Machiavel et les schizophrènes

L’annonce du retrait de l’âge pivot offre au Gouvernement une bouffée d’oxygène dont il tirera profit quelque soit le résultat de la conférence à venir entre partenaires sociaux. Explications.

Entre cynisme et tactique politique, il n’y a souvent qu’un pas que le Premier Ministre Edouard Philippe, n’a pas hésité à franchir quand certains l’en croyait incapable. Et pourtant, en annonçant le retrait de l’âge pivot du projet de loi portant sur la réforme des régimes de retraites en proposant aux partenaires sociaux d’avancer une solution concrète et aboutie, le Premier Ministre a déplacé toute la responsabilité de ce point de contentieux sur les négociations à venir. Machiavel aurait certainement applaudi. Clairement, si d’ici fin avril, ces derniers n’ont pas trouvé de solutions de financement pour parvenir à l’équilibre du système, alors l’âge pivot sera réintroduit dans la loi via ordonnance comme le prévoit la Constitution. Celui que beaucoup jugeaient faible et affidé au Président de la République a ainsi fait valoir une forme d’indépendance qui ne peut que satisfaire l’exécutif en cette période de tensions sociales et syndicales.

Réalités syndicales et désunion

Pour autant, reporter la responsabilité sur les négociations à venir, sans relever du génie politique, révèle aussi une connaissance assez fine de la réalité syndicale du pays, traversée de tendances conservatrices et réformistes qui auront beaucoup de mal à s’entendre quand les partenaires issus de la sphère patronnale argueront eux d’un retour de l’âge pivot. La guerre de tranchées qui se prépare et qui va certainement déchirer l’unité syndicale affichée jusqu’alors, même si celle-ci n’était que factice, va d’évidence profiter au seul Gouvernement qui n’aura plus alors qu’à marcher sur les cendres de la désunion et l’incapacité des partenaires sociaux à présenter une alternative crédible au financement du système pour imposer sans difficulté l’âge pivot. Et le Gouvernement de déjà se pavaner en avançant que la discussion a été ouverte mais n’a pas trouvé d’issue, désormais….Et ce sans compter sur le possible retournement de l’opinion qui, jusque là favorable aux mouvements de grève, en dépit de quelques signes de lassitude, pourrait se révéler cruel pour les syndicats en présence accusés alors de ne pas avoir su proposer de solutions à un Gouvernement aux allures de rouleau-compresseur.

Représentativité et cristallisation

In fine, le retrait annoncé de l’âge pivot peut s’apparenter à un gain de temps à peu de frais, voire gratuit et sans conséquence pour l’exécutif qui, par ce report qui ne dit pas son nom, s’offre les moyens de voir l’opinion se retourner contre des syndicats en mal de représentativité à l’échelle nationale (seuls 11 % des Français sont syndiqués). Et si d’aventure, une solution pertinente et crédible était avancée par les partenaires sociaux, alors le Gouvernement pourra se targuer d’avoir ouvert la voie des négociations, en revêtant l’habit du dialogue constructif. La question des retraites, qui a écumé quatre réformes en moins de trente ans, et sans comptabiliser celle en cours, est loin d’avoir fini de cristalliser les passions tant, schizophrènes, les Français restent passionnément attachés au système par répartition mais acceptent l’idée d’une réforme. Bref ! Une situation sociale comme seule la France sait en produire !

Un si étrange dessein… ?

En assassinant un des piliers de la République Islamique l’Iran, Donald Trump prend le risque d’une escalade militaire et diplomatique incontrôlable. Pourtant, le dessein présidentiel est peut-être autre. Explications.

En choisissant d’assassiner sur le sol irakien le général Ghassem Soleimani, l’un des piliers du régime de Téhéran, Donald Trump a ouvertement fait le choix de l’escalade militaire et diplomatique face à un ennemi déclaré depuis quatre décennies désormais. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette décision lourde de conséquences pour l’ensemble du Proche-Orient et qui ne laisse pas sans interroger sur la perception de Donald Trump sur la situation diplomatique mondiale et régionale. (Lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/chroniques-de-la-presidence-trump/article/2020/01/05) Tout d’abord, le contentieux américano-iranien datant de 1979, date à laquelle cinquante deux diplomates américains avaient été retenus en otages pendant un an dans leur propre ambassade sur le sol iranien par les suppôts de la nouvelle république islamique, et qui reste la matrice des relations entre ces deux pays. La seconde, s’apparenterait à la volonté de Donald Trump de limiter la propagation en Irak du chiisme, variante radicale de l’Islam, jugé trop vindicatif et trop belliqueux au goût du pensionnaire de la Maison Blanche.

Vulnérabilité et sanctions

La troisième pourrait résider dans l’intention de Donald Trump de réaffirmer l’influence des Etats-Unis dans le périmètre Moyen-Oriental. L’option n’est pas négligeable car à quelques mois de l’élection présidentielle et pour satisfaire un électorat en manque de supériorité supposée, qui attendait plus un retrait des Boy’s que leur départ pour la zone, le président américain peut aussi vouloir se poser en chef de guerre et en défenseur des principes fondateurs des Etats-Unis. (leschos.fr : https://www.lesechos.fr/monde/etats-unis/en-pleine-crise-avec-liran-trump-mobilise-son-electorat-religieux-1160258) Pour autant, entre spéculations et réalités, se cache peut-être aussi un dessein diplomatique qui demandera à être confirmé ou infirmé. En élimant un des hommes forts du régime iranien, les Etats-Unis démontrent que les hommes, les piliers de la Révolution islamique sont in fine vulnérables partout où les intérêts américains sont présents. Autre ambition non avouée, elle aussi à vérifier, instiller l’idée dans l’opinion iranienne que le régime actuel ne peut amener le pays que vers le chaos, preuve en est l’élimination de l’un de ses plus puissants défenseurs. Jouer la carte du retournement de l’opinion progressif de la rue iranienne contre le régime est cependant un pari risqué tant le peuple iranien apparaît fidèle aux Gardiens de la Révolution.

Impuissance diplomatique et lenteur

Mais la multiplication des sanctions économiques et diplomatiques, l’isolement du pays sur la scène internationale et les protestations polies des grandes puissances mondiales apeurées par l’interventionnisme américain pourraient inciter à la naissance d’une opposition politique sur laquelle les Etats-Unis ne manqueraient pas de s’appuyer pour renverser le régime. Hypothèse crédible quant on sait combien l’Iran cherche aujourd’hui à séduire nombre d’entreprises occidentales pour servir et accompagner son développement. Aussi, levons toute ambiguïté : l’objectif ultime des Etats-Unis et qui prévaut depuis 2019 est bien la disparition de la République islamique d’Iran. Tout comme l’Administration de l’ancien président George W.Bush avait juré le renversement de Saddam Hussein, cette même Administration travaille depuis plus de quarante ans désormais à la perte du régime iranien. Sans y parvenir preuve de la robustesse politique du régime et de son ancrage social. Devant l’impuissance diplomatique, ou plus précisément la lenteur des effets des sanctions engagées, Donald Trump a opté pour la provocation en précipitant l’Histoire qui lie les deux pays. Encore une fois, le pari, si c’en est un, est extrêmement risqué car le Proche-Orient est une des régions les plus explosives du monde, si ce n’est la plus explosive. Et l’Iran, puissance régionale à l’influence réelle qui peut s’appuyer sur des réseaux tout aussi puissants, à commencer par le Hezbollah, sait aussi, et à raison, que le bras de fer qui l’oppose aux Etats-Unis est loin d’être perdu d’avance.

Jalousie ou légitimité

Après la révélation de sa situation professionnelle, le Haut-Commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye a dû admettre la réalité des faits jusqu’alors occultée. Mais veillons à ce que la surveillance compréhensible des élites politiques ne soit pas nourrie de jalousie sociale.

D’aucuns évoqueraient une forme d’indécence quand d’autres parleraient plus simplement de maladresse malvenue. Dans les deux cas, la situation du Haut-Commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye, n’est guère enviable au regard des sacrifices que la réforme voulue par le président de la République et inspirée par le dit Jean-Paul Delevoye imposent aux Français (lemonde.fr : http://Lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/12/14/). In fine, peu importe le nombre d’emplois et de mandats occupés par le Haut-Commissaire aux retraites car ce qui compte à l’heure actuelle c’est l’exemplarité qu’est sensée donner l’homme à travers la fonction qu’il lui a été confiée. Cette notion d’exemplarité, chère à nombre d’entre nous, est généralement admise comme un gage d’honnêteté intellectuelle et morale, une sorte de certificat de bonnes mœurs qui permet à celui qui le porte d’être tout à la fois entendu car appréhendé comme légitime. Et il est clair aujourd’hui qu’au regard de la loi, l’homme a fauté. Et d’admettre qu’il est bien compliqué désormais de graviter dans la sphère politique tant celles et ceux qui s’y aventurent sont scrutés et épiés, preuve en est.

Cabale et jalousie sociale

Un des derniers hommes politiques ayant fait les frais de cette surveillance étroite et permanente est François de Rugy, ancien ministre de la Transition écologique et Président de l’Assemblée poussé à démissionner pour utilisation de fonds publics après que Médiapart a révélé les faits. Bonne chose ? Certainement car, répétons-le, le devoir d’exemplarité passe avant toute considération personnelle quand est en jeu l’intérêt général. Arguer de la cabale médiatique ou de la faute par omission apparaît comme par trop facile pour ceux qui ont été pris sur le fait. Beaucoup évoqueront, et à raison d’ailleurs, de la nécessité d’informer le grand public et les citoyens sur les pratiques entourées d’un halo de suspicion de certains élus ou ministre de la République. Mais pour autant, prenons garde à ce que cette liberté d’informer, de traquer la faille ou l’erreur commise au détriment de la collectivité soit bien motivée par l’intérêt général et non par une forme de jalousie sociale déguisée qui relèverait plus de manœuvres inquisitrices que de réelles velléités informatives. L’ère que nous vivons, nerveuse et passionnée, inquiète et fébrile, en est arrivée au point où le doute et la suspicion nourrissent une société en quête légitime de transparence et de clarté dans ses rapports avec les élites qu’elles soient sociales ou politiques. Est-ce à dire, certains l’avanceraient, qu’il s’agit de la preuve évidente d’un changement de mœurs et de mentalités ? L’allégation est fondée et tranche, dans ses pratiques, avec celles qui prévalaient par le passé quand le monde politique et ceux qui gravitaient autour se réfugiaient derrière une impunité inconsciemment acceptée. Reste à savoir si ce changement sera bénéfique à nos sociétés…Seule l’Histoire le jugera.

Par ici la sortie… ?

Présenté par le Président Macron comme issue de secours à un pays paralysé par la gangue d’un environnement politique et social obsolète, le nouveau monde peine à voir le jour. Si des mécanismes structurels peuvent l’expliquer, celui-ci bute aussi sur la réalité de l’évolution naturelle de l’Homme face aux défis de l’existence.

Elu sur le thème d’un nouveau monde à inventer et vers lequel tendre désormais, Emmanuel Macron se trouve, bien malgré lui, face à une interrogation, voire une impasse tout autant idéologique que politique. L’idée de ce nouveau monde, opposé radical de l’ancien où se déchiraient, à coups d’alternances politiques successives, droite et gauche, semble aujourd’hui enlisé dans les sables de la réalité. L’opinion, bercée en sourdine par la musique des Gilets Jaunes, enthousiasmée par le succès de la manifestation intersyndicale du 5 décembre dernier, échaudée par une politique par trop droitière, et par certains aspects néo-libérale, semble aujourd’hui peu encline à épouser la vision d’un Président de la République bien en mal lui aussi à dessiner d’autres contours que ceux qu’il avait avancé durant sa campagnes.

Réformer ou créer

Plusieurs raisons peuvent expliquer ce manque d’inspiration que d’aucuns qualifieraient au mieux d’inertie politique, au pire, d’incapacité à doter le pays d’un avenir, ne serait-ce qu’à court terme. Première raison, la réalité socio-économique d’un pays de nature éruptive qui n’a rien de fondamentalement conservateur, conscient de la nécessité de réformer et modifier les structures administratives ou politiques du pays, mais qui reste viscéralement attaché à l’Etat-Providence, celui qui fut créé et acquis de haute lutte après la Seconde Guerre mondiale. C’est ainsi, les Français et globalement l’Europe de l’Ouest ont le goût de l’Histoire et surtout du passé qui les ont menés jusqu’à aujourd’hui. Cet obstacle, certes compliqué à franchir n’est pourtant pas insurmontable car les Français restent favorables aux changements qui leur sont proposés même si parfois ils font valoir leur mécontentement, la démonstration de force du 5 décembre en France et à Paris l’a prouvé. En revanche, le problème qui se pose au locataire de l’Elysée est certainement l’impossibilité pour l’instant de donner forme à cette troisième voie, à ce nouveau monde. Pourquoi ? D’abord parce que le nouveau ne peut se créer qu’en prenant appui sur l’ancien. Créer une société ex-nihilo n’est en rien pensable ou réalisable à ce jour et le réussir relèverait de la gageure que même un président tout jupitérien qu’il soit ne peut réaliser.

Esquisse et évolution

Or, l’ancien monde, vilipendé par le Président de la République comme le père de tous les maux du pays, est, qu’il le veuille ou non, encore et bien là. Les réflexes sociétaux et économiques n’ont pas encore définitivement changé, sont loin de l’être et, restons positifs, commencent à peine à esquisser un semblant d’évolution. Il suffit pour s’en convaincre de constater combien les habitudes devant travailler au respect de l’environnement progressent à pas de fourmis ! Alors que convient-il de faire ? S’interroger sur la notion de réformer au risque de tomber dans un débat philosophique qui se déconnecterait de l’urgence de la réalité ? Un constat s’impose : réformer c’est déjà essayer de rompre avec le passé. De là à dire que le pas vers un nouveau monde est franchi ou en passe de l’être, il y a là beaucoup de prétention et de vanité à l’avancer, voire à le défendre. Pour autant, ne conviendrait-il pas de prétendre que mœurs et mentalités ont certes évolué au fil des années et des siècles, que l’Homme s’est de lui-même progressivement adapté à ces changements, que la Loi, pensée et écrite par lui, l’a accompagné dans ses changements mais que nouveau monde il n’y a point stricto sensu. Juste un ensemble d’évolutions, parfois visibles, parfois violentes, acceptées ou refusées, qui émeuvent et déstabilisent, fédèrent ou divisent, provoquant des soubresauts sociaux et qui font toutes que le nouveau monde n’existe finalement pas car le nouveau monde, c’est tous les jours qu’il s’invente et se réinvente.

Une femme et des combats

L’élection d’Ursula von der Leyen à la tête de la Commission européenne marque une avancée des mentalités rare au sein d’un organe politique longtemps dominée par des hommes. Mais cette nomination ne parviendra pas à occulter les violences dont sont encore victimes les femmes.

Faut-il y voir la reconnaissance d’une compétence professionnelle ou un signe des temps qui veut que les femmes soient progressivement reconnues à leur juste valeur dans la sphère publique ? Au lendemain de la nomination Ursula von der Leyen à la tête de la Commission Européenne (lemonde.fr :https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/11/27 ), l’organe politique le plus puissant de l’Union, la question se pose et trouve une réponse double : Cette nomination est le fruit d’une reconnaissance des capacités Ursula von der Leyen tout comme le signe révélateur d’un changement de mentalités. Jusqu’à présent, la Commission européenne avait toujours été dirigée par des hommes dont les compétences n’avaient jamais été, ouvertement en tous cas, l’objet de doutes ou de discussions.

Parcours et dominante

Le Parlement européen, chargé d’élire le président de la Commission, elle aussi amenée à se prononcer sur les candidats en lice, avait rarement émis par le passé de réserves particulières sur le ou les candidats. Mais dans le cas Ursula von der Leyen, les négociations, interrogations et autres discussions sont allées bon train…Pourquoi ? Son parcours peut-être ? Ministre de la Défense d’Angela Merkel, issue de l’un des pays fondateurs de l’Union, Ursula von der Leyen semblait détonner dans un environnement politique feutré ou prévalait la dominante masculine, celle du mâle Alpha. Mais l’Union et ses institutions qui se veulent, et se doivent d’être le reflet des sociétés qu’elles représentent, se sont laissées, à raison, imprégner des courants actuels qui traversent l’Europe occidentale et le monde en général qui tendent à rendre aux femmes la place qui leur revient. Ursula von der Leyen occupera donc le poste tant convoité de présidente de la Commission européenne n’en déplaise à une élite masculine dubitative, voire rétive.

Mentalités et violences

Il est donc quelque part rassurant de penser que les mentalités ont changé, qu’elles essaient en tous cas, par une prise de conscience que l’on espère globale alors que paradoxalement se multiplient en France par exemple, peut-être dans d’autres pays du monde, les féminicides et autres agressions de tout ordre contre les femmes. Ces actes qui secouent et choquent l’opinion poussent à un constat : Le combat à mener pour l’égalité entre hommes et femmes est encore long, en dépit de l’exemple qu’incarne Ursula von der Leyen. Les violences dont sont victimes les femmes, toujours insupportables n’ont pas encore trouvé de véritables réponses pénales malgré le renforcement de l’arsenal juridique en France ou ailleurs. Après le constat, une conclusion s’impose, la nomination Ursula von der Leyen est une première victoire mais la guerre contre les violences physiques et verbales dont elles sont l’objet sera encore longue.

L’hôpital, entre coût et prix

La dette accusée par l’ensemble des hôpitaux français sera en partie reprise par l’Etat. Mais si le financement de l’institution n’est pas remis en cause, les raisons du déficit restent entières et sans réponses viables. Explications.

Trente milliards d’euros. C’est le montant de la dette des hôpitaux français. La somme a de quoi tétaniser quand on sait que les établissements publics sont entravés dans leur politique d’investissement en raison justement de cette dette ventilée à hauteur du nombre d’hôpitaux. Le Premier Ministre a d’ailleurs précisé que l’Etat, à savoir la collectivité nationale via l’impôt prélevé, épongerait à hauteur de 10 milliards, soit 30%, l’encourt actuel (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/11/20/). Le geste est certes généreux mais il perd de sa grandeur si l’on rappelle que l’hôpital est le premier espace de soins pour tous les Français, quels qu’ils soient, et qu’il est finalement du devoir de l’Etat d’agir en faveur de la santé de tous. Passé ce constat, vient le temps des questions et parmi elles comment les hôpitaux, en dépit des efforts budgétaires consentis depuis des décennies, efforts traduits par la réduction de lits, par la faiblesse des traitements accordés aux agents de la fonction publique hospitalière (poussant d’ailleurs ces derniers vers le secteur privé de la santé) sont parvenus à cumuler une telle dette. Les raisons sont multiples.

Coûts et prix

Croissance démographique, augmentation du coût des actes médicaux, investissements en matériels médicaux, déserts médicaux poussant les patients à encombrer les urgences,…Bref ! La liste et longue et elle finit par s’opposer à une autre logique, celle de gestionnaires soucieux de réduire constamment les coûts. Sauf que si pour l’un la santé à un coût, pour d’autres elle n’a pas de prix. Longtemps, les gouvernement successifs ont imposé aux personnels soignants des hôpitaux réformes et décisions dans réellement, ou si peu et si mal, prendre le pouls de ses même personnels, d’écouter leur réalité et non pas celle de bilans comptables prompts à stigmatiser la dépense en tant que telle plutôt que la raison de la dépense. Cette dette, abyssale mais capable d’être absorbée par l’Etat, pose aussi la question de l’efficacité de notre système de santé au regard des contraintes budgétaires actuelles. Et la question d’émerger : La santé publique coûte-t-elle cher ? Mauvaise question car mal posée alors que la vraie interrogation serait plutôt : la santé peut-elle être mercantiliser ?

Mercantilisation et aléas

Dans un Etat-Providence comme la France, où la richesse nationale est redistribuée après prélèvement fiscal (TVA, Impôt sur le revenu,…) pour financer, entre autre, les services publics en général et l’hôpital en particulier, il apparaît presque évident que non, la santé ne peut être objet de mercantilisation. Pourquoi ? Parce que comme tous services publics dédiés par définition au public, il s’inscrit dans une chaîne sociale animée en premier par des Hommes exposés aux aléas de l’existence, à la stupidité d’un accident de voiture, à la cruauté d’un cancer, aux mauvais tours d’une grippe tenace, donc à l’imprévu ! Qui est aujourd’hui capable de prédire de quoi il souffrira dans 5 ans, 10, 15 ans ? Personne. On peut le subodorer, à la rigueur l’imaginer mais rien d’autre. Et l’hôpital en bon samaritain, absorbe depuis des décennies, sans mot dire, ces aléas naturels sans que soient adaptées les structures, encouragés les personnels soignants. Sans mot dire jusqu’à aujourd’hui car d’évidence, l’hôpital (sans mauvais jeu de mot) souffre avec ses patients.

Exubérante Amérique du Sud…

L’instabilité quasi-chronique du continent sud-américain irrite Europe et Etats-Unis à la recherche de partenaires économiques et diplomatiques posés. Mais l’ADN du continent entrave ce vœu au point de pousser les deux acteurs à s’éloigner des remous actuels.

Rares sont ceux qui en Europe, hormis quelques spécialistes, géographes ou historiens, s’intéressent aux soubresauts qui agitent le continent sud-américain. A tort certainement car devant les remous traversés par l’Argentine et le Brésil, deux poids lourds continentaux, voire mondiaux, le Venezuela et désormais la Bolivie, l’Europe devrait prendre le temps d’évaluer le pouls de ce continent riche de potentiels. Longtemps placée dans le giron des Etats-Unis, le continent sud-américain s’est progressivement affranchi de la tutelle de son puissant voisin pour devenir un acteur plein et entier du monde contemporain. Naturellement, les liens qui unissent l’Europe à l’Amérique du Sud sont moins nombreux que ceux qui unissent le dit continent avec les Etats-Unis ou avec l’Alena (Alliance économique entre le Canada, les Etats-Unis et le Mexique) mais l’agitation du continent n’est pas de bonne augure pour l’économie mondiale en particulier.

Guerre commerciale et ADN

Les blocages et les tensions politiques actuelles internes aux pays qui composent le continent risquent fort à court ou moyen terme de compromettre les relations commerciales à venir, ces dernières étant souvent conditionnées par l’état politique des pays concernés. Et dans un contexte de ralentissement économique mondial, de campagne présidentielle nord-américaine et de guerre commerciale larvée entre Chine et Etats-Unis, l’agitation sud-américaine vient s’ajouter aux inquiétudes naissantes. Continent au comportement manichéen, capable de passer d’une croissance économique hors normes à la dépression économique la plus profonde, l’Amérique du Sud s’avère un partenaire économique et diplomatique capricieux et inconstant, autant de défauts qui, dans un monde où les alliances internationales peuvent se révéler précieuses, altèrent et irritent des économies européennes ou nord américaines en quête de stabilité. Et il sera difficile, voire impossible de canaliser un continent dont l’ADN reste fondamentalement imprégné de ce trait de caractère impétueux et imprévisible, qui constitue les pays d’Amérique du Sud.

Instabilité et handicap

Les Etats-Unis qui avaient longtemps fait de l’Amérique de Sud leur chasse gardée regardent désormais le continent avec un œil plus détaché sans pour autant sans s’en désintéresser totalement, le Mexique frontalier servant de zone tampon bienvenue pour une administration Trump arc-boutée sur la question migratoire. Vue d’Europe, l’instabilité chronique de l’Amérique du Sud-américain, dans un premier temps folklorique, est, passé l’aspect cocasse, perçue comme un vrai handicap économique et diplomatique qui pourrait à terme pousser les partenaires européens à s’éloigner de l’Amérique du Sud. Pour l’heure, il convient d’attendre que la nouvelle crise bolivienne avec le départ du président d’Evo Morales, la libération de l’ancien président brésilien Lula, l’impasse vénézuélienne qui oppose Nicolà Maduro à Juan Guaido et les récentes élections présidentielles argentines épiques et mouvementées ont achevé le portait d’un continent atypique dans un monde appelle de ses vœux à une longue et paisible stabilité.

Après Daesh, un Etat islamique 2.0 ?

La mort du calife Abou Bakr El-Baghdadi marque la fin de l’Etat islamique dans sa version territoriale identifiée. Mais cette disparition n’annonce-t-elle pas l’apparition d’un nouvel Etat, défait d’attaches géographiques au profit d’une dissémination tentaculaire ?

La mort d’Abou Bakr El-Baghdadi, saluée de manière unanime comme un grand succès militaire, pose néanmoins de nombreuses questions (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international/article/2019/10/28). Parmi les premières à émerger : l’Etat islamique a-t-il les moyens de se remettre de la disparition du calife auto-proclamé ? Il est naturellement top tôt pour le dire mais la force et la puissance de Daesh laissent à penser que l’organisation est en mesure de le remplacer. Ce que les Occidentaux, et le monde en général, ignorent, c’est quand. La nébuleuse qu’est l’Etat islamique, composée de fidèles pétris d’islamisme radical, bien qu’aujourd’hui affaiblie d’un point de vue territorial ne l’est pas nécessairement d’un point de vue idéologique. Le récent attentat perpétré au sein de la Préfecture de Police de Paris le 3 octobre dernier le prouve, Daesh dispose d’un réservoir de combattants, actifs ou dormants, connus ou inconnus des services de renseignements qui reste très vraisemblablement lourd et mal estimés en dépit des efforts de signalement. Est-ce à dire que la menace terroriste existe toujours ?

Coup violent et Etat classique

Il est fort à parier que oui car si la mort de Al Baghdadi est un coup rude et violent porté à l’Etat islamique, le coup n’en est pas pour autant fatal. L’islamisme radical, comme toute les idéologies d’essence comparable, aveugle, ignorante et extrémiste, continue à séduire des individus en marge de la société contemporaine, bousculés par la mondialisation, souvent désoeuvrés ou incapables de s’intégrer dans le creuset social du pays dans lequel ils vivent. Il ne s’agit pas ici de dresser le portrait-type des combattants de l’Etat islamique mais de conserver à l’esprit que si la mort du calife auto-proclamé est une avancée notable dans la lutte contre Daesh, elle ne constitue cependant qu’une étape. Ainsi, par une analogie osée à connotation économique, il serait possible d’affirmer que Daesh est désormais devenu un label dont beaucoup pourraient se réclamer de par le monde. Cette menace est finalement d’autant plus inquiétante que l’Etat islamique, qui disposait certes d’un territoire conquis, ne présentait en rien les atours et les attributs d’un Etat classique. La coalition internationale qui luttait, et lutte encore via les services de renseignements contre lui, était, et est, en guerre contre une mouvance terroriste multiforme capable de renaître, non pas où elle le souhaite, mais sans trop de difficultés, pouvant compter sur des combattants opportunistes ou convaincus se réclamant d’elle.

Conflits et logique

Al Baghdadi qui incarnait le premier Etat islamique, assis territorialement, renvoyant Al Qaïda au rang de mouvement obsolète et dépassé, a, peut-être, par sa mort poussé à la création d’un Daesh 2.0, sans emprise géographique mais fort d’une multitude de points de conflits essentiellement disséminés en Europe ou dans les pays arabes, premières cibles pour ces-derniers des actes meurtriers de l’organisation terroriste. Cette nouvelle donne que l’on pourrait, par raccourci, alors qualifier de géopolitique ne l’est en rien. Elle est en réalité la conséquence presque logique de ce qu’a été l’Etat islamique dans sa version territoriale : un ensemble faussement structuré, dirigé par un individu certes charismatique mais clairement exposé car parfaitement identifié et donc aisément combattable. Le risque qui prédomine aujourd’hui n’est donc plus de voir apparaître un chef mais plusieurs, répartis où bon leur semble, renonçant à l’existence d’un Etat au profit d’un combat idéologique latent et lancinant contre lequel aucune armée du monde ne pourra rien. (Lire lepoint.fr : https://www.lepoint.fr/monde)

Un nain européen

Ensemble politiquement abouti, l’Union européenne reste incapable d’agir collectivement face à la crise turque. Cette incapacité qui révèle les tensions internes à l’Union met aussi en exergue son rôle marginal à l’échelle internationale.

L’offensive militaire turque l’a encore un fois révélé : L’Union européenne est incapable d’agir d’une seule et même voix. Incapable pour plusieurs raisons. A commencer par la volonté affichée de ne pas embraser la région par une action militaire (concertée ou placée sous la tutelle de l’ONU), car désormais la diplomatie est inutile, la volonté de ne pas engager de troupes militaires au sol qui fatalement essuieraient des pertes que l’opinion accepterait mal, la volonté de ne pas s’ingérer dans les affaires politiques d’une puissance étrangère, la volonté de ne pas en découdre avec un pays membre de l’OTAN..Bref ! Les excuses ne manquent pas et apparaissent toujours comme valables à ceux qui les avancent.

Crainte et divergences

A ce jour, l’Union européenne semble plus préoccupée par le risque de reconstitution de l’Etat islamique que par l’offensive militaire turque (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international/article/2019/10/15/). L’argument est audible mais est-il moralement acceptable ? Autre élément qui pourrait aussi expliquer l’inertie européenne, la crainte que Recep Tayip Erdogan, le bouillonnant et incontrôlable président turque, ne relâche les djihadistes actuellement détenus dans les geôles turques. Mais en réalité, l’incapacité européenne tient plus des pays qui la composent que d’autres considérations facilement résolvables. Les rivalités intrinsèques qui minent l’Union, entre Europe de l’Ouest et Europe de l’Est, les divergences qui ne manqueront pas de se faire jour entre la France et l’Allemagne sur la question turque, le voisin allemand soucieux de ne pas froisser la communauté turcophone résidant sur son territoire, le poids de la Turquie dans les échanges commerciaux au regard de l’implantation d’entreprises européennes sur le sol turc guident les choix politique d’un ensemble désuni d’un point de vue diplomatique. L’Union européenne restera encore longtemps un nain diplomatique tant qu’elle n’acceptera pas de s’assumer comme un acteur international au même titre que la Russie et les Etats-Unis, ces derniers refusant depuis plusieurs années désormais d’endosser le rôle de gendarme du monde. Cette inertie, palpable, fait le jeu de régimes cruels et violents tels que celui de Bachar El Assad ou semi-dictatorial à l’image de celui de Recep Erdogan.

Ensemble abouti ou inertie substantielle

C’est un fait les démocraties européennes, toujours promptes à donner des leçons de morale, sont aujourd’hui incapables de sauver le peuple kurde qui fut en première ligne quand il s’est agi de combattre l’Etat islamique. Mais, ensemble politiquement abouti, l’Union européenne hésite puis recule chaque fois que celle-ci se retrouve confrontée à la nécessité d’agir seule face à un conflit situé à ses portes. Et celle-ci de se réfugier derrière les décisions du Conseil de sécurité de l’ONU sachant pertinemment que l’Organisation internationale n’a qu’un rôle limitée et reste aussi otage des tensions internationales ou des enjeux géopolitiques. Ainsi, l’Union européenne se remet elle même en cause par cette inertie substantielle, cette incapacité à franchir le pas diplomatique que nombre attendent d’elle dans un monde multipolaire, la réduit au rang de puissance secondaire. Reste à savoir si l’avenir de l’Union européenne s’inscrit dans cette logique d’ensemble à l’influence locale ou dans celui d’un acteur international aux ambitions autres que celles affichées dans les traités fondateurs.

A l’ombre de Doha

Les Championnats du Monde d’athlétisme de Doha révèlent l’impossibilité climatique d’organiser des compétitions sportives dans le Golfe persique mais aussi la faiblesse morale des pays participants pourtant au fait des atteintes multiples commises par le pays hôte le Qatar.

Et s’il n’en reste qu’un seul debout…Ce sera peut-être seulement le stade Khalifa ! Passée la boutade, teintée d’un brin de cynisme, il apparaît clairement en marge des Championnats du Monde d’athlétisme de Doha que les conditions climatiques qui prévalent pour cette compétition défient toutes les lois de la rationalité. Non que le Qatar ne soit pas capable d’accueillir sur le plan technique une telle manifestation mais il est désormais évident, pour ceux qui en doutaient, que tout être humain, fut-il sportif de haut niveau, ne peut résister aux températures qui écrasent les compétiteurs qui plus est en étant soumis à un effort physique intense.

Désert urbanisé

Secret de Polichinelle crieront certains à raison mais passée cette évidence reste à s’interroger sur le choix du Qatar pour organiser les mondiaux d’athlétisme, anti-chambre officieuse de la prochaine Coupe du Monde de Football qui doit elle aussi se tenir au Qatar, certes en novembre 2022. La réponse ne réside pas dans l’architecture ou l’esthétique du stade, fort audacieuses l’une et l’autre, mais dans la volonté d’un pays du Golfe persique de prouver aux yeux du monde que le pétrole ne constitue pas le seul atout de ce bout de désert urbanisé. Et que stades, villes, routes, centres commerciaux et autres agréments de tout grand pays développé ont droit de cité dans ce qui resta longtemps une vaste étendue de sable battue par les vents. Ainsi, grâce à ses mondiaux d’athlétisme le Qatar se pose en véritable acteur international, le pays ayant compris avec justesse et finesse combien le sport de haut niveau était un outil politique et diplomatique puissant, surtout quand celui-ci s’accompagne de moyens financiers quasi-illimités. Car désormais il faudra compter avec le Qatar. Si jusqu’alors le doute prévalait, doute à peine ébranlé par le rachat en 2011 du Paris Saint Germain, celui-ci n’a plus guère de raison d’être tant la pétromonarchie s’est astreinte à développer l’image d’un pays actif, empreint de modernité contemporaine et prêt à se positionner parmi les grands de ce monde.

Considérations et transparence

Banaliser la destination Qatar, ici Doha, comme le sont devenues New-York, Londres ou Paris telle est l’ambition des Qataris, fut-ce au prix d’une atteinte à l’environnement comme le prouve le système de climatisation du stade Khalifa qui bafoue toutes les règles en matière d’émission à gaz à effet de serre. Et visiblement, le Qatar, à tort ou à raison, semble bien se moquer de ce type de considérations tout comme des conditions de travail des ouvriers employés à la construction des stades de la prochaine Coupe du Monde de Football. Mais ces derniers, si loin, si transparents voient leur sort échapper à la pitié de sociétés bien pensantes plus préoccupées par le prix du dernier téléphone mobile, du prix du litre d’essence que par leurs existences respectives. Et dès lors d’émerger une vraie question d’essence morale où se mêlent respect de la dignité humaine, des droits de l’homme et de l’environnement au regard de la compétition actuelle qui touchera à sa fin dans quelques heures. Mais une fois acquise la conviction que nombre de principes fondamentaux sont bafoués, qui osera se lever pour simplement refuser de se prêter à une parodie de rendez-vous sportif dicté par l’appât du gain ? Nul ne le sait. Mais peut-être que lorsqu’un athlète ne se relèvera plus, terrassé par la chaleur ou que le nombre d’employés disparus sur les chantiers aura atteint des sommets intolérables, peut-être qu’alors, en effet, quelqu’un osera siffler la fin de la partie.