Un si étrange dessein… ?

En assassinant un des piliers de la République Islamique l’Iran, Donald Trump prend le risque d’une escalade militaire et diplomatique incontrôlable. Pourtant, le dessein présidentiel est peut-être autre. Explications.

En choisissant d’assassiner sur le sol irakien le général Ghassem Soleimani, l’un des piliers du régime de Téhéran, Donald Trump a ouvertement fait le choix de l’escalade militaire et diplomatique face à un ennemi déclaré depuis quatre décennies désormais. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette décision lourde de conséquences pour l’ensemble du Proche-Orient et qui ne laisse pas sans interroger sur la perception de Donald Trump sur la situation diplomatique mondiale et régionale. (Lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/chroniques-de-la-presidence-trump/article/2020/01/05) Tout d’abord, le contentieux américano-iranien datant de 1979, date à laquelle cinquante deux diplomates américains avaient été retenus en otages pendant un an dans leur propre ambassade sur le sol iranien par les suppôts de la nouvelle république islamique, et qui reste la matrice des relations entre ces deux pays. La seconde, s’apparenterait à la volonté de Donald Trump de limiter la propagation en Irak du chiisme, variante radicale de l’Islam, jugé trop vindicatif et trop belliqueux au goût du pensionnaire de la Maison Blanche.

Vulnérabilité et sanctions

La troisième pourrait résider dans l’intention de Donald Trump de réaffirmer l’influence des Etats-Unis dans le périmètre Moyen-Oriental. L’option n’est pas négligeable car à quelques mois de l’élection présidentielle et pour satisfaire un électorat en manque de supériorité supposée, qui attendait plus un retrait des Boy’s que leur départ pour la zone, le président américain peut aussi vouloir se poser en chef de guerre et en défenseur des principes fondateurs des Etats-Unis. (leschos.fr : https://www.lesechos.fr/monde/etats-unis/en-pleine-crise-avec-liran-trump-mobilise-son-electorat-religieux-1160258) Pour autant, entre spéculations et réalités, se cache peut-être aussi un dessein diplomatique qui demandera à être confirmé ou infirmé. En élimant un des hommes forts du régime iranien, les Etats-Unis démontrent que les hommes, les piliers de la Révolution islamique sont in fine vulnérables partout où les intérêts américains sont présents. Autre ambition non avouée, elle aussi à vérifier, instiller l’idée dans l’opinion iranienne que le régime actuel ne peut amener le pays que vers le chaos, preuve en est l’élimination de l’un de ses plus puissants défenseurs. Jouer la carte du retournement de l’opinion progressif de la rue iranienne contre le régime est cependant un pari risqué tant le peuple iranien apparaît fidèle aux Gardiens de la Révolution.

Impuissance diplomatique et lenteur

Mais la multiplication des sanctions économiques et diplomatiques, l’isolement du pays sur la scène internationale et les protestations polies des grandes puissances mondiales apeurées par l’interventionnisme américain pourraient inciter à la naissance d’une opposition politique sur laquelle les Etats-Unis ne manqueraient pas de s’appuyer pour renverser le régime. Hypothèse crédible quant on sait combien l’Iran cherche aujourd’hui à séduire nombre d’entreprises occidentales pour servir et accompagner son développement. Aussi, levons toute ambiguïté : l’objectif ultime des Etats-Unis et qui prévaut depuis 2019 est bien la disparition de la République islamique d’Iran. Tout comme l’Administration de l’ancien président George W.Bush avait juré le renversement de Saddam Hussein, cette même Administration travaille depuis plus de quarante ans désormais à la perte du régime iranien. Sans y parvenir preuve de la robustesse politique du régime et de son ancrage social. Devant l’impuissance diplomatique, ou plus précisément la lenteur des effets des sanctions engagées, Donald Trump a opté pour la provocation en précipitant l’Histoire qui lie les deux pays. Encore une fois, le pari, si c’en est un, est extrêmement risqué car le Proche-Orient est une des régions les plus explosives du monde, si ce n’est la plus explosive. Et l’Iran, puissance régionale à l’influence réelle qui peut s’appuyer sur des réseaux tout aussi puissants, à commencer par le Hezbollah, sait aussi, et à raison, que le bras de fer qui l’oppose aux Etats-Unis est loin d’être perdu d’avance.

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