Notre-Dame tentée par le privé ?

L’incendie de Notre-Dame de Paris pose en filigrane la question du financement des travaux d’entretien des édifices religieux placés sous le contrôle d’un Etat endetté et tenté par l’appel au privé pour sauver un patrimoine au temps compté.

Passées les polémiques sur les dons consacrés au financement des travaux de rénovation de Notre Dame de Paris, polémiques typiquement françaises et qui n’ont pas fini de ponctuer les commentaires à venir sur la rénovation future, se pose aussi et avant tout une question essentielle : Qu’en est-il de l’état du patrimoine culturel national et par là même comment dans les années à venir l’Etat pourra-t-il contribuer à son entretien ? D’emblée, évacuons certains préjugés, à savoir qu’une grande partie du patrimoine est d’essence privée et que en sont responsables leurs propriétaires. Mais pour ce qui est du patrimoine dit public (sauf exception), notamment les édifices religieux (église, cathédrale, temple, mosquée et synagogue), la problématique est tout autre. Un rappel juridique et historique s’impose. En France, depuis la promulgation de loi sur la Séparation des Eglises et de l’Etat en 1905, les bâtiments religieux sont sous la responsabilité de l’Etat qui assure l’entretien et les risques inhérents (l’incendie de Notre Dame en est l’exemple type). En ce cas là, l’Etat est son propre assureur.

Epreuve du temps et finances publiques

Or, cet héritage est devenu aujourd’hui d’autant plus lourd que, les années passant, le patrimoine en question est soumis à l’épreuve du temps et les finances publiques, censées assurer les fonds nécessaires à leur entretien, sont soumises elles à l’épreuve du déficit… D’aucuns argueraient de la nécessité économique de privatiser tout ou partie de ce patrimoine dans des mesures propres à chaque bâtiment, mesures qu’il conviendrait de fixer. « Horreur ! » s’écrieraient les défenseurs acharnés d’un patrimoine placé sous la férule de la collectivité. L’argument de la dépossession au profit du privé est audible, compréhensible et légitime et il appartient à chacun de savoir s’il est bienvenu ou non. A titre d’exemple, rappelons que la Tour Eiffel, édifice non religieux mais privé a affiché un montant de recettes de cent millions d’euros en 2018 quand Notre Dame de Paris a présenté un bilan s’élevant à dix millions, les fidèles se refusant à privatiser l’entrée de la cathédrale du XIIème siècle. Cette décision tout à l’honneur de ceux qui l’ont prise n’empêche que la question du recours au secteur privé va nécessairement se poser avec de plus en plus d’acuité dans les années à venir pour financer les travaux de rénovation. (Lire l’article sur francetvinfo.fr : https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/04/19/en-trois-jours-notre-dame-a-recu-plus-de-dons-que-les-dix-plus-grandes-uvres-caritatives-en-un-an_5452697_4355770.html ) Car si les souscriptions lancées ses derniers jours pour la rénovation de la cathédrale sont d’initiatives publiques, les fonds collectés sont d’essence privés.

Dette et doxa

Plusieurs raisons poussent à la réflexion. A commencer par le coût généré par l’entretien et la rénovation des édifices. Si le Ministère de la Culture est généreux, le Ministère de l’Economie ne l’est pas obligatoirement au regard des contraintes budgétaires actuelles et à venir. Et si le coût reste à ce jour négligeable au regard du budget de l’Etat (près de 2.500 milliards d’euros par dont près de 98% absorbés par le remboursement de la dette publique), ce coût pourrait connaître une forte inflation au regard de l’usure du patrimoine accéléré par le réchauffement climatique. Autre raison, qui fait fi de la doxa collective qui veut que le patrimoine reste dans le giron étatique (confirmant par là même le lien existant entre les Français et les vestiges physiques de leur Histoire), la relative facilité avec laquelle il est possible de mobiliser des fonds privés. (Lire l’article sur lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/04/19/en-trois-jours-notre-dame-a-recu-plus-de-dons-que-les-dix-plus-grandes-uvres-caritatives-en-un-an_5452697_4355770.html ) Relative car tous les bâtiments religieux ne valent pas Notre Dame et qu’il sera plus difficile de mobiliser des millions d’euros pour une chapelle inconnue du grand public que pour Notre Dame….Véritable révolution culturelle qui s’annonce et que soulève la rénovation de Notre-Dame dont la grandeur a traversé les âges mais dont les vicissitudes renvoie un pays à des réalités économiques que l’incendie a fait émerger. Et si pour l’heure, s’écharpent partisans et détracteurs de financements privés ou publics, viendra immanquablement le temps de la décision pour Notre-Dame et pour d’autres édifices : Privé ou public ?

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