Une autre idée de la République ?

640px-Place_de_la_République_-_MarianneL’assassinat des deux agents de la force publique a déchaîné les passions. Mais en marge de l’agression portée à la République, se pose aussi la question de l’image du régime auprès des Français. Problématique qui n’est pas étrangère au débat général sur le terrorisme.

Il fallait s’y attendre. La tuerie d’Orlando, en Floride, et le double assassinat des agents de la force publique à Magnanville ont tous deux déchaîné propos et polémiques tapageurs, avalanche de pathos et réactions en tous genres qui toutes s’indignaient, et à raison, des outrages commis à l’endroit de citoyens lambdas (fussent-ils agents des forces de l’ordre, ils n’en restent pas moins des citoyens) et de régimes politiques visés. L’émotion est grande particulièrement en France où, une fois encore la République, par ses premiers représentants, est touchée et blessée. Les causes de ces agressions à répétition sont connues et identifiées, inutile donc d’y revenir même s’il convient de les garder à l’esprit. Mais s’attarder sur le degré d’émotion qu’elles suscitent n’est pas inintéressant. Pourquoi ? Les agresseurs (ici l’unique agresseur ayant prêté allégeance à l’Etat islamique), savent que toute atteinte portée au régime républicain sera vécue en France comme un véritable drame national. Et c’est peut-être d’ailleurs là une de nos faiblesses que ces hommes et femmes fanatisés savent exploiter avec une certaine habileté teintée d’un cynisme macabre.

Dieu et la République

Plus précisément, les Français sont tellement attachés à leur modèle républicain perçu comme unique et exemplaire que toute attaque portée est vécue comme une agression personnelle voire physique. Là aussi, réside-t-il peut-être une faiblesse que ces fanatiques exploitent. Croire que notre modèle républicain est le seul qui vaille tend à occulter de manière un peu méprisante et condescendante les autres régimes politiques à la surface du globe qui pour certains subissent au quotidien les agressions sanglantes de l’Etat islamique sans que quiconque s’en émeuve plus que cela. Les Français, qui ont remplacé Dieu par l’Etat républicain, autre forme de croyance dévote, tendent ainsi à considérer que les violences commises à l’endroit de leur régime sont des outrages commis contre le Régime par excellence. Pour résumer : la République ou le chaos. Il y a aussi dans cette attitude, empreinte de quelques relents colonialistes, la marque d’une forme de crise de la République qui ne se vivrait que par symboles comme la Guerre de 14-18 se vit par ses Monuments aux morts. Les policiers assassinés, qui représentent la dite République, sont, d’une certaine manière, des symboles républicains comme le sont les bustes de Marianne, le drapeau tricolore, la Marseillaise ou le triptyque Liberté-Egalité-Fraternité. Les Français en sont venus à vivre la République non comme un cadre législatif porteur de lois et de devoirs mais comme une succession de symboles qui, salis, déchaînent passions et humeurs. Pourtant, l’Histoire le montre, la République a été blessée et attaquée en de biens autres occasions sans que ces agressions soient vécues aussi charnellement. Est-ce le sang versé, la douleur des familles et la perte de deux citoyens (et d’autres avant eux), exemplaires au regard de leur fonction, qui suscitent tant d’émotion ou l’idée que notre régime jugé parfait par beaucoup (en dépit de nombreux débats qui l’agitent) ait pu être bafoué ? Certainement les deux.

Admiration et haine

Le terrorisme, à éradiquer au plus tôt, n’est pas le seul ennemi de la République, loin s’en faut. Mais nous ne pourrons pas nous affranchir dans les années à venir d’une réflexion sur l’idée républicaine et sur sa pertinence car la République n’est pas un lieu de mémoire sacré inamovible, un dogme intangible. Il n’est pas question de la jeter aux orties mais d’accepter l’idée que notre modèle suscite certes de l’admiration mais aussi de la haine. Et à nous de comprendre pourquoi ce rejet de la République croît au point de pousser certains à s’en prendre à elle. Premier travail qui sera suivi d’un second, lié au premier naturellement : comprendre notre République, de ne plus la percevoir comme le régime parfait absolu, mais comme un régime parmi d’autre, de nous défaire de ce complexe de supériorité qui nous aveugle, en faisant évoluer l’idée républicaine avec son temps. Troisième étape, et non des moindres, ne plus vivre la République comme une succession de symboles. Le quotidien de chacun y pousse, il faut en convenir, mais doit-il nous empêcher de nous interroger sur ce que nous attendons de la République et surtout sur ce qu’elle doit incarner ?

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