Bis repetita Mai 68 ?

L’association des mouvements sociaux emmenés par les cheminots et les étudiants pourrait facilement amener à l’émergence de nouveaux conflits en dépit d’une croissance économique retrouvée. Car les motifs ne manquent pas.

Et si le cinquantenaire de Mai 68 donnait à certains l’idée de revivre les grandes heures de la contestation étudiante qui ébranla la France de la fin des années soixante au point, un an plus tard, de provoquer indirectement le départ du Général de Gaulle du pouvoir ? Certes l’occasion est belle et la circonstance en serait d’autant plus heureuse mais en s’attardant sur la situation globale du pays, rien n’empêche finalement d’imaginer que les contestations qui animent l’actualité essaiment dans l’opinion. Les cheminots, tout comme les étudiants, semblent clairement décidés à poursuivre leurs mouvements respectifs en entraînant avec eux, en essayant en tout cas, une frange de la population jugeant la politique du Gouvernement par trop libérale. (Lire l’article sur lesechos.fr : Réforme SNCF : certains sujets « ne sont pas négociables », déclare Edouard Philippe) Car à ce jour, les motifs de colère dans le pays demeurent et persistent : Education nationale, Hôpitaux, Etablissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, demandeurs d’emplois, précaires,… Tous pourraient, et à raison, rejoindre un mouvement social cristallisé à ce jour autour de la seule réforme de la SNCF ou de l’entrée à l’Université (Lire l’article sur lemonde.fr : Parcoursup : ces universitaires qui refusent de trier les candidats à l’entrée en fac).

Légitimation et lassitude

Car la volonté réformatrice du Président de la République, qui l’a d’ailleurs portée au pouvoir, semble aujourd’hui mal comprise ou mal interprétée par une partie de l’électorat se considérant comme ballottée par une politique sociale et économique trop oligarchique. En parallèle, vouloir s’appuyer sur le mécontentement des usagers de la SNCF pour légitimer la réforme en cours en espérant retourner l’opinion contre l’entreprise de transports est un pari risqué qui pourrait éveiller d’autres revendications auxquelles le Gouvernement ni le Président ne sont préparés. Si les ordonnances portant sur la Loi Travail ont été facilement digérées par une opinion globalement en accord avec l’esprit de la réforme, celle touchant à la SNCF, tout aussi acceptée en théorie par la même opinion (selon un sondage paru dans le Journal du Dimanche 62% des Français interrogés souhaitent que le projet soit mené à son terme), pourrait néanmoins se heurter à la lassitude d’usagers excédés de retards et de désagréments à répétition. Idem pour la contestation étudiante, plus marginale pour l’heure, il n’est pas impossible que celle-ci dégénère en véritable bras de fer. S’il est possible d’engager des négociations, certes difficiles, avec les syndicats de cheminots, il sera plus compliqué de canaliser la fougue des étudiants et pour cause : le mouvement estudiantin, protéiforme et souvent inégal, ne pourra être contenter qu’avec le seul retrait de la réforme.

Signes et croissance

En outre les blocages actuels ne pénalisent que quelques étudiants, blocages n’ayant aucun effet sur l’économie du pays. Mais en revanche, un mouvement étudiant défilant sous les fenêtres de Matignon ou de l’Elysée deviendrait vite ingérable et politiquement épineux. Et certains signes, entre autres, de ne pas tromper : l’énergie du Parti socialiste à vouloir se relever de sa débâcle électorale et d’à nouveau fédérer autour de lui les exclus de la politique sociale du Gouvernement (Lire l’article sur lemonde.fr : Au congrès du PS, Olivier Faure veut ouvrir une nouvelle page), Les Républicains appelés à s’interroger sur la pertinence du projet de Laurent Wauquiez,…Bref ! Sous le chaud soleil de la croissance économique retrouvée, chose dont on ne peut que se réjouir mais qui ne peut occulter les difficultés récurrentes du pays, il semble que cette conjoncture ne suffise pas à étouffer une contestation larvée. Et si aujourd’hui ce n’est plus la société de consommation ou l’omniprésence du Général de Gaulle qui sont combattus, c’est bien une politique soit trop ambitieuse pour la France soit trop brutale.

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