Emmanuel Macron et….les autres

En l’absence d’opposition politique crédible, le macronisme, toujours indéfini, s’impose comme l’idéologie dominante car seule en lice. Et si cette domination n’est pas substance politique, elle suffit à répondre partiellement aux attentes des Français. Pour l’instant.

Il y a de cela quelques semaines, nous avions essayé, non sans peine, de définir le macronisme. Vaste entreprise qui avait conduit à une analyse mettant en évidence la capacité de la pensée présidentielle à opérer une sorte de symbiose des idéologies libérales et progressistes, toutes deux teintées après coup de pragmatisme. (Lire huffingtonpost.fr: https://www.huffingtonpost.fr/hadrien-bureau/le-macronisme-cette-ideologie-de-l-individualisme-beat-et-indigne-qui-ne-dit-pas-son-nom_a_23375283/ ) Les élections européennes récemment tenues ayant, sans le renforcer ni l’affaiblir, permis au macronisme de pouvoir continuer à s’exprimer sans trop d’opposition, la voie semble ouverte pour le Président en exercice. Et c’est bien là que la bât blesse. Non que le macronisme, s’il existe, soit néfaste pour le pays, seule l’Histoire le dira dans quelques décennies, mais l’absence d’opposition politique crédible à ce jour en France permet au président de la République et à sa majorité d’agir sans risque de contestation durable. Certes le mouvement des Gilets Jaunes a perturbé la mécanique macronnienne mais les jours passant celui-ci ressemble plus à un grain de sable dans les rouages qu’à un réel obstacle. Il faut donc bien le reconnaître il n’y a pas en France, ou il n’y a plus, reste à savoir pour combien de temps, d’opposition politique valable à même d’exercer le pouvoir. Du Parti socialiste aux Républicains en passant par la France insoumise aucun n’a su proposer de discours suffisamment séduisant, à savoir créatif, novateur, imaginatif, tout à la fois ancré dans la modernité que dans la nécessité de préserver les bases de notre modèle social.

Constat et pauvreté

Constat d’évidence qui s’impose, la pauvreté intellectuelle des propositions politiques a permis l’affirmation du macronisme et la montée en puissance du Mouvement national, emblème de la médiocrité idéologique dans laquelle une partie du pays a sombré. Est-ce à dire que la lumière viendra du macronisme ? Il appartient à chacun d’en juger mais à lire avec attention les intentions du Président de la République et de sa majorité, il n’y a ni lumière, ni génie, ni révolution. Juste une adaptation aux évolutions de la société (d’ailleurs la teinte écologiste que prendra le quinquennat, suite aux résultats des élections européennes obtenu par les Europe Ecologie Les Verts), le prouve (Lire lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/06/08/thomas-piketty-l-illusion-de-l-ecologie-centriste_5473422_823448.html ). Plus concrètement se dessinent depuis plusieurs années en France deux territoires : le premier, urbain, épris de modernité, cultivé et ouvert aux changements que le Monde connaît ; le second, rural, éloigné des centres urbains, de ses pôles de cultures, nourrissant un sentiment d’abandon et prêt à répondre aux sirènes populistes. Il serait pourtant excessif de reprocher cette situation aux partis agonisants même si leur part de responsabilité reste entière. Tout d’abord, car il apparaît que peuples et mentalités ont évolué plus vite que les discours politiques qui s’adressaient à eux. La révolution numérique a coupé l’herbe sous le pied de partis politiques qui s’interrogeaient encore sur les effets à venir de cette révolution quand celle-ci avait déjà bouleversé l’écosystème social. « Manque de réactivité, d’intelligence et d’anticipation ! » argueront certains. L’argument est valable mais partiel car la révolution numérique n’a pas submergé que les partis politiques français.

Modèle social et obsolescence

Toutes les formations du même ordre, dans n’importe quel pays du monde, ont dû faire face aux conséquences de cet afflux d’informations instantané, à cette immédiateté déstabilisante et aux bouleversements économiques engendrés par cette même révolution. L’autre raison est naturellement l’obsolescence des idéologies longtemps piliers de la vie politique française. Libéralisme et socialisme se disputaient tour à tour le primat idéologique, occupant les fonctions suprêmes ou exécutives sous le sceau de l’alternance comme le sous-entendait (et le sous-entend encore la Constitution de la Vème République). Mais aujourd’hui, effets de la mondialisation et de la révolution numérique bus et consommés quelles portées ces discours ont-il sur la société française ? Quelle est encore leur influence ? Le modèle social qui est le nôtre, l’Etat-providence érigé en culte républicain a-t-il encore besoin de se nourrir des modèles d’antan ? La question reste entière car à ce jour elle n’a pas trouvé de réponses et le macronisme, là encore l’Histoire le dira, est soit la porte d’entrée vers de nouveaux courants de pensées, soit, car la nature a horreur du vide, un substitut de circonstances capable de répondre aux aspirations actuelles. Pour l’instant…

Le cataclysme et la souris

Au lendemain du scrutin européen, si l’heure est à l’adaptation de l’Union aux attentes des citoyens, en France le temps ne semble pas être contraint, l’Elysée comptant même accélérer le train des réformes.

Passées les réactions diverses et variées sur les résultats des élections européennes, qui n’ont finalement pas révélé de surprises particulières ou donné lieu à de quelconque cataclysme (lire l’article lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international/article/2019/05/28/elections-2019-apres-les-crises-a-repetition-un-sursaut-du-sentiment-europeen_5468497_3210.html ), institut de sondages et Etats-Majors politiques ayant anticipé la montée des partis d’extrême droite et populistes à l’échelle européenne, se posent désormais les questions de l’après rendez-vous électoral. Premier constat porteur d’interrogations, même contenue au sein du Parlement européen, l’extrême droite européenne effectue une poussée qui inquiétera tout démocrate qui se respecte. Et, c’est la question qui se pose, quel projet l’Union européenne doit-elle mettre en œuvre pour réconcilier une partie des européens avec l’Union et donc faire retomber la fièvre populiste.

Test et pertinence idéologique

Le chantier est immense et multiple car les motifs de désamour entre l’Europe politique et ses citoyens sont nombreux mais pas insolubles. Deuxième interrogation, pourquoi certains pays ont su endiguer la poussée populiste comme l’Espagne ou le Portugal ? Il ne serait pas déplacé de s’intéresser au fonctionnement de ces deux pays de l’Europe du Sud pourtant durement frappés, bien plus que d’autres, par les conséquences de la crise de 2008. Enfin, en France, une analyse plus fine s’impose et pour cause. Les résultats obtenus par les deux partis sortis largement en tête, avec un avantage qui n’a rien d’extraordinaire pour le Rassemblement National (23,3%) sur La République en Marche (22,4%), interrogent sur la suite à donner par Emmanuel Macron à son quinquennat. Ce scrutin européen, présenté comme un test de mi-mandat, voire comme un référendum déguisé à la politique menée depuis deux ans, a accouché d’une souris. Le rapport de force établi lors de l’élection présidentielle de 2017 s’étant confirmé, plus par l’absence de discours politiques crédibles hors des deux partis que par la pertinence des lignes idéologiques affichées par l’une et par l’autre formations, il n’apparaît pas obligatoirement nécessaire au Président de la République changer radicalement de politique si ce n’est de renforcer son action en faveur de l’environnement, pression écologique électorale oblige. Et encore ! Car si le score obtenu en France par Les Verts est honorable (13,3%), celui-ci est regardé avec attention car largement supérieur à celui des formations politiques – Parti Socialiste et Les Républicains – totalement décrochés mais n’est en rien un résultat à même de conférer à la formation écologiste un statut de juge de paix.

Gilets Jaunes et surdité

Ainsi, quelles conclusions en tirer ? Tout d’abord, qu’en dépit d’un score élevé, proche de celui obtenu lors des élections européennes de 2014, le Rassemblement national (alors Front national), ne parvient pas à distancer LREM, ce qui tendait à prouver les limites de son discours et surtout son influence sur le corps électoral. Ensuite, que le parti présidentiel a globalement bien encaissé le choc du scrutin et in fine peu souffert de la crise sociale latente des Gilets Jaunes qui reste un problème franco-français loin des préoccupations qui agitent le Parlement européen ou la Commission. Autant d’éléments qui pourraient renforcer la position du président de la République peu convaincu que d’autres options soient à ce jour possible. Surdité politique ? D’aucuns le penseraient mais au vu des résultats enregistrés par LREM, fort des conclusions du Grand débat mené pendant l’hiver et une partie du printemps, l’Elysée pourraient même accélérer le train des réformes. Loin des résultats des élections européennes…

Le Brésil mauvais élève

La réduction des subventions allouées aux universités brésiliennes par Jair Bolsonaro confirme l’emprise d’un homme sur un pays brutalisé par des méthodes qui visent à étouffer tout foyer de contestation.

Fallait-il s’y attendre ? Peut-être pas. Mais s’en douter certainement. Ce qui revient somme toute à la même chose. Ainsi, l’annonce par le gouvernement de Jair Bolsonaro, actuel président du Brésil de réduire de 30% les subventions accordées aux universités fédérales pourra facilement être assimilée à la décision d’un président qui se complaît dans les oripeaux de l’autocrate qu’il semble aspirer à devenir (Lire lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international/article/2019/05/15/manifestations-nationales-au-bresil-contre-les-coupes-budgetaires-dans-l-education_5462515_3210.html ). Plus généralement, et sans s’attarder en particulier sur le cas brésilien, il apparaît que Jair Bolsonaro exprime par cette décision le penchant naturel des dirigeants autoritaires aux tendances extrémistes toujours prompts à sacrifier lieux et hommes de culture au profit de régimes plus proches de la démoctature, subtil mélange d’autorité et de semblant démocratique, qu’autre chose.

Tarir les foyers de contestation

A vrai dire Bolsonaro n’est pas le premier homme d’Etat à réduire les subventions allouées aux lieux d’enseignement, d’autres avant lui, et l’Histoire en est riche, s’en sont rendus coupables. Ce qui est plus inquiétant dans cette décision c’est qu’elle survient dans un contexte global, comprenez mondial, où la brutalité et l’ignorance semblent avoir pris le pas sur le savoir et la réflexion. A titre de comparaison, le président américain Donald Trump a récemment loué l’action de Viktor Orban, président de Hongrie, homme qu’il serait excessif de qualifier d’amoureux de la démocratie. Et pourtant ! Quant à Jair Bolsonaro, il est évident que cet homme élu pour de mauvaises raisons dans un pays gangrené par la corruption, la crise économique et les difficultés associées, a saisi l’opportunité qui lui était donnée pour donner libre cours à ces tendances extrêmes. Reste à établir les raisons de cette coupe sombre. Elles sont simples : affaiblir toute source de pensée donc de rébellion ou de révolte contre le régime actuel afin de pouvoir imposer un système voulu autoritaire par le président du Brésil. Répétons-le ! La technique n’est pas nouvelle et tarir les foyers de pensées et de culture pour, par effet de dominos, abêtir les populations alors privées de source d’éducation et de savoir ne l’est en rien non plus. Elle permet d’étouffer tout foyer de contestation.

De Brasilia à Pékin

Et l’exemple prend tout son sens en cette année 2019 où l’on fête le trentième anniversaire de la révolte avortée des étudiants chinois de la place Tienanmen à Pékin…Preuve s’il en était besoin que c’est bien savoir, culture et éducation qui sont les moteurs d’une nation fussent-ils écrasés dans la brutalité la plus sauvage. Et Jair Bolsonaro de l’avoir trop bien compris en décidant d’appliquer cette coupe sombre inattendue. Mais dans le même temps, que fallait-il attendre du personnage ? Cruel retour de bâton pour la population brésilienne qui pensait dans sa majorité élire un sauveur…Car la guerre ouverte aux universités et aux chercheurs ne manquera pas d’aliéner une grande partie des intellectuels brésiliens pourtant partagés lors de l’élection de Bolsonaro (lire courrierinternational.com : https://www.courrierinternational.com/revue-de-presse/bresil-le-gouvernement-bolsonaro-en-guerre-ouverte-avec-les-universites ). L’avenir dira si cette décision sera suivie d’autres actions du même type mais il est à craindre que dans un environnement mondial où scepticisme rampant, doute à l’endroit des élites et des classes politiques croissant, Jair Bolsonaro ne multiplie dans l’indifférence totale ses attaques contre le système éducatif brésilien et plus largement contre la démocratie brésilienne déjà fragilisée.

L’Union Européenne aurait-elle perdu sa tête ?

Alors qu’approche le scrutin destiné à renouveler le parlement éponyme, il apparaît que l’Union Européenne peine à établir une pensée et une idéologie communes. Carence préjudiciable qui l’empêche d’avancer comme elle souhaiterait. Explications.

Qu’attendre des élections européennes qui se tiendront du 23 au 26 mai prochains au sein des Etats membres, y compris, paradoxe ô combien surprenant, en Grande-Bretagne alors que le Royaume Uni est sur le départ. Qu’en attendre donc ? A vrai dire des élections en tant que telles il conviendra de ne pas attendre grand chose…Mais de l’Union Européenne certainement beaucoup et le scrutin à venir doit être, (et le sera-t-il ?) l’opportunité de rappeler ce qu’est l’Union Européenne. Une gigantesque zone de libre échange, un espace protégé par une monnaie unique pilier d’une architecture économique construite dès 1957,… ? Les exemples ne manquent pas mais ce qui fait probablement aujourd’hui défaut à l’Union Européenne, c’est un sens. Non pas nécessairement une direction ou un cap, encore que cela ne serait pas totalement inutile, mais plutôt une raison d’être, et pour chaque européen appartenant à l’Union, se demander ce qu’est être aujourd’hui européen.

Paralysie et identité

Et d’émerger la question qui taraude historiens et sociologues depuis près de six décennies, existe-t-il une identité européenne ? (Lire l’article sauvonsleurope.ue : https://www.sauvonsleurope.eu/quest-ce-quetre-europeen/ ) Question qui paralyse l’Union Européenne tant il est plus facile d’influer sur les taux d’intérêt de la Banque centrale européenne que sur la psyché des individus. Et s’il fallait donc attendre quelque chose de l’Union Européenne, c’est bien cela : cette capacité à définir une identité européenne, une caractéristique globale et unique qui se retrouverait des rives de l’Atlantique à la frontière russo-polonaise, qui dépasserait les concepts de nationalités. Dès le XIXème siècle, Victor Hugo avait évoqué l’idée de créer les Etats-Unis d’Europe en référence naturellement aux Etats-Unis d’Amérique. Mais l’auteur des Misérables avait escamoté la particularité nord-américaine construite sur une langue unique, des combats fondateurs tout aussi uniques et une Histoire qui a contribué à faire des habitants des Etats-Unis un peuple à part entière. En est-il de même en Europe ? Pas exactement car le continent morcelé d’identités nationales encore vivaces, la montée des populismes en est la preuve, peine à se rassembler derrière une idée commune. Pour le résumer certes à grands traits, nous dirons que l’Europe de l’Ouest, composée des pays fondateurs et d’autres (Espagne, Portugal, Grèce, Royaume-Uni, Danemark,…) travaillent à un concept d’unification quand les pays d’Europe de l’Est, intégrés en 2004, restent encore fortement marqués par leur histoire récente.

Etat de guerre

Il n’est pas inutile de rappeler, et le rappel vaut aussi explication de certains comportements jugés méfiants ou rétifs à l’endroit de l’Union européenne de la part des pays concernés, que nombre des pays d’Europe de l’Est sont passés de 1940 à 1990 de l’occupation et de la dictature nazies à l’occupation idéologique (voire physique) et à la dictature communiste imprimées par l’Union soviétique durant la Guerre Froide. Et pour ces mêmes nations, l’état de guerre s’est finalement achevé avec la chute de l’Union soviétique. Ce faisant ces mêmes pays ont nourri un sentiment d’auto-protection qui les pousse aujourd’hui à se retrancher dans une forme d’individualisme forcené (Hongrie et Pologne en sont les deux exemples les plus frappants), difficilement compatible avec l’idée de coopération promue par l’Union Européenne. Est-ce la seule raison ? Non évidemment. L’Union avance, certes au ralenti, d’autant plus avec la question britannique qui ne cesse de s’enliser, mais elle avance. (Lire lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/05/06/antonio-tajani-avant-de-pouvoir-etre-perfectionnee-et-reformee-l-union-europeenne-doit-etre-preservee_5458647_3232.html) Mais pourrons-nous nous satisfaire d’avancées, quelles qu’elles soient, si nous ne parvenons pas à définir un esprit européen, une essence commune qui nous servirait de cortex cérébral, de moteur idéologique ? La tâche est ardue car elle demandera à chaque Etat, à chaque citoyen de s’interroger sur ce qu’est un esprit européen, comment se caractérise-t-il, qui le porte et le nourrit ? Qui fournira l’effort ? Foultitude de questions qui résument finalement assez bien la situation actuelle : L’Union européenne s’est physiquement développée mais sans se doter d’un esprit pour en commander les mouvements. Difficile ainsi d’avancer droit….

Instinct de guerre

L’augmentation des dépenses militaires mondiale ne serait-elle pas l’expression d’une peur sous-jacente portée par les bouleversements de la mondialisation ? A moins que l’humanité n’en reviennent à des réflexes de défense instinctifs qui renvoient aux heures sombres de l’Histoire.

Faut-il réellement s’en inquiéter ou simplement l’accepter comme un aléa géopolitique : le montant global des dépenses militaires a bondi de 2,6% en 2018 par rapport à 2017 pour s’établir à 1.822 milliards de dollars. Au premier rang des pays à avoir relancé l’économie de la défense, les Etats-Unis, la Chine, l’Inde, l’Arabie Saoudite et la France. (Lire lesechos.fr : http:// https://www.lesechos.fr/industrie-services/air-defense/les-depenses-militaires-mondiales-ont-bondi-en-2018-1014700) Reste à savoir désormais quelles sont les raisons fondamentales qui poussent certaines nations en particulier à s’armer de la sorte. Certes, le monde n’a jamais manqué de conflits qui puissent justifier l’achat de tels équipements à quoi s’ajoute la dimension économique de l’industrie de la défense qui demeure un domaine extrêmement lucratif. D’autres, et à raison, argueront du fait que les tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis, l’Inde et le Pakistan ou la volonté de l’Arabie Saoudite de figurer comme l’Etat fort du Moyen-Orient sont autant d’explications à cette tendance qui pourrait perdurer dans les années à venir.

Dogme et peur

Pour autant, d’autres motifs seraient à même de traduire cette augmentation des dépenses, augmentation liée au sentiment diffus qu’une forme d’incertitude planétaire s’est emparée des populations mondiales. La montée des populismes, l’imprévisibilité du Président Trump associée au flegme chinois tout aussi inquiétant, l’impasse dans laquelle l’Union européenne semble se diriger suite à un Brexit qui n’en finit pas et des pays membres réticents au dogme européen apparaissent aujourd’hui comme des prétextes sinon valables du moins présentés comme tels par les pays concernés pour ainsi s’armer. Pour le résumer de manière simple, il semble bien que le monde ait basculé dans la peur, sous-jacente et indicible, peu ou prou identique à celle qui prévalait durant la Guerre Froide lorsque blocs de l’Est et de l’Ouest se jaugeaient et se provoquaient à coup d’armements nucléaires tous plus destructeurs les uns que les autres. La Guerre Froide passée, et avec l’avènement d’un monde multi-polaire, synonyme de multiplications à l’envi de conflits locaux, les nations du monde, du moins celles qui possèdent les moyens économiques pour, n’hésitent plus à franchir le pas de la militarisation au nom de la défense à laquelle chaque pays peut prétendre. Mais combien la notion a-t-elle bon dos ! Une réalité s’impose : il y a dans le recours à l’armement massif l’idée que ces mêmes armes feront office de rempart dissuasif ou actif à une quelconque violation potentielle de la souveraineté ou de la puissance des pays engagés dans le processus d’armement. (Lire lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/04/29/le-monde-se-remilitarise-a-un-rythme-inconnu-depuis-la-fin-de-la-guerre-froide_5456232_3234.html )

Mondialisation et identités

Car cette course à l’armement n’est finalement que le symptôme ultime d’une humanité en proie au doute et au questionnement qui ne peuvent l’un et l’autre cependant excuser ce surarmement. Est-ce à dire alors que des menaces, visibles ou non, traversent le monde ? Que certains dirigeants seraient prêts à franchir le pas de la violence armée pour faire valoir leur point de vue et plus largement défendre leur modèle de société ? Là encore, il appartient à chacun d’apporter sa réponse à l’aune de ses convictions. Mais, en parallèle, pourquoi ne pas voir dans cette tendance un des volets les plus sombres de ce que l’on nomme la mondialisation ? Cette lame de fond qui traverse sociétés et économies, cultures et populations depuis bientôt plus de trente ans a profondément bouleversé un monde longtemps statique et arrêté et qui s’effraie aujourd’hui des changements survenus qu’il a lui même nourri et voulu. Cette crainte en l’avenir, qui passe par le réflexe instinctif et primal propre à l’Homme de s’armer en cas de peur subite ou supposée, pousse un peu plus encore l’humanité vers l’inéluctable. Le pire est-il à craindre ? La question reste entière car si les identitarismes nationaux continuent à s’affirmer comme à l’heure actuelle et qu’aucun discours pondéré et raisonné ne vient réguler ou apaiser les tensions nées de la confrontation de ces identités exacerbées alors il est à redouter une conflagration lourde dans les décennies à venir.

Notre-Dame tentée par le privé ?

L’incendie de Notre-Dame de Paris pose en filigrane la question du financement des travaux d’entretien des édifices religieux placés sous le contrôle d’un Etat endetté et tenté par l’appel au privé pour sauver un patrimoine au temps compté.

Passées les polémiques sur les dons consacrés au financement des travaux de rénovation de Notre Dame de Paris, polémiques typiquement françaises et qui n’ont pas fini de ponctuer les commentaires à venir sur la rénovation future, se pose aussi et avant tout une question essentielle : Qu’en est-il de l’état du patrimoine culturel national et par là même comment dans les années à venir l’Etat pourra-t-il contribuer à son entretien ? D’emblée, évacuons certains préjugés, à savoir qu’une grande partie du patrimoine est d’essence privée et que en sont responsables leurs propriétaires. Mais pour ce qui est du patrimoine dit public (sauf exception), notamment les édifices religieux (église, cathédrale, temple, mosquée et synagogue), la problématique est tout autre. Un rappel juridique et historique s’impose. En France, depuis la promulgation de loi sur la Séparation des Eglises et de l’Etat en 1905, les bâtiments religieux sont sous la responsabilité de l’Etat qui assure l’entretien et les risques inhérents (l’incendie de Notre Dame en est l’exemple type). En ce cas là, l’Etat est son propre assureur.

Epreuve du temps et finances publiques

Or, cet héritage est devenu aujourd’hui d’autant plus lourd que, les années passant, le patrimoine en question est soumis à l’épreuve du temps et les finances publiques, censées assurer les fonds nécessaires à leur entretien, sont soumises elles à l’épreuve du déficit… D’aucuns argueraient de la nécessité économique de privatiser tout ou partie de ce patrimoine dans des mesures propres à chaque bâtiment, mesures qu’il conviendrait de fixer. « Horreur ! » s’écrieraient les défenseurs acharnés d’un patrimoine placé sous la férule de la collectivité. L’argument de la dépossession au profit du privé est audible, compréhensible et légitime et il appartient à chacun de savoir s’il est bienvenu ou non. A titre d’exemple, rappelons que la Tour Eiffel, édifice non religieux mais privé a affiché un montant de recettes de cent millions d’euros en 2018 quand Notre Dame de Paris a présenté un bilan s’élevant à dix millions, les fidèles se refusant à privatiser l’entrée de la cathédrale du XIIème siècle. Cette décision tout à l’honneur de ceux qui l’ont prise n’empêche que la question du recours au secteur privé va nécessairement se poser avec de plus en plus d’acuité dans les années à venir pour financer les travaux de rénovation. (Lire l’article sur francetvinfo.fr : https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/04/19/en-trois-jours-notre-dame-a-recu-plus-de-dons-que-les-dix-plus-grandes-uvres-caritatives-en-un-an_5452697_4355770.html ) Car si les souscriptions lancées ses derniers jours pour la rénovation de la cathédrale sont d’initiatives publiques, les fonds collectés sont d’essence privés.

Dette et doxa

Plusieurs raisons poussent à la réflexion. A commencer par le coût généré par l’entretien et la rénovation des édifices. Si le Ministère de la Culture est généreux, le Ministère de l’Economie ne l’est pas obligatoirement au regard des contraintes budgétaires actuelles et à venir. Et si le coût reste à ce jour négligeable au regard du budget de l’Etat (près de 2.500 milliards d’euros par dont près de 98% absorbés par le remboursement de la dette publique), ce coût pourrait connaître une forte inflation au regard de l’usure du patrimoine accéléré par le réchauffement climatique. Autre raison, qui fait fi de la doxa collective qui veut que le patrimoine reste dans le giron étatique (confirmant par là même le lien existant entre les Français et les vestiges physiques de leur Histoire), la relative facilité avec laquelle il est possible de mobiliser des fonds privés. (Lire l’article sur lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/04/19/en-trois-jours-notre-dame-a-recu-plus-de-dons-que-les-dix-plus-grandes-uvres-caritatives-en-un-an_5452697_4355770.html ) Relative car tous les bâtiments religieux ne valent pas Notre Dame et qu’il sera plus difficile de mobiliser des millions d’euros pour une chapelle inconnue du grand public que pour Notre Dame….Véritable révolution culturelle qui s’annonce et que soulève la rénovation de Notre-Dame dont la grandeur a traversé les âges mais dont les vicissitudes renvoie un pays à des réalités économiques que l’incendie a fait émerger. Et si pour l’heure, s’écharpent partisans et détracteurs de financements privés ou publics, viendra immanquablement le temps de la décision pour Notre-Dame et pour d’autres édifices : Privé ou public ?

N’est pas sauveur qui veut

A la tête de la coalition militaire qui a libéré la Lybie en 2011, la France peine aujourd’hui à résoudre le conflit qui y sévit. Ne pouvant que constater ses maladresses, Paris démontre aussi les limites de son influence diplomatique et confirme son statut de puissance mondiale moyenne.

Lorsque Nicolas Sarkozy, alors président de la République, et David Cameron, Premier ministre anglais, décidaient et engageaient en 2011 une intervention militaire commune en Libye pour libérer le pays de l’emprise du Colonel Kadhafi (pourtant reçu avec tous les honneurs républicains à Paris en 2007), rares étaient ceux qui imaginaient l’état de déliquescence dans lequel le pays basculerait une fois l’intervention achevée et le Colonel Kadhafi disparu. Par cette intervention à peu de frais, l’armée libyenne étant alors aussi mal équipée que préparée, la France et son président en perte de vitesse dans l’opinion à un an du scrutin électoral de 2012, voyait là l’opportunité de se poser en figures incontournables de la diplomatie méditerranéenne.

Paix et crédibilité
Pourtant, force est de constater que huit ans plus tard, après moult sommets devant sceller la paix entre les deux principales factions libyennes (ndlr : L’Armée Nationale libyenne du Maréchal Haftar et l’Armée du Gouvernement d’union nationale actuellement à la tête du pays), dont l’une a opéré le 11 avril une foudroyante avancée sur Tripoli, à savoir celle du Maréchal Haftar, que rien ne semble orienter le pays vers la paix, au grand dam des populations civiles, prises dans l’étau de la guerre. (Lire l’article sur rfi.fr : http://www.rfi.fr/afrique/20190411-libye-civils-pris-etau-combats-tripoli ) Et que dire de l’image diplomatique de la France, qui a perdu via cette crise, un peu plus de crédibilité à l’échelle internationale en dépit des efforts de médiation que celle-ci a déployé et qu’elle continue à déployer. Proche du Général Haftar qu’elle soutient sans le dire et dont l’offensive sur Tripoli compromet le processus de paix, Paris voit sa position controversée, incapable de présenter officiellement une ligne claire au regard du conflit entre les deux factions, ravivant aussi les tensions sur le dossier avec son partenaire italien. (Lire l’article sur lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/04/12/la-france-critiquee-pour-son-role-ambigu-dans-le-dossier-libyen_5449212_3212.html) Car il convient de ne pas s’y tromper, c’est bien la France qui est l’un des premiers responsable du chaos qui prévaut aujourd’hui en Lybie.

Chute et désarroi

Certes l’emprise qu’opérait le Colonel Kadhafi sur le pays a motivé sa chute et il était devenu nécessaire que cet homme, aussi cruel que cynique, disparaisse de la scène politique libyenne mais devant le désarroi des populations, la faiblesse structurelle du pays et la guerre civile qui ravage la Cyrénaïque, il apparaît combien l’opération militaire a été menée avec une forme de désinvolture dénuée de toute anticipation susceptible imaginer l’ère post-Kadhafi. La France, toujours prompte à dispenser des leçons d’humanité et d’humanisme aux autres nations a ainsi péché par orgueil avec l’idée que l’intervention menée lui permettrait de redorer son blason de puissance mondiale tout en imaginant, comme le pensa au début des années deux mille Georges W. Bush, l’ancien président des Etats-Unis, que l’on pouvait sans mal exporter la démocratie. Au final, et dans l’indifférence presque totale, la Lybie continue à se déchirer, et continuera jusqu’à ce que l’une des deux factions écrase sa rivale, Paris ayant quant à elle misé sur le Général Haftar. Or cette dernière a prouvé via cet imbroglio diplomatique dans laquelle elle apparaît en première ligne, qu’elle restait une puissance moyenne, aux capacités diplomatiques limitées et incapables de gérer les conséquences de ces actions y compris dans son périmètre direct d’intervention diplomatique.

Elections ou référendum ?

Si la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne semble hautement probable, la demande d’un report long pourrait transformer les élections européennes en Grande Bretagne en référendum déguisé et propice au pro-européens.

A quel jeu Theresa May, premier ministre britannique, joue-t-elle ? Alors que la date butoir du 12 avril approche à grands pas, celle à laquelle Union Européenne et Royaume-uni doivent se séparer, en bon ou mauvais termes, voilà que la locataire du 10, Downing Street se trouve dans la possibilité, afin d’éviter tout chaos politique, de demander un report long du Brexit. Celui-ci pourrait alors trouver son terme en 2020 avec l’accord de l’Union Européenne et l’obligation pour le Royaume-Uni d’organiser un nouveau référendum sur le maintien des Britanniques dans l’Union et de nouvelles élections générales. (Lire l’article sur lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international/article/2019/04/03/les-cinq-scenarios-du-brexit_5445171_3210.html) L’idée n’est pas sans conséquences et Theresa May sait que cette alternative pourrait éviter bien des maux à l’Albion au premier rang desquels une sortie calamiteuse de l’Union, synonyme d’avatars divers et variés (droits de douanes, contrôles aux frontières, coopération,…).

Participation et référendum

Mais dans l’immédiat, une telle décision verrait surtout les Britanniques participer aux prochaines élections européennes à venir en mai prochain ce qui pour un pays officiellement sur le point de quitter l’Union relèverait du paradoxe et non des moindres. Ce qui se traduirait par l’envoi de députés britanniques au parlement, par la nomination de commissaires britanniques au sein de la Commission,…. ! Pour autant cette participation pourrait ô combien servir les partisans pro-européens et, par le jeu de circonstances heureuses, le Premier ministre britannique car en cas de forte participation, le taux de participation en question se transformerait en référendum pro-européen déguisé qui révélerait l’attachement d’une catégorie de Britanniques à l’Union dont certains manifestent bruyamment leur amour au drapeau européen depuis plusieurs semaines désormais. En cas de faible participation, et les scrutins européens ne sont pas à même de mobiliser les corps électoraux, Theresa May aborderait les mois à venir, si celle-ci devait rester aux affaires, dans une position des plus délicates et des plus inconfortables, car le Brexit deviendrait alors inévitable quand il apparaît aujourd’hui encore comme un horizon fort probable mais non absolument certain. Situation des plus complexes qui à elle seule témoigne de toutes les ambiguïtés sur lesquelles se sont construites les relations entre l’Union Européenne et le Royaume-Uni, une sorte de « je t’aime moi non plus » tout à la fois pervers et malsain qu’il s’avère peut-être désormais urgent de solder et ce à plusieurs titres.

Contraintes et acceptations

Ainsi, en cas de maintien dans l’Union Européenne, le Royaume-Uni se trouverait dans l’obligation d’accepter nombre de règles européennes (Euro compris) perçues jusqu’alors comme des contraintes ayant motivé la volonté d’une partie de la population de sortir du giron de Bruxelles et du Parlement. Et que dire des autres pays composant l’Union ? Sont-ils ou seront-ils d’accord pour accepter un nouveau report, a fortiori jusqu’en 2020 ? (Lire lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/monde/europe/brexit-les-europeens-maintiennent-la-pression-1006393) Il apparaît aussi évident qu’un ensemble tel que l’Union européenne ne peut au regard de la situation internationale, animée de concurrences féroces, continuer à avancer avec la question du Brexit en suspend, quand bien même un nouveau référendum viendrait-il consacrer ou confirmer la sortie du Royaume-Uni du l’Union Européenne. Et à ce jour une chose semble sûre : le Royaume-Uni sortira de l’Union européenne….ou pas… !

Le Brexit, un vrai british soap

Les manifestations de soutien au sentiment pro-européen organisées à Londres témoignent aussi de la peur ressentie par nombre de Britanniques de se retrouver esseulés dans un monde traversé de concurrences face auxquelles la Grande-Bretagne se retrouverait placée en situation de faiblesse.

Décidément, le feuilleton du Brexit n’en finit pas de rebondir ! Ce London soap ou British soap, c’est selon, tient en haleine tout le continent au point d’en devenir presque pathétique. Non que la manifestation qui s’est déroulée le 23 mars dernier dans les rues de Londres en soit l’exemple, loin s’en faut, elle est surtout la conséquence logique et responsable d’un Brexit où les atermoiements se disputent aux coups de mentons (Lire lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international/article/2019/03/23/les-opposants-au-brexit-se-mobilisent-a-londres-pour-appeler-a-un-second-referendum_5440290_3210.html). Car à ce jour, personne n’est capable de dire si oui ou non et surtout quand la Grande-Bretagne sortira de l’Union européenne. Le gouvernement britannique, coincé entre les résultats du référendum qui a validé démocratiquement la sortie de la Grande-Bretagne, l’Union l’Union européenne qui a posé ses conditions et désormais la volonté de certains d’organiser un nouveau référendum pour décider du sort du pays, doit résoudre une impossible équation. Et le temps presse…

Attachement et peur

Pourtant en se penchant sur les causes de l’agitation actuelle, il en est une qui semble émerger plus que d’autres. Certes il a longtemps été fait reproche aux Britanniques de se tourner vers le grand large selon le mot de Winston Churchill, mais il convient aussi de souligner qu’aujourd’hui leur attachement au continent reste entier car même exclus de l’Union douanière, la Grande-Bretagne reste un partenaire essentiel. Pour autant, la raison qui semble donc être à l’origine de cette agitation, c’est la peur de se retrouver seul. Car défaite de l’Union européenne, de ses structures, de ses avantages et de ses obligations, d’ailleurs à la base du référendum de juin 2016, la Grande-Bretagne se retrouverait seule, à savoir n’appartenant plus à au aucun ensemble économique massif susceptible de la protéger ou de l’épauler en qualité de partenaire économique chose qui dans le monde actuel, traversé de concurrences féroces, serait pour le moins extrêmement risqué. Et les manifestants ayant battu le pavé londoniens le 23 mars en sont naturellement conscients. Que faire alors ? Il sera difficile pour le gouvernement britannique de nier la volonté populaire sortie des urnes en juin 2016 tout comme il sera fatal pour ce même gouvernement de sortir de l’Union sans accord. Non qu’une sortie avec un accord a minima soit la solution pour les Britanniques mais il est clair que la solution idéale n’existe pas. Et tout report, à savoir au-delà des élections européennes, élections auxquelles les Britanniques participeraient de fait, entérinerait sans le dire officiellement une sortie à court ou moyen terme.

Annulation et méfiance

Autre conséquence, la fragilisation de la Grande-Bretagne sur la scène européenne qui aurait alors beaucoup de mal à faire valoir ses principes insulaires et notamment sont attachement viscéral à la Livre Sterling. La question se pose alors de savoir si les manifestant pro-européens ont songé à cette éventualité parmi tant d’autres d’autres…
Un report du Brexit ou une annulation pure et simple obligerait la Grande-Bretagne à opter pour un profil bas car en retrouvant hypothétiquement sa place dans l’Union européenne (place que jusqu’au 12 avril elle occupe d’ailleurs encore), cette même place serait marquée du sceau de la méfiance. Inextricable situation à laquelle Theresa May, le Premier Ministre anglais doit faire face, (Lire l’article sur lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/monde/europe/0600959106178) et qui trouve ses racines dans l’agitation populiste d’hommes comme Nigel Farage ou Boris Johnson, prompts à leurs heures passées, à conspuer une Union européenne accusée de tous les maux mais visiblement moins lourds que ceux que le Brexit apporte. Leur silence est d’ailleurs l’illustration de la limite des discours populistes capables d’enflammer les foules mais incapables d’en gérer les conséquences. Il apparaît évident que les prochains jours seront déterminants pour l’avenir de la Grande-Bretagne tout comme de l’Union Européenne qui sortirait somme toute grandie de cette aventure car celle-ci sera restée fidèle à sa ligne de conduite, atout majeur alors que l’Union est souvent brocardée pour sa faiblesse diplomatique.

Une fleur sans racine

Que restera-t-il du mouvement des Gilets Jaunes ? Nul ne saurait le dire mais l’actuel étiolement du mouvement trouve ses origines dans l’absence de structuration politique à même d’assurer sa pérennité.

Qu’arrive-t-il donc au mouvement des Gilets Jaunes ? Alors que l’Acte XVII n’a rassemblé que 28.600 manifestants sur l’ensemble du territoire, d’aucuns s’interrogent désormais sur les raisons qui expliquent l’étiolement d’un mouvement qui restera historique tant dans sa forme que dans foultitude de revendications que celui-ci a porté. Et c’est un fait, depuis la première manifestation organisée le 17 novembre 2018, le nombre de participants a inexorablement chuté, chute occultée par les différentes violences commises lors des rendez-vous parisiens ou tenus en région. (Lire l’article sur lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/03/09). Voilà un premier embryon de réponse susceptible d’expliquer la perte de vitesse et de popularité du mouvement : les actes de vandalisme ou de violence générés par les casseurs affublés de Gilets Jaunes ont lourdement porté atteinte au mouvement quand il ne s’agissait pas de Gilets Jaunes authentiques qui se sont adonnés à la violence.

Complexité et logique

Autre raison, la lassitude de certains Gilets Jaunes, dont les convictions et l’engagement ont été sapés par les dérives du mouvement, sans tenir compte des violences bien que celles-ci aient joué un rôle non négligeable, où se mêlaient sans véritable logique diverses revendications parfois totalement opposées. Autre explication possible, la mise en place du Grand Débat national qui a permis à certains de s’exprimer, soit à l’échelle communale, soit devant le Président de la République, Grand Débat non dénué de critiques à lui apporter mais qui a eu le mérite de mettre en évidence, par les propositions avancées, la complexité que suppose la gestion d’un Etat comme la France et surtout les difficiles solutions à générer pour solutionner les problèmes dégagés. Autant de raisons capables d’expliquer l’agonie du mouvement qui peine désormais à se trouver une cause viable et populaire. Et peut-être est-ce là la principale raison de la perte de vitesse du mouvement : son manque de logique politique (entendez ici au sens grec du terme, c’est-à-dire pour le bien de l’intérêt général) et de cause claires et définies. Le mouvement s’est, dès son origine, fait fort de multiplier les revendications mais en s’occupant plus d’occuper les ronds-points que de préciser et d’affiner un discours qui pour être audible, crédible et pérenne devait nécessairement se structurer et non pas ressembler à une vaste foire-à-tout où la démagogie se disputait avec un populisme rampant.

Histoire et révolutions

Ainsi, plaider pour la mise en place d’un Référendum d’initiative citoyenne (RIC) est une proposition élective sensée mais dans une démocratie où se succèdent régulièrement les rendez-vous électoraux marqués par de très forts taux d’abstention, est-il raisonnable de croire que les RIC organisés mobiliseraient plus que les scrutins prévus par la Constitution ? Il ne s’agit en rien d’une question rhétorique et chacun y apportera sa propre réponse mais il reste évident que le mouvement des Gilets Jaunes s’est écrasé sur l’absence de ligne politique ou sociale en rupture avec la doxa classique qui prévaut en matière de gestion des affaires publiques. Or, et l’Histoire, éternel recours, l’a maintes fois prouvé, sir la rue est l’origine de nombreuses révolutions, celle-ci ne peut s’affranchir pour arriver à son terme d’une expression politique structurée à même de porter les revendications défendues. A trop vouloir se détacher des structures politiques et syndicales, en arguant d’un apolitisme forcené et d’une indépendance intellectuelle détachée de toutes idéologies ou de tous modèles, qu’ils soient d’essence libérale ou marxiste, le mouvement a perdu toute crédibilité pour finir par devenir hors-sol. Reste désormais à savoir quel sera l’avenir de ce mouvement qui dans quelques années sera soumis à la patine de l’Histoire, à l’exercice de la mémoire et au risque de l’oubli ? Il est fort à craindre que dans un élan vulgarisateur, Gilets Jaunes et Grand Débat national soient placés dans le même chapitre, l’un expliquant l’autre et ce pour éviter que mouvement originel ne se perde dans les limbes de l’Histoire.