La Police hors la loi ?

Les récentes manifestations organisées à Paris ont encore une fois été émaillées de violences policières qui illustrent les excès d’une institution dépassée par les évolutions d’une société où se côtoient liberté d’expression et malaises sociaux. Explications.

Fallait-il des manifestations entachées de énièmes violences policières pour illustrer le malaise qui étreint l’institution placée en droite ligne sous la direction du Ministère de l’Intérieur ? A l’évidence non. Mais il est désormais clair que depuis quelques années aujourd’hui, il existe un malaise lourd et profond au sein de l’institution policière, les actes commis par les forces de l’ordre au cours des derniers mois en témoignent et ont souvent pour exutoire, pour ne pas dire bouc émissaire, des citoyens, parfois certes prompts à provoquer les gardiens de la paix, souvent amenés à subir les assauts excessifs des forces de l’ordre. Or, les manifestations qui se dont déroulés le 28 novembre dernier à Paris, ont certainement été celles qui ont fait déborder le vase de la patience du Président de la République, de l’Assemblée nationale et plus encore des Français fatigués de courir le risque de s’exposer à une série de violences policières à chaque rassemblement organisé sur la voie publique.

Saturation et confiscation

Reste désormais à établir les causes de ces débordements policiers jugés, à raison, comme intolérables en démocratie où la liberté d’expression, fût elle exprimée par la manifestation publique, est aussi garantie par le droit de l’exercer en sécurité et sous la protection de la police républicaine. D’aucuns avancent alors les problèmes structurels dont souffre la Police nationale : Manque d’effectifs, saturation psychologique des personnels, atteintes et menaces à leurs personnes et à leurs familles, manque de formation avancée des agents, contexte global de menace terroriste,… Les arguments ne manquent pas. Mais permettent-ils tout ? Il appartiendra à chacun de répondre à cette question mais il est aussi évident que la Police nationale n’est pas une milice au service d’un Etat que certains croient avoir confisqué ou dévolu à leur bon plaisir. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/idees/) La Police nationale est avant tout une institution républicaine sensée protéger et servir les citoyens qui appellent à sa rigueur et à son impartialité. Les violences constatées semblent ainsi durement enracinées dans une institution dépositaire de la force publique non pour se défendre elle-même ou régler des comptes de vendetta mafieuse mais pour protéger des citoyens en droit de réclamer une exemplarité inaltérable de ces forces de l’ordre.

Société malade et critères mouvants

Mais passé ce constat, il convient aussi de rappeler que l’institution policière est aussi, quelque par, le reflet d’une société malade et émotive, encline à la facilité intellectuelle, à la judiciarisation tout aussi facile, à des relents d’ignorance parfois crasse, violente dans ses modes d’expressions et à des poussées racistes ou xénophobes insupportables. L’institution policière se révèle ainsi dépassée par l’évolution de notre société car ancrée dans des schémas de fonctionnement hiérarchiques désormais obsolètes, celle-ci agit et réagit en fonction de critères qu’elle croyait figés et qui s’avèrent mouvants. Ici encore, il appartiendra à chacun de juger à l’aune de ses critères et, pour autant, avancer que la dégradation de nos sociétés a un effet pervers sur nos institutions, à commencer par celle de la Police nationale, n’est pas dénuée de vérité.

L’impossible défaite

Alors que les Etats-Unis s’apprêtent à investir leur nouveau président, Donald Trump semble plus que jamais absent du sommet de l’État. Plusieurs raisons l’expliquent et parmi elles : l’impossibilité d’accepter la défaite. Non sans conséquences.

Elu en 2016 à la surprise générale, voire peut-être même à la sienne, Donald Trump s’apprête à quitter le pouvoir. Les derniers commentaires le présentent comme errant comme un général défait dans une Maison Blanche désertée. Seulement, le trublion politique qu’il a été, et sera certainement encore, semble ne pas digérer la défaite. Mais, outre le fait de rejoindre le club très fermé des président non réélus au terme de leur premier mandat (Jimmy Carter emporté par les effets de la crise économique du milieu des années soixante-dix et Georges Bush par la tornade Bill Clinton), Donald Trump donne aujourd’hui le sentiment de nourrir une rancoeur tenace, presque incompréhensible, à l’égard de Joe Biden désormais appelé à gouverner. Quitte à défier la Constitution. (courrierinternational.com :https://www.courrierinternational.com/revue-de-presse)

Démonstration et démocratie

Et force est de constater que nombreuses sont les questions qui se succèdent face à cette attitude qui relève plus de la cabale personnelle que du sens de l’État, de la guérilla politique que de l’intérêt général. Et si par cette attitude, qui interroge par delà les frontières de la première démocratie du monde, Donald Trump ne faisait pas la démonstration nue de ce qu’a été son mandat : une succession coup de mentons, de caprices, d’incohérences et de contradictions qui se sont souvent soldés par le lent discrédit de l’État et de la Nation américaine ? N’est-il pas juste d’affirmer, ou tout du moins de s’interroger sur le fait que le mandat de Donald Trump a plus terni la démocratie nord-américaine qu’elle ne l’a grandi ? (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/chroniques-de-la-presidence-trump/) Chacun apportera sa réponse à cette question à l’aune de ses convictions mais il est aussi vrai que rarement dans l’histoire des Etats-Unis, une élection aura été autant scrutée et suivie à travers le monde. Au-delà du personnage Donald Trump, le président sortant s’est révélé comme un sujet d’étude pour nombre de politologues qui ont cherché, et chercheront, à comprendre comment cet homme a pu accéder à la charge suprême.

Socle électoral et charisme

Alors désormais se pose la question : Donald Trump a-t-il été un accident de l’Histoire ou le signe annonciateur d’une nouvelle offre politique ? Une analyse pragmatique de la situation pousse à avancer que Donald Trump a su constituer en 2016 et 2020 un socle électoral qui pourra, à lui ou un autre candidat républicain, servir. Donc la thèse de l’accident peut s’évacuer d’elle-même car même si des Etats clefs ont basculé dans le camp démocrate pendant le scrutin, la victoire de Joe Biden n’est en rien écrasante. Ce qui relance l’idée de la présence d’un corps électoral encore fidèle au président déchu car les Etats-Unis, nation souvent manichéenne, ne saurait se contenter d’hommes ou de femmes politiques neutres ou sans relief. Il n’est en rien abusif d’affirmer que Donald Trump a su user de son charisme, de son expérience d’homme d’affaires mais aussi de discours souvent faciles et réducteurs pour séduire une Amérique apeurée en quête de réponses et de certitudes. Reste à savoir si dans quatre ans, lui ou un autre, s’appuiera sur cette Amérique.

Le covid, la résilience et l’avenir

Entre durcissement des phases de confinement et lassitude teintée de colère des populations, le coronavirus met à l’épreuve la capacité de résilience de chacun. Sans que ne se dessinent les contours d’une nouvelle société fruit d’une prise de conscience collective.

Alors que se durcissent un peu plus tous les jours les mesures visant à limiter la propagation du coronavirus, commencent à éclater ici et là des mouvements de rébellion que d’aucuns jugeraient compréhensibles au regard de la situation endurée. Dernier en date, celui des catholiques français qui en appellent au Gouvernement pour que celui-ci autorise à nouveau les messes. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/sante/article) Mais, à l’image de nombreuses manifestations ou rassemblements, les offices religieux, quels qu’ils soient, sont purement interdits. Risque de contamination oblige. Certes. Alors émerge, en parallèle de la colère dénonçant la privation de liberté individuelle et fondamentale, une question des plus sensibles, qui fait écho à la propagation du virus. Jusqu’à quel point accepterons-nous les contraintes imposées par le confinement ?

Résilience et gravité

L’interrogation renvoie à la capacité de résistance d’un individu face à une obligation d’essence verticale, c’est-à-dire imposée de manière jacobine et pyramidale par le Gouvernement. Cette résilience, mise à rude épreuve depuis plusieurs mois désormais, pourrait cependant trouver ses limites (Voir youtube.fr : Boris Cyrulnik – https://www.youtube.com/watch?v=oV3T55KmGE4). Tout d’abord parce que l’être humain n’est pas naturellement programmé pour vivre enfermé ou contraint. Ensuite, car, habitués à un confort social qui nous a longtemps permis de nous déplacer et d’agir à notre guise, nous sommes aujourd’hui dans l’incapacité progressive d’assumer cette privation de nos libertés usuelles. Si le cas des fidèles catholiques ayant défilé dans les rues de la capitale parisienne peut prêter à sourire, il reste aussi symptomatique d’une société, et plus largement de sociétés, qui ne comprennent ni n’appréhendent la gravité de la situation sanitaire. Point de bêtise ou de stupidité, mais dans un monde globalement empreint d’aisance et de facilité, la soudaineté et la violence du Covid-19 ont bousculé et surpris une humanité encore sous le choc des effets des mesures annoncées. Et preuve tout à la fois de la lassitude éprouvée face à la pandémie et l’agacement à l’endroit des protocoles sanitaires entravant toutes sorties non essentielles, il apparaît que les Français se déplacent plus au cours de cette seconde phase de confinement que lors de la première.

Fossoyeur et réflexion

Si la pandémie laissera des traces sanitaires et psychologiques, il semble, pour ne pas dire certain, que le confinement et les mesures associées en laisseront aussi et pour de nombreuses années. Est-ce à dire que le Covid a tellement bousculé nos existences qu’il se révèle être le fossoyeur du monde d’avant et le couloir menant au nouveau monde, tant vanté au lendemain du premier confinement ? Rien n’est moins sûr. Pour autant, la réalité semble plus sombre. La pandémie a surtout révélé les fragilités organiques de nos sociétés, quelles qu’elles soient, développées ou émergentes, les limites de nos systèmes de santé dépassés car rongés par la contrainte budgétaire, l’incapacité, quoi qu’il puisse en être dit, de proposer de nouvelles orientations sociétales, de générer une réflexion globale sur ce que pourrait être un autre monde. Il suffit pour cela de constater le silence des corps organisés (Partis politiques, syndicats, associations,…) devant la prise de conscience qu’impose la pandémie. In fine, cette résilience tant louée, risque surtout d’accoucher d’une société égale à celle qui prévalait avant le covid-19, à la rigueur matinée de quelques changements mais ô combien marginaux.

Fin d’épisode ou début d’histoire ?

Si la victoire de Joe Biden scelle le départ de Donald Trump de la Maison Blanche, elle n’éteint pas nécessairement la fièvre populiste. Les racines du mouvement mues par l’idée d’une confrontation entre peuples et élites sont à même de donner naissance à une nouvelle forme de populisme, plus sournois car influençant des discours à vocation pondérée.

D’aucuns, et à raison, pourraient penser que la défaite de Donald Trump à l’élection présidentielle sonne le glas du populisme politique qui a prospéré en divers endroits de la planète depuis une dizaine d’années. Etats-Unis, Royaume-Uni, Hongrie, Pologne, Italie sont autant de pays à avoir cédé aux sirènes d’un courant politique mêlant simplifications et exagérations à des fins purement électorales, opposant peuple et élites politiques, économiques ou médiatiques mais sans solutions pérennes pour l’intérêt général (Lire vie-publique.fr : https://www.vie-publique.fr/). Ce sentiment qui vise à penser que le populisme est possiblement en train de vivre ses dernières heures, légitime et compréhensible, doit cependant être pondéré car si les dirigeants populistes sont progressivement amenés à quitter le pouvoir, car incapables, ou à se discréditer au sein des institutions internationales, voire au sein de leur propre pays (il suffit d’apprécier l’ampleur des manifestations pro-avortement en Pologne qui témoignent de l’élan libertaire et démocratique de cette dernière), il est possible que le populisme prenne d’autres formes. Une explication s’impose.

Double crise et complexité

La conjonction actuelle mondiale de la crise sanitaire et économique, la première nourrissant la seconde, le poids et les effets de la mondialisation, pourrait pousser, dans les mois ou les années à venir les populations les plus exposées aux conséquences de cette double crise à, sinon ouvertement opter pour des régimes clairement populistes, mais à se tourner vers des thèses empreintes ou influencées par des discours populistes portées par des candidats ou des partis que l’on qualifiera de modérés ou républicains. Cette insinuation du populisme dans le discours relevant avant tout de l’intérêt général traduirait plusieurs évolutions au sein même de sociétés aujourd’hui à la recherche de sens et de repères. Première d’entre elles, la porosité et la fragilité des discours conventionnels à des thèses qui n’appellent finalement que peu de connaissances de la complexité qui préside à nos sociétés contemporaines. Le raccourci politique, servit par des thèses conspirationnistes ou complotistes dont le populisme sait faire ses choux gras, menace partis et organisations reconnus pour leur pondération mais souvent en peine à résoudre les équations sociétales. Deuxième évolution, celle de populations en quête de solutions et de réponses à leur mal-être, que celui-ci soit social ou économique. Le populisme, qui prospère avant tout sur la peur de l’inconnu et du lendemain, dans l’idée d’un ennemi incarné par des élites politiques égoïstes, trouve dans les interrogations de notre époque un terreau fertile à sa croissance.

Influence et renouvellement

Ainsi, le départ quasi-certain de Donald Trump de la présidence des Etats-Unis, marque certes la fin d’une période que les historiens auront pour tâche de qualifier dans les années à venir, mais ne scelle pas nécessairement celle du populisme. L’épisode Donald Trump a mis en évidence le fait qu’un pays à l’influence globale pouvait céder à la tentation populiste (Lire Esprit.presse.fr : https://esprit.presse.fr/article), accréditant ainsi la possibilité d’une gouvernance de cet ordre. Or, le départ de celui-ci, qui ne clôture pas nécessairement l’expérience, ouvre peut-être une ère de turbulences politiques où le populisme, capable de se renouveler, ce qui est d’ailleurs sa force, cherchera par les moyens à sa disposition à s’imposer directement ou indirectement. Plus que de discours novateurs, c’est probablement de prudence qu’il faudra faire preuve dans les années à venir.

La puissance au-delà de l’élection

Quel que soit le candidat qui siègera à la Maison Blanche au lendemain de l’élection du président des Etats-Unis, une certitude s’impose : la capacité de la nation américaine à influer sur la politique internationale. Car même contestée, la puissance des Etats-Unis, mélange de soft et hard power*, persiste à dicter la teneur des échanges mondiaux.

Vue de France, l’élection présidentielle américaine revêt toujours un aspect fascinant, peut-être parce que les deux nations partagent un ensemble de points communs qu’elles peinent, par orgueil, à reconnaître. Vue des Etats-Unis, on peut s’interroger sur l’intérêt que nourrit l’élection présidentielle française. Et pour cause, le choix des électeurs français pour le premier de leur représentant n’a finalement que peu d’influence sur la politique mondiale, à la rigueur à l’échelle européenne, au contraire du choix des électeurs de la première démocratie. Inutile de le nier, le choix du prochain président des Etats-Unis, et ce depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, donnera le ton des futures relations internationales dans un contexte politique et sanitaire, pour le premier complexe, pour le second chaque jour plus inquiétant. Et que dire des tensions raciales qui hantent les Etats-Unis, promptes à renforcer le climat d’incertitude qui règne autour de ce scrutin ou de ces swing states (Etats balance) sur lesquels les yeux, sondages à l’appui, se rivent à l’approche du scrutin.

Intérêt et point de fixation

L’élection du président des Etats-Unis possède cette force invisible, cette capacité presque consubstantielle à capter l’intérêt de tous les pays que compte la planète, tous ayant, ou ayant eu, de près ou de loin, des relations diplomatiques politiques, commerciales ou économiques avec les Etats-Unis. C’est l’apanage des grandes puissances, voire des super-puissances : celui d’être incontournable. Et si chaque président des Etats-Unis écrit lors de son passage à la Maison Blanche une page d’histoire que le futur jugera à l’aune de l’expérience et de l’analyse objective, il n’en reste pas moins que le locataire du 1600 – Pensylvannia avenue, à Washington, dicte inconsciemment la teneur des échanges à venir. Dans un monde a-polaire, les Etats-Unis restent encore une forme de point de fixation capable de déstabiliser ou au contraire apaiser un monde déboussolé, en perte de repères et ce certitudes. Non que les Etats-Unis soient les guides suprêmes d’une Humanité en mal de confiance mais il est probable que si Donald Trump devait être élu, alors son élection serait interprétée par nombre de régimes populistes, officiels ou officieux, comme une confirmation des politiques engagées (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international) ; si en revanche Joe Biden l’emportait, alors il serait possible d’espérer une forme de détente à l’échelle internationale avec la Chine, la Corée du Nord, voire l’Europe, souvent malmenée depuis l’élection de Donald Trump en 2016. (latribune.fr : https://www.latribune.fr/economie/)

Contradiction et inertie

Possible mais en rien certain car, imprévisibles, les Etats-Unis interrogent encore souvent leurs partenaires par leur attitude déconcertante et parfois en totale contradiction avec les réalités contemporaines telles que, entre autres, le retrait de l’Accord de Paris. Car, si Joe Biden est élu, celui-ci acceptera-t-il de le réintégrer ? Rien ne l’annonce. Anecdotique au regard du poids des Etats-Unis, ce retrait illustre parfaitement ce contre-pied permanent dans lequel les Etats-Unis évoluent, conscients de leur influence et viscéralement attachés à leur positionnement isolationniste. Point d’anti-américanisme ici mais simple constat objectif qui met en évidence l’effet d’entraînement que peut initier Washington à l’échelle mondiale car rares sont les pays capables de modifier la teneur des échanges internationaux. La Chine ? L’hypothèse a souvent été avancée mais force est de constater que le point de gravité de la géopolitique mondiale se situe encore – mais pour combien de temps encore ? – entre la côte Ouest et la côte Est de la patrie des Pères fondateurs.

* Soft power et hard power : Défini par le géo-politologue américain Joseph Nye en 1990 comme l’habileté à séduire et à attirer, le concept de soft power met en perspective la notion de puissance dans un cadre non conventionnel. A contrario, le hard power (manière forte) est un concept utilisé dans le cadre des relations internationales en prônant le réalisme dicté par la situation. Il désigne la capacité d’un corps politique à imposer sa volonté à d’autres corps politiques à l’aide de moyens militaires et économiques.

Apprendre à se comprendre

La dégradation des relations diplomatiques entre la France et la Turquie révèle aussi l’incompréhension nourrit par le monde musulman à l’endroit de la notion de laïcité à la française. Essai d’explication.

Les relations diplomatiques pour le moins tendues qui rythment le quotidien de la France et de la Turquie depuis plusieurs jours (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/idees) sont aussi, une fois affranchies de tous leurs aspects multiples, spectaculaires et injurieux, révélatrices d’une incompréhension aujourd’hui évidente de la notion de laïcité dans plusieurs pays de confession musulmane. Loin d’être insurmontable, cette incompréhension n’en reste pas moins un obstacle susceptible de générer des heurts, plus ou moins violents, qui renvoient à des croyances difficiles à contredire. Et pour cause, ces pays musulmans, qui ont fait de l’islam l’axe central de leur fonctionnement politique, n’ont pas séparé pouvoir civil et pouvoir religieux, optant dans l’immense majorité des cas pour des régimes islamiques modérés, combattant toutes dérives radicales.

Révolution française et agnosticisme

A ce jour, plusieurs raisons peuvent expliquer cette absence de séparation. Tout d’abord, une explication en creux s’impose en premier lieu. La France a, depuis la Révolution française et le XVIIIème siècle en général, entamé une lente déchristianisation qui a abouti à la séparation des Eglises et de l’État en 1905. Cette déchristianisation, initiée par l’incapacité de l’Église à répondre aux maux et préoccupations des populations, associée à un obscurantisme coupable à même d’entretenir ces mêmes populations dans l’ignorance, a progressivement poussé la France sur la voie de l’athéisme ou de l’agnosticisme, avançant l’idée que le spirituel n’avait pas sa place dans le monde civil et politique. Or, et c’est aussi en cela que demeure l’incompréhension de certains pays musulmans à l’endroit de la laïcité, cette dernière ne signifie pas exclusion mais séparation sans stigmatisation et sans condamnation. Pays laïque, la France a fait le choix de s’affranchir de l’influence de la religion dans la gestion des affaires publiques ce qui n’est pas le cas dans les pays de confessions musulmanes où l’Islam, reste, répétons-le, l’axe central du fonctionnement politique.

Impertinence ou vitalité

Parallèlement, à la séparation voulue par la France entre affaires religieuses et affaires publiques, s’ajoute un principe fondamental de la République, à savoir celui de la liberté d’expression qui s’affranchit de toute notion de limite morale ou religieuse. Ainsi quand certains voient de l’impertinence, du blasphème, voire de la provocation ou une atteinte au sacré, intouchable et vénéré, dans des représentations humoristiques, satiriques ou ironiques ayant pour thème la religion ou des figures tutélaires de celle-ci, d’autres, au nom de la liberté d’expression y voient un langage et un caractère témoins de la vitalité de la République et de la démocratie. Alors pourquoi cette incompréhension ? Et bien car la laïcité défait la République de tous ses oripeaux religieux afin de combattre leur influence et ne base pas son fonctionnement sur un texte sacré mais sur une constitution écrite et dénuée de références spirituelles. Alors se pose la question de la réconciliation dont la réponse ne réside pas dans l’abandon de l’une ou l’autre des positions mais dans la notion de tolérance et dans l’intelligence propre à chaque société humaine. La tolérance renvoie à l’idée d’acceptation de la différence ; l’intelligence à celle que le modèle des uns peut choquer les autres et qu’en conséquence se taire n’est pas capituler mais plutôt l’espace d’une réflexion ouvrant une autre forme d’expression.

Une question de perméabilité

Si de nombreuses interrogations se posent après l’assassinat de Samuel Paty, enseignant d’Histoire et Géographie, par un adolescent fanatisé, la question de la perméabilité intellectuelle de certains individus dans un contexte global d’ignorance et de manipulation psychologique émerge aussi.

Passées l’émotion et la sidération légitimes qui font suite à l’assassinat de Samuel Paty, enseignant d’Histoire et Géographie, vient désormais le temps des questions. Et force est de constater qu’elles sont nombreuses. L’enquête ouverte permettra certainement d’identifier la chaîne de responsabilités qui a commandé un tel acte (Lemonde.fr :https://www.lemonde.fr/police-justice). Pourtant demeure une interrogation qui restera peut-être sans réponse et qui renvoie à la fragilité intellectuelle et psychologique de certains, à l’image de l’adolescent qui a assassiné Samuel Paty. Comment donc une frange de la population peut-elle se montrer perméable aux discours portés par l’islam radical ? La réponse est d’une abyssale complexité et puise sa source dans une multitude de réalités sociales et politiques, avérées ou fantasmées, qui servent de terreau à ce discours qui sort des cadres de la République. Cette dernière perçue par les tenants de ce discours comme oppressante et castratrice est donc une des premières cibles que le radicalisme islamique vise. Il n’est certainement pas le seul car nombre de propos extrémistes font, ou on fait, de la République, la mère de nombreux maux.

Discours et exclusion

Outre l’élément constitutionnel, s’ajoute à cela une ignorance souvent manipulée des textes saints, associée à une incapacité intellectuelle à maîtriser les notions de liberté individuelle, liberté de culte ou de laïcité. (lefigaro.fr : https://www.lefigaro.fr/politique)Intrinsèquement liés dans le pacte républicain, ces trois principes sont eux aussi régulièrement battus en brèche par tous les extrémismes qui voient en eux des formes de déviances que les textes saints condamnent ou, plus simplement, n’expliquent pas. Et pour cause, ils n’ont pas été rédigés dans cette optique. Or la perméabilité de certains individus, lourdement influencés par des discours d’apparence puissants et fondés, est ainsi capable de dégénérer dans des drames comparables à celui que nous venons de vivre. Si d’aucuns, et à raison, appellent à éduquer encore et encore pour mettre fin à cette inertie de l’ignorance, porteuse de violence et de haine, il est aussi impératif de préciser que ce cercle vicieux est régulièrement alimenté par tout un ensemble de facteurs connus mais trop souvent mal appréhendés. Ainsi, l’islam radical se nourrit-il du sentiment d’exclusion éprouvé par certains croyants mal, ou pas intégrés, dans leurs sociétés d’accueil, de la rationalité elle aussi mal comprise des régimes démocratiques contemporains pour beaucoup marqués du sceau de la laïcité, renvoyant la croyance religieuse à la sphère privée, ou encore d’un sentiment de victimisation ou de martyrisation ressentis par ces franges fragiles de la population, sentiment lui-même entretenu par des discours radicaux prompts à dénoncer toutes les contradictions existantes entre sociétés démocratiques et textes saints.

Société et prédicateurs

Sans prendre le temps, et à dessein, d’expliquer que croyance et foi religieuses relèvent de l’intime et non du public, du privé et non de l’institutionnel, le discours radical dépeint une société hostile aux fidèles contre laquelle il faut alors s’élever et combattre ceux qui la défendent ou la promeuvent. Discours fermé et hermétique, le propos radical exclut volontiers toutes ouvertures vers la contemporanéité car celle-ci révélerait ses contradictions et ses erreurs. Loin d’atteindre ne serait-ce que la valeur de substrat scientifique, le discours radical séduit pas sa simplicité qui ne s’avère rien d’autre qu’une forme de pauvreté intellectuelle sans ressort ni appui scientifique historique ou sociologique éprouvés. Voilà donc ici une modeste tentative d’explication à la perméabilité de certains individus coupables de leurs actes présents ou à venir, victimes de leur faiblesse intellectuelle et éducative. Placés sous la coupe de prédicateurs habiles à la dialectique aguerrie, ces mêmes individus deviennent les pions dépendants d’une entreprise aux visées visiblement incompatible avec nos sociétés démocratiques, laïques et mondialisées. Et de conclure avec cette maxime de Condorcet, aussi guillotiné en des temps de d’extrémisme fanatique, «il faut enseigner ce qui suffit à ne point dépendre».

Nécessité ou rigidité

Entre sécurité sanitaire et impératifs économiques, la France, à l’image d’autres nations éprouvées par le covid-19 est confrontée à un dilemme cornélien qui reste sans réponse. Explications.

Qu’ils soient professionnels du spectacle, restaurateurs, gérants de brasseries ou de débits de boissons, directeurs de salles de sports ou organisateurs d’évènementiels, VTC, forains,…instinctivement, d’aucuns plaindraient, au vue des restrictions imposées qui passent souvent par la fermeture temporaire des établissements ou l’annulation de manifestations, ces professionnels entravés dans leur liberté d’exercer leur activité. La raison : le risque de propagation du Covid-19, devenu aujourd’hui un élément quasi-quotidien de nos existences. Et d’émerger alors deux visions totalement opposées ou du moins difficilement conciliables de la gestion du virus.

Survie et ascèse

D’abord celle de professionnels lourdement handicapés par le confinement printanier et à ce jour menacés par les nouvelles restrictions visant à limiter les plages horaires d’ouverture qui appellent à plus de souplesse de la part des pouvoirs publics au nom de leur survie. De l’autre côté, un conseil scientifique affirmant que la propagation du virus est démultipliée dans les espaces fermés et accueillant un large public, masque ou pas masque. Deux visions donc : celle de la nécessité de continuer à travailler pour éviter la faillite ; celle de la rigidité qui prône une ascèse sociale au nom de la santé publique. Or le dilemme est ici cornélien car les deux positions se défendent et s’entendent. La première renvoie d’une part à la liberté d’exercer une activité professionnelle associée à la nécessité d’accueillir du public pour assurer la pérennité de l’activité. La seconde renvoie quant à elle à la volonté d’éviter la diffusion d’une virus à travers la population alors que le nombre de contamination dans l’Hexagone a bondi en quelques jours (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/planete). Rares sont ceux à avoir imaginé que le coronavirus mettrait les sociétés occidentales dans une telle impasse ou face à de telles interrogations. Privilégier la santé publique ou l’activité économique sachant que la seconde finance aussi la première mais que celle-ci ne peut en aucun être négligée ou balayée d’un revers de main.

Colère et interrogation

Là encore, le problème ne concerne pas seulement la France car en Angleterre nombreux sont les élus à contester les mesures proposées par le Premier Ministre Boris Johnson (lequotidien.fr : https://www.lequotidien.com/actualite). Et il est fort à parier que la colère parmi les diverses sphères professionnelles commence à se répandre à la même vitesse que virus. Et pour cause. Or à ce jour, il apparaît que les mesures prises, à savoir port du masque, lavage des mains et distanciation sociale, ne sont pas suffisantes pour entraver sa progression dans un contexte de relance impérative de l’économie mondiale. Se pose alors une question : Que faire ? C’est bien la seule interrogation qui vaille à ce jour. Et le drame de continuer à se jouer dans un contexte ubuesque, presque kafkaïen car malgré les mesures proposées et appliquées, malgré les plans de relance engagés, malgré des populations globalement promptes à appliquer les mesures sensées entraver la progression du virus, celui-ci continue à progresser au grand désespoir de nombreux professionnels. Surprise par la dimension inédite du virus, l’Humanité semble comme démunie pour faire face à ce qui pourrait être aussi le premier virus d’une longue série à venir. Et nos sociétés contemporaines si promptes à avancer des solutions de tous ordres sont tombées dans le piège de l’impuissance qui nous renvoie à la question précédente : Que faire ? Et bien…On ne sait pas.

La Vésubie pense au monde

L’épisode méditerranéen qui a frappé le sud-est de la France renvoie le pays à la gestion des effets des catastrophes naturelles dans un contexte désormais acté de réchauffement climatique. Et la question d’une remise en question mondiale de se poser.

Violent et cruel, l’épisode méditerranéen qui a frappé le sud-est de la France et plus particulièrement la vallée de la Vésubie marquera les esprits pour s’inscrire dans une liste de catastrophes naturelles à la gravité allant crescendo (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/planet) . Pour autant, passé les constats et le décompte macabre du nombre de victimes, se pose désormais les questions de la gestion future de ce type d’évènements climatiques amenés à se répéter. La première d’entre elles à émerger est naturellement celle de savoir si nous sommes prêts à affronter ces incidents afin d’assurer la sécurité des populations. D’évidence non. Certes la violence des pluies et la topographie de la vallée en question ont considérablement aggravé la situation mais il apparaît surtout que devant un climat en voie d’évolution, rares sont les agglomérations à être adaptées aux effets de ces accidents climatiques.

Priorité et exceptions

Or cette adaptation suppose pour les années à venir une remise à plat de l’ensemble des politiques urbaines dédiées à la construction individuelle et collective ainsi qu’une prise en compte désormais systématique des conditions environnementales propres à chaque région. L’intention qui doit à présent devenir une priorité risque cependant de se heurter à un obstacle majeur : le coût. Pour autant, le défi n’est pas seulement national, il est surtout mondial car les catastrophes naturelles ne sont pas l’apanage de l’Hexagone mais bien d’essence globale. Une vision auto-centrée accompagnée de solutions qui le seraient tout autant se servirait finalement à rien ou, au mieux, ne seraient pas de grande utilité. Le changement climatique désormais amorcé et dénié par certains esprits obscurs a trouvé dans cette catastrophe naturelle une de ses expressions les plus cruelles. D’aucuns argueront que les épisodes méditerranéens ne sont pas d’un point de vue météorologique des exceptions isolées mais l’ampleur et la puissance de celui vécu invite à l’humilité au regard des changements climatiques amorcés. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/planete/article)

Anticiper et éviter

La prise de conscience attendue reste encore trop timide et quand bien même serait-elle de plus grande ampleur, celle-ci n’aurait certainement pas empêché le drame qu’ont vécu les populations de la vallée de la Vésubie. Mais, le propre de la politique étant d’anticiper, il n’est pas interdit de s’interroger sur la manière non pas d’éviter les épisodes climatiques de ce type mais comment réduire leurs effets sur les populations. Répétons-le encore, la solution ne sera pas hexagonale, la France n’étant en rien un parangon de vertu en matière environnementale ou de protection de l’environnement, loin s’en faut, mais bien globale et mondiale. Aujourd’hui, l’évidence qui se pose n’est plus de savoir comment éviter les catastrophes naturelles mais bien de savoir comment éviter leur effets et leurs conséquences.

Le covid-19 et le triptyque

Si l’arrivée d’une nouvelle vague épidémique s’avère chaque jour plus certaine, celle-ci contribuera à alourdir un constat déjà violent où se côtoient faiblesses des systèmes de santé, lenteur d’intégration des réalités environnementales et omnipotence coupable des flux mondialisés.

Bien que le Gouvernement, par la voix du Premier Ministre Jean Castex, ait réfuté tout nouveau reconfinement général, propos par ailleurs confirmés par le Président de la République, se pose désormais, en dépit des intentions et des plans affichés pour sauver l’économie française, la gestion de la seconde vague épidémique qui semble progressivement se dessiner dans l’Hexagone. Que faire ? L’équation tant à l’Hôtel de Matignon qu’au Palais de l’Elysée semble insoluble car si une deuxième vague devait véritablement se déclarer, quid de l’accueil des futurs patients dans les hôpitaux ? (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/planete) Rappelons que le confinement général décrété le 16 mars dernier a été décidé, certes pour limiter la propagation du virus, mais surtout pour éviter une saturation des services de réanimation des hôpitaux qui avaient manqué de très peu une situation d’engorgement lourd de conséquences, non sans épargner des personnels soignants encore très éprouvés par les effets de la première vague.

Limites et épouvantail

Car la crise sanitaire actuelle a su révéler les limites de nos infrastructures sanitaires à qui l’on a préféré, et à raison, éviter un afflux massif de patients sans pour autant, au lendemain de la première vague, exposer clairement solutions et financements à l’appui afin de faire face à une autre vague. L’exceptionnalité du virus, tant dans sa diffusion que dans sa forme, ne doit pas pousser à imaginer qu’il restera un cas isolé dans l’Histoire de l’Humanité. Et occulter que d’autres crise sanitaires pourraient dans les années, voire plus simplement dans les mois à venir, à nouveau frapper la planète, serait une erreur aux conséquences encore insoupçonnées. Le réchauffement climatique et le dégel progressif du permafrost (zone de gel permanent, imperméable car gelé, qui se situe dans les régions arctiques du globe et représente environ 20 % de la surface de la Terre) font ici figures d’épouvantail à l’échelle planétaire car chacun d’eux renvoient nos sociétés à des réalités devant désormais servir de modèles de pensées et non plus de références lointaines. Les réservoirs à bactéries qu’abritent ces zones polaires ne doivent en rien être négligés car les dites bactéries, endormies depuis des milliers, voire des millions d’années, pourraient aisément se réveiller et causer l’apparition de pandémies peut-être plus mortifères que le covid-19. (Lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/idees-debats) En outre, les dynamiques économiques et humaines propres à la mondialisation ont, la crise du printemps l’a démontrée, favorisé la propagation du virus à l’échelle planétaire.

Défi et coup de semonce

C’est donc un triple défi qui se pose l’Humanité et non pas seulement à la France ou à tout autre pays : Repenser les systèmes de santé afin d’être en mesure d’affronter tout type de crises sanitaires à venir, intégrer dans les politiques publiques la donnée environnementale de manière beaucoup plus avancée qu’à l’heure actuelle au point de l’ériger en priorité et non plus en aspect secondaire, repenser les schémas de la mondialisation en s’interrogeant sur la pertinence de certains flux. Certes d’aucuns argueront, et à raison, que ce triptyque de mesures a déjà été initié, mais à un rythme encore trop lent. Bousculer la planète entière en l’espace de quelques mois n’est en rien une sinécure car les oppositions sont, en plus, nombreuses et arrêtées mais n’appartient-il pas à l’Humanité, qui l’a déjà démontrée dans le passé, de faire fi de ces réticences pour assurer son avenir. Le covid-19, pandémie qui finira à terme par se résorber, n’est en fait que le premier coup de semonce d’une histoire bactériologique qui elle ne fait que commencer. Affirmer que le Monde est sur le point d’entrer dans une nouvelle ère ne relève ni de la spéculation ni de la divination mais bien du constat. Et porter un masque à longueur de journée, même si la mesure est éminemment utile et nécessaire pour tous, elle n’entravera en rien l’ouverture de cette nouvelle ère.