Capacités d’adaptation

L’attentat perpétré par un français d’origine tchétchène confirme la capacité de l’Etat islamique à s’adapter à notre vigilance en étant capable de frapper n’importe où, à toute heure et via des individus parfois peu immergés dans les réseaux terroristes.

Les raisons ultimes susceptibles d’expliquer le geste de Khamzat Azimov resteront vraisemblablement inconnues et ce même si la revendication par l’Etat islamique de l’attentat qui a ensanglanté Paris le 12 mai se suffisent à elles-mêmes pour expliquer son acte par ailleurs appuyé par l’allégeance de l’agresseur à l’Etat islamique. Pour autant le geste de cet individu, certes fiché S, interroge non sur l’efficacité du dispositif ou sur le suivi accordé à celles et ceux qui figurent dans le fichier national, mais sur les moyens alloués à l’anti-terrorisme. Il n’est pas ici question d’ouvrir un procès à l’endroit des autorités en charge de la sécurité intérieure, procès gratuit qui n’aurait aucun sens et tournerait rapidement à une polémique aussi stérile qu’infondée. Un constat préventif s’impose cependant. Au regard du nombre d’attentats déjoués sur le territoire (78 projets ont été déjoués sur le territoire français depuis 2013* – voir ci-dessous), il serait faux, voire idiot, de crier à l’inefficacité des services de renseignements ou de police. (Lire l’article sur lemonde.fr : Cibles, auteurs…, radiographie des 78 projets d’attentat recensés en France depuis 2013 ) Mais une autre réalité s’impose aussi : il est impossible de placer un agent des forces de l’ordre derrière chaque fiché S. Manque de moyens et de personnels, possible atteinte à la liberté individuelle et de mouvement expliquent cette évidence qui, en outre, ne serait pas nécessairement la solution.

Protéiforme et adaptation

Car à ce jour, la menace terroriste devenue protéiforme, peut, preuve en est avec Khamzat Azimov, faire appel ou se servir d’individus des plus discrets et dont l’implication dans logique terroriste était jusqu’alors minime voire nulle. C’est bien là la difficulté du combat contre le terrorisme que mènent nombre de pays : son caractère totalement imprévisible, aveugle et inconscient. Certes, répétons-le, nombre d’attentats ont été déjoués en France et dans le monde. Mais combien sont actuellement en préparation, attentats dont les services de renseignements internationaux ne sont pas encore informés car fomentés en dehors des circuits traditionnels ou des réseaux identifiés ? Loin d’être sots, les auteurs d’attentats ont eux aussi appris des services de renseignements et savent désormais, sinon les induire en erreur du moins déjouer leur vigilance ou bien suffisamment brouiller les pistes pour ralentir leur intervention. Khamzat Azimov, qui ne présentait en rien un profil particulièrement dangereux, a pourtant commis l’irréparable. Lorsque l’Etat islamique régnait en maître au Moyen Orient, en Syrie et en Irak, aussi violentes que pouvaient être les actions, ces dernières étaient géo-localisables dans leurs origines. Désormais, avec la disparition de l’Etat islamique, il sera de plus en plus difficile de localiser non pas les auteurs mais l’espace de tensions où se fomentent les attentats car cet espace aura pris une dimension mondiale et secrète. Faudra-t-il alors se méfier de tout et de n’importe quoi ? Non ! Naturellement ! Mais il faudra garder à l’esprit encore longtemps que la menace somnolente est à même de se réveiller à tout moment car ceux qui en sont les auteurs ont su s’adapter à notre vigilance.

*Source : Lemonde.fr – 30.03.2018

La tentation chinoise

L’annonce du retrait des Etats-Unis de l’Accord de Vienne régulant l’activité nucléaire de l’Iran plonge le Moyen Orient et les cosignataires dans une incertitude lourde et dangereuse. Et si la solution à la crise naissante venait de Chine ?

En annonçant le retrait des Etats-Unis de l’accord de Vienne (Joint Comprehensive Plan of Action – JCPOA) signé entre les cinq membres du conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Russie, Chine et France) plus l’Allemagne, Donald Trump jette, non seulement le Moyen-Orient dans une période d’incertitudes lourdes dont les conséquences pourraient rapidement s’avérer dramatiques, mais déstabilise aussi les autres co-signataires de l’accord, en dépit de leur volonté, pour l’heure, de faire front et de respecter les termes d’un traité acquis après douze ans de négociations. (Lire l’article sur lemonde.fr : Iran : une décision absurde aux effets déstabilisateurs ) Au Moyen-Orient, dans un premier temps, le retrait des Etats-Unis pourrait facilement être interprété par Téhéran comme une sorte de blanc-seing a un programme nucléaire bien plus actif qu’il ne l’est aujourd’hui, la République iranienne faisant fi des sanctions à venir.

Poids diplomatique

Hassan Rohani, le président modéré iranien ayant donné, après l’annonce de Donald Trump, pour instruction à l’Organisation de l’énergie atomique iranienne de préparer un programme visant à la production d’uranium enrichi mais dans un laps de temps conditionné par l’attitude des autres co-signataires. Israël, et dans une moindre mesure l’Arabie Saoudite, ont salué ce retrait en fidèles alliés des Etats-Unis mais pourraient là encore, et dans les plus brefs délais, regretter une décision qui ne lie plus les Iraniens à qui que ce soit ou à quoi que ce soit sauf aux nations européennes dont le poids diplomatiques au Moyen-Orient est quasi-nul, au mieux symbolique. Car il n’est pas leur faire injure que de dire que le poids des pays décidés à encore respecter l’accord ne constitue en rien une menace particulière pour Téhéran même si celle-ci s’est montrée sensible et attentive à la volonté de ces derniers de rester ouverts au dialogue dans le cadre de l’accord signé. Et l’avenir de dire si l’union affichée entre les cosignataires restant perdurera dans le temps…La Grande-Bretagne toujours plus tentée par le grand large que par l’Europe pourrait faire preuve dans les mois à venir de frilosité pour finalement accorder du crédit au retrait nord-américain ; le couple franco-allemand, conscient des dangers que la rupture de l’accord ferait courir pourrait aussi faire preuve d’un volontarisme limité et ce même si l’Iran ouvre d’immenses perspectives économiques. (Lire l’article sur lesechos.fr : Marchés financiers : comment l’Iran peut rebattre les cartes ) La Russie, quant à elle, prompte à soutenir Bachar El Assad dans sa lutte contre la rébellion syrienne pourrait voir dans l’accord signé un accessoire quelque peu encombrant, trop préoccupée par sa position diplomatique à l’échelle internationale.

Accord ou atlantisme ?

Car à trop soutenir un accord, certes imparfait, mais qui a le mérite d’exister, accord qui réintègre d’autant plus l’Iran dans le circuit diplomatique mondial que celle-ci respecte les termes fixés par le traité, les co-signataires savent pertinemment que le risque de voir s’ouvrir une crise diplomatique avec les Etats-Unis est réel. Et reste à savoir qui des signataires européens sera prêt à relever ce défi ? Tout proche qu’il soit de Donald Trump, tout attaché qu’il soit à l’accord et tout respectueux de l’accord de Vienne qu’il s’affiche, Emmanuel Macron sera partagé entre deux feux. La défense acharnée du traité ou un atlantisme à ses yeux essentiel ? Car la position des Etats-Unis est aussi une épreuve pour l’Europe. Pourquoi ? Parce que celle-ci a peut-être là l’opportunité de faire preuve d’une certaine maturité et d’un courage que d’aucuns salueraient en faisant honneur à ses convictions en se désolidarisant, au regard de la question iranienne, des Etats-Unis. Pour autant, la solution se trouve peut-être à Pékin. La Chine, partie prenante silencieuse dans la lente résolution (et loin d’être acquise) crise nord-coréenne, sait combien son poids économique et diplomatique serait à même d’infléchir la position de Donald Trump, à tout le moins de le pousser à reprendre des négociations plus rapidement que celui-ci ne le souhaite. Pékin dispose de tous les atouts, avec pour vertu cardinale de ne pas être directement liée avec l’Iran sauf via l’Accord de Vienne, pour résoudre la crise diplomatique qui s’annonce. Mais le voudra-t-elle ? Mais le pragmatisme des co-signataires, réalistes quant à l’absurdité de la décision de Donald Trump, peu désireux de voir s’envoler le prix du baril de pétrole, de voir s’éteindre les perspectives économiques offertes par l’Iran, y compris pour la Chine (confrontée à un ralentissement de son économie) et plus globalement de voir s’affaisser la croissance économique actuelle pourrait motiver la Chine. Mais quand la Chine s’éveillera…?

Machiavélisme ou diplomatie ?

Si le rapprochement des deux Corée permettra d’apaiser les tensions qui paralysent la région, le renvoi de la dénucléarisation de la Corée du Nord à un avenir indéterminé offre à Kim Jung Un un moyen de pression à même d’influer sur les négociations à venir.

Le monde des affaires étrangères est en ébullition ! Et pour cause : les deux Corée, ennemies que l’on croyait irrémédiablement irréconciliables semblent avoir franchi le pas que tous les experts des relations internationales attendaient depuis 1953. Naturellement, la réunification n’est pas pour demain mais le semblant de détente qui traverse les deux pays après que la Corée du Nord a annoncé sa volonté de se rapprocher de Séoul et de réduire son arsenal nucléaire ouvre la voie à tous les espoirs. Voilà pour le constat dont beaucoup, et à raison, se réjouiront. Pour autant, Pyong-Yang, prudent par essence et par nature, a bien précisé que si la paix était une promesse des plus réalisables, la dénucléarisation en revanche, ne serait pas immédiate en dépit de l’intention nord-coréenne de fermer le centre d’essais nucléaires souterrains de Punggye-ri. (Lire l’article sur lemonde.fr : Corée du Nord : optimisme prudent après les précisions de Kim Jong-un sur la fermeture de son site d’essais nucléaires) Là encore, plusieurs raisons expliquent cette position.

Pressions diplomatiques

Kim Jung Un, conscient que les avancées diplomatiques actuelles ne doivent en rien affaiblir la Corée du Nord, sait aussi que celui-ci doit conserver un moyen de pression diplomatique. Kim Jung Un, loin d’ignorer les arcanes des relations internationales et les liens secrets ou officiels qui peuvent unir les différents acteurs engagés dans ce jeu d’échec international, a très bien assimilé le fait que proposer de dénucléariser son pays était une étape, un premier pas qui sera suivi dans les faits si les autres protagonistes en effectuent aussi. En d’autres termes, si Pyong-Yang donne le sentiment d’effectuer le premier pas vers des relations normalisées pour sortir de l’état de guerre officiel qui prévaut depuis 65 ans, il revient, aux yeux de Kim Jung Un, aux Etats-Unis, à la Corée du Sud, au Japon et aussi à la Chine de faire part de leur volonté de pacifier la région. Alors, peut-être, que la dénucléarisation annoncée se traduira dans les faits. Mais pour l’heure l’idée avancée reste sur la table. Parallèlement, la tactique nord-coréenne, plombée par les échecs passés des tentatives de rapprochement ou de dénucléarisation (Lire lesechos.fr : Comment la Corée du Nord a systématiquement berné la communauté internationale par le passé), est aussi le moyen de se donner des allures de partenaire affable et compréhensif après avoir été taxé de tous les maux possibles.

Machiavélisme ?

D’un point de vue diplomatique, Kim Jung Un joue in fine assez intelligemment cette partie d’échec car en cas d’échec à venir (que d’aucuns ne veulent envisager mais gardent cependant à l’esprit), Pyong-Yang pourra aisément se draper dans le linceul victimaire en précisant que l’initiative du rapprochement lui revenait. Machiavélique ? Certainement. Mais en renvoyant l’idée d’une dénucléarisation à un avenir encore flou, tout en travaillant à un rapprochement qui lui sera bénéfique économiquement (le rapprochement en question pourrait permettre une détente des relations sino-coréennes), Kim Jung Un effectue une avancée diplomatique à peu de frais qui contente les Etats-Unis. Et dans l’attente de la rencontre avec Donald Trump prévue dans le courant du mois de juin, Kim Jung Un s’offre une nouvelle virginité internationale.

Savoir s’opposer

En affichant une détermination sans faille, Emmanuel Macron déstabilise une opposition incapable de contrer son volontarisme. Sauf à comprendre que les réflexes d’opposants qui prévalaient jusque là sont devenus obsolètes, toute opposition se brisera sur le réformisme du Président.

 

Toute opposition à Emmanuel Macron serait-elle vaine et nulle ? D’aucuns s’écrieraient que non, que la démocratie doit nourrir, par diverses formations politiques, une réflexion différente de celle du chef de l’Etat, du Gouvernement et de la majorité qui l’accompagnent tout deux. Pour autant, force est de constater aujourd’hui que celles et ceux qui s’essaient à contredire la parole présidentielle se heurtent, non pas à un mur d’incompréhension de la part du Président mais à une volonté décidée de mener à leur terme les réformes engagées ou voulues. Ainsi, se succèdent opposants et détracteurs, s’appuyant comme souvent sur la grogne populaire ou le mécontentement de telles ou telles corporations avec l’espoir de faire flancher la détermination présidentielle. Sauf que jusqu’à ce jour, cette tactique qui longtemps prévalu et qui a souvent fait par le passé ses preuves en se concrétisant par l’abandon du projet proposé ou par une réforme a minima ne fonctionne plus.

Défaut ou vertu

Emmanuel Macron, qui était membre de la Commission Attali, (ou Commission pour la libération de la croissance française)* chargée par Nicolas Sarkozy, de réfléchir à de possibles réformes susceptibles de modifier l’aspect et le fonctionnement du pays tout en le sortant de l’ornière de la crise économique, a vu au moins deux de ses successeurs reculer devant une opposition politique et une opinion réfractaires. Convaincu pour sa part, à tort ou à raison, que la France avait besoin de fermeté dans l’art de mener les réformes à leur terme, le Président fraîchement élu s’est donc empressé de mettre en œuvre ce qu’il a proposé pendant sa campagne et de ne dévier en rien de la route fixée. Certes, le bilan un an après son élection est discutable et ouvert à la critique mais l’homme de l’Elysée peut être gratifié de ce trait de caractère (défaut pour certains, vertu pour d’autres) de tenir le cap fixé. Cependant, que le Président de la République fasse preuve de détermination dans sa volonté de mener à bien ses réformes, il n’y a la rien d’étonnant in fine, juste en réalité l’application de la mission qui lui a été confiée. On peut s’en émouvoir mais tellement habitués que nous sommes et avons été à voir l’exécutif reculer pour un oui ou pour un non que la fermeté élyséenne nous surprend.

Critique et contestation

Ce qui est en revanche plus inquiétant pour l’avenir d’un débat démocratique sain et constructif, c’est le manque d’imagination des opposants au Président. Tous s’enferrent ainsi aujourd’hui dans des attitudes dépassées qui ne correspondent en rien à la situation nouvelle issue de l’élection d’Emmanuel Macron et qui restent pour l’immense majorité encore largement imprégnées de l’idée que la critique associée à une contestation populaire poussera l’Elysée à reculer. Répétons-le, cette tactique est désormais obsolète et n’a aucune prise sur un exécutif qui sans s’en moquer, accorde peu de cas aux gesticulations ou aux déclarations d’une opposition faible, voire transparente. L’opposition à Emmanuel Macron, nécessaire à tous points de vue, devrait néanmoins se structurer et ce concentrer non pas autour de réflexes désormais stériles et inefficaces devant la détermination du Chef de l’Etat mais peut-être sur une étude approfondie des réformes à venir afin d’en déterminer les forces et les faiblesses. Car si les modes de fonctionnement politiques ont désormais changé, les formations politiques doivent elles aussi admettre que leur propre mode de fonctionnement doit évoluer pour répondre à la nouvelle donne sociétale. C’est peut-être ainsi que les partis traditionnels retrouveront leur aura et leurs militants perdus.

Nota bene : La Commission pour la libération de la croissance française, ou, du nom de son président Jacques Attali, la Commission Attali, est une commission chargée par le président de la République française Nicolas Sarkozy de rédiger un rapport fournissant des recommandations et des propositions afin de relancer la croissance économique de la France. Elle a commencé ses travaux en juin 2007 et a rendu son rapport final le 23 janvier 2008. La commission Attali était directement inspirée par le comité Rueff-Armand et la commission Sudreau. En février 2010, le président lui demande de proposer d’ici l’été 2010 des pistes de sorties de crise. Le second rapport intitulé « Une ambition pour dix ans » a été remis au président de la République à la mi-octobre 2010.

Source : Wikipedia.org

Nostalgie soviétique

L’agitation de Vladimir Poutine sur la scène internationale traduit aujourd’hui la volonté d’un homme de rendre à son pays sa puissance et son aura diplomatique en restaurant un climat de Guerre froide. Mais à quoi répond cette inclination : nécessité politique ou instinct de survie ?

A quoi joue Vladimir Poutine ? La question pourrait surprendre mais au regard de l’indignation, feinte ou réelle, du néo-président russe au lendemain des frappes de la coalition américano-franco-britannique en Syrie, celle-ci prend un certain sens. Vladimir Poutine défendra-t-il le régime syrien de Bachar El-Assad jusqu’à la chute de celui-ci ou préférera-t-il se retirer du jeu diplomatique avant le retrait du dictateur syrien ? Il est fort probable que, pour des questions purement stratégiques, notamment liées à l’avenir de la présence russe en Méditerranée, le locataire du Kremlin optera pour la seconde option, affectionnant certainement plus de négocier sa place en Europe sud-orientale avec les alliés plutôt que perdre toute présence russe au Moyen-Orient avec la chute de Bachar El-Assad même si d’autres raisons peuvent être avancées.

Guerre Froide et zones d’influence

Sergueï Markov (In leJDD.fr : Frappes en Syrie : pourquoi la Russie ne contre-attaque pas), un politologue proche du Kremlin, offre une autre explication sur la passivité de Moscou : « En Syrie, la Russie ne protège pas Assad mais se protège elle-même. Notre objectif est d’arrêter la marche des Etats-Unis et de l’Union européenne visant à remplacer tous les leaders et les régimes politiques qui ne leur plaisent pas. Notre objectif est aussi d’offrir à l’armée russe de quoi démontrer sa puissance. » Mais pour l’heure, la première des motivations de Vladimir Poutine, au delà des questions syriennes, est certainement de rendre à la Russie sa grandeur passée, celle que feue l’URSS portait en elle. Car Vladimir Poutine, fruit du régime déchu en 1991, n’a jamais caché son admiration pour l’URSS ainsi que puissance diplomatique et militaire. Or à ce jour, si Vladimir Poutine sait pertinemment que la Russie n’est pas en mesure de rivaliser (économiquement ou militairement) avec les Etats-Unis ou la Chine, celui-ci n’est en rien opposé à entretenir un climat de Guerre Froide en multipliant toutes initiatives qui pourraient donner le sentiment d’une bipolarisation du monde (Lire l’article dna.fr : Poutine et la nouvelle Guerre froide). Expansionnisme caucasien, aide officielle au régime syrien, relations cordiales avec les Occidentaux…sont autant d’éléments qui laissent à penser que Vladimir Poutine travaille à cette situation diplomatique à ses yeux des plus confortables car synonyme de contrôle des zones d’influence de l’ancienne Union soviétique. Autre éventualité, conscient des difficultés rencontrées par la Russie, ramenée à ses frontières originelles, Vladimir Poutine multiplie les postures belliqueuses afin de donner corps à une stratégie diplomatique visant à conférer à la Russie un rôle actif et non passif face à la multi-polarisation du monde qui lui échappe.

Isolement et reconnaissance 

Effrayé par la montée en puissance de nations longtemps en marge du Monde, Vladimir Poutine, cherche aujourd’hui à extraire son pays du marasme économique mais aussi de l’isolement diplomatique dans lequel il est enlisé depuis trois décennies. La bipolarisation qui prévalait jusqu’en 1989 était, en dépit des risques gigantesques qu’elle faisait courir au monde d’alors (même si Glasnost et Perestroïka avaient largement permis de détendre des relations compliquées), pour Vladimir Poutine, tout à la fois rassurante et source de puissance mais surtout de reconnaissance. Car la donnée nationaliste n’est pas étrangère dans l’attitude du président Poutine, lui-même soucieux de faire valoir toute l’âme russe dans des relations, qui à l’échelle internationale s’appuient avant tout sur le pragmatisme et non nécessairement sur un sentiment au demeurant aujourd’hui assez flou en Russie. (Lire Cahiers du monde russe in : Marlène Laruelle, Le Nouveau Nationalisme russe) Or, la stratégie de Poutine, qui plonge ses racines dans l’Histoire de la Russie puis de l’URSS, apparaît cependant en de nombreux points, comme anachronique voire vouée à l’échec. Car rendre à la Russie du XXIème siècle son influence et sa puissance passée est, au regard des capacités actuelles du pays et en dépit des atermoiement de Vladimir Poutine, impossible.

Bis repetita Mai 68 ?

L’association des mouvements sociaux emmenés par les cheminots et les étudiants pourrait facilement amener à l’émergence de nouveaux conflits en dépit d’une croissance économique retrouvée. Car les motifs ne manquent pas.

Et si le cinquantenaire de Mai 68 donnait à certains l’idée de revivre les grandes heures de la contestation étudiante qui ébranla la France de la fin des années soixante au point, un an plus tard, de provoquer indirectement le départ du Général de Gaulle du pouvoir ? Certes l’occasion est belle et la circonstance en serait d’autant plus heureuse mais en s’attardant sur la situation globale du pays, rien n’empêche finalement d’imaginer que les contestations qui animent l’actualité essaiment dans l’opinion. Les cheminots, tout comme les étudiants, semblent clairement décidés à poursuivre leurs mouvements respectifs en entraînant avec eux, en essayant en tout cas, une frange de la population jugeant la politique du Gouvernement par trop libérale. (Lire l’article sur lesechos.fr : Réforme SNCF : certains sujets « ne sont pas négociables », déclare Edouard Philippe) Car à ce jour, les motifs de colère dans le pays demeurent et persistent : Education nationale, Hôpitaux, Etablissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, demandeurs d’emplois, précaires,… Tous pourraient, et à raison, rejoindre un mouvement social cristallisé à ce jour autour de la seule réforme de la SNCF ou de l’entrée à l’Université (Lire l’article sur lemonde.fr : Parcoursup : ces universitaires qui refusent de trier les candidats à l’entrée en fac).

Légitimation et lassitude

Car la volonté réformatrice du Président de la République, qui l’a d’ailleurs portée au pouvoir, semble aujourd’hui mal comprise ou mal interprétée par une partie de l’électorat se considérant comme ballottée par une politique sociale et économique trop oligarchique. En parallèle, vouloir s’appuyer sur le mécontentement des usagers de la SNCF pour légitimer la réforme en cours en espérant retourner l’opinion contre l’entreprise de transports est un pari risqué qui pourrait éveiller d’autres revendications auxquelles le Gouvernement ni le Président ne sont préparés. Si les ordonnances portant sur la Loi Travail ont été facilement digérées par une opinion globalement en accord avec l’esprit de la réforme, celle touchant à la SNCF, tout aussi acceptée en théorie par la même opinion (selon un sondage paru dans le Journal du Dimanche 62% des Français interrogés souhaitent que le projet soit mené à son terme), pourrait néanmoins se heurter à la lassitude d’usagers excédés de retards et de désagréments à répétition. Idem pour la contestation étudiante, plus marginale pour l’heure, il n’est pas impossible que celle-ci dégénère en véritable bras de fer. S’il est possible d’engager des négociations, certes difficiles, avec les syndicats de cheminots, il sera plus compliqué de canaliser la fougue des étudiants et pour cause : le mouvement estudiantin, protéiforme et souvent inégal, ne pourra être contenter qu’avec le seul retrait de la réforme.

Signes et croissance

En outre les blocages actuels ne pénalisent que quelques étudiants, blocages n’ayant aucun effet sur l’économie du pays. Mais en revanche, un mouvement étudiant défilant sous les fenêtres de Matignon ou de l’Elysée deviendrait vite ingérable et politiquement épineux. Et certains signes, entre autres, de ne pas tromper : l’énergie du Parti socialiste à vouloir se relever de sa débâcle électorale et d’à nouveau fédérer autour de lui les exclus de la politique sociale du Gouvernement (Lire l’article sur lemonde.fr : Au congrès du PS, Olivier Faure veut ouvrir une nouvelle page), Les Républicains appelés à s’interroger sur la pertinence du projet de Laurent Wauquiez,…Bref ! Sous le chaud soleil de la croissance économique retrouvée, chose dont on ne peut que se réjouir mais qui ne peut occulter les difficultés récurrentes du pays, il semble que cette conjoncture ne suffise pas à étouffer une contestation larvée. Et si aujourd’hui ce n’est plus la société de consommation ou l’omniprésence du Général de Gaulle qui sont combattus, c’est bien une politique soit trop ambitieuse pour la France soit trop brutale.

La grève : Histoire, culture ou survie ?

S’attarder sur les raisons intrinsèques du mouvement de grève qui s’annonce renvoie à des motifs historiques propres à un pays baigné de contestation mais aussi à celles de syndicats aujourd’hui battus en brèche, notamment un en particulier.

« Une de plus ! » diraient les plus cyniques à l’heure où le pays s’apprête à subir l’un des plus larges mouvements de grève que le siècle (encore jeune!) ait connu. Certes. Pourtant, au-delà des revendications avancées, que chacun jugera légitime ou non, il n’est pas inintéressant de s’interroger sur cette propension française à la grève. Pourquoi donc les Français se réfugient-ils dans la contestation à chaque fois que leurs acquis, quels qu’ils soient, sont ou semblent menacés ? En 2009, le très influent magazine nord-américain Time (Lire l’article sur courrierinternational.com: Travail. Pourquoi les Français font-ils toujours grève ?) se penchait sur la même question en précisant qu’il fallait chercher les racines de cette habitude dans l’Histoire de France et notamment dans la Révolution Française, la Résistance et Mai 68. Et le magazine de rappeler que «s’il y a des promesses que les Français n’ont aucune difficulté à prendre au sérieux, ce sont les menaces de rébellion brandies par les travailleurs dans tout le pays alors que leurs emplois sont menacés par la crise. En effet, les dernières actions qui ont marqué l’actualité sociale ne sont au fond qu’une sorte de version moderne du penchant historique des Français pour l’insurrection en réponse à l’adversité. Une tradition qui, à la faveur de la crise économique globale que nous vivons en ce moment, fait un retour remarqué. Ce penchant serait ancré dans une tradition insurrectionnelle gauchiste qui prendrait sa source dans la Révolution, passerait par la Commune, la Résistance et Mai 1968 » L’explication, naturellement subjective et venue d’un pays où la valeur travail pèse autant que celle de la famille est certainement à pondérer mais relève malgré tout d’une certaine pertinence. Oui ! L’Histoire joue un rôle dans les consciences collectives et la tradition que celle-ci véhicule tout comme celle-ci transmet, au fil des générations, une âme qui anime encore les mouvements de grève qui animent aujourd’hui le pays.

Discours et échec

D’autres argueront aussi une profonde et vivace histoire syndicale qui structure des organisations battues en brèche et qui pour certaines, à commencer par la CGT, voient dans les conflits sociaux le moyen de donner corps à un discours délaissé, voire contesté, ainsi qu’à une crédibilité susceptible d’être remise en cause par les prochaines élections professionnelles devant se tenir à l’automne. Guy Groux, chercheur au Centre de Recherche politique de Sciences Po (Cevipof), s’interroge ainsi sur les raisons capables de sous-tendre le conflit à venir en particulier au sein de la SNCF. (Lire l’article sur telos-eu.com : SNCF: au-delà du statut, les raisons d’un conflit) «Ne faut-il pas rechercher du côté des syndicats, mais aussi des pouvoirs publics, les raisons d’un conflit qui peut s’avérer long et difficile ?  (…) Comme dans d’autres bastions, l’influence de la CGT à la SNCF est en net recul. En 1996, elle disposait lors des élections d’entreprise d’une majorité quasi-absolue, près de 48% des suffrages ; en 2006, son score était de près de 40% ; désormais, elle représente à peine un peu plus du tiers des suffrages (34,33%). Au niveau national, la situation est également très critique. » questionne le chercheur en rappelant combien «un nouvel échec des luttes des cheminots pour la défense de leur statut entraînerait la CGT dans une spirale de plus en plus infernale». Pour l’heure et au-delà des raisons qui motivent le mouvement à venir, restent les désagréments prochains qui vont certainement générer grogne pour certains, adhésion ou indifférence pour d’autres au sein d’usagers pour qui la grève revêt une valeur et un intérêt différent.

Les Etats-Unis doivent encore grandir

Objet de fascination, la première démocratie du monde est traversée par une crise sociale majeure opposant partisans et détracteurs du port et de la vente d’armes. Et si cette crise exprimait les premiers pas vers l’âge adulte d’une nation encore très jeune ?

Et si les Etats-Unis entraient dans l’âge de la maturité ? La question pourrait paraître étonnante, voire stupide, mais en s’attardant sur la manifestation organisée par la jeunesse américaine le 24 mars dernier à Washington, intitulée Marche pour nos vies, il n’est pas interdit de se poser la question (Lire l’article sur lemonde.fr : Etats-Unis : une génération qui a grandi sous la menace des armes). Car en définitive et souvent dans l’Histoire, ne sont-ce pas les jeunes générations ou les jeunes adultes qui ont, les premiers, lancé les mouvements de contestation ? En ce cinquantenaire de Mai 68, certes engoncés dans un confort tout bourgeois qu’ils apprécient, les post soixante-huitards n’ont pas toujours été des sexagénaires rangés mais des étudiants désireux de changer le monde qui les entourait. Le combat désormais officiel de la jeunesse américaine contre les lobbys des armes à feu (comprenez défenseurs du port et fabricants d’armes) peut s’assimiler à un premier pas vers un changement de mentalité au sein de la première démocratie du monde qui, en vertu de cet attribut démocratique, autorise le port d’armes pour finir par s’interroger sur la pertinence de ce droit.

Paradoxe, violence et talion

Certes. Mais de là à évoquer une quelconque maturité ? Répétons-le l’allégation n’est pas fortuite car les Etats-Unis, aussi puissants et respectés qu’ils peuvent l’être, restent une nation jeune, fondée au cœur du Siècle d’Or européen (1492 – 1681). Eblouis par les avancées technologiques et techniques de ce pays-continent, nombre d’entre nous ont fini par occulter le fait que les Etats-Unis, officiellement créés en 1776 lors de la Déclaration d’Indépendance, sont encore une nation qui doit achever sa mue intellectuelle en stabilisant ses rapports sociaux. L’élection de Donald Trump ne prouve-t-elle pas à sa manière que le peuple américain est encore capable de surprendre, et dans le mauvais sens du terme, une partie de sa population et de ses partenaires, alors que la situation internationale appelle à une pondération concertée et non pas à une escalade de la violence sous quelque forme que ce soit. Le souffle d’air frais que tente d’insufler la jeunesse américaine, et c’est là que réside aussi le paradoxe, se veut le constat sage et plein de bon sens, généralement apanage de quadragénaires éprouvés, d’une fraction de la population (près de 22,7 millions de 15-24 ans en 2015)* que le pays doit désormais faire le deuil de traditions issues d’une partie de son histoire où violence et loi du talion prévalaient.

Modernité et Moyen-Age

Cette jeunesse, courageuse et meurtrie, (Lire l’article sur slate.fr : Etats-Unis, Europe: la jeunesse a-t-elle encore un avenir? ) a compris qu’une nation moderne, prompte à s’ériger en donneur de leçon et en gendarme du monde, ne pouvait continuer d’abriter en son sein des lois autorisant un simple quidam à porter une arme au simple motif de faire valoir son droit à le faire et aussi d’assurer la survie d’une industrie pétrie de cynisme. Dans Ecrits sur l’Histoire (1969), l’historien Fernand Braudel (1982-1985) expliquait qu’au regard de la date de création des Etats-Unis, le pays en question en était alors, rapporté à la contemporanéité de notre temps, au Moyen-Age. Est-ce à dire ou penser que le Moyen Age européen était une ère archaïque, noire et obscure ? Loin s’en faut mais si la période a été intellectuellement riche et porteuse, artistiquement féconde, les codes qui régissaient les rapports humains étaient eux en revanche empreints de violence. Alors si la manifestation de la jeunesse américaine ne se soldera pas dans les mois ou les années à venir par l’abolition du port et de la circulation des armes à feu, elle marquera cependant un premier pas vers l’âge adulte d’un pays dont l’Histoire reste encore à écrire. Mais demeure la question de savoir combien de temps cette transition prendra…

*Sources : Banque Mondiale in http://perspective.usherbrooke.ca

Voie bloquée à la SNCF ?

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Entre fermeté et grève perlée annoncée, les syndicats de cheminots devront ménager la susceptibilité d’usagers qui ont encore en mémoire la grève de novembre 1995. Droits réservés : pxhere.com

Le conflit opposant syndicats de cheminots et Gouvernement sur la réforme de la SNCF s’annonce dur même si la détermination de l’Etat pourrait avoir raison des partenaires sociaux conscients de leur image dans l’opinion. Explications.

Avec l’annonce d’un prochain mouvement de grève initié par la SNCF dans le cadre du projet de réforme de l’entreprise ferroviaire, les négociations entamées entre l’Etat et les partenaires sociaux prennent dés à présent un nouveau tournant (Lire lemonde.fr : Grève à la SNCF : le gouvernement tiendra bon, assure Bruno Le Maire ). Décidé à mener la réforme à son terme, l’Etat et avec lui le Président de la République font face aux syndicats de l’entreprise, décidés pour leur part à ne pas céder aux volontés du Gouvernement en particulier sur le statut de cheminot. Il n’est pas nécessaire ici de revenir sur les détails d’une réforme annoncée par Emmanuel Macron au cours de sa campagne présidentielle mais de passer celle-ci au crible de celle qu’en sont temps, en 1995, Alain Juppé avait tenté d’initier pour finalement abandonner le projet, perdre tout le crédit politique dont il jouissait alors et ouvrir une voie dégagée pour la Gauche plurielle de Lionel Jospin, grand vainqueur des élections législatives anticipées de 1997. Aussi, via le prisme de l’Histoire, est-il judicieux de penser que les syndicats de la SNCF auront raison de la détermination du Gouvernement.

Réforme et orientation

Plusieurs paramètres laissent à penser que non. Tout d’abord, l’état de l’opinion de 2018 est loin de ressembler à celui de 1995 encore largement baigné de notions de compromis voire de volte-face au nom de la nécessité de préserver une forme de statu-quoi somme toute confortable. Ensuite, la détermination d’Emmanuel Macron, qui s’appuie aussi sur l’évolution des mentalités au cours des vingt-trois ans écoulés, semble tout à la fois motiver et effrayer des syndicats cheminots, remontés contre une réforme jugée inique et injuste, loin des préoccupations de l’entreprise. Enfin, l’épreuve de force sur le point de s’engager, non sans une certaine violence, permettra à son vainqueur d’orienter, sinon en durablement du moins pendant une grande partie du quinquennat, la politique globale du Gouvernement. En cas d’échec, Emmanuel Macron et Edouard Philippe deviendraient les cibles faciles et dégagés d’adversaires politiques et syndicaux prêts à en découdre. Une réforme non aboutie ou une demie-réforme serait assimilée à une forme de volte-face prompte à ouvrir de multiples brèches dans la politique menée par le Gouvernement. Parallèlement, échaudés, pour ne pas dire effrayés par la diligence et la brutalité avec laquelle le Code du Travail a été modifié dans le cadre de la loi éponyme grâce aux recours aux ordonnances, les syndicats de cheminots savent que toute faiblesse serait fatale et que le Gouvernement peut à tout moment rompre le dialogue (option risquée à bien des égards alors qu’il a déjà été initié) et passer en force.

Usagers et opinion

Mais en annonçant le lancement d’un mouvement de grève de deux jours par semaine jusqu’au 3 juin, les syndicats de cheminots savent que les désagréments causés aux usagers seront moindre que ceux qui avaient prévalu en 1995, mouvement de grève qui avait durement écorné l’image de l’entreprise publique au point de braquer l’opinion contre elle. Conscients de cette réalité, les syndicats de cheminots espèrent dont par ce conflit, larvé et reconductible, entraver autant que faire se peut les négociations sans trop gêner des usagers prompts, à leur tour, à se retourner, tout comme en 1995, contre l’entreprise. Et de justifier les désagréments à venir par la position du Gouvernement à leur endroit expliquant ainsi qu’il n’y a guère d’autres solutions pour faire valoir leurs droits et sauvegarder l’entreprise. Certes. Mais cette grève, atypique et iconoclaste pour le moins, ne serait-elle pas finalement un aveu masqué de renoncement, preuve que le poids de l’opinion est plus fort que celui de contestation ?

L’art du cache misère politique

Si le changement de nom du Front National en Rassemblement National a pour vocation de relancer le parti, l’opération lancée par Marine Le Pen s’assimile plus à un cache misère qu’au sauvetage d’un parti exsangue. Mais gare cependant aux franges les plus extrêmes à même se passer de tout parti.

Voilà ! C’est donc fait ! Le Front National, parti d’extrême droite fondée par Jean-Marie Le Pen a vécu pour désormais s’appeler Rassemblement National, ainsi l’a voulu la présidente du Parti, Marine Le Pen. Elle qui traîne comme un boulet sa prestation télévisée lors du débat de l’entre-deux tours de l’élection présidentielle en mai 2017, a proposé à ses militants, près de 50.000 officiellement encartés à ce jour, un changement de nom jugé par Marine Le Pen comme essentiel. Plusieurs raisons semblent justifier ce changement à commencer par la volonté de la présidente du parti de rompre avec l’histoire politique initiée par Jean-Marie Le Pen. « Tuer le père » était devenu pour Marine Le Pen, plus qu’une nécessité œdipienne, un impératif de survie qui lui permettait de ne plus être perçue comme la fille de Jean-Marie Le Pen (qu’elle reste par ailleurs) mais avec qui elle a rompu une prétendue filiation politique. (Lire l’article sur lemonde.fr : Marine Le Pen réélue présidente du FN, son père déchu de la présidence d’honneur)

Strapontin et alliances

Car dans ce changement de nom intervient aussi la volonté d’accoucher d’un nouveau parti, dont l’appellation laisse supposer de futures alliances avec qui serait susceptible de s’entendre avec la présidente actuelle. Marine Le Pen a parfaitement compris que l’ancien Front National ne disposait plus aujourd’hui que d’un strapontin sur l’échiquier politique actuel. Certes le parti d’extrême droite n’est pas le seul mais les autres formations politiques ont pour elles (pour l’heure concernant Les Républicains) de ne pas ériger la haine de l’autre et de l’étranger comme base de réflexion idéologique. Consciente de la difficulté pour le Front National d’exister dans un tel environnement, amputé de figures clefs telles de Floriant Philippot et son courant souverainiste, Marine Le Pen tente aujourd’hui de déshabiller Jacques pour habiller Paul. Concrètement, ce changement de nom, qui s’assimile plus à un cache misère qu’autre chose ne pourra cependant pas masquer la nature profonde du parti en question. Désormais persuadée que son parti ne parviendra jamais au pouvoir seul, Marine Le Pen s’aventure sur le terrain  de rapprochements possibles avec l’espoir de séduire ou convaincre Les Républicains que le Rassemblement National vaut mieux que le Front National. Se pose alors la question de la porosité idéologique entre les deux formations ; celle de Laurent Wauquiez, qui n’a eu de cesse ces dernières semaines de battre en brèche les cadres de son parti et celle du Rassemblement National désormais contraint d’accepter le principe de la compromission toujours banni jusqu’alors.

Déliquescence et terreau

Mais derrière ce changement de nom, qui relèvera de l’anecdote historique dans les années à venir, se cache aussi la déliquescence d’un parti, (tout légitimé qu’il pense être par le soutien de Steve Bannon, l’ancien conseiller stratégique de Donald Trump, ou lancé dans une chasse aux propos racistes proférés par l’un de ses cadres – lire l’article sur lemonde.fr : Le numéro 2 du Front national de la jeunesse, Davy Rodriguez, suspendu pour propos racistes) cerné par des affaires judiciaires lourdes, des conflits de personnes larvées nourris de haines cuites et recuites, des luttes de pouvoir, à bout de souffle dans les sondages et l’opinion…Bref ! Choses communes à nombre de partis politiques mais qui ont su s’en relever via une gestion pragmatique des difficultés survenues grâce à ses composantes souvent éclairées et cultivées. Situation inverse au Rassemblement National où se bousculent pelle-mêle divers profils souvent vierges de toute expérience politique et aux capacités limitées en matière de règlement d’affaires quelconques. Est-ce à dire que Marine Le Pen a cherché, par ce changement de nom, à faire du neuf sur du vieux ou a posé un cautère sur une jambe de bois ? Peu importe à vrai dire et tout démocrate devrait se satisfaire des difficultés rencontrées par Le Rassemblement National. Mais gare cependant ! Car si l’expression politique institutionnelle et organisée qu’est le Rassemblement National est aussi l’ultime émanation d’un parti épuisé, en l’occurrence Le Front National, il reste encore dans le pays un terreau extrémiste, xénophobe et nationaliste qui n’a finalement guère besoin de parti pour s’exprimer. Et c’est bien là que le sens du mot démocratie doit prendre tout son sens.