Une fleur sans racine

Que restera-t-il du mouvement des Gilets Jaunes ? Nul ne saurait le dire mais l’actuel étiolement du mouvement trouve ses origines dans l’absence de structuration politique à même d’assurer sa pérennité.

Qu’arrive-t-il donc au mouvement des Gilets Jaunes ? Alors que l’Acte XVII n’a rassemblé que 28.600 manifestants sur l’ensemble du territoire, d’aucuns s’interrogent désormais sur les raisons qui expliquent l’étiolement d’un mouvement qui restera historique tant dans sa forme que dans foultitude de revendications que celui-ci a porté. Et c’est un fait, depuis la première manifestation organisée le 17 novembre 2018, le nombre de participants a inexorablement chuté, chute occultée par les différentes violences commises lors des rendez-vous parisiens ou tenus en région. (Lire l’article sur lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/03/09). Voilà un premier embryon de réponse susceptible d’expliquer la perte de vitesse et de popularité du mouvement : les actes de vandalisme ou de violence générés par les casseurs affublés de Gilets Jaunes ont lourdement porté atteinte au mouvement quand il ne s’agissait pas de Gilets Jaunes authentiques qui se sont adonnés à la violence.

Complexité et logique

Autre raison, la lassitude de certains Gilets Jaunes, dont les convictions et l’engagement ont été sapés par les dérives du mouvement, sans tenir compte des violences bien que celles-ci aient joué un rôle non négligeable, où se mêlaient sans véritable logique diverses revendications parfois totalement opposées. Autre explication possible, la mise en place du Grand Débat national qui a permis à certains de s’exprimer, soit à l’échelle communale, soit devant le Président de la République, Grand Débat non dénué de critiques à lui apporter mais qui a eu le mérite de mettre en évidence, par les propositions avancées, la complexité que suppose la gestion d’un Etat comme la France et surtout les difficiles solutions à générer pour solutionner les problèmes dégagés. Autant de raisons capables d’expliquer l’agonie du mouvement qui peine désormais à se trouver une cause viable et populaire. Et peut-être est-ce là la principale raison de la perte de vitesse du mouvement : son manque de logique politique (entendez ici au sens grec du terme, c’est-à-dire pour le bien de l’intérêt général) et de cause claires et définies. Le mouvement s’est, dès son origine, fait fort de multiplier les revendications mais en s’occupant plus d’occuper les ronds-points que de préciser et d’affiner un discours qui pour être audible, crédible et pérenne devait nécessairement se structurer et non pas ressembler à une vaste foire-à-tout où la démagogie se disputait avec un populisme rampant.

Histoire et révolutions

Ainsi, plaider pour la mise en place d’un Référendum d’initiative citoyenne (RIC) est une proposition élective sensée mais dans une démocratie où se succèdent régulièrement les rendez-vous électoraux marqués par de très forts taux d’abstention, est-il raisonnable de croire que les RIC organisés mobiliseraient plus que les scrutins prévus par la Constitution ? Il ne s’agit en rien d’une question rhétorique et chacun y apportera sa propre réponse mais il reste évident que le mouvement des Gilets Jaunes s’est écrasé sur l’absence de ligne politique ou sociale en rupture avec la doxa classique qui prévaut en matière de gestion des affaires publiques. Or, et l’Histoire, éternel recours, l’a maintes fois prouvé, sir la rue est l’origine de nombreuses révolutions, celle-ci ne peut s’affranchir pour arriver à son terme d’une expression politique structurée à même de porter les revendications défendues. A trop vouloir se détacher des structures politiques et syndicales, en arguant d’un apolitisme forcené et d’une indépendance intellectuelle détachée de toutes idéologies ou de tous modèles, qu’ils soient d’essence libérale ou marxiste, le mouvement a perdu toute crédibilité pour finir par devenir hors-sol. Reste désormais à savoir quel sera l’avenir de ce mouvement qui dans quelques années sera soumis à la patine de l’Histoire, à l’exercice de la mémoire et au risque de l’oubli ? Il est fort à craindre que dans un élan vulgarisateur, Gilets Jaunes et Grand Débat national soient placés dans le même chapitre, l’un expliquant l’autre et ce pour éviter que mouvement originel ne se perde dans les limbes de l’Histoire.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.