Donald Trump : d’ignorance en inconscience

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La reconnaissance par Donald Trump de Jérusalem comme capitale de l’Etat hébreu ne répond à aucune logique de règlement de la crise du Proche-Orient mais à une simple nécessité de politique intérieure. Crédit photo : staticflickr.com

La reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par Donald Trump répond d’abord à un impératif de politique intérieure plus qu’à une logique de règlement de la crise qui secoue le Moyen-Orient. Car aucun plan de négociations n’a été avancé par le président américain.

Qu’il est compliqué de satisfaire sa base ! Politiquement parlant, Donald Trump sait ce qu’il en est et l’a prouvé voilà quelques jours en reconnaissant unilatéralement Jérusalem comme capitale d’Israël. (Lire l’article sur lemonde.frJérusalem : pourquoi la reconnaissance par Donald Trump pose-t-elle problème ?) D’aucuns, et à raison, évoquent aujourd’hui une faute politique et géostratégique grave, empreinte d’ignorance crasse de la situation délétère qui prévaut au Moyen-Orient. L’avenir le plus proche dira si cette décision changera la donne actuelle marquée par un blocage net des négociations israélo-palestiniennes depuis 2014. Pour autant, en effectuant un pas de côté, il est aussi intéressant de savoir pourquoi Donald Trump a pris une telle décision. Les raisons qui la justifient ne sont pas à chercher sur la terre d’Israël ou de Palestine mais plutôt sur le sol américain. Là Donald Trump y traverse actuellement une crise confiance lourde, qui par endroit tourne au regret d’avoir porté le tycoon de l’immobilier au sommet de l’Etat. Le Président des Etats-Unis est seul. Les soupçons de collusions avec la Russie lors de la campagne électorale de 2016 tendant à se confirmer en preuves de plus en plus tangibles, Donald Trump devait sortir de l’ornière. Alors pour essayer de reconquérir un électorat en proie au doute, voire plus, Donald Trump tranche dans le vif, au prétexte de tenir les promesses électorales et quitte à provoquer une énième crise au Moyen-Orient.

Inconscience et mépris

Car à vrai dire, les préoccupations de Donald Trump à l’endroit du Moyen-Orient sont secondaires, pour ne pas dire nulles, tant l’homme a acquis la conviction que l’intérêt des Etats-Unis ne passaient pas par Gaza ou la Cisjordanie mais plutôt par l’Arabie Saoudite, ennemi proclamée de l’Iran. En négligeant, avec un mépris avéré, les sensibilités exacerbées et les réalités politiques de la région, Donald Trump a fait preuve tout à la fois d’inconscience (sauf si celui-ci dispose d’un plan de paix crédible pour la résolution de la crise qui perdure depuis des décennies chose qui semble peu probable) et d’imprudence. Si reconquérir l’électorat populaire qui l’a porté au pouvoir en novembre 2016 passe par la reconnaissance de Jérusalem en qualité de capitale d’Israël, et bien soit ! Donald Trump n’hésite pas ! Fidèle à sa doctrine isolationniste, celle qui veut que les Etats-Unis ne se soucieront des intérêts du Monde qu’à condition que ceux-ci soient en interaction directe avec les leurs, Donald Trump fait, en l’état, du Moyen-Orient un argument politique et non une question à résoudre. Cette instrumentalisation de l’une des régions les plus explosives du Monde ne semble en rien émouvoir l’homme de la Maison Blanche qui ne risque, au pire qu’une litanie de condamnations de la communauté internationale, chose dont il a cure, au pire d’être accusé d’avoir relancé les violences au Proche-Orient ce dont il se défendra, arguant du fait que sa seule signature ne peut en être l’unique responsable dans une zone déjà gangrenée par la violence depuis des décennies.

Un Proche-Orient lointain et complexe

En reconnaissant Jérusalem comme capitale de l’Etat hébreu, Donald Trump sait qu’il légitime la politique de colonisation engagée par Israël, réduit à néant les espoirs des Palestiniens d’être pleinement reconnus comme ensemble souverain et assoit sa posture, du moins l’imagine-t-il, internationale en se présentant comme un dirigeant ferme et déterminé. L’erreur réside cependant dans l’idée d’utiliser les affaires internationales à des fins de politiques intérieures. Pour nombre d’Américains, pro-Trump ou non, le Proche-Orient reste une région lointaine et dangereuse, complexe et mal appréhendée. Et l’Europe dans tout cela ? Et bien ne serait-ce pas à elle désormais de s’affirmer et de s’afficher comme le premier négociateur de la crise ? La fragilité actuelle de la politique extérieure des Etats-Unis s’y prête et lui en offre l’opportunité. Reste à savoir si l’Europe en question fera, à son tour, preuve de suffisamment de détermination et d’unité.

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