Nostalgie soviétique

L’agitation de Vladimir Poutine sur la scène internationale traduit aujourd’hui la volonté d’un homme de rendre à son pays sa puissance et son aura diplomatique en restaurant un climat de Guerre froide. Mais à quoi répond cette inclination : nécessité politique ou instinct de survie ?

A quoi joue Vladimir Poutine ? La question pourrait surprendre mais au regard de l’indignation, feinte ou réelle, du néo-président russe au lendemain des frappes de la coalition américano-franco-britannique en Syrie, celle-ci prend un certain sens. Vladimir Poutine défendra-t-il le régime syrien de Bachar El-Assad jusqu’à la chute de celui-ci ou préférera-t-il se retirer du jeu diplomatique avant le retrait du dictateur syrien ? Il est fort probable que, pour des questions purement stratégiques, notamment liées à l’avenir de la présence russe en Méditerranée, le locataire du Kremlin optera pour la seconde option, affectionnant certainement plus de négocier sa place en Europe sud-orientale avec les alliés plutôt que perdre toute présence russe au Moyen-Orient avec la chute de Bachar El-Assad même si d’autres raisons peuvent être avancées.

Guerre Froide et zones d’influence

Sergueï Markov (In leJDD.fr : Frappes en Syrie : pourquoi la Russie ne contre-attaque pas), un politologue proche du Kremlin, offre une autre explication sur la passivité de Moscou : « En Syrie, la Russie ne protège pas Assad mais se protège elle-même. Notre objectif est d’arrêter la marche des Etats-Unis et de l’Union européenne visant à remplacer tous les leaders et les régimes politiques qui ne leur plaisent pas. Notre objectif est aussi d’offrir à l’armée russe de quoi démontrer sa puissance. » Mais pour l’heure, la première des motivations de Vladimir Poutine, au delà des questions syriennes, est certainement de rendre à la Russie sa grandeur passée, celle que feue l’URSS portait en elle. Car Vladimir Poutine, fruit du régime déchu en 1991, n’a jamais caché son admiration pour l’URSS ainsi que puissance diplomatique et militaire. Or à ce jour, si Vladimir Poutine sait pertinemment que la Russie n’est pas en mesure de rivaliser (économiquement ou militairement) avec les Etats-Unis ou la Chine, celui-ci n’est en rien opposé à entretenir un climat de Guerre Froide en multipliant toutes initiatives qui pourraient donner le sentiment d’une bipolarisation du monde (Lire l’article dna.fr : Poutine et la nouvelle Guerre froide). Expansionnisme caucasien, aide officielle au régime syrien, relations cordiales avec les Occidentaux…sont autant d’éléments qui laissent à penser que Vladimir Poutine travaille à cette situation diplomatique à ses yeux des plus confortables car synonyme de contrôle des zones d’influence de l’ancienne Union soviétique. Autre éventualité, conscient des difficultés rencontrées par la Russie, ramenée à ses frontières originelles, Vladimir Poutine multiplie les postures belliqueuses afin de donner corps à une stratégie diplomatique visant à conférer à la Russie un rôle actif et non passif face à la multi-polarisation du monde qui lui échappe.

Isolement et reconnaissance 

Effrayé par la montée en puissance de nations longtemps en marge du Monde, Vladimir Poutine, cherche aujourd’hui à extraire son pays du marasme économique mais aussi de l’isolement diplomatique dans lequel il est enlisé depuis trois décennies. La bipolarisation qui prévalait jusqu’en 1989 était, en dépit des risques gigantesques qu’elle faisait courir au monde d’alors (même si Glasnost et Perestroïka avaient largement permis de détendre des relations compliquées), pour Vladimir Poutine, tout à la fois rassurante et source de puissance mais surtout de reconnaissance. Car la donnée nationaliste n’est pas étrangère dans l’attitude du président Poutine, lui-même soucieux de faire valoir toute l’âme russe dans des relations, qui à l’échelle internationale s’appuient avant tout sur le pragmatisme et non nécessairement sur un sentiment au demeurant aujourd’hui assez flou en Russie. (Lire Cahiers du monde russe in : Marlène Laruelle, Le Nouveau Nationalisme russe) Or, la stratégie de Poutine, qui plonge ses racines dans l’Histoire de la Russie puis de l’URSS, apparaît cependant en de nombreux points, comme anachronique voire vouée à l’échec. Car rendre à la Russie du XXIème siècle son influence et sa puissance passée est, au regard des capacités actuelles du pays et en dépit des atermoiement de Vladimir Poutine, impossible.

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