
La disparition du Prêtre Jacques Hamel a provoqué une vague d’émotions qui a bouleversé monde catholique et musulman. Et si les rapprochements issus de cette tragédie annonçaient les prémisses d’une Union sacrée où s’associent vivre-ensemble et acceptation de l’autre ?
Point de cynisme dans ces premières lignes. Loin s’en faut. Mais seulement une interrogation teintée d’espoir. Ainsi, devant la multiplication des rassemblements inter-religieux qui ont ponctué le dimanche 31 juillet dernier, où fidèles musulmans se sont rendus nombreux dans les églises pour honorer la mémoire du Père Jacques Hamel, une question émerge. (Voir aussi lemonde.fr : L’archevêque de Rouen salue « ses frères musulmans venus comme bâtisseurs de paix » ) Et si la fameuse Union sacrée (véritablement sacrée en l’espèce) que Président de la République et Gouvernement appellent de leurs vœux sans jamais réellement être entendus avait commencé à prendre forme là ? Et si la tragique disparition du curé de Saint-Etienne de Rouvray avait servi de déclencheur à une prise de conscience collective que le vivre ensemble n’était pas seulement une notion abstraite jetée sur le papier ? Nous évoquions en préambule un procès en cynisme mais la mort de ce prêtre discret et reconnu pour sa bonté a soudainement réveillé les consciences, poussé dans la rue des hommes et des femmes certes horrifiés par la fin barbare de cet homme de foi mais aussi des hommes et des femmes qui ont réalisé qu’ils vivaient ensemble dans un même pays soumis aux mêmes agresseurs. Communauté d’esprit face à une menace certes universelle mais qui en France prend un caractère inédit, ne serions nous pas en présence d’une forme d’ouverture inédite des esprits ? Une explication s’impose.
Voile de méfiance
Face à l’acte barbare commis par les deux meurtriers, des Français de confessions différentes se retrouvent et s’associent sur la place publique et dans les lieux de culte catholiques pour faire part de leur émotion. Mais au-delà de leurs confessions respectives, tous se sentent issus du même pays, de la même communauté : celle que la République et la démocratie ont façonné depuis des années. Comme si la religion de chacun n’avait in fine qu’une valeur secondaire, presque accessoire devant la multiplication des attentats et des victimes qui en résultent. L’Union sacrée donc, que nombre d’hommes et femmes politiques ont balayé d’un revers de main au profit de basses ambitions politiques, semble se dessiner non pas sous l’égide de l’élite politique gouvernante mais de manière plus simple et prosaïque : au sein même de la population française, naturelle et instinctive, voire grégaire. La mort du Père Hamel, toutes précautions prises naturellement, a comme soulevé le voile de la méfiance qui s’était abattu sur l’Islam et ses fidèles lorsque ces derniers conscients (bien qu’ils l’aient toujours été et affirmer le contraire serait ouvrir un procès injuste et polémique) des dérives commises par certains au nom de la religion musulmane ont simplement redit et répété : « Stop ! L’Islam n’est pas ce que les terroristes veulent imposer au monde ! L’Islam n’est pas synonyme de violence, de guerre ou de barbarie ! » N’y-a-t-il pas là en filigrane une forme de laïcité à la française ? Un peuple, pétri de confessions diverses, qui les dépasse pour dire d’une seule et même voix non à la terreur indépendamment de leurs croyances personnelles. La dynamique d’ouverture des lieux de cultes, quels qu’ils soient, doit absolument se poursuivre pour de multiples raisons et d’abord pour celle de la compréhension de l’autre et de sa confession. Cette dynamique annihilera les ressorts de l’ignorance et de l’obscurantisme, lèvera le voile de méfiance qui entoure, à tort, le culte musulman. Alors, une fois cette démarche accomplie, une fois les ambitions de l’Islam de France comprises, les non-musulmans, croyants ou pas, regarderont et comprendront que le monde musulman n’est pas nourri de vengeance et de haine. Mais cette démarche ne doit pas être à sens unique, le monde chrétien, athées et agnostiques, baignés de suspicion doivent aller vers l’Islam et ne pas adopter une position passive. C’est aussi ainsi que se crée une communauté d’esprit autour de valeurs communes qui dépassent la sphère de la religion et de la croyance quelque soit son origine : Par l’ouverture et la compréhension de l’autre. Pas autrement.

L’attentat de Nice confirme la réalité d’un terrorisme polymorphe capable de muer face aux obstacles dressés devant lui. S’il n’est de réelle solution technique pour le combattre, vivre avec est aussi une forme de résistance et de résilience face à l’inconnue de la violence à venir.
Les tensions raciales qui rongent la société américaine révèlent l’existence d’une fracture sociale où la violence, composante intrinsèque des Etats-Unis, travaille à l’exclusion de la communauté afro-américaine du champs citoyen.
La création d’une agence nationale de renseignement confirme la nécessité de coordonner les actions de prévention et de lutte contre le terrorisme. Mais une telle structure sera-t-elle capable d’anticiper les modes opératoires et les théâtres d’opération de terroristes cruellement imaginatifs et mobiles ?
L’accident mortel survenu avec une voiture Tesla équipée d’un Auto-pilot interroge sur les responsabilités à assumer en cas de sinistre mais aussi sur la place et l’influence de l’Homme face au progrès technique censé le seconder.
La victoire des partisans du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes n’a pas entamé la mobilisation des opposants au second aérogare nantais. Mais leur opposition ne serait-elle pas la traduction, consciente ou inconsciente, du refus et de la négation des évolutions qui agitent le Monde.
Annoncée comme un cataclysme, la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne est peut-être l’occasion rêvée de repenser l’Europe et de renouer avec ses origines sans occulter l’idée que ce Brexit traduit aussi une forme de crise de croissance de l’Europe politique.
La victoire de Virginia Raggi aux élections municipales romaines traduit les limites du discours social démocrate jugé insuffisant dans un univers ultra-libéral.
L’assassinat des deux agents de la force publique a déchaîné les passions. Mais en marge de l’agression portée à la République, se pose aussi la question de l’image du régime auprès des Français. Problématique qui n’est pas étrangère au débat général sur le terrorisme.