Le vaccin, le droit et la liberté

Les anti-vaccins avancent l’idée d’une entrave à la liberté individuelle devant la possible obligation. Mais l’obligation est-elle réellement la première entrave ?

La possible obligation vaccinale avancée par le président de la République a déchaîné les anti-vaccins qui dénoncent une atteinte aux libertés individuelles. Mais cette réaction interroge aussi sur le sens donné à ces derniers aux notions de libertés et de biens communs.

Contenue jusqu’alors, la véhémence des anti-vaccins, communément appelés antivax, est montée d’un cran au lendemain de l’intervention du président de la République, le 12 juillet dernier, quand celui-ci ouvrait la voie à une possible obligation vaccinale à l’endroit de certaines branches professionnelles. Dès lors, nombreuses furent, et sont, les manifestations de contestation à l’égard de la décision présidentielle, manifestants et opposants arguant du fait que cette obligation entravait la liberté individuelle et plus largement les libertés fondamentales. (Franceinfo.fr : https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus) Or, les arguments avancés par ces groupes d’opposants, globalement minoritaires dans la population, mettent en évidence deux lignes de forces que le développement de la pandémie, et les conséquences qui l’accompagnent, ont révélé. La première est la crainte, que l’on croyait dans l’ensemble apaisée, voire éradiquée, nourrie à l’endroit de la vaccination. Ainsi, il apparaît que le principe d’une protection immunitaire, via l’injection d’une souche virale à la virulence atténuée pour combattre cette dernière par la production d’anti-corps, n’est pas partagée par tous et que la pédagogie mais aussi l’information sur les bienfaits de cette pratique sont encore à travailler.

Rapport à la démocratie et la liberté

Entre ignorance, préjugés, idées reçues et relents conspirationnistes, le principe de la vaccination s’est trouvée, à l’occasion de cet épisode pandémique de farouches opposants prêts à en découdre avec les autorités, des menaces de mort ayant été proférées à l’endroit de députés ou des symboles à la pertinence des plus douteuses et contestées utilisés. (youtube.fr : https://www.youtube.com/watch?v=063wFqeoDTA). Si cette opposition restera anecdotique au regard de l’Histoire, le second point que relève l’agitation des antivax est plus inquiétante et interroge sur le rapport de ces individus à la notion de démocratie et plus précisément de liberté. D’aucuns ont ainsi avancé le principe qu’une possible obligation vaccinale entravait leur liberté individuelle. L’argument est valable mais d’essence tautologique donc à la portée limitée et dénuée de toute réflexion à caractère civique, voire philosophique : toute obligation est d’évidence une forme de restriction ou d’entrave. Mais en développant plus avant la contre-argumentation, il n’est pas interdit de soulever deux éléments corollaires. Tout d’abord, il appartient à chacun de se laisser vacciner ou non, les conséquences sanitaires et juridiques qui en découlent relèvent de la responsabilité personnelle qu’il conviendra alors d’assumer. C’est un des premiers pans de la liberté individuelle. La seconde renvoie à la conception de la liberté dans la sphère publique.

Entraves et droit individuel

A ce jour et factuellement, ce qui entrave la liberté de chacun ce n’est pas l’obligation de se faire vacciner, c’est le virus lui-même qui oblige à des restrictions en série vécues comme autant d’entraves. Or le refus de se laisser vacciner peut être assimilé à une forme d’égoïsme qui se moque du bien collectif exposant la majorité à la décision arbitraire d’une minorité. (lefigaro.fr : https://www.lefigaro.fr/actualite-france/) Et le phénomène alors de s’inverser : les non-vaccinés demandent aux vaccinés d’assumer un choix qui est étranger à ces derniers car dicté par des convictions qui s’extraient de la norme sociétale qui veut que chacun apporte sa part au bien-être de la collectivité. Cette montée en puissance des anti-vaccins révèle aussi une tendance devenue désormais récurrente dans les sociétés occidentales et qui met en exergue la suprématie du droit individuel au détriment de celui de la collectivité et de ses intérêts. In fine, il n’est pas interdit de penser que si refuser de se laisser vacciner est un droit inaliénable en démocratie, droit qu’il appartient de respecter, arguer du fait que la possible obligation de s’y soumettre relève d’une entrave aux libertés individuelles renvoie à une méconnaissance des enjeux sanitaires mais aussi, et surtout, des liens qui unissent collectivité, démocratie et liberté.

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