L’Algérie à l’heure de son histoire

Alors que grossissent les cortèges de manifestants refusant la nouvelle candidature du président Bouteflika à l’élection présidentielle, l’Algérie amorce un tournant décisif de son histoire : l’âge de l’émancipation.

Et si l’Algérie entamait enfin son printemps arabe ? Devant l’ampleur de la contestation liée à la volonté du président Abdelaziz Bouteflika, un homme de 82 ans malade, de se représenter à un cinquième mandat (l’ancien membre de l’Armée de libération nationale (ALN) a été élu pour la première fois en 1999), pourquoi ne pas imaginer que ce géant du monde arabe, qui possède tous les atouts (Ressources naturelles, démographie, exposition géographique,…) pour devenir une grande puissance, se libère des chaînes de l’armée qui l’étreignent depuis 1962  sous couvert d’une République démocratique qui n’en porte que le nom ? (Lire l’article sur le figaro.fr : http://www.lefigaro.fr/international/2019/03/02/). L’occasion se présenterait-elle enfin pour ce pays, riche d’une manne pétrolière mal exploitée et rongé par une corruption endémique, qui avait vu ses voisins tunisiens, lybiens et syriens s’émanciper respectivement de l’autorité de Zine el-Abidine Ben Ali, Muammar Khadafi et Hosni Mubarak en 2011 ?

Lassitude et intérêt général

En réalité, tout semble y concourir. La lassitude du peuple algérien, notamment sa jeunesse largement majoritaire (45% de la population totale, soit 42,2 millions d’Algériens, est âgée de moins de 25 ans ; 22,5% de moins de 30 ans)*, pressée d’expédier l’héritage des pères de la révolution de Houari Boumédiène à Ahmed Ben Bella en passant par
Abdelaziz Bouteflika, la volonté de ce dernier d’extraire le pays d’un immobilisme sclérosant où se disputent affairistes et hommes politiques souvent plus soucieux de leurs intérêts particuliers que de l’intérêt général et enfin la nécessité pour l’Algérie de rentrer de plain pied dans le XXIème siècle en se débarrassant de cette image de nation post-coloniale incapable de grandir sans l’aide d’un quelconque allié attiré par les ressources naturelles du pays. Et la contestation d’attester de cette volonté de changement. Mais étrangement, alors que le peuple algérien refuse de voir le président Bouteflika se présenter à nouveau, l’opposition reste silencieuse, incapable de présenter une solution alternative. (Lire l’article sur lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/03/02/) Or, et l’Histoire l’a maintes fois prouvé, tout mouvement populaire mal appréhendé et mal contrôlé peut donner lieu à des débordements ou des dérives à l’ampleur inconnus. L’Algérie, qui a longuement pansé les plaies de la guerre d’indépendance et de la guerre civile, est désormais prête à se tourner vers une démocratie digne de ce nom où son peuple, longtemps infantilisé et tenu sous perfusion grâce aux recettes pétrolières qui ne faisaient que cacher grossièrement une réalité sociale et économique devenue insupportable, semble vouloir clairement en finir avec son régime politique actuel pour enfin se nourrir de libertés fondamentales comme la liberté d’expression ou de la presse.

Maturité et privilèges

Or, au regard des premières manifestations, des slogans lancés, de la volonté de manifestants de n’être en aucun cas récupérés et de s’inscrire dans une logique pacifiste, il apparaît combien ce mouvement laisse exhaler une maturité et une densité que le régime actuel doit désormais plus que redouter. Rappelons-le, la population algérienne, jeune et cultivée, en dépit d’un système éducatif à bout de souffle, s’est nourrie des erreurs commises et de l’expérience des générations passées. Mais au-delà de cette jeunesse, c’est, semble-t-il, toute la société algérienne qui fait valoir son exaspération incarnée par le refus de voir le président Bouteflika se présenter à nouveau. Car pourquoi se représenterait-il si ce n’est pour assurer la survie d’un édifice politique, social et économique chancelant et dépassé où prébendes et privilèges ont pris le pas sur la collectivité. D’aucuns, au sens de la formule plus ou moins aiguisé, affirmeraient que l’Histoire est en marche. Pourtant, si celle-ci ne s’arrête jamais, elle aime à faire sentir son pouls par des à-coups parfois plus violents que d’autres, en témoignent les manifestations et cet embryon de révolution qui se fait jour dans les rues d’Alger. L’heure est venue !

  • Sources : Algérie Presse Service – Population au 1er janvier 2018.

L’aide d’Etat

L’échec des négociations entre syndicats salariés et patronaux pousse l’Etat à régler le litige. Et la situation d’interroger sur ce recours systématique à la puissance publique en cas de désaccord alors que ce même Etat est régulièrement accusé de tous les maux.

Naturellement, personne ne s’attendait à ce que partenaires sociaux salariés et patronaux se quittent sur un constat d’échec et d’incompréhension dans le cadre de la renégociation de l’assurance-chômage. Personne certes mais il faudra pourtant trouver une issue à l’impasse, issue qui en l’état s’appelle le Gouvernement. (Lire l’article sur lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/02/20) Car une fois encore, c’est à l’Etat et à ses premiers représentants qu’il reviendra la tâche d’accoucher d’une solution. Etrange paradoxe en ces temps troublés où le Gouvernement, souvent décrié, et avec lui le Président de la République, pour son attitude jugée anachronique et déconnectée de la réalité vécue par l’immense majorité des Français, est appelé à la rescousse pour résoudre le dossier sensible de l’assurance-chômage. Sensible car il incarne presque à lui seul, celui de la Sécurité Sociale l’est tout autant, la force et la puissance de l’Etat-Providence, celui auquel les Français sont viscéralement attachés.

Modèle et revendications

L’Etat-Providence, ce système permettant après le prélèvement de divers impôts, taxes et autres charges, de redistribuer les fonds collectés, est devenu le synonyme du fonctionnement du modèle français. Souvent décrié, accusé de dilapider les fonds qui lui sont confiés, l’Etat-Providence reste pourtant plébiscité par les Français et placé sous la protection des gouvernements successifs. Paradoxe encore car les Français souvent accusés d’individualisme tacite ou de solidarité de circonstance selon leur humeur politique du moment, ont toujours élu des présidents de la République ou donné leur blanc-seing à un gouvernement à la condition ultime que ces derniers protègent l’Etat-Providence. Certaines mauvais esprits n’hésiteront pas à affirmer que ce modèle, envié par nombre de pays dans le monde, devenu peu ou prou le système de fonctionnement des membres de l’Union européenne, est l’objet d’un dévoiement calculé, fruit de profiteurs mal intentionnés. Accusation sans fondement qui tranche avec une réalité autre, celle d’un pays attaché à son modèle, qui le défend contre vents et marées certes en le critiquant vertement parfois durement sans pour autant le remettre en cause de sorte à le régénérer. Et preuve en est, confier l’avenir de l’assurance-chômage à l’Etat pour permettre au dispositif de sortir de l’ornière est à la fois le signe de confiance, que d’aucuns jugeront relative, dans le Gouvernement, donc des institutions et de ceux qui la servent, mais aussi la garantie que le modèle d’indemnisation des demandeurs d’emploi ne sera pas otage de revendications ou de blocages partisans. Etrange paradoxe en effet que ce recours à l’Etat quand souvent, répétons-le, celui-ci est jugé trop présent, trop vampirisant, trop gourmand,…Bref ! Tous les adjectifs n’y suffiraient pas et pourtant la réalité est là : En cas d’impasse c’est l’Etat qui est sollicité pour son efficacité dans la décision et sa neutralité dans les responsabilités à assumer.

Dieu et l’Etat

Est-ce à dire que les Français sont devenus indissociables de leur modèle de fonctionnement, que sans l’Etat, ils ne sont plus rien ? Le journaliste nord-américain Ted Stanger avait théorisé dans l’un de ses ouvrages (Sacrés Français ! Un Américain nous regarde, 2004) avec un brin d’humour et une bienveillante ironie teintée de réalisme ce réflexe franco-français de recours ultime à l’Etat en expliquant que les Français avait remplacé Dieu par l’Etat. Héritage révolutionnaire et déchristiannisation à n’en pas douter. Mais aussi puissant soit-il, rappelons aussi pour pondérer la maxime du journaliste américain celle de Lionel Jospin, ancien et alors Premier Ministre, qui affirmait en 1997, lors de la mise en place d’un lourd plan social chez le constructeur automobile Renault à Steenvoorde que « l’Etat ne pouvait pas tout ». Ici, en l’espèce et dans le cas de l’assurance-chômage, il peut jouer les médiateurs en faisant jouer les décrets d’application qui s’avéreront nécessaires. Mais ne nous y trompons pas. La puissance publique risque, sous les effets d’une mondialisation de plus en plus gourmande et cruelle, d’entreprises soucieuses de s’émanciper de la tutelle d’Etats jugés trop envahissant et de citoyens en perte de repères prêt à sacrifier la notion de collectivité incarnée par l’Etat au profit de l’intérêt individuel, de perdre de son aura et de son influence. Et si tel était le cas, c’est nous tous qui serions perdants car l’Etat, c’est nous…

L’ours et le retour de bâton

L’arrivée incongrue d’ours polaires dans l’archipel de Nouvelle Zemble interroge une fois encore sur les effets du réchauffement climatique mais elle met aussi en évidence l’inconscience et la vanité de l’être humain face à une nature qu’il a toujours cru pouvoir asservir.

L’information serait presque passée inaperçue si elle ne révélait pas une réalité climatique que nombre d’entre nous peinent à appréhender et ce pour de multiples raisons. Mais l’invasion massive d’ours polaires sur les îles de l’archipel de Nouvelle Zemble, situé dans la Mer de Barents (Russie), témoignent, s’il fallait encore accumuler de nouvelles preuves, que le changement climatique n’est plus une hypothèse mais une réalité (Lire l’article sur le monde.fr : https://www.lemonde.fr/climat/article). Inutile ici de revenir sur les problèmes posés par l’arrivée de ces mammifères marins, attirés par les déchets alimentaires humains alors que leurs ressources naturelles tendent désormais à ce réduire de manière drastique. Cruelle évidence que cette invasion met en lumière : la surpêche qui altère gravement les réserve de poissons tend ainsi à réduire le nombre de phoques qui constituent la base de l’alimentation des ours polaires qui par effet de dominos se lancent à la recherche de nouvelles ressources. Il en est de même, et dans un autre registre, pour ce qui est de la disparition progressive des insectes dont l’éradication génère une altération tout aussi inquiétante des populations d’oiseaux et, pis que tous, pourrait à terme menacer les processus de pollinisation des plantes à fruits, les abeilles étant le symbole de cette disparition.

Atermoiements et accident

Il convient dès lors de se pencher sur les responsables de cette faillite écologique. Ils ne sont pas difficiles à identifier : nous tous. Plus scientifiquement, l’Homme. Foin d’atermoiements ou de justifications toutes plus vides les unes que les autres pour expliquer les agissements d’un mammifère, qui se prétend le plus doué de tous, mu par l’idée que son intelligence lui permettait de domestiquer la nature. Rêve fou, tout aussi fou que celui d’arrêter la course du soleil. Infernale machine biologique, l’Homme n’a eu de cesse depuis des siècles désormais de bâtir son confort sur les ressources naturelles que la Terre a mis à sa disposition sans imaginer, sauf quelques uns d’entre nous longtemps considérés comme des illuminés ou des iconoclastes, que la Terre en question n’était en rien inépuisable. Portés par un ego surdimensionné, nous avons abusé des facilités que la planète nous offrait pour constater aujourd’hui les bras ballants que des espèces animales sont clairement menacées de disparition quand d’autres ont définitivement disparu. Et si alerter et prévenir des dangers que présentent nos comportements est un premier pas salvateur, suivi obligatoirement d’actes à l’échelle mondiale et non plus régionale, actes certes louables mais aussi inutiles que méritoires s’ils devaient rester ponctuels et localisés, l’Homme doit aussi se souvenir que sa présence sur Terre est un accident de l’Histoire biologique de la planète. Rien à l’origine ne prédisposait l’humain à survivre dans un milieu brutal. Sa survie, fruit de sa capacité d’adaptation, lui a inconsciemment instillé l’idée qu’il pouvait alors exploiter son milieu d’évolution sans avoir à s’en remettre à lui. Or il apparaît aujourd’hui que Dame Nature est fatiguée et excédée des abus commis par l’Humanité à son endroit. Et il faudra clairement admettre, sans tarder, que le combat contre un milieu que nous pensions dominer, est perdu car rien ne peut entraver l’Evolution.

Intelligence et Evolution

A force de prétention et de vanité, l’Homme, parvenu biologique, s’est imaginé représenter la forme aboutie de toute vie terrestre. Erreur considérable, au regard des conséquences à supporter aujourd’hui car si tel était le cas, son intelligence l’aurait conduit à maîtriser son développement, à freiner ses ambitions certes naturelles mais incompatibles avec un milieu hier soi-disant maté, aujourd’hui en rébellion contre ceux qui le martyrisent. La disparition des espèces (mammifères, insectes, poissons,…) n’est que le préambule à un chapitre final qui verra l’acteur du film de l’Evolution, l’Homme, être la dernière victime. Il est certainement encore temps d’agir. D’autres dans les années soixante-dix, René Dumont, candidat écologiste à l’élection présidentielle de 1974 avait alerté sur les risques que la planète courrait. Le Club de Rome, en 1972 aussi, avait alerté sur l’impossibilité d’une croissance économique continue (ndlr : Rapport Meadows), basée sur une surexploitation des ressources naturelles (Lire l’article sur wikipedia.org : https://fr.wikipedia.org/wiki/Club_de_Rome). Rares ont été ceux à les entendre ou vouloir les entendre…Initiatives isolées qui sont à l’origine de la victoire culturelle et actuelle des écologistes et des défenseurs de l’environnement remportée non sans mal après des décennies de lutte. Mais cette prise de conscience, heureuse et bienvenue, ne résoudra en rien l’avenir des ours polaires de Nouvelle Zemble, comme nous, condamnés à disparaître du fait de notre ignorance, notre vanité et notre égoïsme.

Emmanuel Macron, essai de définition

Qu’est-ce que le macronisme ? Sujet d’interrogation qui ne laisse pas sans questionner quidams et politologues dans un monde bouleversé et en manque de repères. Et si justement, le macronisme était le fruit de l’absence de vision.

D’aucuns s’y sont essayés et d’autres certainement chercheront encore à le cerner. Certes. Mais quoi ? Cette interrogation qui dépasse tous les clivages politiques et qui les annihile en même temps porte sur la définition du macronisme. Il est fort à parier que dans les années à venir, la question agitera encore les sphères d’historiens et de politologues tant l’instant Macron a déstabilisé et bouleversé le jeu politique français et européen. Inattendu dans son élection, insaisissable dans la couleur de son action à la tête de l’Etat, à la fois libéral et social, (Lire l’article sur lopinion.fr : https://www.lopinion.fr/dossier/edito/qu-est-que-macronisme-140458 ) démocrate et parfois terriblement vertical dans la mise en place des réformes souhaitées, Emmanuel Macron détonne car il semble avancer avec assurance et certitude sans pour autant s’appuyer sur un corpus idéologique précis, hérité ou inventé. Et si le macronisme ce n’était pas cela finalement…? Ou que cela ? Cette capacité à diriger l’Etat sans référence particulière à une histoire politique définie, certes rassurante pour certains mais visiblement encombrante pour d’autres et pour lui en premier lieu.

Etat-Providence et survivance

Si ces prédécesseurs avaient tous, peu ou prou, comme ambition impérieuse de protéger l’Etat-Providence qui est le nôtre, Emmanuel Macron, sans balayer cette nécessité, ne semble pas obsédé par cette contrainte qu’il perçoit plus comme un avatar que comme une obligation. Cet ovni politique, venu de nulle part et sorti de sa boîte comme un beau diable, a fait le deuil des idéologies passées jugées trop lourdes et peu efficaces. Et dans un pays comme la France, pétri de convictions, qui sont plus souvent articulées autour de préjugés ancestraux qu’autre chose, ces héritages idéologiques, pourtant brocardés et critiqués, à tort ou à raison, sans être plébiscités par les électeurs, apparaissent pourtant comme des repères, des bouées au-delà desquelles il convient de ne pas naviguer. L’admonestation de mesures fiscales lourdes a ainsi provoqué la colère des Gilets Jaunes, preuve que la verticalité de la décision n’est pas une manière de gouverner. Pour autant, l’absence de colonne vertébrale supposée à la politique engagée par Emmanuel Macron pourrait cependant poser les bases d’un nouveau mode de gouvernance. (Voir l’article sur franceinter.fr : https://www.franceinter.fr/emissions/l-edito-politique) Entre pragmatisme et réalisme, loin des canons idéologiques, que le temps et la pratique ont transformé en substrat plus qu’en racines, le président Macron trace un nouvelle route, évidente pour certains, illisible (pour une grande majorité) pour d’autres dans un univers social en pleine déréliction. Le règne de la médiocrité et de la superficialité ont ainsi, et aussi, permis l’émergence d’Emmanuel Macron, l’homme apparaissant comme un recours ou un opportuniste capable de s’immiscer dans les entrelacs d’une société peut-être plus préoccupée par le programme télévisé ou les dernières vidéos postées sur Youtube que par l’avenir du pays et de l’Europe.

Méfiance et négatif

Est-ce répréhensible ? Non naturellement mais est-ce à dire que les Français ont hérité du président qu’ils méritent…Rien n’empêche de le penser mais le macronisme que l’on peine tant à définir trouve aussi peut-être ses racines dans l’étiolement d’une société en manque de repères et de boussoles. Il suffit pour s’en convaincre de s’arrêter un instant sur les taux de participation aux différents scrutins qui révèlent tous un réel désintérêt des Français pour la politique et une vraie, et inquiétante, méfiance à l’endroit du personnel politique. Que la France souffre d’une profonde crise de sa démocratie représentative n’est plus un scoop ! L’idée a tellement été (et une fois encore ici) avancée qu’elle en perd toute sa pertinence et son originalité mais elle n’en reste pas moins empreinte de véracité. Or l’inertie coupable et teintée de confort qui est la nôtre est aussi quelque part responsable de l’élection d’Emmanuel Macron. Lui a su exploiter les atermoiements des politiques passées et la méfiance du corps électoral. Et l’absence de vision globale de ses concurrents a servi son ascension sans le contraindre à poser une dessein clair. Aussi, et concluons ainsi, le macronisme semble aujourd’hui plus s’écrire par défaut que par impression, par manque plus que par abondance, comme si celui-ci était le négatif d’un positif passé et jauni.

Le réseau du plus fort

Des Gilets Jaunes à Bilal Hassani, les réseaux sociaux ont démontré toute leur puissance en relayant sans délai et dans l’anonymat le plus complet le message d’internautes soucieux de donner corps à leur voix.

Quel lien existe-il entre les Gilets Jaunes et Bilal Hassani, auteur-compositeur qui ira défendre la France lors du concours Eurovision de la chanson organisée cette année à Tel-Aviv, en Israël ? De prime abord, aucun. Et pourtant à y regarder de plus près, l’on s’aperçoit que ce qui unit les Gilets Jaunes et le héros de la contre-culture du XXIème siècle ce n’est pas la couleur approximativement approchante de la perruque du chanteur et des gilets fluorescents mais les réseaux sociaux. Plus précisément, la force et la puissance de ces derniers. Une explication s’impose. Sans réseaux sociaux, ni les Gilets jaunes, ni Bilal Hassani n’auraient pu accéder au rang de notoriété qui est le leur aujourd’hui. Bien des raisons l’expliquent. Agissant en dehors de toutes sphères contrôlables, les internautes, fervents pratiquant des réseaux, invisibles des sondeurs et échappant à toute manipulation politique et médiatique directe, sont ainsi parvenus à créer un espace d’influence d’échelle mondiale ne répondant à aucun des canons de la communication connus tout en faisant voler en éclats les prévisions établies, non sur la volatilité des réseaux, mais sur des réflexes ou des préjugés sociétaux désormais dépassés.

Médias et followers

La capacité de mobilisation des Gilets Jaunes tient avant tout à la puissance des réseaux sociaux qui par effet viral et contagieux parviennent à attirer à eux un ensemble de partisans, déclarés ou non, d’indécis à convaincre ou simples quidams séduit par la facilité du message à relayer via un média, internet, souple, rapide, immédiat et anonyme d’où l’impossible prévision qui entoure l’émergence des Gilets Jaunes. Raisonnement similaire en ce qui concerne Bilal Hassani. L’homme, inconnu de la sphère publique officielle qui s’affiche habituellement sur les chaînes de télévision ou d’informations en continu, est passé à travers les mailles du filet de la médiatisation classique mais pas de celle des réseaux sociaux. A coup de vidéos postées sur You Tube, de followers fidèles bien décidés à défendre leur poulain, Bilal Hassani a encore déjoué les pronostics les plus fiables, de ceux qui il y a encore dix ans auraient été considérés comme paroles d’Evangile au point d’en devenir des vérités qu’il ne manquait plus qu’à mettre en pratique. Or, la lame de fond que représente les réseaux sociaux aujourd’hui, capables de bouleverser les principes essentiels qui sous-tendent la sphère audiovisuelle essentiellement articulés autour de l’audimat, est devenu, à son corps défendant et au grand malheur des grands organes de presse et de télévision un impitoyable juge de paix. Malheur à pondérer cependant car encore surpris par la puissance de ces réseaux sociaux, leur capacité de mobilisation, le nombre inconnu de ceux qui se cachent derrière leur écran de téléphone ou d’ordinateur, les grands médias, les institutions et les pouvoirs publics sauront à n’en pas douter prendre le pouls de ces nouveaux acteurs de la vie publique, médiatique et politique pour à terme proposer des contenus en adéquation avec celles et ceux qui font vivre ces réseaux sociaux. Est-ce à dire qu’un jour le législateur d’une manière ou d’une autre, d’une manière détournée ou non, viendra réguler internet pour en saisir les arcanes et les réflexes ? Seuls l’avenir le dira. Mais si le choix de Bilal Hassani reste une anecdote piquante, joviale et distrayante comme l’est d’ailleurs ce jeune homme, l’aventure des Gilets Jaunes laissera elle des traces que d’aucuns veulent déjà effacer pour éviter que l’Histoire ne se répète.

L’Europe encore et toujours

Si le Brexit a pu menacer l’unité de l’Union européenne, il apparaît trois ans après le référendum britannique que l’Europe politique a su conserver son dessein initial en renvoyant la Grande-Bretagne a ses contradictions.

Beaucoup, pro-européens comme eurosceptiques, voire carrément anti-européens, voyaient la sortie la Grande-Bretagne de l’Union européenne comme une épreuve dont l’ensemble communautaire fondée en 1957 ne se relèverait pas. Et d’aucuns de pointer les risques inhérents à cette sortie, négociée ou non, en avançant le risque de voir la fièvre émancipatrice se propager dans toute l’Union. Et force est de constater qu’il n’en a été rien. Certes, entre le référendum britannique de juin 2016 et la sortie programmée le 29 mars prochain, le visage politique de l’Europe a changé. Les élections ont amené en Autriche, en Hongrie et en Italie, pays fondateur pour ce dernier, des gouvernements peu enclins à gouverner aux côtés de Bruxelles, voire à remettre en cause les fondements démocratiques de l’Union européenne mais aucun à ce jour n’a ouvertement et officiellement demandé sa sortie de l’Union. Car si celle-ci peut revêtir des aspects lourds, elle n’en reste pas moins porteuse d’avancées et d’avantages qui in fine pèsent plus que les inconvénients et les gouvernements à majorité ou les coalitions populistes l’ont très bien compris en dépit des critiques ou des menaces proférées à l’endroit de l’Union européenne.

Onde de choc et maturité

Que faut-il alors retenir de ce Brexit qui semble désormais inéluctable bien que plusieurs plans de secours semblent se faire jour sans pour autant s’apparenter à de vraies solutions ? (Lire l’article sur iris-france.org : http://www.iris-france.org/128692-plans-durgence-pour-le-brexit-vers-un-accord-sans-accord/ ) Pour autant, il apparaît que, trois ans après l’onde de choc du résultat britannique, l’Europe sort presque grandie de cette épreuve. Pour s’en convaincre, il suffit de se pencher sur les négociations engagées une fois la décision britannique du retrait entérinée. L’Union européenne a négocié avec fermeté, pied à pied avec les Britanniques afin d’accoucher du meilleur accord possible, entendez qui préserve les principes européens fondamentaux et originels sans pour autant négliger les aspirations britanniques. D’aucuns diraient, ce qui est assez rare dans l’histoire de l’Union européenne, que celle-ci a fait preuve de maturité, comprenant que les intérêts individuels des pays composants l’ensemble, fussent-ils puissants, ne pouvaient prendre le dessus sur l’ambition européenne. En laissant la Grande -Bretagne quitter l’Union européenne, et en laissant à son destin un pays souvent turbulent, toujours iconoclaste et partagé depuis trois siècles entre son continent d’origine et le grand large, comprenez les Etats-Unis d’Amérique pour des raisons historiques, linguistiques et économiques, l’Union européenne a donné l’image d’un ensemble politique cohérent avec son histoire et fidèle à ses convictions en renvoyant les Britanniques et notamment les parlementaires de la Chambre des Communes à leurs responsabilités : Acceptez ou non l’accord proposé, nous ne transigerons plus.

Emancipation et dommages collatéraux

Forte de cette nouvelle stature politique et diplomatique, l’Union européenne a aujourd’hui toutes les cartes en mains pour dessiner son avenir tout en faisant passer un message sans équivoque à ceux qui souhaiteraient la quitter : Nous ne braderons pas nos ambitions collectives pour satisfaire les intérêts particuliers de pays en mal d’émancipation. Ainsi, l’Union européenne n’interdit-elle à aucun peuple de quitter ses rangs mais précise, Brexit à l’appui, que le départ ne sera pas exempt de dommages collatéraux. Souvent brocardée pour son inertie et sa lourdeur, l’Union européenne a fait preuve durant les trois ans passés d’une rigueur et d’une fermeté dont peu l’imaginaient capable a fortiori les Britanniques partisans du retrait qui par leurs députés se sont opposés à l’accord proposé. En voulant préserver son dessein européen, en agissant comme un ensemble politique adulte et responsable, l’Union européenne a gagné en crédibilité à l’échelle internationale sans jamais se désunir ou en offrant le spectacle de pays en dissonance avec les ambitions originelles. Passée l’épreuve du Brexit, et quelle que puisse être l’avenir des relations entre la Grande-Bretagne et l’Union européenne, avec ou sans traité, reporté ou non, appliqué ou non, l’Europe a gagné en puissance. A elle désormais de l’exploiter avec justesse, audace et intelligence.

Que les gros salaires…

Les polémiques entourant la rémunération des grands chefs d’entreprises ont encore rebondi à l’occasion de l’affaire Carlos Ghosn. Mais ces polémiques ne répondraient-elles pas à des réactions épidermiques où se mêlent Histoire et sentiments humains ?

Outre les différents griefs retenus contre Carlos Ghosn, (actuel président de Renault et ancien président de Nissan) l’affaire au centre de laquelle l’homme d’affaires est aujourd’hui enlisé n’a pas manqué de réveiller la récurrente polémique portant sur la rémunération des chefs de grandes d’entreprise. Ironie du sort et de l’actualité celle-ci a aussi été relancée par la démission de Chantal Jouanno de son titre de coordonnatrice de la Commission du Grand débat national voulue par le président Macron (lire l’article sur rtl.fr : http://Commission nationale du débat public : Chantal Jouanno refuse de démissionner), et ce alors que montaient de nouveaux débats portant sur sa future rémunération (14.666 euros brut / mois). Pour autant, passés les faits précédemment évoqués, il n’est pas inutile de se pencher sur les raisons qui suscitent depuis tant d’années, en France en particulier, de telles polémiques sur la rémunération de certains de nos concitoyens. Plusieurs raisons pourraient l’expliquer.

Elite et aversion

L’Histoire de France peut ainsi apparaître comme un premier recours et notamment celle de l’Ancien Régime. Le royaume de France qui prévalait avant la Révolution Française était dominé par une élite sociale, la noblesse de robe et d’épée, qui puisait ses privilèges dans les premières heures de la construction du royaume. Vivant globalement dans une aisance financière et matérielle qui contrastait avec le dénuement ou les moyens limités du Tiers-état, cette noblesse aveugle n’a pas sur anticiper le bouleversement révolutionnaire de 1789 tout en imprimant à la France et à son peuple un profond sentiment d’aversion contre les élites d’une part, et d’autre part contre l’argent en tant que tel. Et il n’est pas erroné aujourd’hui d’affirmer que les Français ont un rapport compliqué avec l’argent, rapport rendu d’autant plus compliqué dans une société judéo-chrétienne comme la nôtre notamment. L’argent, alors inconsciemment ramené à l’image des Marchands du Temple, ceux là même que Jésus accusait d’avarice et de vénalité, prend alors une dimension coupable qui fait de celui qui en possède un être vil, dénué d’humanité car pétri par le goût du lucre. A lui d’expier d’une manière ou d’une autre. Autre explication, plus proche de nous encore, la portée de la dialectique marxiste via laquelle l’argent, facteur d’aliénation de l’individu et objet d’accumulation par les élites capitalistiques, travaille aussi à l’idée que l’argent, utilisé dans une logique libérale, promeut l’inégalité sociale. Autant de raisons audibles et valables qu’il appartiendra à chacun de juger ou de déjuger mais qui participent toutes, consciemment ou inconsciemment, à la polémique portant sur la rémunération de certains. Néanmoins, le raisonnement ne serait pas complet s’il ne faisait pas référence à un autre sentiment, somme toute humain, et qui agite aussi la polémique.

Jalousie et hypocrisie

Ainsi, devant le niveau de rémunération de certains, niveau qui a connu une réelle inflation depuis plusieurs années désormais dans le secteur privé en particulier (Chefs d’entreprises, sportifs de haut niveau, artistes,…), beaucoup arguent de l’indécence des salaires versés. « Trop élevés ! Injustifiés ! Anormal ! » crient certains devant les sommes allouées. Certes. Mais derrière le prétexte de l’indécence sensée dénoncer les salaires versés, ne se cacherait-il pas une forme de jalousie non avouée et d’hypocrisie malsaine ? Jalousie car ceux qui dénoncent aujourd’hui ces montants d’ailleurs versés selon des critères (compétences, expériences, diplômes,….), certes discutables, refuseraient-ils ces mêmes salaires si l’on devait les leur verser pour leur activité actuelle ? Hypocrisie car en ignorant volontairement le fait que nous vivons dans une économie de marché où les salaires répondent aussi à la loi de l’offre et de la demande, nous nions une réalité économique que nous refusons d’assumer. Et à feindre de savoir que le libéralisme économique et le capitalisme génèrent des inégalités sociales que nous sommes toujours prompts à dénoncer quand nous considérons en être victimes, nous reflétons encore l’image d’une société capricieuse et immature. Ainsi, apparaît-il que la polémique et les débats sur les salaires versés aux chefs de grandes entreprises, sportifs ou autres n’a pas réellement de sens car fondés sur des sentiments humains qui relèvent naturellement de la subjectivité et non de l’objectivité qui supposerait alors une analyse complexe et extrêmement détaillée de la valeur ajoutée des compétences, de l’expérience et des diplômes de chacun, ainsi que leur place et leur rôle dans le circuit économique contemporain. Tâche ardue s’il en est.

Alexandre Benalla n’est pas Machiavel

L’affaire Benalla ne révélerait-elle pas une forme de dérive morale de notre société au profit d’une superficialité et d’une médiocrité devenues principes de fonctionnement ? Y compris au plus haut sommet de l’Etat. Tentative d’explication.

Il y a dans l’affaire Benalla comme un parfum gênant d’amateurisme, de ceux qui ridiculisent une fonction et des institutions tout aussi vénérables que puissent être celles de la cinquième République. A croire que cet homme, sur lequel l’on a beaucoup écrit (ici encore…!) et beaucoup dit, lui-même se prêtant au jeu de l’interview et de l’audition devant la commission parlementaire pour expliquer les faits et gestes qui furent les siens lors du Premier Mai dernier. Et voilà que l’homme que l’on pensait loin des couloirs du pouvoir a été trahi par l’utilisation d’un passeport diplomatique utilisé dans le cadre d’affaires privées menées en Afrique. (Lire l’article dans lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/politique/article) C’est à croire qu’Alexandre Benalla est devenu le mauvais génie de la présidence, la face cachée d’une campagne électorale menée tambour battant et d’une accession au pouvoir suprême aussi fulgurante que stupéfiante. Et que dire de l’exercice du pouvoir en tant que tel par Emmanuel Macron qui vit depuis plus de six mois dans la crainte d’un rebondissement de l’affaire, qui vient par ailleurs d’arriver, et la peur de nouvelles frasques de son ancien collaborateur, appelons-le ainsi.

Ombre et existence

Comment expliquer alors le cas Benalla avant d’en venir à l’affaire proprement dite qui reste somme toute assez banale ? Entre médiocrité et ambition, ego surdimensionné et soif de reconnaissance, Alexandre Benalla s’est immiscé dans la trajectoire de la comète Macron. D’abord en queue, invisible et inconnu, comme peuvent l’être ces hommes qui entourent les personnalités médiatiques, que l’on voit sans voir, des ombres que l’on oublie avant même de les avoir vues, ensuite en pleine lumière, un jour de mai 2018, arborant fièrement et de manière imbue et abusive un brassard de la Police nationale. Aujourd’hui révélée, la possession d’un passeport diplomatique par Alexandre Benalla vient confirmer une forme de toute puissance recherchée par cet homme longtemps transparent mais qui a su profiter de l’instant Macron comme d’autres, rares, avant lui ont su le faire pour donner sens à son existence. (Lire l’article dans le figaro.fr : http://www.lefigaro.fr/politique) Il y a dans cette manigance à grande échelle un certain talent. Certes nous ne sommes pas dans l’élégance raffinée d’Arsène Lupin, (reconnaissons que l’analogie est flatteuse et osée) mais elle confine à une vraie gageure. Pourtant, l’homme en question est-il réellement le seul responsable de cette nouvelles affaire, tout comme de la précédente ? D’aucuns crieraient que oui et à raison puisqu’il est censé être responsable de ces actes. Mais au-delà, ceux qui lui ont accordé leur confiance, lui ont laissé la bride sur le cou et délivré un passeport diplomatique sont tout aussi responsables que lui.

Hiérarchie et réalité

Et puis il y a aussi un autre coupable, invisible et pernicieux, (et pernicieux parce qu’invisible), que l’on qualifiera rapidement d’air du temps. Celui où la méritocratie républicaine a cédé le pas à la médiocrité institutionnalisée. Comment expliquer alors qu’un Alexandre Benalla, certes aidé par un entourage complice, ait pu se hisser à un tel niveau sinon de responsabilités du moins à un tel niveau au sein de la hiérarchie élyséenne au point d’être investi de fonctions diplomatiques représentatives que supposent la possession d’un tel passeport ? Car Alexandre Benalla n’est pas Machiavel et Emmanuel Macron n’est pas César Borgia (encore heureux soit dit en passant). Ainsi, l’affaire Benalla ne doit-elle pas occulter une autre réalité qui structure aussi et en partie notre société, celle d’une facilité nouvelle générée par le culte de l’apparence et de la superficialité où le contenant a remplacé le contenu, où la forme a dompté le fond, où la séduction du discours a remplacé le sens des mots et des actions. C’est aussi ça l’affaire Benalla.

Un gilet pour mieux respirer

Si le mouvement des Gilets jaunes semble marquer le pas, la contestation qu’il porte est aussi une bouffée d’oxygène pour une démocratie endormie qui a oublié ses origines révolutionnaires.

Est-ce l’approche des Fêtes de fin d’année, la lassitude, somme toute légitime des manifestants, ou les annonces du président de la République qui sont à l’origine de la faiblesse, toute relative cependant, de la mobilisation des Gilets Jaunes samedi 14 décembre à Paris ? Il n’y a pas ici, comme souvent d’ailleurs, une seule explication mais certainement la conjonction des trois paramètres et d’autres qui inconsciemment nous échappent encore. Pour autant, alors que le mouvement semble désormais plus proche de la fin que du début, et aussi éruptif qu’il fût, une chose est sûre : il y a en France aujourd’hui une frange de la population longtemps ignorée, du moins négligée, qui a fait trembler la République. Quoi que puissent en penser le Président Macron et le Gouvernement, la France a connu un de ses plus violents et profonds épisodes contestataires depuis de nombreuses décennies. Aussi désordonné qu’il ait pu paraître, le mouvement a confirmé la force d’une France avec laquelle il faudra désormais compter.

Récupération et pronostics

On peut comprendre le peu d’empressement du pouvoir actuel à répondre aux injonctions des manifestants qui appellent à une dissolution de l’Assemblée Nationale car au vue du mois passé, rien, absolument rien, ne saurait garantir un quelconque résultat dans un sens ou dans l’autre. Et que dire de la revendication portant sur un Référendum d’initiative citoyenne…Un autre enseignement à tirer de cette crise est le naufrage complet et total des partis politiques qui,avec ou sans finesse, ont essayé de récupérer un mouvement justement irrécupérable car décérébré, sans hiérarchie officielle ou tête pensante. Les Gilets Jaunes, et c’est leur force,sont insaisissables car protéiformes, imprévisibles car dénués de toute logique politique pré-établie. Invisibles dans les radars des sondages toujours prompts à jouer les médiums, transparents dans les discours politiques des partis actuels, les Gilets Jaunes ont déjoué tous les pronostics. Politiques, médias, sondeurs,chercheurs,….sont tous passés à côté. Les raisons : un mouvement aussi soudain qu’inconnu, aussi volatile qu’incongru qui s’est révolté contre une hausse jugée insupportable du prix des carburants. Les Français, peuple discipliné au possible, souvent prêts à tout accepter, avaient jusqu’à l’éruption des Gilets Jaunes, perdus leur âme révolutionnaire, elle-même sapée par la douceur du confort soyeux qu’apportait l’Etat-Providence et la société de consommation. Mais voilà qu’un jour de novembre, les oubliés de la croissance, les besogneux de la France d’en bas ont dit que cela suffisait. Il y a finalement quelque chose de rafraîchissant dans le mouvement des Gilets Jaunes, indépendamment des inacceptables et intolérables violences qui ont terni le mouvement, à savoir cet aspect enthousiaste et contestataire,révolté et presque candide. Naturellement d’aucuns argueront, et à raison, que l’on compte parmi eux des individus aux positions politiques extrêmes incompatibles avec l’idéal républicain. C’est juste et il conviendra dans les moins à venir à veiller à ce que les formations extrémistes ne capitalisent pas ce mécontentement à leur crédit. La prudence dans tous mouvements populaires s’impose toujours. Pour autant, les Gilets Jaunes ont été, et sont encore,une bouffée d’oxygène pour une démocratie, la nôtre, enlisée dans une routine lénifiante qui avait oublié à quoi pouvait ressembler une vraie contestation avec ses points positifs comme négatifs. Alors ne retenons que le positif !

La France de Macron et la France des Gilets Jaunes

La crise des Gilets Jaunes révèle l’existence de deux France que beaucoup opposent : Principes, histoire, croyances, ambition. Ni l’une ni l’autre ne cédera. Et l’issue de la crise de peut-être se trouver dans la disparition de l’un des deux.

Nombreux ont été et nombreux seront les commentaires écrits ou à écrire sur le mouvement des Gilets Jaunes. Il est probable que l’Histoire retienne sous le vocable de crise sociale lourde et majeure du quinquennat Macron cet épisode de contestation émaillé de violences sidérantes. Pourtant, avant des’intéresser à la trace que laissera cet épisode dans les mémoires, arrêtons-nous un instant sur le portrait de la France de 2018, celle d’Emmanuel Macron mais pas seulement la sienne car c’est bien là que le bât blesse. Tout au long de sa campagne électorale, Emmanuel Macron n’a eu de cesse de répéter de vouloir changer le destin du pays en réformant de l’intérieur un des plus vieux Etat du monde. Pour résumer le plus synthétiquement possible, sans tomber dans la caricature, l’homme voulait donner à la France les allures d’une start-up, moderne et connectée, jeune et dynamique,enthousiaste et prête à embrasser le XXIème siècle avec fougue et passion. C’était, et c’est très certainement secrètement encore son ambition.

Nouveau Monde et blocages

D’autres avant lui avaient essayé d’assimiler la France à une entreprise qui n’attendait qu’un gestionnaire à la poigne de fer, à l’image de Nicolas Sarkozy, qui on s’en souvient voulait « aller chercher la croissance avec les dents ! » L’image était originale mais l’homme a dû reculer et céder pour finalement quitter piteusement l’Elysée.Emmanuel Macron fort de cette expérience, pensait en revanche,épouser son temps et plonger la France dans le Nouveau Monde en faisant fi des réticences et des blocages, bref de l’Histoire d’un pays où la modernité côtoie encore de puissantes et profondes habitudes dont chacun jugera de la pertinence. Erreur de jeunesse ou infernale hubris qui lui attira la foudre des dieux ! Face au président quadragénaire, une population composite où se retrouvent partisans et détracteurs, indécis et indifférents, ces derniers peu portés sur la vie politique, souvent abstentionnistes,vivent globalement un quotidien terne et fade, loin des préoccupations du monde politique. Et ce sont eux qui constituent aujourd’hui l’essentiel du contingent des Gilets Jaunes, des hommes et des femmes dépassés par le monde et ses mutations, submergés par les nouvelles obligations dictées par l’adaptation forcée au processus de mondialisation au défi environnemental, terrifiés par la couleur libérale que le Président Macron entend donner à la social-démocratie qu’il défend.

Illusion et revendications

A l’arrivée, deux mondes qui s’opposent et s’entendent mal (Lire lemonde.fr www.lemonde.fr/politique/article/2018/12/08/)  D’aucuns évoqueraient une fracture sociale pour reprendre la dialectique de Jacques Chirac lors de la campagne présidentielle de 1995 mais le mal est certainement plus profond car deux France sont désormais en concurrence, le comble dans un monde où le marché fait loi. Espérer les réconcilier est illusoire car l’une et l’autre sont viscéralement attachées à leurs principes et leurs idées. Les Gilets Jaunes se vivent et se sentent victimes d’une marche en avant forcée vers un monde qui les terrorise car inconnu et dans lequel leurs croyances et leurs principes n’auraient aucune prise ; l’autre France, plus ou moins en adéquation avec le discours macronien sans pour autant renier les revendications des Gilets Jaunes, prête à franchir le pas à condition que celui-ci ne s’accompagne pas d’une chute trop violente, comprenez que les amortisseurs sociaux ne soient pas démantelés. In fine, un constat à l’interprétation cruelle s’impose : puisque ni l’un ni l’autre ne cédera, l’un ou l’autre devra disparaître. Mais lequel des deux ?