seules statistiques pour expliquer la détresse des personnels hospitaliers face à l’épidémie mais ces dernières mettent en évidence une réalité : la santé est aujourd’hui devenue une préoccupation plus économique et financière qu’humaine et sanitaire. Alors si une première analyse doit être tirée de cette crise, elle s’articulera certainement autour de l’idée que les politiques de restriction budgétaires visant à contrôler le poids financier des hôpitaux et des matériels nécessaires pour faire face à un quelconque évènement est incompatible avec la réalité vécue à l’échelle nationale et mondiale. Il apparaît ainsi clairement que si la santé a un coût, celle-ci n’a pas, en parallèle, de prix, les patients atteints du covid-19 pouvant en témoigner, les familles éplorées par la perte d’un ou plusieurs proches aussi.

Epidémies et priorités

Il conviendra donc, une fois l’épidémie passée, de repenser le financement de notre système de santé, non pas l’aune de considérations financières même si celles-ci ne doivent pas être négligées, mais à l’aune de réalités sanitaires autres que celles qui prévalaient jusqu’alors. (lire franceinfo.tv : https://www.francetvinfo.fr/sante) Ne soyons pas naïfs ni candides, il y aura d’autres épidémies comparables à celle que nous connaissons aujourd’hui et qui nous obligeront à imaginer d’autres modes de vie capables de répondre par les moyens inventés aux impératifs sanitaires à venir. Ces moyens passeront certainement par une réorganisation du budget de l’État et de ses priorités. D’ailleurs, les plans de soutien massifs aux économies ne révèlent-ils pas un début de prise de conscience que l’argent n’est pas fait pour être accumulé mais pour être dépensé ? La santé devra ainsi reprendre sa place dans l’ordre des priorités pour ne plus être au service de l’économie mais, l’inverse, guider les orientations budgétaires des Etats contraints désormais de composer avec les évolutions que nous impose la planète. In fine, c’est peut-être ça le nouveau monde…

Le virus et la mouche du coche

Entre confinement, inquiétude et sidération, l’Europe et la France affrontent un virus invisible porteur d’un lot de conséquences pour l’heure inconnues mais incontournables. Parmi les premières : humilité et modestie. Pourtant nul besoin d’attendre que le virus s’éteigne pour y satisfaire.

A n’en pas douter, il y aura un avant et un après coronavirus. Confiner un pays, ici la France, voire un continent entier relève du jamais vu dans l’Histoire si ce n’est pas des causes exogènes non voulues et non commandées par les Hommes. Alors, s’interroger aujourd’hui sur le coronavirus, sa vitesse de propagation, les risques sanitaires auquel il expose,…tout cela relève de la banalité tant le virus rythme désormais le quotidien de milliards de personnes. A l’échelle française, c’est d’abord la stupéfaction qui a primé, il convient de le reconnaître. Car ce virus, venu de la lointaine Asie, ne nous apparaissaient que sur des couvertures de journaux ou de commentaires auxquels nous ne prêtions qu’une oreille discrète.

Guerre et confort

Mais lorsque le mal est arrivé, lorsque les portes se sont refermées sur nous et nos familles, il a bien fallu se rendre à l’évidence : le danger rôdait. Le président de la République, grave et hiératique, l’a annoncé solennellement : « Nous sommes en guerre ! » Diantre ! En guerre ! Certes mais contre un ennemi invisible ! Pire que cela ! Un ennemi qui peut se terrer dans chacun d’entre nous ! Foin alors de côte de popularité, de gilets jaunes ou de réformes des retraites ! Tout a été rangé au placard pour lutter contre un virus qui fait trembler jusqu’au sommet de l’État. Il faut dire que l’enjeu est lourd car, à bien y regarder, celui-ci touche au fondement même de toute société : l’Homme. Et plus avant encore, aux systèmes que celui-ci a construit pour améliorer son confort. Qui aurait pu imaginer que dans un pays comme la France, comptant parmi les plus grandes puissances économiques mondiales, parmi les plus confortables, le système de santé serait menacé car incapable de gérer l’afflux de patients. Et d’aucuns de crier à la sous-estimation de l’épidémie avant qu’elle ne pénètre sur le territoire national. C’est possible mais à vrai dire la question n’est plus là. Aujourd’hui, les préoccupations se portent sur la gestion quotidienne d’une population de 67 millions d’habitants inquiète et confinée. Le scenario est malgré tout extraordinaire, presque surréaliste au XXIème siècle. Et pourtant, il faut dès à présent penser au lendemain c’est-à-dire à ce que ce virus d’envergure mondiale va générer comme changements. Car il y en aura indubitablement. Nos habitudes professionnelles, nos modes de déplacements, nos modèles économiques et sociétaux seront bouleversés par un virus qui nous renvoie à nos faiblesses et nos erreurs.

Nature et mépris

Nos egos démesurés, notre confiance arrogante en notre propre pouvoir de domination sur la nature ont été giflés par un virus aux premières heures méprisés pour être finalement craint. Tout comme la Peste Noire de 1348 qui tua trente millions d’Européens, au coeur d’un XVème siècle déjà solidement engagé vers la Renaissance, le coronavirus a fauché, pour un temps, la marche en avant des phénomènes de mondialisation et d’uniformisation comme pour rappeler que c’est bien la Nature qui commande et non l’Homme qui est, l’a-t-il oublié, une multiple composante. Ce virus, mouche du coche, agace et irrite, car il bouscule une humanité pétrie d’habitudes qu’elle avait fini par assimiler ces mêmes habitudes à des certitudes ancrées au plus profond de la conscience collective. Et dire qu’en France ce virus déstructure la société est euphémisme. Les Français, toujours prompts à donner des leçons au monde entier, forts de leur histoire, de leur héritage révolutionnaire fruit de la tolérance et de l’humanisme des Lumières, se voient confinés chez eux, comme de sales gosses privés de sortie après avoir jaugé avec un peu de mépris ses voisins italiens. L’Italie justement, qui a rangé sa dolce vita dans les armoires en attendant des jours meilleurs, souffre en silence dans son pays transformé en tanière. Et se pose peut-être la première des conséquences de ce virus : Réapprendre la modestie et l’humilité. La Nature nous l’a rappelée et ne manquera pas de réitérer l’avertissement.

Covid-19 made in USA

Devenue un phénomène global, l’épidémie de coronavirus pourrait se transformer en piège pour les prétendants à la Maison Blanche. Car tout propos ou décisions jugés bienvenus ou maladroits auraient un effet sur l’économie mondiale. Quel qu’il soit…

Vue d’Europe, et de France en particulier, l’élection du prochain président des Etats-Unis semble aujourd’hui aussi lointaine qu’incertaine. Et pour cause, tenue en novembre à venir, le Vieux Continent est plus absorbé à gérer ses propres questions sanitaires que des questions de politiques internationales qui émergeront à la fin de l’année. Tout au plus sait-on que c’est vraisemblablement vers un débat entre Joe Biden, le Démocrate (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international/article), et Donald Trump, le Républicain que les Etats-Unis se dirigent. Pourtant ce désintérêt, qui en période classique, entendez sans la menace du coronavirus, aurait cédé la place à des débats peu à peu passionnés à l’approche de l’échéance, pourrait soudainement s’inverser pour cause de pandémie mondiale.

Propagation et positions

Car après avoir vu trembler la Chine, puis l’Europe, c’est désormais au tour des Etats-Unis, et plus largement de l’Amérique du Nord et du Sud de s’inquiéter de la propagation du virus. Dans l’absolu, il n’y a là rien de dramatique si sont prises les précautions sanitaires qui s’imposent. Mais c’est surtout la capacité et la vitesse de réaction des Etats-Unis, et Etats voisins, pour endiguer l’épidémie qui va être scruté à la loupe et notamment les positions des candidats face à la contagion à venir. Et de ces positions découleront des conséquences d’abord boursières puis économiques à l’échelle mondiale. Déjà violemment secouées par la propagation du virus, le manque de coordination des Etats touchés et les difficultés à endiguer le virus, les places boursières avaient lourdement chuté voilà peu et ne sont d’ailleurs toujours pas à l’abri d’un nouvel accident. Si l’Europe et le monde en règle générale ont toujours été attentifs aux décisions et prises de positions outre-Atlantique, l’ampleur de l’épidémie dans un contexte de mondialisation poussée à son paroxysme rend la parole et les actes des partenaires nord-américains pour l’essentiel primordiaux.

Confiance et trouble

Certes Joe Biden ne peut préciser qu’elles seront ses intentions ou décisions si celui-ci était élu tout comme Donald Trump qui se borne à gérer la crise plus qu’à ne l’anticiper (latribune.fr : https://www.latribune.fr/economie/international). En revanche, l’un et l’autre savent pertinemment que passé l’été, voire avant, tout propos ou toute intention pourraient générer soit un regain de confiance soit un trouble à même de déstabiliser l’économie mondiale déjà fragile. Cette interdépendance, qui fait désormais de chaque pays tout à la fois un acteur et une victime de la sphère économique, transforme le moindre événement potentiellement porteur de conséquences d’envergure mondiale. Dès lors, les deux candidats supposés à la Maison Blanche savent que chacun de leurs mots concernant l’épidémie sont susceptibles de précipiter le monde, sinon dans le chaos, du moins dans l’inquiétude renforçant par la même l’idée et la réalité factuelle que l’économie est aujourd’hui plus un jeu de pouvoirs et de communication qu’une science au service des hommes. La responsabilité est donc énorme pour celui qui sera dans quelques mois à la tête de la première économie du monde menacée, comme d’autres, par l’émergence d’un virus inconnu et qui n’est sûrement que le premier d’une longue série.

Petite histoire du vide et de l’excellence

La pauvreté des discours politiques français interroge sur la capacité de notre société à se renouveler et à sortir d’une facilité qui confine à la passivité et à la médiocrité institutionnalisées. Essai d’explication.

A quelques jours du premier tour des élections municipales qui s’annoncent violentes et cruelles pour La République En Marche (LREM), un constat s’impose : il n’existe plus en France de clivage droite-gauche tel qu’il prévalait encore il y a encore cinq ans. D’aucuns argueront, et ils auront partiellement raison, que la responsabilité en revient à Emmanuel Macron, lui qui par un discours empreint de pragmatisme a fait voler en éclat des différences idéologiques qui tendaient déjà depuis plusieurs années à s’essouffler pour en perdre in fine leur sens et surtout leur pertinence. Mais le Président de la République n’est pas le seul responsable de ce vide idéologique qui pèse sur un pays longtemps habitué à se fracturer autour de modèles de pensées qui opposaient globalement progressistes et conservateurs, gauche sociale-démocrate et droite libérale républicaine attachée à l’ordre.

Confort et doxa

S’il fallait donc chercher historiquement d’autres coupables, l’on pourrait citer pelle-mêle, le reniement des acteurs de Mai 68, pour beaucoup aujourd’hui engoncés dans un confort bourgeois, la gauche mitterrandienne qui a sacrifié en 1983 l’espoir du progrès social sur l’autel de l’austérité libérale, la droite républicaine qui a laissé s’instiller en elle le poison extrémiste porté par le Front National de Jean-Marie Le Pen,…Les exemples ne manquent malheureusement pas et leur aspect pléthorique qui confine au constat ne comble en rien ce vide qui ampute la nation de toute créativité politique. Car c’est là que le bât blesse : l’absence de nouveaux courants de pensée capables de réinventer une société française rangée au confort de la mondialisation, tremblante devant un exotique coronavirus, presque résignée devant la doxa présidentielle, choquée par l’utilisation du 49.3 mais pas suffisamment pour réclamer la primauté de la démocratie sur l’autoritarisme légitimé d’une Constitution devenue incompatible avec notre modernité. Il convient donc aujourd’hui de s’interroger, non sur l’action du Président Macron qui finalement occupe un espace intellectuel et idéologique laissé vacant et abandonné, mais sur ce que pourrait être les principes d’une nouvelle société. A ce jour, rien ne semble poindre dans un paysage politique pauvre et médiocre où la superficialité fait office de contenu idéologique. Pourtant dans cette inertie coupable, certains, ont-ils raison ou tort, pensent que l’issue environnementaliste et écologique serait une solution perenne. Mais un discours, aussi pertinent et fondé soit-il, ne peut se substituer à un corpus dense et entier, construit et pensé, capable, une fois uni, de constituer un modèle sur lequel fonder les bases d’une nouvelle société ? Le défi est certainement là.

Obsolescence et cynisme

Imaginer et penser une société que les idéologies défuntes ont longtemps structuré, telles des matrices inamovibles, désormais obsolètes. N’hésitons pas à l’affirmer, le discours ambiant et tenu par le Président de la République offre, non pas un modèle, mais un succédané par défaut face à l’incapacité de notre société à se renouveler. Il y a d’ailleurs quelque chose d’inquiétant dans cette situation, à savoir que notre modèle sociétal serait désormais à court d’idées, augurant ainsi un attentisme et une passivité aussi rampantes que dangereuses car tacitement d’accord avec le principe que le minimum sera toujours plus facile à obtenir que l’excellence qui appelle une réflexion devenue rare. Françis Blanche, comédien acerbe et délicieusement cynique d’un autre temps avait lancé cet aphorisme plein de sens aujourd’hui et qui sied parfaitement à notre société résignée : « Mieux vaut viser l’excellence et la manquer que viser la médiocrité et l’atteindre ! » Il serait aisé de méditer des heures sur cette citation des plus gourmandes pour la commenter et en faire la plus fine des exégèses mais il conviendra en conclusion de l’admettre, nous avons bien atteint notre cible : la médiocrité.

Bouillon de culture

L’apparition et la propagation du coronavirus à l’échelle mondiale interroge aussi sur les origines du virus et notamment sur le rôle du réchauffement climatique et de la mondialisation.

A des fins alarmistes, nous dirions que le coronavirus est la nouvelle Peste noire, celle qui a ravagé l’Europe du XIVème siècle (1347 – 1352) et qui décima près de 25 millions d’Européens. Naturellement, les vecteurs de propagation de la pestilence médiévale n’étaient pas identifiés comme ceux qui véhiculent le coronavirus, bien que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) s’interroge sur l’apparition de cas en Europe en dehors des canaux habituels de transmission (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international/), mais la crise sanitaire est suffisamment grave par son étendue pour préoccuper la planète entière.

Virus et mondialisation

Pour autant, là n’est peut-être pas l’essentiel car in fine, chercheurs et biologistes finiront par trouver les moyens d’endiguer le virus. En revanche, se pose la question d’identifier les facteurs ayant provoqué l’apparition de ce virus. Et il n’est pas inopportun d’avancer la thèse du réchauffement climatique comme l’une des causes potentielles (m.reporterre.net : https://m.reporterre.net). L’augmentation globale, ici à l’échelle mondiale, des températures a possiblement généré l’apparition de nouvelles maladies ou virus jusqu’alors endormis ou inexistants en raison de températures trop froides ou de conditions biologiques inadéquates pour assurer leur développement respectif. Pour résumer, il convient alors de considérer la planète comme un gigantesque bouillon de culture où grouillent et cohabitent tout un ensemble de pathologies et de virus, déclarés ou à venir, dont l’homme serait victime sans en être la cible première ou voulue. Aussi opérer un rapprochement avec la Peste Noire de 1347 n’est il pas si aventureux que cela car au XIVème siècle l’absence de règles d’hygiène strictes, la prolifération des puces et des rats dans les villes médiévales traversées de toutes parts d’échanges commerciaux croissants et européanisés ont tous contribué à la diffusion de la maladie venus d’Orient. Il en est aujourd’hui de même avec le coronavirus encouragé par des conditions climatiques favorables et une mondialisation des échanges, notamment les flux de passagers transportés par voies aériennes qui, en toute ignorance, véhiculent le virus.

Flux et artefact

Est-ce à dire que les flux de passagers doivent cesser sine die ? Certaines compagnies aériennes ont pris cette décision mais est-ce la meilleure, en tous cas la plus efficace ? Une telle épidémie, susceptible de se transformer en pandémie, ne choisit en rien la compagnie avec laquelle voyager pour rester à quai si les vols sont annulés ! Réduisons les gaz à effet de serre dans ce cas ! L’humanité a déjà commencé mais avec moult difficultés et pour l’heure sans résultats réellement concrets. Ce trait d’humour, un brin cynique, nous renvoie à un présent qu’il sera impossible de réécrire, à savoir que la mondialisation est devenue une réalité incompressible et que le réchauffement climatique, lui aussi en cours, est aussi lié à la première. Certes, les solutions existent mais il est à considérer des plus sérieusement désormais que ce type de crises sanitaires sera de plus en plus fréquents dans les décennies à venir dessinant un nouveau paysage biologique mondial et confirmant l’idée que l’Homme reste un accident de l’Histoire de la planète, un artefact fragile et exposé à une nature qu’il a cru domestiquer mais qui lui est parfois hostile car indifférente à sa présence.

Benjamin Griveaux, l’hubris brisé

Les révélations à caractère sexuel ayant poussé Benjamin Griveaux à retirer sa candidature aux élections municipales à Paris en mars prochain offrent aussi au Président de la République l’opportunité d’écarter sans frais un homme convaincu de son destin. Explications.

Peut-être se voyait-il déjà maire de Paris ? Lui l’ambitieux, le fils spirituel souvent sentencieux, irritant de perfection, au mot souvent juste et la faconde toujours d’à propos face aux journalistes les plus rompus à la chose politique. Seulement voilà ! Benjamin Griveaux ne sera pas maire de Paris. Et il est probable qu’il ne soit plus rien pendant quelque temps. L’enfant prodige de la macronie, qui visait l’Hôtel de Ville en attendant plus grand, a tout simplement explosé en vol, désintégré par des révélations aussi crasses que vulgaires. Inutile de revenir sur les détails scabreux d’une affaire qui embarrasse un personnel politique bien discret depuis la diffusion des vidéos coupables (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/politique/article) . Une vraie tragédie grecque ! De celles où le destin d’un homme se brise sous la colère des dieux, agacés par un hubris démesuré ! Pour autant, l’essentiel n’est pas là car ce scandale, qui finira par s’éteindre comme tous les scandales, est aussi porteur de conséquences politiques non négligeables. Une explication s’impose. Jusqu’alors fidèle parmi les fidèles, Benjamin Griveaux, pouvait s’enorgueillir de la confiance d’Emmanuel Macron. Rare et précieux….

Héraut et incontournable

Patient et dévoué, prêt à défendre coûte que coûte la politique engagée par le Président de la République, l’homme était devenu le porte-parole du Gouvernement, le héraut de la parole présidentielle. Pourtant, cette fidélité que le premier personnage de l’État appréciait, et apprécie certainement encore, avait, comme tout, des limites. Et la candidature de Benjamin Griveaux à la Mairie de Paris en marquait la première. Pourquoi ? L’ambition politique et l’attrait pour le pouvoir nourris par Benjamin Griveaux ne pouvaient le contenir dans un rôle de second, ou pire, de faire-valoir. Certes l’ex-candidat à la Mairie de Paris ne se serait jamais présenté en rival direct du président en 2022 mais il aurait, certainement, Emmanuel Macron réélu ou pas, et en toute indépendance, tracé sa route, posé ses jalons pour à terme viser autre chose que le rôle de premier édile parisien pour ainsi devenir incontournable voire incontrôlable dans un parti protéiforme et globalement mal structuré. Concrètement, si la perte de Benjamin Griveaux dans les eaux noires d’un scandale graveleux est un coup porté à la République en Marche et au Président qui soutenait activement cette candidature, elle est aussi pour ce dernier et sa garde rapprochée le moyen d’évincer un potentiel trublion. Car en politique, il n’y a pas pire ennemi que ses proches amis, de ceux qui un jour en appellent à la gratitude de celui qu’ils ont patiemment et silencieusement servi.

Univers et mauvaise passe

Avancer que la désintégration politique de Benjamin Griveaux est pour la République en Marche et Emmanuel Macron la bienvenue serait faux. Celle-ci n’était ni attendue ni espérée mais elle rebat singulièrement l’univers macronien en l’affranchissant d’un ambitieux déclaré. Répétons-le, Benjamin Griveaux ne se serait jamais présenté à l’élection présidentielle de 2022. Mais élu à la Mairie de Paris, celui-ci aurait certainement tourné son regard vers l’Elysée dès 2027. Pourtant, l’élection de Benjamin Griveaux à l’Hôtel de Ville parisien en mars prochain, qui n’avait rien d’évidente au regard des sondages le plaçant en troisième position, aurait vraisemblablement donné une bouffée d’air frais à un pouvoir dans l’oeil du cyclone, le scandale en cours ne faisant que confirmer cette mauvaise passe. Cette élection aurait permis, même de manière symbolique et indirecte, de légitimer la politique menée par le Président de la République. Mais désormais, la macronie devra composer sans Benjamin Griveaux. Et la classe politique française de voir disparaître un prétendant à la fonction suprême…Cela rappelle quelqu’un ? Mais qui… !

Le Brexit et la vie continue !

Le départ définitif du Royaume-Uni de l’Union Européenne ne semble avoir en rie bouleversé les autres pays membres, tous conscients des forces et des avantages de l’Union en dépit de ses défauts.

Maintenant c’est désormais chose acquise et officielle ! Le Royaume-Uni a quitté l’Union Européenne le 31 janvier dernier. Et avec ce départ, vient l’heure d’un premier bilan après presque quatre ans de tergiversations, d’espoirs, de doutes, de reculades, de suspens et de rebondissements durant lesquels auront été prédits tous les destins à l’Union : Disparition, renforcement, affaiblissement, démembrement, perte de nouveaux Etats…Une vraie tragédie grecque à l’ombre de l’hubrys d’hommes ambitieux ! Pourtant force est de constater que le départ du Royaume-uni s’est effectué dans une relative indifférence sur le continent car nombre d’Européens avaient depuis fort longtemps entériné le départ de l’Albion au point d’être définitivement passé à autre chose et que, à part Londres, aucune autre capitale européenne, n’a fait part de velléités de départ. (Lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/)

Pragmatisme, avatar et raison

De multiples raisons peuvent expliquer cette indifférence et l’absence de nouveaux processus de départ. La première est certainement la longueur du Brexit qui a fini par lasser des Européens conscients, au fil des mois, que la sortie du Royaume-Uni n’allait en rien bousculer ni les fondements de l’Union ni la zone Euro puisque désormais trois européens sur quatre utilisent la monnaie unique. La seconde relève d’un certain pragmatisme. D’aucuns, notamment parmi les eurosceptiques et les partis populistes, qui accablent régulièrement l’Union Européenne de tous les maux, l’accusant de brider les Etats et leur souveraineté, de réguler plus qu’elle ne libère les énergies et les Hommes qui la composent ont tous intégré l’idée que l’Union, certes porteuse de défauts et d’impérities structurelles est aussi forte de qualités rares et aujourd’hui précieuses. Sa stabilité diplomatique et politique, son environnement démocratique qui est une des bases essentielles de ses textes fondateurs, sa générosité financière via les fonds européens régulièrement attribués, son équilibre monétaire et économique, souvent décrié mais globalement porteur en dépit de difficultés ponctuelles récentes (lacroix.fr : https://www.la-croix.com/Economie) restent tous très appréciés des Européens qui ont ainsi plus vu le Brexit à la lumière d’un avatar, voire d’un incident de parcours que comme une catastrophe propre à faire trembler les bases de l’Union. La raison et l’esprit européens semblent ainsi avoir parlé renvoyant Londres à ses choix.

Douanes et intégration

Rien qu’en France, comptant parmi les pays fondateurs, la contestation de la réforme des retraites et la propagation du corona virus en Chine (associée aux risques potentiels sur le territoire) ont plus préoccupé autorités et population que la sortie du Royaume-Uni tenue pour irrémédiable. Dès lors, au lendemain du 31 janvier, alors que se posent des questions d’ordre essentiellement douanier et maritime avec le Royaume-Uni, peu d’Européens continentaux se sentent émus ou bouleversés par le départ de Londres de l’Union tant celle-ci durant quarante-sept ans d’adhésion a fait valoir sa différence refusant clairement d’être pleinement intégrée aux principes régissant la Communauté économique (CEE), puis le Marché Unique enfin l’Union Européenne. Et aujourd’hui pointe un regret, pas nécessairement celui de voir le Royaume-Uni quitter l’Europe politique mais celui de ne pas avoir su, aussi, peut-être développer un environnement qui aurait incité Britanniques et Irlandais du Nord à rester au sein de l’Union. Mais ça c’est une autre histoire.

De l’humilité en politique

L’avis émis par le Conseil d’État sur la réforme des retraites interroge tant sur le contenu du texte proposé que sur la méthode employée par l’exécutif. Et le Président de la République de jouer avec le lien fragile qui l’unissait aux Français.

Fin de semaine morose pour l’exécutif…Alors que les sondages annoncent Benjamin Grivaux, candidat investi par La République En Marche en difficulté pour défier Anne Hidalgo, actuelle maire de Paris, voilà que le Conseil d’État vient d’émettre un avis des plus critiques sur la réforme des retraites voulue par le Président de la République et le Gouvernement. Il n’en fallait pas autant pour relancer un mouvement syndical en perte de vitesse et qui saura, à n’en pas douter, rebondir afin de faire à nouveau valoir son opposition au projet de loi.

Régicide et cacophonie

Mais au-delà des mésaventures de Benjmin Grivaux, c’est bien la décision du Conseil d’État, la plus haute autorité du pays, qui risque de ternir les jours à venir de l’exécutif car cet avis, des plus neutres et des plus désintéressés, interroge aussi sur la manière dont Président de la République et Gouvernement sont amenés à présider aux destinées de la nation. Beaucoup argueraient d’une certaine brutalité et d’un comportement à la hussarde, tous deux incompatibles avec le tempérament éruptif d’un peuple régicide. Il est donc question de méthode plus que de contenu désormais pour Emmanuel Macron, bien que le contenu soit pour beaucoup discutable. S’appuyant sur la volonté des Français de réformer le régime des retraites, le Président de la République a surestimé la capacité des Français à accepter non pas une réforme mais sa réforme, celle que le Président veut lui et pas nécessairement ceux qui l’ont élu. Ainsi se dégage-t-il de cet épisode du quinquennat, outre une cacophonie que nul ne sait interrompre, mais surtout un malaise croissant entre un Président de la République et le peuple, alors que les institutions de la Vème République sont basées sur ce lien essentiel.

Brutalité et écouter

Accusé de vanité et d’autoritarisme, d’arrogance et de prétention, Emmanuel Macron a, par cette réforme des retraites certes nécessaire mais brutale et par trop radicale, érodé le lien de confiance déjà fragile qui l’unissait aux Français. Et en démocratie, c’est souvent ce lien qui permet à ses dirigeants de poursuivre les réformes engagées quand la confiance prévaut…mais lorsque la défiance a pris le pas…Plusieurs solutions s’offrent cependant au chef de l’État. Retirer le projet, le modifier et l’amender dans le sens des revendications proposées par les centrales syndicales, faire preuve de pédagogie,…Bref ! Tout est encore possible mais ce qui risque de fondamentalement faire la différence, c’est la capacité d’Emmanuel Macron à entendre plus qu’à écouter, à proposer plus qu’à imposer, à expliquer plus qu’à tancer. L’une des erreurs commises par Emmanuel Macron a été de penser que son élection lui offrait un blanc-seing alors qu’elle a aussi été le fruit du rejet massif de l’extrême droite et dès lors de considérer que tout était possible y compris les réformes les plus audacieuses. Et si un conseil devait être adressé au Président de la République, il appellerait le chef de l’exécutif à faire preuve d’un peu plus de souplesse et d’humilité.

L’ordre ou le dialogue

La multiplication des violences policières interroge sur les missions originelles des forces de l’ordre sensées protéger les populations et assurer l’ordre républicain. Mais ce-dernier ne serait-il pas devenu une excuse à toutes les dérives dès lors légitimées. Explications.

De dérapages en bavures, voilà que depuis plusieurs semaines désormais la Police nationale est sur le grill. Les violences policières à répétition, dénoncées tour à tour par le Ministre de l’Intérieur et le Président de la République, ne semblent donc pas s’atténuer (Lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/01/19) et tendraient même à monter l’opinion contre les représentants des forces de l’ordre. Une fois le constat dressé, il convient d’essayer de déterminer les origines de ces violences. Le risque terroriste qui a longtemps pesé, et pèse encore d’une certaine manière sur le pays, a plus ou moins légitimé les méthodes musclées d’une police alors parée de toutes les vertus, notamment celle d’offrir un rempart à la propagation du fléau terroriste.

Ordre et Etat policier

Mais dans l’intervalle qui sépare la situation actuelle de celle qui prévalait il y a encore cinq ans, une élection présidentielle inédite de par son résultat est venu changer la donne. Le nouveau Président de la République, sous des aspects avenants, s’est en fait révélé un partisan sinon déclaré du moins clairement avoué de l’ordre. Et d’avancer la notion sacro-sainte dans une démocratie telle que la nôtre de l’ordre républicain, celui justifierait toutes les interventions au motif que celui-ci lutte pour le bien public. (Lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses) Certes. Mais devant le nombre de blessés ou de mutilés, la question se pose avec tout autant de légitimité que la défense de l’ordre républicain : Une telle violence est-elle nécessaire ? Visiblement non. Les excès de la Police nationale certes aux effectifs épuisés, confrontés à des difficultés croissantes dans l’exercice de leurs fonctions respectives ne sont plus à ce jour tolérables car les accepter tels quels reviendrait à basculer dans un Etat policier où le simple fait de manifester son mécontentement serait synonyme d’un potentiel dérapage.

Violences et missions

Aussi, il n’est pas inutile, devant les mutations subies par la société, devant des nouvelles formes d’expression (réseaux sociaux à même d’amorcer des rassemblements publics sans délai ou peu), l’émergence d’une nouvelle forme de violence liée à l’incompréhension des politiques menées depuis l’élection d’Emmanuel Macron, de s’interroger sur les missions fondamentales de la Police. La France, qui se veut une démocratie moderne ne peut plus aujourd’hui confier sa sécurité intérieure à une Police dont les méthodes de maintien de l’ordre se borne à attendre les instructions avant de passer à un tabassage en règle et arguer de la défense de l’ordre public et républicain. Mais imaginer avant toute manifestation, à risque ou non, un dialogue entre forces de l’ordre et organisateurs afin d’établir les potentielles dérives ne relève pas de l’utopie. Considérer que tout manifestant n’est pas un terroriste en puissance ou un casseur en sommeil ne fait pas non plus offense à la Police dont le rôle, rappelons-le reste de protéger la population et non pas la terroriser par la menace de violences devenues intolérables.