Les dominos de Mésopotamie

Le conflit déclenché par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran ouvre une période d’incertitudes multiples dans lesquelles sont plongés tous les pays Occidentaux et du Golfe alors que se pose déjà la question de la recomposition géopolitique de la région.

La bombe géopolitique que représente le conflit ouvert par les Etats-Unis et Israël contre la République islamique d’Iran n’en finira de projeter ses éclats à travers le monde entier. Bien que localisé en Mésopotamie et au Proche-Orient, le conflit implique, déjà par effet de domino, bien des nations pourtant étrangères au conflit de prime abord, mais qui par le bais de leur présence militaire dans la région, donc d’intérêt divers et variés, se voient amenées à choisir leur camp. Dans un manichéisme typique des Etats-Unis, à savoir si vous n’êtes pas avec nous, vous êtes contre nous, Britanniques, Français et autres, vont avoir beaucoup de difficultés à rester figés sur une ligne conduite inspirée par la stricte défense de leurs intérêts particuliers.

Hydre infernale

Ce conflit, qui jette une pierre dans la mare des relations et du droit international sonne certainement le glas de la République islamique d’Iran, encore que telle une hydre infernale, les élites chiites sont capables de proposer un remplaçant à Ali Khamenei, Alirezza Arafi serait d’ailleurs le premier sur la liste des successeurs possibles. Pour autant, le régime des mollahs et ses affidés Hezbollah et Hamas, semblent considérablement affaiblis au point que le conflit ne présente aucun doute quant à son issue, si tant est qu’un doute ait jamais existé. En réalité, c’est surtout les conséquences du conflit qui interrogent aujourd’hui, l’envolée du cours du pétrole lié au conflit, le blocage du détroit d’Ormuz et la flambée du prix du gaz exposent les pays occidentaux à des aléas économiques imprévus à même de contrarier des croissances économiques sensibles à ce type de vicissitudes. Mais ce sont surtout les conséquences géopolitiques qui interrogent encore plus. Parmi elles, que va devenir l’Iran ? Une démocratie ou un régime encore teinté d’islam rigoriste ? Qu’en sera-t-il de la question nucléaire ?Comment Israël va-t-il se positionner au regard de ce nouveau régime qui peut s’appuyer, tout comme aujourd’hui, d’ailleurs sur des réserves pétrolières et gazières à même de constituer une monnaie d’échange ? Plus qu’un tournant géopolitique, ce conflit se veut une porte ouverte vers des lendemains qui chantent pour l’Iran ou une boîte de Pandore.

Bombardements

Nul ne le sait à présent, le peuple iranien, pour l’instant heureux de la potentielle chute du régime des mollahs pourrait pourtant rapidement se lasser des bombardements à répétition surtout si le nombre de victimes devait croître de manière exponentielle. Dans le même temps, les pays du Golfe, eux aussi impliqués, devront très probablement adopter une autre politique et une autre posture face à ce nouveau pays, si d’aventure, le régime actuel tombait définitivement. L’Iran n’est pas le Venezuela avec un président que l’on enlève comme dans un scénario de film d’aventure. L’Iran est un pays, quoi que l’on puisse en dire, puissant, un point d’ancrage régional soutenu, discrètement depuis le début de l’offensive, par la Russie et la Chine, mal à l’aise face à l’offensive menée par Israël et les Etats-Unis. Et pour cause, il ne viendrait pas à l’idée de Vladimir Poutine et de Xi Jing Ping d’aller froisser Donald Trump en l’interpellant sur la pertinence de ses opérations militaires, fussent-elles légitimes ou non. In fine, cette guerre qui ne s’éternisera pas et a commencé pour les Etats-Unis dans le désert iranien en 1979 est peut-être sur le point de s’achever, pour Israël, elle ouvre la voie à une potentielle existence en paix. Mais rien n’est moins sûr pour l’un et pour l’autre.

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