L’OPEP, entre puissance et faiblesse

Le pétrole connaît une flambée de ses cours qui inquiète les pays consommateurs. Mais l’OPEP est-elle réellement gagnante dans cette phase haussière?

L’augmentation continue des cours du pétrole préoccupe les pays industrialisés soucieux de voir ralentir la croissance mondiale post-covid annoncée soutenue. Mais cette flambée des cours met aussi en exergue le rôle de l’OPEP, acteur et victime de la puissance de l’or noir.

D’un point de vue géopolitique et géostratégique, les dissensions qui déchirent l’Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP) sont riches d’enseignement sur l’état des relations entre les membres du cartel pétrolier mais aussi sur les attentes nourries par les pays consommateurs et non producteurs d’or noir. A ce jour, une seule préoccupation hante ces derniers : qu’une flambée des cours ne viennent compromettre la reprise économique mondiale attendue. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/economie/article) Car une augmentation du prix du baril (Brent ou WTI) pourrait mobiliser, plus que de raison ou plus qu’attendu, le pouvoir d’achat des consommateurs via les carburants carbonés encore massivement utilisés. Et voir émerger de nouvelles tensions entre pays producteurs et pays consommateurs n’est pas exclus tant la dépendance à l’or noir reste encore très forte de par le monde, ce qui n’est pas d’ailleurs sans interroger sur l’avancement des politiques environnementales et la transition énergétique à l’échelle globale. Pour autant, ces tensions sur le pétrole qui s’étaient atténuées depuis de début de la pandémie, voire auparavant, remettent au goût du jour les divergences existants entre les pays producteurs, certains plaidant pour une hausse de la production, d’autres pour le statu quo de prix élevés liés à une restriction ou à un maintien de la production actuelle. Les deux orientations présentent des avantages opposés que les partisans de l’une ou l’autre ont bien saisi.

Profits et acteur

La première génère des profits à long terme, le prix du baril affichant un tarif jugé acceptable (50 à 60 dollars), les pays industrialisés étant ainsi assurés de pouvoir maintenir leur croissance économique sans être handicapé par une facture pétrolière trop lourde. La seconde, jugée plus retorse, entraîne des profits élevés et rapides pour les pays producteurs, séduits par l’idée de se financer sur le marché de l’énergie, mais présente le risque d’entraver la croissance mondiale en raison d’une facture énergétique trop lourde ce qui au final pourrait se retourner contre les pays producteurs, la demande s’affaiblissant du fait des tarifs pratiqués. Voilà un constat dont pourrait aussi tirer parti les pays consommateurs car ces dissensions, anciennes et profondes, au sein du cartel pétrolier ont longtemps empêché, et empêchent encore, l’OPEP d’être l’acteur énergétique tout-puissant qu’il aurait pu devenir, même s’il en présente déjà de nombreux atours. Dépendante de la demande et de la croissance mondiales, concurrencée par la production de pétrole de schiste aux Etats-Unis, l’exploitation de sables bitumineux au Canada (Province de l’Alberta), ou par des carences en terme d’investissement qui pénalisent sa rentabilité, la production de pétrole est peut-être aujourd’hui plus que jamais otage des économies industrialisées. (tradingstat.com : https://www.tradingsat.com/petrole-brent-MP0000000BRN/actualites)

Effet répulsif et transition

De la Chine aux Etats-Unis en passant par l’Europe, un baril affichant un prix trop élevé aurait dans un premier temps un effet répulsif puis politiquement dévastateur car l’OPEP serait accusée de saper les prémices de la croissance dont elle serait à terme victime. Si la pandémie a renforcé le poids stratégique de l’Organisation, elle a aussi mis en évidence ces faiblesses elles-mêmes nourries par les carences de pays producteurs largement dépendants de la manne pétrolière. Constat qui pourrait amener l’OPEP a réfléchir sur son rôle et sa place dans l’économie mondiale post-covid et de plus en plus séduite par les énergies renouvelables. Repenser le modèle de fonctionnement de l’OPEP, en la faisant passer d’un statut d’association de pays producteurs à celui d’acteur susceptible d’accompagner la transition énergétique mondiale via le financement d’initiative durable n’est pas à exclure.

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