Le vaccin, le droit et la liberté

Les anti-vaccins avancent l’idée d’une entrave à la liberté individuelle devant la possible obligation. Mais l’obligation est-elle réellement la première entrave ?

La possible obligation vaccinale avancée par le président de la République a déchaîné les anti-vaccins qui dénoncent une atteinte aux libertés individuelles. Mais cette réaction interroge aussi sur le sens donné à ces derniers aux notions de libertés et de biens communs.

Contenue jusqu’alors, la véhémence des anti-vaccins, communément appelés antivax, est montée d’un cran au lendemain de l’intervention du président de la République, le 12 juillet dernier, quand celui-ci ouvrait la voie à une possible obligation vaccinale à l’endroit de certaines branches professionnelles. Dès lors, nombreuses furent, et sont, les manifestations de contestation à l’égard de la décision présidentielle, manifestants et opposants arguant du fait que cette obligation entravait la liberté individuelle et plus largement les libertés fondamentales. (Franceinfo.fr : https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus) Or, les arguments avancés par ces groupes d’opposants, globalement minoritaires dans la population, mettent en évidence deux lignes de forces que le développement de la pandémie, et les conséquences qui l’accompagnent, ont révélé. La première est la crainte, que l’on croyait dans l’ensemble apaisée, voire éradiquée, nourrie à l’endroit de la vaccination. Ainsi, il apparaît que le principe d’une protection immunitaire, via l’injection d’une souche virale à la virulence atténuée pour combattre cette dernière par la production d’anti-corps, n’est pas partagée par tous et que la pédagogie mais aussi l’information sur les bienfaits de cette pratique sont encore à travailler.

Rapport à la démocratie et la liberté

Entre ignorance, préjugés, idées reçues et relents conspirationnistes, le principe de la vaccination s’est trouvée, à l’occasion de cet épisode pandémique de farouches opposants prêts à en découdre avec les autorités, des menaces de mort ayant été proférées à l’endroit de députés ou des symboles à la pertinence des plus douteuses et contestées utilisés. (youtube.fr : https://www.youtube.com/watch?v=063wFqeoDTA). Si cette opposition restera anecdotique au regard de l’Histoire, le second point que relève l’agitation des antivax est plus inquiétante et interroge sur le rapport de ces individus à la notion de démocratie et plus précisément de liberté. D’aucuns ont ainsi avancé le principe qu’une possible obligation vaccinale entravait leur liberté individuelle. L’argument est valable mais d’essence tautologique donc à la portée limitée et dénuée de toute réflexion à caractère civique, voire philosophique : toute obligation est d’évidence une forme de restriction ou d’entrave. Mais en développant plus avant la contre-argumentation, il n’est pas interdit de soulever deux éléments corollaires. Tout d’abord, il appartient à chacun de se laisser vacciner ou non, les conséquences sanitaires et juridiques qui en découlent relèvent de la responsabilité personnelle qu’il conviendra alors d’assumer. C’est un des premiers pans de la liberté individuelle. La seconde renvoie à la conception de la liberté dans la sphère publique.

Entraves et droit individuel

A ce jour et factuellement, ce qui entrave la liberté de chacun ce n’est pas l’obligation de se faire vacciner, c’est le virus lui-même qui oblige à des restrictions en série vécues comme autant d’entraves. Or le refus de se laisser vacciner peut être assimilé à une forme d’égoïsme qui se moque du bien collectif exposant la majorité à la décision arbitraire d’une minorité. (lefigaro.fr : https://www.lefigaro.fr/actualite-france/) Et le phénomène alors de s’inverser : les non-vaccinés demandent aux vaccinés d’assumer un choix qui est étranger à ces derniers car dicté par des convictions qui s’extraient de la norme sociétale qui veut que chacun apporte sa part au bien-être de la collectivité. Cette montée en puissance des anti-vaccins révèle aussi une tendance devenue désormais récurrente dans les sociétés occidentales et qui met en exergue la suprématie du droit individuel au détriment de celui de la collectivité et de ses intérêts. In fine, il n’est pas interdit de penser que si refuser de se laisser vacciner est un droit inaliénable en démocratie, droit qu’il appartient de respecter, arguer du fait que la possible obligation de s’y soumettre relève d’une entrave aux libertés individuelles renvoie à une méconnaissance des enjeux sanitaires mais aussi, et surtout, des liens qui unissent collectivité, démocratie et liberté.

Un sacrifice afghan 

Le risque d’une prise de contrôle de l’Afghanistan par les forces talibanes remet au centre du jeu diplomatique la menace terroriste islamiste qui s’était atténuée depuis plusieurs mois. Et la question d’une position commune face à une situation en évolution constante de se poser pour nombre de pays occidentaux.

L’Afghanistan risque d’être livrée à elle-même une fois les troupes des Etats-Unis parties. Et le risque de voir à nouveau émerger la menace terroriste de refaire surface.

L’avancée des Talibans en Afghanistan, désormais aux portes de Kaboul, la capitale d’un pays en proie à des troubles quasi-chroniques depuis plus de quarante ans, ne manque pas d’inquiéter la communauté internationale. Alors que les Etats-Unis ont annoncé le retrait de leurs troupes, puisque celui-ci sera effectif le 31 août, les chancelleries s’agitent et scrutent au quotidien la situation afghane pour des raisons qui renvoient à une crainte : la résurgence d’une menace terroriste qui avait été sinon éradiquée du moins écartée depuis quelques temps à travers le monde en dépit de foyers encore virulents en Afrique subsaharienne notamment au Mali et au Burkina-Fasso. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international/article). La potentielle chute de Kaboul et de l’Afghanistan aux mains des talibans représentent donc pour nombre de nations occidentales, y compris pour la Russie, un risque qui pourrait dans une échéance encore inconnue se matérialiser sous la forme d’attentats divers et variés qui prendraient pour épicentre l’Afghanistan.

Désengagement et maturité étatique

Tout comme le fut la Syrie avec l’État islamique, l’Afghanistan pourrait ainsi redevenir un espace incontrôlé assimilable à une base arrière du terrorisme islamique international où entreraient et sortiraient des individus aux intentions malveillantes. Aujourd’hui soutenu par les Etats-Unis, qui cherchent depuis l’arrivée de Joe Biden au pouvoir à se désengager de plusieurs théâtres d’opération coûteux à tous points de vue, l’Afghanistan et son président Ashraf Ghani, sait que ce soutien ne sera en rien éternel et qu’il faudra à terme affronter plus qu’une menace talibane. (vingtminutes.fr : https://www.20minutes.fr/monde/) Epreuve politique qui attend ce pays d’Asie du Sud car repousser et vaincre la menace talibane suppose une maturité étatique qui pour l’heure fait défaut à l’Afghanistan. A l’extérieur, et pour l’ensemble de la communauté internationale, la tentation d’isoler l’Afghanistan est grande, ou pourrait le devenir, mais comporte aussi un risque majeur. Isoler une nation fragile et exposée comme l’est l’Afghanistan reviendrait à laisser un blanc-seing aux Talibans qui pourraient dés lors agir en toute impunité dans un pays à leur merci. Mais dans le même temps, l’idée de sacrifier l’Afghanistan, l’abandonner aux Talibans serait aussi une solution visant à circonscrire la menace islamiste dans un unique territoire autour duquel serait dressé une sorte de cordon sanitaire. Cordon toutefois très relatif et tentation des plus dangereuses car, situé entre la Pakistan et l’Iran, l’Afghanistan est encerclé par des voisins des plus bouillonnants. Pour l’heure, les conjectures, certainement posées de part et d’autres des chancelleries internationales, ne répondent en rien à la situation actuelle : comment endiguer la progression des Talibans ? Peu de réponses viennent contrarier le discours d’une réalité considérée tacitement comme actée, à savoir que les Talibans vont certainement prendre le contrôle du pays. Pour beaucoup désormais, il ne convient plus de gérer l’instant mais d’anticiper demain.

L’OPEP, entre puissance et faiblesse

Le pétrole connaît une flambée de ses cours qui inquiète les pays consommateurs. Mais l’OPEP est-elle réellement gagnante dans cette phase haussière?

L’augmentation continue des cours du pétrole préoccupe les pays industrialisés soucieux de voir ralentir la croissance mondiale post-covid annoncée soutenue. Mais cette flambée des cours met aussi en exergue le rôle de l’OPEP, acteur et victime de la puissance de l’or noir.

D’un point de vue géopolitique et géostratégique, les dissensions qui déchirent l’Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP) sont riches d’enseignement sur l’état des relations entre les membres du cartel pétrolier mais aussi sur les attentes nourries par les pays consommateurs et non producteurs d’or noir. A ce jour, une seule préoccupation hante ces derniers : qu’une flambée des cours ne viennent compromettre la reprise économique mondiale attendue. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/economie/article) Car une augmentation du prix du baril (Brent ou WTI) pourrait mobiliser, plus que de raison ou plus qu’attendu, le pouvoir d’achat des consommateurs via les carburants carbonés encore massivement utilisés. Et voir émerger de nouvelles tensions entre pays producteurs et pays consommateurs n’est pas exclus tant la dépendance à l’or noir reste encore très forte de par le monde, ce qui n’est pas d’ailleurs sans interroger sur l’avancement des politiques environnementales et la transition énergétique à l’échelle globale. Pour autant, ces tensions sur le pétrole qui s’étaient atténuées depuis de début de la pandémie, voire auparavant, remettent au goût du jour les divergences existants entre les pays producteurs, certains plaidant pour une hausse de la production, d’autres pour le statu quo de prix élevés liés à une restriction ou à un maintien de la production actuelle. Les deux orientations présentent des avantages opposés que les partisans de l’une ou l’autre ont bien saisi.

Profits et acteur

La première génère des profits à long terme, le prix du baril affichant un tarif jugé acceptable (50 à 60 dollars), les pays industrialisés étant ainsi assurés de pouvoir maintenir leur croissance économique sans être handicapé par une facture pétrolière trop lourde. La seconde, jugée plus retorse, entraîne des profits élevés et rapides pour les pays producteurs, séduits par l’idée de se financer sur le marché de l’énergie, mais présente le risque d’entraver la croissance mondiale en raison d’une facture énergétique trop lourde ce qui au final pourrait se retourner contre les pays producteurs, la demande s’affaiblissant du fait des tarifs pratiqués. Voilà un constat dont pourrait aussi tirer parti les pays consommateurs car ces dissensions, anciennes et profondes, au sein du cartel pétrolier ont longtemps empêché, et empêchent encore, l’OPEP d’être l’acteur énergétique tout-puissant qu’il aurait pu devenir, même s’il en présente déjà de nombreux atours. Dépendante de la demande et de la croissance mondiales, concurrencée par la production de pétrole de schiste aux Etats-Unis, l’exploitation de sables bitumineux au Canada (Province de l’Alberta), ou par des carences en terme d’investissement qui pénalisent sa rentabilité, la production de pétrole est peut-être aujourd’hui plus que jamais otage des économies industrialisées. (tradingstat.com : https://www.tradingsat.com/petrole-brent-MP0000000BRN/actualites)

Effet répulsif et transition

De la Chine aux Etats-Unis en passant par l’Europe, un baril affichant un prix trop élevé aurait dans un premier temps un effet répulsif puis politiquement dévastateur car l’OPEP serait accusée de saper les prémices de la croissance dont elle serait à terme victime. Si la pandémie a renforcé le poids stratégique de l’Organisation, elle a aussi mis en évidence ces faiblesses elles-mêmes nourries par les carences de pays producteurs largement dépendants de la manne pétrolière. Constat qui pourrait amener l’OPEP a réfléchir sur son rôle et sa place dans l’économie mondiale post-covid et de plus en plus séduite par les énergies renouvelables. Repenser le modèle de fonctionnement de l’OPEP, en la faisant passer d’un statut d’association de pays producteurs à celui d’acteur susceptible d’accompagner la transition énergétique mondiale via le financement d’initiative durable n’est pas à exclure.

L’abstention, un goût amer de faillite citoyenne

Les taux d’abstention interrogent sur les notions de citoyenneté partagée ou non par les électeurs.

L’abstention record qui a marqué le rendez-vous électoral régional et départemental interroge sur les raisons qui poussent les citoyens à fuir les urnes. Désormais s’imposent l’identification des causes et les solutions à proposer.

D’aucuns, et à raison, se sont émus du taux d’abstention qui a marqué les deux tous des élections régionales et départementales tenus lors des deux derniers dimanches du mois de juin. D’aucuns, souvent les mêmes, ont crié à la crise de la démocratie, au rejet par l’électorat de la classe politique dans son ensemble, alors que ce scrutin a été l’espace d’une forme de résurrection des partis politiques anciens tels que le Parti Socialiste et Les Républicains (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/06/27/) et de la politique en général. Le constat dressé au lendemain de cette échéance électorale que beaucoup ont vu comme un galop d’essai, voire un échauffement, en vu de l’élection présidentielle, interroge cependant non pas sur la valeur du personnel politique frappé d’une médiocrité qui se traduit elle aussi dans les urnes mais par une perte croissante du sens de la notion de citoyenneté. Le confort politique que confère la démocratie à chacun de nous, le cadre juridique stable de la République, loin d’être aujourd’hui en danger comme elle put l’être à la fin du XIXème siècle ou au début du XXème siècle, tend ainsi en enfermer les citoyens dans une bulle qui se détache doucement, élections après élections, de la réalité sociale et citoyenne du pays.

Sens, ambitions personnelles et intérêt général

Concrètement et pratiquement, l’ignorance des principes élémentaires qui sous-tendent la République et la démocratie est devenue le principal moteur de l’abstention. Accuser les électeurs de fuir les différents scrutins n’auraient de sens que si ces derniers avaient conscience du poids de leur vote, du devoir civique que celui-ci revêt et de la valeur démocratique qu’il endosse. La méconnaissance de l’histoire de la démocratie, des combats qui l’ont accompagnée pour que celle-ci s’impose, des principes égalitaires et libertaires qu’elle appelle ne sont en rien aujourd’hui entendus par un corps électoral désabusé et engoncé dans le confort de régimes libres que beaucoup croient aboutis. Or, il n’est en rien car le combat masqué mené contre la démocratie et la République que représente l’abstention travaille à chaque rendez-vous électoral manqué à sa perte. Reste donc à savoir comment renvoyer l’électorat dans les urnes ? Plusieurs solutions pourraient humblement être avancées à commencer par une amélioration intellectuelle du personnel politique trop souvent habité par des ambitions personnelles que par l’intérêt général. Le second tour du scrutin régional ayant mis en évidence cette réalité. (lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/politique-societe/politique/exclusif-xavier-bertrand-maintenant-la-presidentielle-est-un-match-a-trois-1327322) Travailler à une société de l’intelligence et non de la superficialité peut aussi être un vecteur de responsabilisation de l’électorat. Cette notion de responsabilité défaillante qui nourrit ces taux d’abstention records apparaît certainement comme le nœud gordien de cette situation qui plus qu’une crise de la démocratie se révèle être une crise sociétale profonde et ouverte.

Paradoxe et libertés fondamentales

La scission consommée entre électeurs imprégnés, minoritaires, des principes démocratiques et républicains et ceux, aujourd’hui majoritaires, détachés de la vie politique, est telle que les solutions avancées ici ou ailleurs risquent d’apparaître comme dérisoires afin de résorber le problème constaté. Paradoxe grotesque ou ironie du sort, dans une société qui revendique tous les jours plus de droits à des fins de satisfaction et de protection individuelles, le droit fondamental de s’exprimer par le vote, est aujourd’hui bafoué et méprisé. Est-ce à dire que les combats qui ont prévalu afin d’établir le droit de vote n’ont plus de prise sur une part grandissante de la société ? Est-ce à dire finalement que l’histoire de la démocratie n’a plus de sens ? Il appartiendra à chacun d’apporter une réponse à l’une et l’autre réponse mais le taux d’abstention du scrutin désormais passé laisse à penser que nombre d’électeurs ont tourné le dos à nombre de libertés fondamentales certes acquises mais à défendre au quotidien. Si la République n’est pas en danger, loin s’en faut, le déni des principes fondamentaux qui la soutiennent participe de manière sous-jacente à sa dévalorisation et sa décrédibilisation alors que se profile une élection présidentielle plus ouverte que jamais. (lefigaro.fr : https://www.lefigaro.fr/politique/benjamin-morel-la-presidentielle-de-2022-est-plus-que-jamais-imprevisible-20210627)

Vintage diplomatique ?

La rencontre entre Joe Biden et Vladimir Poutine révèle la volonté de contenir les tensions existantes entre les deux pays tout en posant les jalons diplomatiques qui s’imposent afin de se concentrer sur un autre objectif : la Chine.

En choisissant de se rencontrer à Genève, en Suisse, par essence espace des plus neutres qui soit, Joe Biden, le président des Etats-Unis et Vladimir Poutine, son homologue russe, donnent à ce rendez-vous diplomatique scruté de toutes parts des airs de Guerre Froide. Tout y concours : des relations diplomatiques des plus fraîches, des désaccords multiples, des ambitions divergentes et même un lieu de discussion en terrain neutre. Alors qu’attendre de ce sommet ? Pour de nombreux observateurs, il est peu probable que cette halte helvétique accouche de quelques décisions fondamentales à même de bouleverser l’équilibre actuel. (Lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international/article) Tant Joe Biden que Vladimir Poutine n’ont ni envie, ni intérêt à céder quoi que ce soit et ce pour plusieurs raisons qui tiennent avant tout de la géopolitique. Les Etats-Unis qui viennent, par la voix de leur président, de réaffirmer leur attachement à l’Union Européenne, savent pertinemment que ce type de déclaration marginalise une Russie qui peine à se réhabiliter sur le plan international. Du côté russe, l’idée d’endosser le rôle de nation-victime de l’alliance Etats-Unis / Europe n’est pas totalement écartée car elle serait un moyen de légitimer les actions futures du régime de Vladimir Poutine, notamment en terme de politique extérieure.

Multi-polarité et alliances

Pour autant, le jeu de la bi-polarité avancé par Joe Biden et tacitement accepté par Vladimir Poutine, peut-être, avec du recul, un avantage pour les deux géants russe et nord-américain. En renouant avec une opposition de la sorte, Etats-Unis et Russie tendent à étouffer la multi-polarité puis l’a-polarité que les relations internationales avaient mises en évidence au lendemain de la chute du Mur de Berlin. Ensuite, d’un point purement diplomatique, cette bi-polarité fixe, par définition, deux blocs autour desquels gravitent des puissances moyennes (Angleterre, Allemagne, France,…) ou clairement affidées à une puissance définie (Bielorussie, Ukraine russophone,…). Cette fixation permet ainsi aux deux grands de s’affirmer comme puissances globales non pas ouvertement mais de manière indirecte, commandées qu’elles sont, ou seraient, par les intentions de l’un ou l’autre camps. De la Guerre Froide dans le texte. Désireux de ne pas s’immiscer dans les relations internationales mondiales plus qu’ils ne le sont déjà, les Etats-Unis ont ainsi le moyen de bâtir un ensemble d’alliances qui servent leurs intérêts au sens large du terme : diplomatique, économique et financier. Pour la Russie, la volonté de se poser en puissance unique en Europe de l’Est et caucasienne, se trouve satisfaite par la carte du monde diplomatique telle que dessinée à ce jour.

Union Européenne et Chine

D’aucuns s’en étonneraient voire s’en étrangleraient d’indignation mais tant Joe Biden que Vladimir Poutine sont tous les deux des enfants de la Guerre Froide. Tous deux ont connu cette opposition toute à la fois terrifiante, car reposant sur l’équilibre de la terreur, deux arsenaux nucléaires de masse se faisant face (ce qui est d’ailleurs toujours le cas), et rassurante car figée dans la parfaite connaissance des conséquences dramatiques et irréversibles d’une opposition diplomatique amenée à dégénérer en affrontement militaire. Le nouvel équilibre mondial qui se dessine après les années de complaisance envers la Russie de Donald Trump et la volonté de ce dernier de s’extraire des relations internationales laissent pourtant deux acteurs, l’un poliment, sur la touche, l’Union Européenne (en dépit d’un soutien répété de la part de Joe Biden), l’autre volontairement marginalisé, la Chine, officiellement érigée en deuxième préoccupation nord-américaine via l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord). D’ailleurs, in fine, il n’est pas interdit de penser que derrière l’antagonisme américano-russe, maîtrisé et sous contrôle (La Russie ayant de nombreux avantages à ne pas s’agiter sur le plan diplomatique alors que remontent allègrement les cours du pétrole dont elle tire de substantiels profits), ne se cache pas une opposition bien plus profonde et plus inquiétante entre la Chine et les Etats-Unis…(courrierinternational.fr : https://www.courrierinternational.com/article)

Un président giflé, une démocratie humiliée

La gifle reçue par le Président de la République illustre la violence jusqu’alors contenue de certaines franges de la population ainsi que les défaillances de la culture de la démocratie qui a longtemps prévalu dans notre société.

Dire que la vie politique est, par essence et pour ceux qui la vivent, violente est un euphémisme. Et la gifle reçue par le Président de la République lors d’un déplacement dans la Drôme illustre à un point inédit la déliquescence dans laquelle sombre doucement notre société et plus largement les sociétés contemporaines. Car on peut naturellement, et c’est le principe fondamental de toute démocratie, ne pas être en accord avec les représentants de la Nation, on peut exprimer ces désaccords par voie de presse, par celle des urnes voire même oralement quand l’occasion s’en présente. Mais frapper le premier représentant de la Nation tout comme le dernier, qu’il soit maire, conseiller municipal au autre, témoigne de l’absence du plus élémentaire respect pour les règles démocratiques qui régissent nos sociétés. Ces agissements, forme de Loi du Talion, qui se veulent les réactions épidermiques de prétendues atteintes portées à l’on ne sait qui réellement, enfoncent un plus la démocratie dans l’obscurantisme et l’ignorance de régimes sombres et funestes que l’on pensait révolus. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/idees/article)

Espace et méfiance

Clairement, si la violence prend le pas sur l’échange et la discussion qu’appellent toutes démocraties, il n’y a plus d’espace pour ces dernières. D’aucuns argueraient qu’un vent mauvais souffle sur les démocraties modernes, tiraillées de toutes parts par des extrémismes de plus en plus virulents et revendicatifs, se présentant comme les porte-voix de peuples opprimés ou brimés dans leur expression. Si le populisme en est le premier aspect, le déchaînement de violence à laquelle nous assistons depuis peu, qu’elle soit verbale ou physique, invite à la réflexion. Qu’est-ce qui aujourd’hui peut générer de tels comportements ? La méfiance envers des élites, ou prétendues comme telles, politiques ou sociales ? Des inégalités, certes croissantes et par essence, injustes ? Un absence de culture du débat posé et respectueux ? Une avalanche de propos incendiaires, tapageurs polémiques via nombre de relais d’opinion telles que les chaînes d’information en continue ? Des carences éducatives ? Ou bien une forme de libération de la pensée suivie dans les faits par une libération des actes qui s’exprime par la violence ? Les questions sont multiples et se veulent rhétoriques car chacune d’elles correspondent à une réalité sociétale factuelle. (lefigaro.fr : https://www.lefigaro.fr/vox/societe)

Frustrations et réponse collective

Un constat s’impose : la violence est devenue consubstantielle à nos sociétés, elle les ronge et les déstructure. La gifle reçue par le Président Macron n’est peut-être que la première de nombreuses autres manifestations tout aussi violentes, voire plus, qui pourraient émailler les années à venir. Frustrations, déceptions, incompréhension, exclusions et pertes de repères sont des facteurs explicatifs de cette montée en puissance de la violence mais là encore, il convient aussi de s’attarder sur les causes qui génèrent ces frustrations et autres incompréhensions. La perte de la culture de la démocratie, à savoir que tout système politique et sociétal, ne progresse que par le dialogue concerté et la confiance accordée aux représentants élus de la Nation, semble avoir ainsi disparu. Il est inutile de chercher un ou plusieurs coupables : les boucs-émissaires des uns seront les victimes des autres. La réponse ne pourra être que collective ou ne sera pas.

L’adage et le Président

Si le Président de la République n’est pas officiellement en campagne électorale, les voyages en régions débutés en donnent le sentiment. Mais, à un an de l’échéance, ce sont les échos de ces déplacements qui influenceront les derniers mois du quinquennat. Explications.

L’adage populaire le confirme : On est jamais si bien servi que par soi-même ! C’est certainement ce que le Président Macron s’est dit avant de se lancer dans son tour de France afin d’officiellement entendre et écouter les territoires ; officieusement aller prendre le pouls des régions quelques semaines avant les élections régionales et départementales et à quelques mois de l’élection présidentielle. Le Président de la République, soucieux de son image mais plus encore de son bilan alors que débute la dernière année de son quinquennat, semble ainsi tourner le dos aux traditionnels sondages. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/idees/article) Ces derniers ne sont d’ailleurs ni accablants ni glorifiants pour le Chef de l’État. Ils sont une photo d’un échantillon de sondés interrogés via une question précise sensée refléter l’action de l’exécutif et la manière dont celle-ci est ressentie dans l’opinion. Ainsi, dans une tradition très gaullienne à laquelle tous ses prédécesseurs ont cédé, Emmanuel Macron s’en va battre la campagne. Certes. Mais quels résultats en attendre ?

Réformes, opportunisme et immobilisme

Si les échos de ces escapades régionales s’avèrent mauvais ou mitigés, il sera trop tard, au regard du temps restant avant l’élection de 2022, pour poser sur la table un lot de réformes susceptibles d’inverser le cours de la tendance avec, en plus, le risque quasi-certain, de se faire tancer par l’opposition et ses adversaires déclarés d’opportunisme. Si les échos s’avèrent en réalité plutôt positifs voire positifs, il conviendra alors de ne pas froisser une opinion versatile et susceptible. Voilà pourquoi aussi le très explosif dossier de réforme des retraites, promise en 2017, reste pour l’heure sur le bureau du Président, soigneusement rangée. Pour autant, n’est-il pas plus difficile, voire politiquement dangereux, pour le Président, dans le cas où son action recueillerait l’assentiment des Français, de céder à l’immobilisme pour à nouveau être la cible de l’opposition ? C’est un choix cornélien qui peut potentiellement se présenter devant le Président de la République, partagé entre une action limitée mais ciblée et un immobilisme sécurisant mais facteur de critiques que d’aucuns jugeraient justifiées. L’exercice auquel se livre finalement le Président de République, rempli et transi de ferveur républicaine, ouvre cependant la boîte de Pandore car nul ne sait ce qui en sortira même si lui en a une image assez claire. (liberation.fr : https://www.liberation.fr/politique)

Influence et euphémisme

Affirmer que le locataire de l’Elysée y risque aujourd’hui son élection est infondé et prématuré mais avancer que les échos de ce tour de France des régions auront une influence sur les onze mois à venir est incontestable. Pour le résumer très schématiquement, la campagne présidentielle qu’ouvre Emmanuel Macron par ces premiers voyages en régions expose politiquement l’individu, ce qui est par ailleurs et très classiquement, le principe de toute campagne électorale. Et affirmer que celle-ci a un goût particulier, entre souvenir des Gilets jaunes et relents de pandémie, est un euphémisme tant le candidat-président part chargé d’un passif, pour le premier grossièrement réglé, pour le second encore trop récent pour faire l’objet d’un passage au crible de l’histoire. De tous ces éléments et évènements, plus d’autres qui manquent ici à l’appel, Emmanuel Macron, en a produit une synthèse via laquelle il se présente comme le dénominateur commun, celui qui a su les résoudre, hier, comme aujourd’hui et évidemment, à ses yeux, comme demain. Car comme le dit l’adage populaire, encore un, qui veut voyager loin,…. (in Les Plaideurs, Jean Racine, 1668)

Union européenne : L’heure du choix

La crise biélorusse révèle en filigrane toutes les limites de la diplomatie de l’Union Européenne face à la Russie, soutien indéfectible d’Alexandre Loukachenko. Désormais, à l’Union de devenir une puissance et non plus un partenaire parfois écouté.

L’agitation diplomatique qui prévaut depuis quelques jours suite au détournement d’un avion de la compagnie Ryan Air par la Biélorussie au motif que celui-ci abritait un opposant au régime du président Loukachenko n’est pas sans mettre en évidence toute l’ambiguïté des Européens de l’Ouest et l’Union européenne en particulier à l’égard de la Russie. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international/article) Car si c’est bien le président Biélorusse qui a poussé au détournement de l’aéronef irlandais, il faut voir dans la hardiesse d’Alexandre Loukachenko la main invisible de Vladimir Poutine trop heureux de pouvoir, une fois encore, contrarier des Européens toujours aussi embarrassés à son endroit. Cet embarras s’explique par une situation diplomatique et économique complexe qui lie la Russie à l’Europe de l’Ouest. Diplomatique d’abord car, une fois la Guerre Froide achevée, Moscou et l’Union européenne ont commencé une politique de rapprochement qui visait à rétablir des relations longtemps distendues. Ce rapprochement s’était avéré nécessaire et a d’ailleurs quelque part permis l’intégration d’anciens pays de l’Est, pays satellites de l’URSS disparue, dans l’Union européenne. Cette intégration, que Moscou a vu comme la création d’une forme de cordon sanitaire, s’est pourtant révélée à terme problématique pour le Kremlin, surtout lors de l’intégration de la Pologne, qui mettait l’Union européenne aux portes de la Russie.

Tolérance et droits de l’Homme

Cette proximité a d’ailleurs été à l’origine de l’intervention, certes sous-jacente, de la Russie en Ukraine quelques années plus tard, soucieuse d’intégrer à son tour l’Union. Pour autant, la Russie de Vladimir Poutine ou Dmitri Medvedev s’est montrée tolérante tant que l’Union Européenne ne se mêlait pas de ses affaires internes où les atteintes aux droits de l’homme étaient légions. Cette cohabitation diplomatique concernait certes la Russie mais aussi des pays vassaux du Kremlin dont la Biélorussie qui s’accommodait fort bien d’un Occident volontairement aveugle devant les atteintes portées aux libertés individuelles et collectives, effrayé qu’il était par la susceptibilité et, malgré tout, par la puissance militaire, de l’ours russe. Economiquement car la Russie reste un partenaire au poids non négligeable. Ainsi, l’Union Européenne est-elle le partenaire économique le plus actif de la Russie (52,3 % de l’ensemble du commerce extérieur russe en 2008). En parallèle, 75 % des investissements directs à l’étranger (IDE) en Russie proviennent également de l’Union européenne. Celle-ci a ainsi exporté 105 milliards d’euros de marchandises vers la Russie en 2008 quand Moscou a exporté 173,2 milliards d’euros à l’Union européenne. Pour autant, le principal ressort des relations économiques entre l’Union européenne et la Russie reste l’exportation des hydrocarbures (gaz et pétrole) qui représentent 68,2 % des exportations russes vers l’UE. (Lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers)

Prudence et influence

La question énergétique est centrale dans cette crise diplomatique car elle oblige l’Union Européenne a beaucoup de prudence afin de ne pas froisser Moscou qui pourrait, par mesure de rétorsions mutuelles jugées trop sévères, couper l’approvisionnement en matière première. Via ces tensions, l’Union Européenne touche ainsi aux limites de son action diplomatique et de son influence géopolitique. Le noeud gordien biélorusse en illustre toute l’ampleur en dépit d’une position commune et unanime de la part des vingt-sept. Mais désormais il convient de s’interroger à Bruxelles comme dans nombre de pays membres de l’Union, sur la manière dont l’Europe politique peut peser à l’échelle européenne et continentale, comment celle-ci peut dépasser sa dépendance à la Russie pour ne plus en être tributaire, pour ne pas dire effrayée ? Finalement, il apparaît que la crise biélorusse interroge l’Union européenne sur son devenir et sa capacité à se vivre en puissance et non plus en partenaire.

Le dernier bastion de la Guerre Froide

Les affrontements qui ensanglantent le Proche-Orient mettent en évidence l’inertie des organisations internationales à résoudre une opposition profonde mais révèlent aussi l’existence de rivalités diplomatiques dignes de la Guerre Froide.

Entre traités de paix signés puis bafoués et reprises des hostilités toujours plus cruelles au fil des années, le conflit israélo-palestinien n’en finit pas d’alimenter depuis plus de soixante-dix ans l’actualité internationale, entre espoirs de réconciliation déçus et affrontements où même la violence la plus dure semble avoir été dépassée. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international/article) Pourtant, outre les causes de ce conflit, il n’est pas inutile de s’intéresser à ce que celui-ci représente encore aujourd’hui, au-delà de l’opposition entre Palestiniens et Israéliens. Créé au lendemain de la fureur destructrice de la Seconde Guerre mondiale, l’État d’Israël s’est imposé sur la scène internationale dans une climat de Guerre Froide naissante et où se dessinaient les premières lignes de fractures qui allaient perdurer jusqu’au début des années soixante-dix. D’abord soutenu par la France dans les années soixante, Israël s’est progressivement détaché de Paris pour se tourner vers les Etats-Unis qui sont alors devenus, et pour le rester, les premiers soutiens de l’État hébreu.

Allié et bi-polarité

Et si Joe Biden, le président des Etats-Unis récemment élu, s’est révélé réticent à intervenir afin d’apaiser les tensions et la nouvelle flambée de violence, le pays à la bannière étoilée demeure le premier allié d’Israël. Dans cette configuration, quid alors des soutiens au peuple palestinien ? L’Europe occidentale, consciente de la nécessité pour Israël de disposer d’un Etat, s’est toujours aussi montrée favorable dans son ensemble à la reconnaissance d’une entité palestinienne autonome et indépendante, tout comme l’est d’ailleurs la Russie de Vladimir Poutine, active dans la région via son intervention en Syrie. Ainsi, au vu de ses éléments, qui confirment une forme de bi-polarité que l’on pensait désuète voire disparue, se dégage un parfum de Guerre Froide dont Israël serait le dernier bastion l’ultime espace de confrontation, où Etats-Unis et Russie soutiennent l’un et l’autre un camp dans le cadre d’une opposition par procuration loin de s’être évanouie avec la chute du Mur de Berlin. L’État hébreu qui vit en état de guerre permanent depuis 1948 n’a finalement pas profité de la dislocation de l’affrontement Est-Ouest qui a longtemps prévalu. Au contraire, à son corps défendant, il le nourrit et l’entretient, Russie et Etats-Unis voyant là le moyen d’exercer leurs influences respectives et s’assurer par là même des soutiens précieux dans une région explosive.

Terre et véto

Point de fixation et de crispation diplomatique, le conflit israélo-palestinien continue dès lors à révéler l’inertie de nations prises au piège par la nécessité de reconnaître, à deux peuples, le droit à un Etat sur la même terre. Cornélien… ! L’Organisation des Nations Unis (ONU) qui depuis 1967, et la Guerre des Six-Jours, condamne l’occupation des territoires éponymes et multiplie les résolutions afin de faire respecter le droit international, se heurte de manière systématique au véto soit des Etats-Unis, soit de la Russie, décrédibilisant un peu plus son image, son action et son utilité puisque bafouée par deux nations majeures. L’Union Européenne, coincée entre culpabilité et nécessité, continue elle à se perdre en atermoiements où se bousculent des déclarations d’intentions sans effet. (lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/monde/afrique-moyen-orient) Ainsi, alors que la région semble se diriger vers des situations sociales et humaines inextricables fruits de positions sur le point de devenir irréconciliables, le conflit qui oppose Palestiniens et Israéliens demeure encore un l’espace d’une confrontation dépassée et obsolète. Et pour quel résultat ?

La sécurité du Président

En se saisissant de la question sécuritaire, le Président de la République entend rassurer les Français sur sa capacité à affronter sans fard les réalités qu’elle impose. Mais l’opération ne relèverait-elle pas autant de l’électoralisme que de l’opportunisme ?

Comme nombre de ses prédécesseurs, Emmanuel Macron s’est saisi à quelques mois de l’élection présidentielle de la question sécuritaire. Ainsi, avec un nouveau projet de loi anti-terroriste prochainement présenté devant l’Assemblée nationale, le Président de la République entend faire taire les critiques qui s’élèvent, notamment dans l’opposition de droite, jugeant trop laxiste l’arsenal juridique et judiciaire en vigueur au regard de l’importance du sujet. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/politique/article) Pour autant, la question qui émerge devant cette surenchère, aisément taxée de facile, et qui ne fait en définitive qu’alourdir le dispositif existant, est de savoir si celui-ci aboutit à des résultats probants. Il appartiendra à chacun d’en juger mais il est en revanche certain qu’il y a dans cette pratique inaugurée par Jacques Chirac en 2002 une forme de cynisme des plus désagréables et qui s’exprime par l’idée que la sécurité de la collectivité ne semble avoir d’intérêt qu’à l’approche du scrutin présidentiel.

Préoccupations et crise

Est-ce à dire que la thématique sécuritaire disposerait de son propre calendrier pour n’être évoquée qu’en période pré-électorale, renforçant de fait son caractère purement électoraliste ? Il n’est pas interdit de le penser tant la thématique s’absente des préoccupations au fur et mesure que le rendez-vous électoral phare de la Cinquième République s’éloigne. Or, il est aussi vrai que le Président, qui, de bonne guerre, se défendra de toutes visées électoralistes dans la remise au goût du jour de la question, a cherché a accélérer le temps. Passée la pandémie, engagée la vaccination de masse et présenté le plan de déconfinement, secteur par secteur, la priorité de l’exécutif est désormais de répondre à l’urgence, du moins jugée comme telle, de la sécurité. Rassurer les Français, et potentiellement les touristes à venir dans un été considéré comme crucial que tous espèrent post-covid, apparaît comme primordial pour celui qui souhaite prolonger son bail à l’Elysée. (lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/politique-societe) Il n’est donc pas impossible dans les mois qui s’annoncent d’assister à une avalanche de lois sécuritaires dont l’efficacité ne pourra être jugée qu’à l’épreuve des faits. C’est d’ailleurs un des inconvénients de cette thématique et des lois qui l’accompagnent : leurs effets ne sont visibles qu’en cas de crise majeure.

Manœuvres et synthèse

Le renforcement de la présence policière récemment voulu par le Président de la République n’est en définitive que l’un des rares, si ce n’est le seul caractère concret, de ce type de manœuvres. Alors quel adjectif pourrait qualifier le soudain intérêt du Président pour cette question certes obérée par la crise sanitaire et les impératifs économiques. Opportunisme apparaît comme évident. Exploiter les craintes, réelles ou supposées, des Français au regard de la situation sécuritaire n’est en rien nouveau. Et le Président de la République ne faillit pas à la règle en reprenant ce thème. Mais là où le bât blesse c’est que celui qui voulait incarner une nouvelle manière de gouverner, au-delà des partis et de leurs bases idéologiques sensées être dépassées pour aboutir à une synthèse globale empreinte de social-démocratie 2.0, voire 3.0, retombe, falot et lourdement, presque grossièrement, dans les antiennes des décennies passées. Le nouveau monde ressemble finalement et étrangement encore à l’ancien…