De la Quatrième sous la Cinquième

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Obtenir une majorité nette et docile à l’assemblée est un objectif primordial pour le nouveau président. Dans le cas contraire, l’instabilité pourrait devenir la règle. 

Si la fonction première du nouveau gouvernement est d’amener une majorité large et soumise à Emmanuel Macron, la diversité de cette majorité ouvre aussi la porte à une instabilité qu’il faudra assumer sans se renier.

Qu’est-il possible d’attendre du nouveau gouvernement ? Les optimistes, les pro-macron, les marcheurs diront que tout est possible. Les autres, mélange hétéroclite de résignés, de déçus ou simples citoyens trop heureux d’avoir écarté Marine Le Pen, alterneront entre attentisme, voire indifférence. En réalité, il n’y a pas grand chose à attendre du présent gouvernement essentiellement bâti dans la perspective des élections législatives du mois de juin. Et pour Emmanuel Macron, la chose est claire : il n’y aura aucune décision prise avant que ne se soit dessinée une majorité claire à l’Assemblée Nationale. Car même si le nouveau président veut gouverner par ordonnance, il a besoin de l’aval du Parlement pour y procéder et donc, par conséquent, d’une majorité qui lui soit favorable. Ainsi, le Gouvernement actuel, qui expédiera les affaires courantes jusqu’au prochain remaniement à venir après le second tour des élections législatives, n’a pour autre fonction que de séduire le plus large panel d’électeurs venus de gauche, de droite et du centre. La mission est claire et ne souffre aucune contestation. Et tant pis sir certains ministres nommés le sont pour la façade. Affirmer que les ministres choisis par Edouard Philippe resteront en place après l’élection du nouveau Parlement est somme toute assez risqué.

Cohabitation et majorité

D’abord, parce qu’un risque de cohabitation n’est pas exclu, bien que celui-si soit faible en raison de l’état avancé de délabrement des partis traditionnels, ensuite parce que le corps électoral n’est pas enclin à revivre l’expérience vécue en 1986 et 1997. Mais si les ministres actuels sont assis sur des sièges éjectables (tout ministre l’est cependant quelque soit la configuration politique), c’est tout simplement car leur mission ne relève que du contrat à durée déterminée avec pour mission, répétons-le, d’amener à l’assemblée une majorité nette et docile à l’assemblée. Nette et docile sont pourtant des adjectifs qui, en l’occurrence, restent objets de moult discussions et commentaires. Pourquoi ? Car en déstructurant le paysage politique, en faisant exploser les clivages ancestraux qui bornaient la vie politique française, Emmanuel Macron prend aussi le risque de les dissoudre au sein de l’assemblée et de la majorité qui le servira. Allier un député de gauche avec un député de droite n’est pas incohérent tant que l’un et l’autre sont d’accord, ce qui n’est pas interdit et qui est tout à fait imaginable. Mais si d’aventure un désaccord apparaît, le risque de défection apparaît aussi pour peut-être s’imposer comme un véritable danger d’instabilité parlementaire. Car le risque auquel s’expose Emmanuel Macron est là : celui de mettre sur pied une majorité nette certes mais fragile et versatile. Bref une majorité que la Quatrième République n’aurait pas renié au sein même de la Cinquième.

Dualité et Union nationale

Deux solutions alors : la première est d’accepter cette potentielle instabilité comme mode de fonctionnement ; la seconde est de revenir à une dualité classique gauche – droite, certes paralysante (car c’est contre celle-ci qu’Emmanuel Macron s’est dressé et fait élire) mais plus confortable pour l’exécutif, encore que les frondeurs ont mené la vie dure à François Hollande pendant son quinquennat. Emmanuel Macron joue ainsi un jeu dangereux qui consiste à promouvoir une forme de gouvernement d’Union nationale qui ne dit pas son nom mais qui expose le pays à une vraie forme d’instabilité. Et n’est pas Clemenceau qui veut… ! « Oui ! Mais il y a le 49.3 ! » s’écrieront certains. Certes ! Sauf que le Président a proposé de le supprimer. A moins que la Raison d’Etat ne l’emporte et que devant le risque d’une motion de censure ou d’un désaccord majeur à même de bloquer le pays, Emmanuel Macron préfère le conserver plutôt que d’organiser des élections législatives anticipées. A choisir l’option, louable, d’un monde politique déstructuré, défait de tout clivage apparent et trans-partisan, Emmanuel Macron a aussi ouvert la voie aux risques qu’il comporte. A lui de les assumer désormais et de ne pas trop jouer avec le feu. Le sien, celui qui l’a mené à l’Elysée, fût-il sacré.

La Boîte de Pandore du Président Macron

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Outre les attentes nourries par l’élection d’Emmanuel Macron, se pose aussi la capacité du nouveau président de régénérer un tissu social délité.

La victoire d’Emmanuel Macron sanctionne-t-elle la victoire de l’esprit sur la médiocrité ? Ou est-elle le premier pas vers le passage de notre société vers le XXIème siècle ? Suggestions de réponses.

Voilà donc Emmanuel Macron président. Celui qui, comme l’ont déjà souvent répété plusieurs commentateurs, inconnu il y a encore trois ans, est désormais à la tête d’un pays soucieux (et c’est tout à son honneur) d’éviter coûte que coûte le péril brun que promettait le Front National (lire  sur lemonde.fr :  Présidentielle : de Lille à Bobigny, « on n’avait pas le choix pour éviter le pire »). Coûte que coûte en effet car en élisant Emmanuel Macron parce qu’il incarne l’antithèse du parti d’extrême droite, parce qu’il donne corps aux valeurs républicaines auxquelles nombre d’entre nous sommes attachés, les Français ont fait le choix de la raison contre le chaos. Reste désormais à savoir pourquoi et pour quoi a été élu Emmanuel Macron. Dernier rempart contre l’extrême droite, il a aussi été choisi pour son programme jugé, par certains et par ses adhérents, trans-partisan, au-delà des lignes de fractures classiques entre droite et gauche. Voilà pour les explications premières et dont beaucoup se contenteront. Mais n’en existe-t-il pas d’autres ? Il n’est pas ici question d’en dresser la liste aboutie, au risque (et ce serait bien normal) d’être taxé de prétention mais il n’est pas interdit de s’interroger sur ces raisons. Ainsi, n’est-il pas inutile de se demander si Emmanuel Macron n’a pas profité d’un extraordinaire concours de circonstances où se marient inertie coupable des partis politiques classiques, désillusion collective, perte de foi en la capacité des hommes et femmes politiques d’appréhender les mutations globales et montée exponentielle d’une médiocrité érigée en principe de fonctionnement devenue insupportable. Une explication s’impose.

Médiocrité contre sagacité

D’abord, il convient de reconnaître deux qualités à Emmanuel Macron, indépendantes des autres qui lui permettront (espérons-le) de diriger le pays. Ces qualités sont la sagacité et la perspicacité. L’une et l’autre lui ont permis de comprendre les attentes des Français et de saisir l’instant propice pour se présenter et être élu. Qualités rares qui ont manqué à ces prédécesseurs. Emmanuel Macron a su humer le temps, sentir les inflexions silencieuses et invisibles de l’opinion au point de les intégrer, les analyser et les verbaliser dans un discours qui a su séduire un électorat avide de changement. Sera-t-il à même de l’amorcer ? C’est une autre histoire. Mais outre ses qualités intrinsèques, Emmanuel Macron a aussi profité de la déliquescence globale et générale de notre société. L’érosion des repères sociaux et la perte de sens qui rongent notre société, et pas seulement la notre d’ailleurs, a profité au jeune prétendant. Outre-Atlantique, c’est un populisme borné et grossier qui a raflé la mise. En France, Emmanuel Macron, tout l’inverse de Donald Trump. Ainsi, est-il erroné d’affirmer aujourd’hui que nous vivons dans une société où tout est possible ? La question, à l’aune des événements actuels, devient de fait rhétorique et n’appelle par conséquent aucune réponse. Comment en est-on alors arrivé ce point ? Là encore plusieurs raisons s’entrechoquent : Institutions inadaptées aux évolutions mondiales, égalitarisme forcené, incapacité chronique à interroger le Monde et notre présence en son sein, volonté acharnée, par instinct ou par peur, de conserver les attributs d’un monde et d’une civilisation aujourd’hui dépassés, glorification croissante, consciente ou inconsciente, de la bêtise, de la vacuité intellectuelle, de l’ignorance crasse au détriment de la culture et du savoir salvateur et émancipateur.

Victoire et défaite

L’élection d’Emmanuel Macron est à la fois la victoire d’une génération, celle née dans les années soixante-dix promise à un destin mais qui n’a jamais profité que des miettes de celui-ci, victoire d’une forme d’énergie dont l’avenir dira si elle était porteuse de changements lourds, et victoire de l’esprit sur l’obscurantisme des extrêmes. Mais elle est aussi la défaite des modèles idéologiques (libéralisme et marxisme) qui ont longtemps structuré et guidé nos sociétés, défaites de certaines élites sociales incapables d’imprimer les contours d’un avenir collectif, défaite de la pensée collective, celle qui anticipe les évolutions du monde, et défaite d’un monde post-moderne, incapable de se renouveler, convaincu d’être l’incarnation d’une civilisation aboutie. Alors in fine, l’élection d’Emmanuel Macron est-elle une bonne ou une mauvaise nouvelle ? Journalistes et commentateurs n’apporteront pas la réponse mais l’Histoire se nourrira de leurs observations actuelles pour le démontrer. (Lire sur lefigaro.fr : «Macron veut changer le système par la voie de la monarchie présidentielle») En revanche, indépendamment des aspects techniques de son programme, le nouveau président de la République, qui a su se glisser dans l’espace invisible ouvert par le délitement des lignes et des repères sociaux et politiques qui prévalaient jusqu’alors, sera attendu sur sa capacité à régénérer le tissu social d’un pays épuisé et en proie au doute (comme le montre le résultat de l’extrême droite), à dépasser les peurs et les angoisses et, surtout, à rompre avec les réflexes de l’ancien monde. Bref ! Passer au XXIème siècle.

Dépression d’Etat

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Si les réformes devant clarifier la vie sociale et économique du pays sont impérieuses, le prochain président devra aussi soigner la fatigue psychologique d’un pays épuisé.

Plus que d’engager des réformes certes impérieuses, le prochain locataire de l’Elysée devra surtout trouver les solutions pour guérir la dépression nerveuse dont souffre le pays. En commençant par bannir le retour sur soi et les intérêts partisans.

Diriger un Etat n’a rien d’aisé ou d’une sinécure. Ceux qui affirment le contraire n’ont jamais éprouvé la chose (rares le sont d’ailleurs) ou se vautrent dans des certitudes teintées d’ignorance crasse. Bref ! Donc diriger un Etat n’a rien d’aisé et diriger la France, comme s’apprête à le faire le prochain président, ou présidente, de la République, reste un défi lourd dans la vie de celui, ou celle, qui a été choisi ; tout comme il peut l’être dans n’importe quel pays du monde pour celui qui a été désigné. Pourtant, le ou la prochain(ne) président(e) de la République, devra non seulement engager les sacro-saintes réformes que le pays attend depuis des décennies (certainement aussi difficiles à engager qu’à exposer aux Français lorsque les vivre sera un autre débat) mais peut-être avant toute chose prendre conscience d’une réalité que la campagne présidentielle actuelle semble avoir éludé. Cette réalité, simple, s’exprime dans la fatigue psychologique et nerveuse des Français. Chômage de masse insupportable, mondialisation mal appréhendée, terrorisme rampant, tensions sociales…sont autant de paramètres qui devront être pris en compte, non seulement en tant que tel par le prochain locataire de l’Elysée, mais surtout considérés comme éléments moteurs de la fatigue, nerveuse et sclérosante dans laquelle les Français baignent depuis de nombreuses années.

Colère et résignation

Inutile d’évoquer un quelconque tournant historique de la vie politique française que recèlerait cette élection (le tournant ne sera historique que si celui-ci, à l’aune du temps long, reste inscrit dans l’Histoire comme un moment clef du roman national), mais plutôt l’opportunité de modifier l’approche que nombre d’hommes et de femmes politiques nourrissaient à l’endroit du pays. Le prochain locataire du Faubourg Saint-Honoré devra d’abord réconcilier le pays avec son histoire, avec ce qu’il est et ce qu’il est devenu. Sans faire table rase du passé, il devra faire accepter ses erreurs et ses faiblesses, ses reniements et ses trahisons sans diviser un peuple fragile et fragilisé. Là encore, inutile d’évoquer deux France, deux peuples divisés entre ceux qui bénéficieraient d’avantages quelconques jugés indus (les fameuses élites) et ceux qui n’auraient rien pour ne jamais cesser de souffrir. Vision simpliste, facile et pratique, qui pousse à détourner les yeux d’une réalité bien plus complexe, réalité qui renvoie l’homme ou la femme politique à ses responsabilités : celle de gouverner un pays en proie au doute et non pas une frange de la population. Cette fatigue psychologique que fait régner les paramètres évoqués plus haut, est devenue si prégnante qu’elle est parvenue à écoeurer nombre d’électeurs de s’exprimer sur le destin du pays ou de l’exprimer via des candidats au discours violent et destructeur. Mais elle a aussi pour effet de nourrir un sentiment de résignation et de banalisation aussi dangereux que les partis soucieux d’exploiter, à dessein malsain, la colère et le ressentiment de certains. Alors plus que de réformes, certes indispensables, le prochain président de la République devra être ferme mais pas autoritaire, réaliste mais pas austère, compréhensif sans pour autant céder à toutes velléités, empreint d’intérêt général et non défenseur d’intérêts partisans, trouver des solutions et non pas flatter le compromis, s’ouvrir au monde et non pas le redouter. La tâche s’annonce rude et complexe tant le pays a perdu une grande partie de sa confiance en soi. Les raisons sont multiples mais, à la tête de l’Etat, comme premier de cordée, celui qui s’installera dans le fauteuil tant convoité le 7 mai au soir devra ouvrir la voie de l’espérance et non en fermer la porte au profit du repli sur soi, moteur d’un doute destructeur. Attendons donc le 7 mai pour savoir qui héritera du privilège d’administrer sa thérapie.

Emmanuel Macron a-t-il eu raison du front républicain ?

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Le discours d’Emmanuel Macron, en rupture avec l’offre politique actuelle, est-il assez convainquant pour s’affranchir de l’alliance trans-partis du front républicain ? 

Si le front républicain a toujours été invoqué pour entraver l’accès du Front national au pouvoir, il apparaît aussi que le discours d’Emmanuel Macron a su régénérer une offre politique sclérosée qui a aussi fait les beaux jours du parti d’extrême droite.

A peine les résultats du premier tour de l’élection présidentielle étaient-ils annoncés que déjà résonnait dans les différents partis défaits et opposés aux thèses du Front national l’expression de front républicain. Devant la présence d’un candidat d’extrême droite au second tour de scrutin, beaucoup, à raison d’ailleurs et quelque soit leurs convictions politiques, déclaraient vouloir voter pour Emmanuel Macron avec l’espoir de faire barrage à Marine Le Pen. Agité comme l’ultime rempart à la présence au second tour d’une candidate portant un discours identitaire et exclusif, raciste et xénophobe, ce front républicain, est certes tout à la fois un moyen d’entraver l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite mais est aussi, étonnamment, un moyen pour cette dernière de se justifier aux yeux de l’opinion. Comment ? En cherchant à s’allier contre le mouvement extrémiste, les partis classiques parviennent évidemment et heureusement à doucher les ambitions de l’extrême droite mais travaillent aussi à nourrir le discours victimaire de celle-ci, discours par lequel elle se présente comme exclue du débat républicain, ostracisée par des formations qui ne voudraient pas partager le pouvoir.

Entrave et prospérité

Ainsi, l’extrême droite peut-elle à loisir continuer de dénoncer les prétendues alliances entre partis et se rallier le soutien d’un électorat qui se juge lui-même exclu du jeu politique. A tort ou à raison, le front républicain, aussi utile soit-il, travaille aussi à la popularité de l’extrême droite en jetant les bases d’une logorrhée politique prompte à accabler le système si souvent dénoncé comme générateur et porteur des maux de la démocratie. Or, force est de constater que si le front républicain a toujours empêché, avec bonheur, le Front national d’accéder aux plus hautes fonctions de la République, il n’a pas empêché celui-ci de prospérer au point de voir Marine Le Pen installée au second tour de l’élection présidentielle. Car si la vocation du front républicain est d’appeler à un sursaut de la raison face à l’intolérance de l’extrême droite, ce sursaut ne reste que superficiel et de simple façade, les réflexes clivants ayant tôt fait de reprendre le dessus sur l’instant d’unité nationale. Reste à savoir cependant, si en l’absence d’appel au front républicain, les électeurs français se tourneraient naturellement vers le candidat opposé à celui d’extrême droite ? La question mérite d’être posée. Pour l’heure, il semble acquis qu’Emmanuel Macron sera le prochain Président de la République, après avoir porté un discours sur lequel l’extrême droite n’a finalement eu aucune prise tant l’ancien ministre de l’Economie tranchait avec les us et coutumes qui prévalaient jusqu’alors et dont le Front national s’est aussi pétri au fil de son histoire. Le front républicain était-il et est-il encore nécessaire tant Emmanuel Macron a su, ou essayé en tous cas, régénérer une offre politique sclérosée qui a fait les beaux jours du Front national. En résumé, Emmanuel Macron a-t-il réellement besoin d’un front républicain pour battre Marine Le Pen lors du second tour de l’élection présidentielle ? Il sera impossible de répondre à cette question tant le score au soir du second tour sera, vraisemblablement, écrasant et en faveur d’Emmanuel Macron. La probable victoire de l’ancien ministre de l’Economie pourrait plus être le fruit d’une campagne bien menée et d’un discours au contenu pertinent (à défaut d’être jugé comme possiblement efficace) que d’une alliance trans-partis de circonstances. Mais cela, il sera encore une fois impossible de le déterminer.

L’équation chinoise de Donald Trump

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Faire intervenir la Chine dans le jeu diplomatique pour jouer le rôle de médiateur sans donner l’impression de reculer devant la Corée du Nord, telle est l’équation de Donald Trump

Le bellicisme de Donald Trump et de Kim Jung-Un n’en finit pas de mettre à vif les nerfs de la planète mais cherche surtout à confirmer, pour le premier, le soutien de Pékin à Washington. Pourtant, la Chine pourrait utiliser cette crise passagère pour renforcer son rôle diplomatique et son influence sur les Etats-Unis.

La crise coréenne va-t-elle déboucher sur un conflit ? Objectivement, il est peu probable que l’une ou l’autre des puissances nucléaires franchissent le pas, tant les conséquences qui en découleraient s’avéreraient monstrueuses et catastrophiques. Donc, comme ni les Etats-Unis, ni la Corée du Nord ne souhaitent endosser l’un ou l’autre la responsabilité d’un conflit conventionnel ou nucléaire, il est fort à parier que l’escalade cessera rapidement, certes après avoir atteint des sommets périlleux, mais cessera après que les partenaires historiques et politiques des deux pays auront été sollicités afin de ramener les deux parties autour de la table des négociations. Ces partenaires, ce partenaire à vrai dire, car il n’y en a qu’un ici qui compte réellement, c’est la Chine (voir l’article sur lemonde.fr: La Corée du Nord est prête à répondre « à toute attaque nucléaire par le nucléaire » ) . Et, tant la Corée du Nord que les Etats-Unis, attendent que celle-ci s’exprime au plus tôt en proposant un programme de négociation que l’on qualifierait de sortie de crise.

Confiance et diplomatie

Or, la Chine, partenaire politique et idéologique de la Corée du Nord, avec laquelle elle a cependant pris quelques distances, (voir l’article sur lemonde.fr : La Chine fait modérément pression sur la Corée du Nord ) l’est aussi des Etats-Unis, d’un point de vue économique, l’un et l’autre ayant tissé des échanges commerciaux fructueux qu’aucun des deux géants ne veulent voir rompus sur l’autel de la crise coréenne. Pourtant, cette même crise pourrait aussi permettre à la Chine, non seulement de faire valoir ses capacités diplomatiques, aspect secondaire de la question au demeurant, mais aussi renforcer son poids à l’échelle mondiale en se posant plus encore comme un acteur international incontournable. Comment ? En profitant de l’appel du pied des Etats-Unis qui exhorte, avec modération cependant, Pékin à raisonner Pyong-Yang. Clairement, si Pékin devait rester muet dans cette crise, nul ne sait quelles en seraient les conséquences. En revêtant le costume de médiateur, la Chine obtient non seulement la confiance des Etats-Unis et de la Corée du Nord, mais renforce par là même son aura et, quelque part aussi, sa domination discrète mais réelle sur les Etats-Unis. Car il ne faut pas s’y tromper, l’intervention de Pékin dans la crise actuelle ne sera pas gratuite. Donald Trump, président va-t-en guerre, comme le fût, Georges W. Bush en d’autres temps, sait que l’intervention de Pékin lui permettrait de mettre fin à son aventure coréenne sans perdre la face en prétextant que l’action diplomatique chinoise a su désamorcer une situation extrême et tendue.

Médiation et nécessités

Voilà pour le discours officiel, mais officieusement, Donald Trump, qui a longtemps sous-estimé la Chine doit, nécessairement, aujourd’hui composer avec l’Empire du Milieu pour assurer la stabilité de la région. Déclencher un conflit nucléaire déstabiliserait naturellement la planète entière et provoquerait une onde de choc qui ébranlerait, et pour de nombreuses années, les relations internationales au point de remettre en cause les traités et les alliances actuelles. Pékin, consciente de son poids global à l’échelle internationale, a donc tout intérêt à jouer le rôle de médiateur que lui confient les Etats-Unis et la Corée du Nord même si la crise actuelle peut aussi avoir valeur de test, Donald Trump voulant s’assurer que Pékin se rangera à ses côtés et ce pour deux raisons essentielles : Nécessités économiques et diplomatiques. Cette fidélité conforterait les Etats-Unis dans un sentiment de toute puissance mais un sentiment tout relatif puisque sans la Chine, Washington verrait son influence se déliter. Finalement, cette crise coréenne qui agite une des régions les plus sensibles du monde a aussi, comme souvent en matière diplomatique, une face cachée : la volonté de confirmer des alliances mises à l’épreuve.

Un si lourd héritage

La Liberté
L’Histoire de la France, omniprésente dans nos modes de pensées, ne doit-elle pas perdre une partie de son influence pour que nous puissions affronter le sereinement le siècle nouveau ?

Si le prochain Président de la République sera confronté à la gestion technique d’un Etat complexe, il sera surtout dans l’obligation d’amorcer les bases d’une nouvelle réflexion articulée autour de l’appréhension du XXIème siècle. Au risque de bousculer un héritage historique devenu trop lourd.

C’est certain. Celui qui occupera pour les cinq prochaines années le palais de l’Elysée ne pourra se contenter de gérer les affaires courantes après avoir lancé pour la forme et l’image, ou les deux, quelques réformes présentées comme fondamentales pour ne pas dire révolutionnaires. Non. Celui qui entrera à l’Elysée aura la tâche de faire passer la France dans le XXIème siècle. Il n’est pas impossible d’ailleurs que ce passage s’accomplisse dans la douleur ou l’incompréhension d’un électorat qui dans l’ensemble appelle au changement mais sans réellement en mesurer les conséquences. Car, c’est aujourd’hui devenu une évidence, une lapalissade même, notre Etat providence, loué et admiré dans le monde entier, doit évoluer vers un autre mode de fonctionnement. Nous ne pouvons plus raisonner en 2017 comme nous le faisions en 1945. Certains crieront au scandale, voire à l’assassinat idéologique, modes pensées pour une grande partie issus des combats honorables et reconnus comme tels, de la Seconde Guerre mondiale et du Gouvernement provisoire.

Ridicule et dangeureux

Mais, là encore, pouvons nous nous satisfaire de systèmes dont le fonctionnement n’a guère évolué depuis leur création. Ceci ne signifie pas qu’il faille jeter le bébé avec l’eau du bain et passer sans transition à un autre mode dont nous n’avons pas encore tracé ne serait-ce que les contours. Mais pour employer une métaphore compréhensible par tous, disons que notre Etat providence est comme un enfant qui grandit et que l’on continue à habiller comme un nouveau né, juste pour conserver l’illusion de la fraîcheur et de la candeur infantile. Ridicule pour un enfant, dangereux pour un Etat comme le nôtre confronté à de lourdes mutations à venir et qui tiennent pour une large part à son incapacité à affronter la réalité en face. Et cette réalité, qu’elle est telle finalement ? Chacun a naturellement la sienne mais il est des lignes de force que chacun admettra quelle que soit son appartenance politique. Parmi celles qui sautent aux yeux, l’incapacité chronique à résoudre le chômage de masse, facteur de désespoir, d’ennui, d’isolement et de marginalisation sociale avec les conséquences que l’on peut connaître parfois. Inutile de se tourner vers le passé et les méthodes musclées et économiquement mortifères des tenants du libéralisme le plus dur, inutile non plus de s’arrêter sur celles des mouvements extrémistes pour qui l’étranger est une menace constante et inutile non plus de croire que l’Etat, déjà sollicité de toutes parts, et alourdit d’une dette qui frôle les 100% du PIB, pourra résoudre le mal français. Des solutions existent certes, jamais réellement appliquées car trop dérangeantes, non pas moralement mais matériellement. Parce que trop engoncés dans de confortables habitudes entretenues depuis des décennies, nous avons refusé jusqu’à aujourd’hui de briser ce carcan de prébendes et de privilèges, certes agréables pour ceux qui en jouissent mais pénibles pour ceux qui en souffrent. La liste est longue et les citer prendrait de nombreuses lignes.

Ruptures et utopie

Mais plus que de ruptures techniques ou administratives, nous devons apprendre à penser autrement, à générer de nouvelles formes de pensées, de nouvelles idéologies civilisatrices capables de renverser ou modifier en profondeur nos systèmes de réflexions considérés comme acquis et intangibles. Notre monde, notre pays, notre économie ressembleront à ceux que nous voulons en faire et non pas à ce que les décennies passées nous dictent de faire via une influence diffuse faite d’Histoire et d’héritages ancestraux souvent discutés mais au final révérés. Penser le XXIème siècle n’est pas une utopie sans lendemain ! C’est devenue une nécessité impérative, voire vitale, auxquels d’autres sont confrontés et à commencer par nos voisins européens. Penser l’Europe du XXIème siècle n’est pas ré-imaginer celle que les pères fondateurs avaient à l’esprit en 1957 en se gardant de toutes évolutions au prétexte que les traités fondateurs seraient trahis. A l’échelle nationale, pourquoi ne pas songer à rédiger une nouvelle Constitution défaite de la toute puissance gaullienne, pourquoi ne pas oser interroger nos institutions, voire notre République non pas en qualité de cadre législatif mais comme outil d’évolution vers demain ? Autant de questions qu’il n’est pas interdit de se poser et qui restent entières dans un monde qui n’a de cesse d’en poser à une humanité qui génère par elle-même ces mêmes questions toujours sans réponse. Alors oui, celui ou celle qui entrera à l’Elysée dans quelques jours sera dans l’obligation de gérer techniquement le pays mais aussi et surtout d’amorcer un immense courant de réflexion susceptible d’amener enfin le pays vers un vrai avenir. Sans cela prédomineront l’indécision et l’inertie, mère de biens des maux.

Un vol républicain

Vol républicain
La médiocrité, voire l’absurdité anti-républicaine, des programmes proposés par les candidats pourrait faire naître un sentiment de vol électoral.

Entre confiance trahie et programmes superficiels, la France s’apprête à choisir un nouveau Président de la République alors que pointe le sentiment d’un scrutin volé où l’ambition personnelle se dispute avec l’intérêt général.

A quelques semaines du premier tour de l’élection présidentielle, rien ne semble annoncer que la France se prépare à choisir un nouveau Président de la République. Certes les candidats en présence multiplient les réunions publiques entre deux débats télévisés, plutôt soporifiques au demeurant, mais à part cela, rares sont ceux à éprouver cette forme d’agitation passionnée qui tendrait à monter au sein de l’opinion. Et pour cause, les Français dans leur grande majorité apparaissent comme blasés, presque résignés à choisir le nouveau locataire de l’Elysée. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette situation : Inadéquation de l’offre politique, pléthore de candidats, incapacité de ces derniers à cerner et à percevoir les attentes réelles ou supposées des Français,….la liste est longue. Mais au-delà de ce constat, une autre réalité pourrait poindre, réalité qui s’exprimerait par le sentiment diffus que les électeurs sont sur le point de se faire voler le scrutin à venir. Comment ? Une explication s’impose et réside dans l’offre politique citée ci-dessus tout comme dans la faiblesse des programmes proposées, quand ces derniers ne relèvent pas du fantasme identitaire totalement irréaliste.

Bas coût et médiocrité

Ainsi, épuisée par des années d’inertie où l’ambition personnelle à lentement pris le pas sur l’intérêt général, de manière consciente ou inconsciente, la classe politique française, en mal de renouvellement mais forcée malgré elle d’y consentir, a accouché d’une forme de proposition politique générale à bas coût, médiocre et passablement superficielle. Certes les programmes des candidats inscrits dans le cadre des principes de la République méritent d’être écoutés, mais ces mêmes programmes ne sont pas en mesure d’insuffler l’espoir et l’envie de changement que réclame un électorat fatigué, voire écoeuré par un discours politique global apparemment hermétique à la gronde populaire. Ce sentiment de spoliation pourrait aussi être renforcé par l’idée que les institutions de la Cinquième République, qui consacrent l’homme providentiel, mèneront à l’Elysée un homme ou une femme qui en aucun cas ne sera institutionnellement remis en cause si sa politique devait être un échec, a fortiori si celle-ci ne parvenait pas à accoucher rapidement de résultats probants.

Le meilleur ou le moins mauvais ?

A l’arrivée, et alors que le France comme tant d’autres pays au Monde s’interroge sur son avenir et sa capacité à affronter les défis qui l’attendent, notamment sur le plan environnemental et économique, les deux pouvant s’avérer bien plus intrinsèquement liés que l’on ne l’imagine, les Français se retrouvent dans une situation politique inédite : des candidats rendus quasi-transparents en raison non seulement de la faiblesse ou de l’absurdité complète de leurs programmes respectifs mais aussi en raison d’une érosion quasi-totale de la confiance accordée aux institutions nées en 1958. Le passage du septennat au quinquennat, qui aurait pu régénérer la Constitution n’a finalement pas modifié en profondeur le fonctionnement de notre démocratie, tout au plus accéléré son rythme sans en modifier le fond. Dès lors et à moins de trente jours de l’élection présidentielle, le pays se retrouve dans une situation inédite qui le pousse à se demander, non pas quel sera le meilleur candidat mais quel sera le moins mauvais pour assurer le relève de François Hollande. Questions lourdes quand on sait que l’élection à venir est certainement une des plus lourdes de sens que le pays n’a jamais eu à affronter tant les défis proposés se révèlent herculéens.

L’Europe avant tout

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En reconduisant la majorité sortante, les Néerlandais ont aussi affirmé leur attachement à l’Union européenne contre le populisme exclusif de Geert Wilders;

Les élections législatives néerlandaises n’ont pas donné lieu au cataclysme annoncé au point de s’interroger sur les capacités mobilisatrices du populisme défendu par Geert Wilders. Et si l’échec de celui-ci résidait dans un puissant sentiment pro-européen. Explication.

Annoncés comme catastrophiques, voire cataclysmiques, les résultats des élections législatives néerlandaises ont finalement laissé nombre d’analystes politiques désemparés. Non que ces derniers aient souhaité la victoire du populiste Geert Wilders, loin s’en faut, mais les sondages (encore eux…!) qui ont précédé le scrutin annonçaient le chef de file de la droite ultra-conservatrice et nationaliste vainqueur de la consultation électorale d’où les interrogations de ces mêmes analystes aujourd’hui bien en peine de trouver une raison ou un ensemble de raisons qui pourraient expliquer ces résultats. Pour autant, s’il est naturellement très difficile de dresser le panorama des motivations qui ont animé les électeurs néerlandais, il n’est pas interdit de s’intéresser au mouvement de Geert Wilders et aux carences intrinsèques du discours qu’il défend encore aujourd’hui. Premier constat à s’imposer : l’incapacité avérée, aux Pays-Bas en tous cas, pour le parti populiste et islamophobe de fédérer autour de lui un électorat suffisamment dense pour accéder à la charge suprême.

Aventure populiste

Prise de conscience, mobilisation des élites sociales peut-être plus éclairées sur la réalité du discours xénophobe, retour à un vote conservateur modéré pour des électeurs tentés en temps par l’aventure populiste,…Autant d’éléments qui concourent à la défaite de Geert Wilders et d’un discours somme toute limité aux solutions simplistes ou absurdes. Autre point à ne pas négliger, la volonté pour une majorité de Néerlandais d’affirmer ou de réaffirmer par ce vote leur attachement à l’Union européenne. Car ne l’oublions pas, les Pays-Bas, pays de tolérance par excellence qui s’est construit sur les prospères Provinces Unies, font parties des pays fondateurs de l’Union européenne. Et l’accession de Geert Wilders au poste de Premier ministre aurait certainement précipité les Pays-Bas dans une crise profonde vis-à-vis de l’Europe et de ses pays membres et surtout fondateurs. Est-ce à dire qu’en dépit des difficultés économiques, certes moins lourdes que celles que traversent la France, l’Italie ou la Belgique le sentiment européen a pris le dessus sur l’euroscepticisme qui prévaut dans nombre de pays et à même de nourrir les discours extrémistes ? Il n’est pas interdit de le penser car in fine, l’idée d’Europe est d’abord celle d’un continent uni autour de valeurs fondamentales communes que sont la tolérance et l’humanisme. Autant de contre valeurs pour les populistes de tous horizons.

Sentiment d’appartenance

Que donc retenir de ce scrutin néerlandais ? Que l’extrême droite y a échoué ? Non. Il serait excessif de le penser car les résultats affichés par le parti de Geert Wilders sèment le trouble sur le paysage politique néerlandais, faisant de sa formation politique un parti à part entière, réellement impliqué dans la vie politique locale, tout comme l’est le Front National en France. Impliqués certes mais freinés lors des scrutins électoraux majeurs, ceux qui déterminent les orientations d’un pays. Or le populisme, ou plus exactement les populismes européens, qui tentent sans réel succès à ce jour de se fédérer en une sorte de mouvement commun, semblent encore se heurter au sentiment général d’appartenance à un ensemble européen commun, à une destinée transfrontalière, certes servie par des institutions jugées imparfaites, mais qui transcendent les courants politiques ou les orientations que chaque pays peut être amener à imprimer à son pays. Les menaces que font peser les partis xénophobes ou ultra-nationalistes n’en restent pas moins prégnantes et doivent être appréhendées avec justesse et gravité car seules des nations unies et conscientes de leur destin commun seront en mesure de les contenir pour enfin les annihiler.

Le populisme banalisé

Erdogan
Recep Erdogan incarne un populisme assumé, agressif et prompt à la polémique.

La banalisation du populisme, aidée par l’inertie d’une sphère politique républicaine impuissante et électoraliste, expose les sociétés contemporaines à une décadence lourde de conséquences. A moins que la chute n’ait déjà commencée ?

Que ce soit en Grande-Bretagne, avec le vote pro-brexit, en Turquie avec les propos tempétueux de Recep Tayyip Erdogan, en France avec les provocations anti-démocratiques permanentes de Marine Le Pen, et naturellement de Donald Trump aux Etats-Unis, n’assisterions-nous pas à une forme de banalisation du populisme ? Question rhétorique qui n’appelle aucune réponse si ce n’est une explication post-constat, explication qui ne sera ici que partielle tant le phénomène reste complexe. Longtemps ostracisé du discours politique, tendance qui a d’ailleurs nourri une partie de sa croissance, le populisme a aujourd’hui pignon sur rue au point d’occuper le pouvoir au sein de places fortes européennes. En Grande-Bretagne, même si Theresa May n’est pas une populiste au sens strict du terme, sa présence au 10 Downing Street est le fruit d’un vote populiste et anti-européen ; en Turquie, Recep Erdogan, qui rêve de rendre à la Istamboul la grandeur et l’influence perdue de l’Empire ottoman, multiplie les interventions tapageuses (les dernières en date accusant les Pays-Bas et l’Allemagne de pratiques nazies – voir l’article sur lemonde.fr : Meetings turcs annulés en Allemagne : Erdogan évoque des « pratiques nazies »  ) en renforçant cette impression de populisme assumé et vindicatif ; Aux Etats-Unis, le slogan de campagne de Donald Trump (L’Amérique d’abord) est similaire à la politique menée par le président turc ; et en France, la menace que fait peser l’extrême droite sur la prochaine élection présidentielle est loin d’être négligeable tant et si bien que désormais de nombreux analystes se demandent qui Marine Le Pen affrontera au second tour du scrutin. Et la liste est encore longue…

Médiocrité et désillusion

Cette banalisation du populisme, cette pratique politique qui consiste à flatter, à coups de sophisme grossier, les bas instincts et les intérêts du peuple afin que ceux qui le développent puissent accéder au pouvoir, a souvent fait florès dans l’Histoire pour cependant être souvent contenue par des discours républicains prompts à ramener à la raison un électorat perdu et déboussolé. Pour autant, aujourd’hui, rien ne semble plus arrêter les discours cités précédemment : la désillusion croissante de certaines franges de la population, qu’elle soit européenne ou américaine, s’est incarnée dans des figures politiques longtemps enfermées dans une médiocrité circonscrite par un ensemble de discours pondérés et mesurés. Débordée pour de multiples raisons, notamment liées à son impuissance à résoudre la crise économique et sociale qui traverse nos sociétés contemporaines, la sphère politique républicaine a ainsi laissé le champ libre à une logorrhée haineuse essentiellement venue d’extrême-droite. Assidue à dénoncer les travers de systèmes politiques qualifiés d’imparfaits et de sociétés psychologiquement épuisées, sans pour autant proposer un ensemble de solutions viables, fiables et surtout moralement acceptables, l’extrême-droite et son discours populiste ont rongé les démocraties contemporaines avec l’assentiment tacite de partis républicains qui ont utilisé cette progression comme un argument électoral et non comme une menace pour la démocratie.

Porosité

Erreur tactique qui s’est finalement retournée contre leurs auteurs et qui s’est révélée d’autant plus lourde de conséquences que ce même populisme a, parallèlement, crû de manière autonome en prospérant sur le désespoir social. Mais le schéma conventionnel qui alliait jusqu’alors extrême-droite et populisme est lui aussi en passe d’être dépassé, confirmant la banalisation de ce même populisme. Dire que Theresa May est d’extrême-droite est faux et excessif, idem pour Donald Trump et Recep Erdogan mais les discours tenus pas les uns et les autres les renvoient tour à tour dans un univers à la porosité affichée avec l’extrême-droite, celle-ci n’hésitant pas en s’en réclamer quand les premiers ne condamnent en rien les propos des seconds. Ne serait-ce pas le signe d’une banalisation acquise et consommée d’un discours politique désormais partie intégrante de nos sociétés ? Le signe d’une décadence amorcée sans possibilité de la freiner ? C’est aujourd’hui à craindre car pour reprendre le titre d’une des chansons de Serge Reggiani, les loups sont entrés dans la Paris, à la différence qu’aujourd’hui les loups se sont grimés en moutons mais ils restent des loups.

Questions de générations ?

generation
La génération politique sortante n’a pas sur anticiper ou dominer les changements que le Monde a subi et subit encore.

Le retrait de la vie politique française de nombreuses figures majeures de ces vingt dernières années illustre aussi l’incapacité de cette génération à avoir su anticiper et dominer les changements amorcés en ce début de XXème siècle. Explications.

Assisterions-nous, au cours de cette campagne présidentielle qui n’en finit pas de commencer, à un changement d’époque qui a eu raison de nombreuses figures clefs du paysage politique français ? Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Bayrou, François Hollande, Ségolène Royal, Claude Bartolone et d’autres encore certainement à venir qui annonceront dans les jours à venir leur retrait de la vie politique nationale ou locale. Bien des raisons expliquent cette vague de départ et à commencer par l’âge. Non que les cités précédemment soient atteints de sénilité, loin s’en faut tous étant encore en pleine possession physique et intellectuelle de leurs moyens, mais la politique use et les élus ou ex-élus concernés ou qui le seront dans quelques temps ont suffisamment écumé les , les ors de la République pour tirer leur révérence. Mais l’autre raison, celle qui prévaut de manière tacite, est que tous savent que leur réélection serait on ne peut plus périlleuse dans un paysage politique bouleversé. Pourquoi prendre alors le risque de se faire humilier (Nicolas Sarkozy en a fait les frais lors de la Primaire de la Droite et du Centre) quand se retirer en silence dans une forme de dignité de façade est finalement plus facile.

Courage politique

Beaucoup parleraient de lâcheté. Certes. Mais n’y a-t-il pas dans le retour à la vie commune de ces hommes et ces femmes, certains poussés par le choix des urnes convenons-en, la conscience d’être en définitive dépassé par le Monde qui est le nôtre aujourd’hui ? S’agripper au pouvoir comme la moule à son rocher n’a pas fondamentalement aidé, c’est le moins que l’on puisse dire, la démocratie de notre pays, et encore moins son tissu économique et social. Il serait pourtant aisé, voire gratuit, de dénoncer l’incapacité de cette génération, qui tourne aujourd’hui le dos à la politique, à réformer profondément et durablement le pays. Car diriger une nation, quelle qu’elle soit, n’est en rien une sinécure et n’est naturellement pas à la portée de chacun. Le courage politique qui a été le leur pendant des années, dans la majorité ou dans l’opposition, n’est pas celui de n’importe quel quidam. Briguer les plus hautes fonctions de l’Etat est certes à la portée de chacun, les assumer en est une autre. Et rares sont ceux à y parvenir et à les assumer avec efficacité et dignité. Reste encore cependant le cas François Fillon, éternel second, éternel velléitaire et qui voit tous les jours son rêve s’évaporer dans les couloirs froids et glacés du Palais de Justice. Sorti vainqueur de la Primaire car il en fallait un, François Fillon appartient lui aussi, bien qu’il s’en défende à une génération politique dépassée, usée et incapable de comprendre les mutations du Monde contemporains. Aussi, n’est-il pas inutile de s’intéresser l’espace de quelques mots à la puissance du vent de l’Histoire, celui qui balaye les poussières de l’ancien temps et fane les peintures pour ne laisser que les pierres nues.

Inertie passée

Peur de l’échec lors de l’ultime combat électoral, incapacité à répondre aux attentes d’un Monde nouveau et de ceux qui le composent, incapacité encore à affronter les défis sociaux ou économiques qui se font jour et qui ont été en partie créés par l’inertie passée, voilà autant de raisons qui poussent une large partie du personnel politique français à se retirer du jeu. Certains crieront victoire, d’autres préféreront se taire. Mais, prenons garde, la nouvelle génération, sera elle aussi un jour confrontée à l’inadéquation de ses solutions face aux exigences des temps qui viendront. Et à eux aussi, se posera la question du retrait de la vie politique. Aujourd’hui, éditorialistes et journalistes commentent avec force et acuité le départ de cette génération politique vers d’autres destinées avec le sentiment qu’elle laisse derrière elle un travail mal abouti et une tâche inachevée. La dureté des changements qui agitent l’Europe et le Monde ont été trop puissants et surtout mal anticipés par une génération encore trop ancrée dans des réflexes, des mentalités et des méthodes datant du XXème siècle. Et aujourd’hui, une question se pose : la nouvelle génération est-elle vraiment celle que le XXIème siècle exige et appelle ?