Une question de perméabilité

Si de nombreuses interrogations se posent après l’assassinat de Samuel Paty, enseignant d’Histoire et Géographie, par un adolescent fanatisé, la question de la perméabilité intellectuelle de certains individus dans un contexte global d’ignorance et de manipulation psychologique émerge aussi.

Passées l’émotion et la sidération légitimes qui font suite à l’assassinat de Samuel Paty, enseignant d’Histoire et Géographie, vient désormais le temps des questions. Et force est de constater qu’elles sont nombreuses. L’enquête ouverte permettra certainement d’identifier la chaîne de responsabilités qui a commandé un tel acte (Lemonde.fr :https://www.lemonde.fr/police-justice). Pourtant demeure une interrogation qui restera peut-être sans réponse et qui renvoie à la fragilité intellectuelle et psychologique de certains, à l’image de l’adolescent qui a assassiné Samuel Paty. Comment donc une frange de la population peut-elle se montrer perméable aux discours portés par l’islam radical ? La réponse est d’une abyssale complexité et puise sa source dans une multitude de réalités sociales et politiques, avérées ou fantasmées, qui servent de terreau à ce discours qui sort des cadres de la République. Cette dernière perçue par les tenants de ce discours comme oppressante et castratrice est donc une des premières cibles que le radicalisme islamique vise. Il n’est certainement pas le seul car nombre de propos extrémistes font, ou on fait, de la République, la mère de nombreux maux.

Discours et exclusion

Outre l’élément constitutionnel, s’ajoute à cela une ignorance souvent manipulée des textes saints, associée à une incapacité intellectuelle à maîtriser les notions de liberté individuelle, liberté de culte ou de laïcité. (lefigaro.fr : https://www.lefigaro.fr/politique)Intrinsèquement liés dans le pacte républicain, ces trois principes sont eux aussi régulièrement battus en brèche par tous les extrémismes qui voient en eux des formes de déviances que les textes saints condamnent ou, plus simplement, n’expliquent pas. Et pour cause, ils n’ont pas été rédigés dans cette optique. Or la perméabilité de certains individus, lourdement influencés par des discours d’apparence puissants et fondés, est ainsi capable de dégénérer dans des drames comparables à celui que nous venons de vivre. Si d’aucuns, et à raison, appellent à éduquer encore et encore pour mettre fin à cette inertie de l’ignorance, porteuse de violence et de haine, il est aussi impératif de préciser que ce cercle vicieux est régulièrement alimenté par tout un ensemble de facteurs connus mais trop souvent mal appréhendés. Ainsi, l’islam radical se nourrit-il du sentiment d’exclusion éprouvé par certains croyants mal, ou pas intégrés, dans leurs sociétés d’accueil, de la rationalité elle aussi mal comprise des régimes démocratiques contemporains pour beaucoup marqués du sceau de la laïcité, renvoyant la croyance religieuse à la sphère privée, ou encore d’un sentiment de victimisation ou de martyrisation ressentis par ces franges fragiles de la population, sentiment lui-même entretenu par des discours radicaux prompts à dénoncer toutes les contradictions existantes entre sociétés démocratiques et textes saints.

Société et prédicateurs

Sans prendre le temps, et à dessein, d’expliquer que croyance et foi religieuses relèvent de l’intime et non du public, du privé et non de l’institutionnel, le discours radical dépeint une société hostile aux fidèles contre laquelle il faut alors s’élever et combattre ceux qui la défendent ou la promeuvent. Discours fermé et hermétique, le propos radical exclut volontiers toutes ouvertures vers la contemporanéité car celle-ci révélerait ses contradictions et ses erreurs. Loin d’atteindre ne serait-ce que la valeur de substrat scientifique, le discours radical séduit pas sa simplicité qui ne s’avère rien d’autre qu’une forme de pauvreté intellectuelle sans ressort ni appui scientifique historique ou sociologique éprouvés. Voilà donc ici une modeste tentative d’explication à la perméabilité de certains individus coupables de leurs actes présents ou à venir, victimes de leur faiblesse intellectuelle et éducative. Placés sous la coupe de prédicateurs habiles à la dialectique aguerrie, ces mêmes individus deviennent les pions dépendants d’une entreprise aux visées visiblement incompatible avec nos sociétés démocratiques, laïques et mondialisées. Et de conclure avec cette maxime de Condorcet, aussi guillotiné en des temps de d’extrémisme fanatique, «il faut enseigner ce qui suffit à ne point dépendre».

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