Les indépendantistes jouent l’union

Si les mouvements indépendantistes européens s’avèrent très virulents à l’endroit de leurs Etats de tutelle, les velléités envers l’Union européenne sont moindre. Erreur de cible ou fin calcul politique ?

Et si les indépendantistes, ceux qui à ce jour, dénoncent le poids devenu insupportable de leurs états de tutelles respectifs se trompaient d’ennemis ? Précision faite que la question s’adresse aux indépendantistes européens, il n’est donc pas inutile de s’interroger sur cette hypothèse. Ainsi, qu’ils soient Basques, Catalans, Corses, Flamands ou autres, tous rejettent généralement en bloc les gouvernements qui les dirigent et les Etats dans lesquels ils sont inclus. En dépit d’avancées démocratiques locales, qui passent par des statuts d’autonomie très avancés à des assemblées territoriales aux pouvoirs élargis, la contestation envers l’Etat de tutelle reste entière, souvent virulente comme l’a récemment montré l’exemple catalan. Jugés inhibiteurs d’identité locale, castrateurs économiquement et à même d’étouffer tout sentiment d’appartenance à une histoire jugée par les intéressés comme remarquable (ce qui est d’ailleurs souvent le cas), ces gouvernements sont donc devenus la cible favorite et unique des velléités indépendantistes.

Eloignement et velléités

Et c’est peut-être bien là que le bât blesse. Car si les indépendantistes ont, à leurs yeux, d’excellentes raisons d’honnir leurs gouvernements respectifs, ils oublient (ou préfèrent-ils en donner l’impression), aussi que ces mêmes gouvernements sont aujourd’hui grandement liés à l’Union européenne. Elle-même souvent critiquée pour sa technocratie et son éloignement des réalités contemporaines locales, l’Union européenne, qui n’a de cesse de surveiller ces mouvements locaux réclamant plus d’autonomie en insistant sur l’unité des pays concernés, n’est jamais réellement attaquée de front par les indépendantistes. Pourtant, les directives de la Commission européenne et les lois promulguées par le Parlement européen travaillent elles aussi à façonner, et ô combien, l’univers des régions animées de velléités indépendantistes. Est-ce à dire que les potentielles régions d’Europe amenées à être un jour peut-être indépendantes voient l’Union européenne comme un partenaire ? Il n’est pas interdit de le penser, ce qui reviendrait aussi à croire que les autonomistes, quels qu’ils soient, ont intelligemment articulé leur réflexion démentant ainsi l’idée de s’être trompé de cible. Mais parallèlement, pourquoi faire le choix d’une superstructure telle que l’Union européenne et rejeter une infrastructure nationale certainement plus souple en matière de négociation que ne le sont les institutions bruxelloises ?

Politique et fiscalité

La réponse réside peut-être aussi dans le fantasme de grandeur supposée des autonomistes, fantasme empreint d’une forme de romantisme qui aurait cependant tendance à déteindre en nationalisme parfois inquiétant. Les Etats de tutelle, jugés castrateurs, sont donc considérés comme les seuls responsables des tentations indépendantistes du fait d’institutions politiques ou fiscales jugées trop écrasantes économiquement, culturellement ou socialement, telle que la République française ou la Constitution espagnole de 1978 qui régit le fonctionnement des régions. Ces rouleaux-compresseurs institutionnels, jugés comme tels en tous cas, seraient donc les responsables de ces envies de liberté qui semblent finalement conciliables avec l’Union européenne qui, rappelons-le, est aussi une addition d’Etats répondant tous à des critères d’adhésion définis. Et rien ne dit que les futurs et potentiels nouveaux Etats ne seront pas enclins à vouloir intégrer le giron bruxellois…

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