Problème de logique

Le retrait de la vie politique de François Fillon consacre le passage définitif de l’électorat à un autre monde. Et les tentatives d’anciens élus ou responsables pour réintégrer le jeu politique d’apparaître comme des atermoiements anecdotiques répondant à des logiques clivantes dépassées.

Les adieux de François Fillon à sa famille politique le 19 novembre dernier, et accessoirement à son micro-parti, marquent, il n’est pas abusif de le penser, la fin définitive d’une ère politique que l’élection présidentielle avait déjà poussé dans la tombe. D’aucuns argueraient du contraire devant les tentatives de Manuel Valls de s’immiscer à nouveau dans le débat politique ou devant la campagne de Laurent Wauquiez, décidé pour se dernier à s’imposer en qualité de président du mouvement Les Républicains. Mais à y regarder de près, ces tentatives ou cette agitation, perdues parmi tant d’autres, ne relèveraient-elles pas de poussifs atermoiement d’anciennes gloires politiques ou de seconds couteaux en mal de reconnaissance ? Car, que l’on soit en accord ou pas avec Emmanuel Macron et la politique engagée depuis son élection, force est de constater que celui-ci tient le pays sinon d’une main de fer du moins du poigne plutôt ferme. En témoignent les timides mobilisations organisées par les centrales syndicales pour protester contre la réforme du Code du Travail.

Anecdote et baroud

Ainsi pour revenir, l’espace de quelques lignes au retrait de François Fillon, retrait qui ne laissera pas de traces impérissables dans l’histoire politique française, celle-ci apparaît donc tout aussi anecdotique que peuvent apparaître les derniers barouds d’honneur d’anciens responsables politiques. Il semble en effet que la France soit désormais passée dans un autre monde, plus précisément dans une autre logique sociétale, certes handicapée de contradictions et d’inégalités d’aberrations et d’incongruités que personne ne conteste et que tous veulent combattre, mais qui a enterré l’ancien monde. Est-ce à dire que la France a enfin accepté de rompre avec le poids de son Histoire, celle qui la galvanisait autant qu’elle l’oppressait ? Il est trop tôt pour l’affirmer et les historiens se chargeront de confirmer ou d’infirmer la question dans les années à venir si tant est que celle-ci se pose un jour. Mais la France d’Emmanuel Macron n’est plus, en terme de représentations mentales de l’avenir politique ou d’attentes nourries par l’action de celle-ci, celle de François Mitterrand ou de François Hollande, encore moins celle de Jacques Chirac ou de Nicolas Sarkozy. Il semble que les Français ont acquis l’idée de passer du XXème siècle au XXIème siècle, par envie ou par dépit, si ce n’est par obligation ou nécessité mais toujours est-il que la réalité est là : l’ancien monde est derrière nous. Certes pas très éloigné mais la purge politique opérée au lendemain de l’élection présidentielle a prouvé combien le pays avait soif de changement. Reste à savoir si ce changement tant de fois espéré, aujourd’hui engagé, répondra aux attentes nourries à son endroit. Pour l’heure, le renouvellement du personnel politique à droite comme à gauche (si d’aventure les deux notions ont encore un sens aujourd’hui) ne parvient pas à convaincre un électorat, certes critique à l’endroit d’Emmanuel Macron, mais encore vu et perçu comme le seul recours susceptible à résoudre les difficultés du pays. Quant aux tentatives de Laurent Wauqiez ou de Manuel Valls, il semble qu’elles répondent aussi dans leur méthode, du moins celle concernant le candidat à la présidence des Républicains, à des logiques visiblement dépassées de reconstruction de clivages politiques dont l’électorat paraît lassé. Car avec la nouvelle ère qui s’est amorcée au lendemain de l’élection d’Emmanuel Macron, les logiques clivantes, longtemps métronomes de la vie politique française depuis 1958, sont, d’évidence, aujourd’hui désuètes et obsolètes. Faut-il pour autant ranger Adam Smith, Ricardo, Marx et Jaurès au fond des bibliothèques ? Une réponse alternative et ouverte dirait alors qu’il n’est pas nécessaire d’en arriver à cette extrémité mais comprendre que les théories développées par les uns et par les autres appartiennent à un monde révolu, en constante mutation et friand de nouvelles recettes.

La démocratie à l’épreuve de l’Affaire Merah

Le procès Merah serait-il le révélateur d’une société débordée par l’émotion ? Tentative d’explication.

Il y aura donc un second procès Merah. Inutile ici de présenter à nouveau les rouages de ce qui compte aujourd’hui parmi les plus lourds attentats terroristes que le pays ait connu. (Lire l’article sur lemonde.fr : Un nouveau procès Merah est-il nécessaire ? ) Mais pourquoi alors ne pas s’attacher au contexte général et à l’atmosphère qui ont prévalu, et qui prévaudra encore, lorsque se tiendra le second procès. Et plus précisément à ce que nous attendons de notre justice ? La question revêt à l’occasion de ce procès une valeur centrale. Première des réponses, première tentative en tous les cas : la justice n’est pas une vengeance. Et en dépit de l’horreur et du dégoût que peuvent inspirer les propos et l’idéologie meurtrière d’Abdelkader Merah, cet homme ne peut-être l’objet d’une quelconque vendetta. Il en va de l’honneur de la République et des valeurs qui la fondent, de la grandeur d’un peuple qui s’est le premier insurgé en Europe contre l’arbitraire et l’absolutisme. Qui pourrait se réclamer défenseur de la démocratie si cet homme, répétons-le, honni par une écrasante majorité de la population, devait être laissé aux mains de la violence, celle que lui-même appelle et défend ? L’émotion, profonde et légitime, suscitée par les actes commis par Mohammed Merah à Toulouse et Montauban, émotion qui anime encore aujourd’hui nombre d’entre nous, ne peut devenir un moteur de violence.

Sentence et droit

Certes la sentence est facile et l’est d’autant plus pour ceux qui n’ont pas été frappés par l’indicible. Pourtant, effort de prime abord impossible et impensable pour nombre d’entre nous, il faudra au cours du second procès, comme ce fut le cas au cours du premier, séparer l’émotion du droit, la colère de la règle pour préserver la grandeur de la justice des hommes, souvent critiquée et critiquable à bien des égards, mais pourtant seul et unique repère dont nous disposons pour séparer le grain de l’ivraie. Or, le premier procès, hautement médiatisé, et cela se comprend, a aussi été quelque peu l’otage de passions, voire de déclarations tout aussi passionnelles qu’instinctives, qui tendaient à occulter le droit au profit d’une émotion fruit de la colère, de la haine et de la vengeance. Ces sentiments sont naturellement et évidemment compréhensibles. Mais ont-ils leur place dans un prétoire ? Là encore se pose la question. Car est-il audible, en démocratie et en République, que l’émotion, fut-elle des plus vives, influence la justice au point de contrarier le droit ? Une des forces du terrorisme, si tant est que celui-ci puisse en avoir une ou en revendiquer une, est de renvoyer notre démocratie et nos valeurs, ainsi que ses outils que sont la justice et le droit, dans ses ultimes retranchements. Comment une société telle que la nôtre a-t-elle finalement pu laisser grandir en son sein de tels individus ? Comment et par quelle faute commise a-t-elle pu nourrir un radicalisme de cet ordre ?

Réalité et dérive

Le procès Merah figure au rang de ces étapes judiciaires qui marqueront notre société moderne et contemporaine par sa capacité à l’interroger dans son ensemble. Inutile d’évoquer un quelconque bouc-émissaire qui servirait de prétexte facile à une explication qui le serait tout autant pour éviter d’affronter la réalité de nos responsabilités. Car une chose est en revanche quasiment sûre. Le procès Merah nous oblige dès à présent à faire face à une société à la dérive qui s’est trop longtemps cachée derrière le confort d’une modernité grasse et généreuse. Est-ce à dire que nos démocraties sont devenues ou sont trop faibles ? La question est trop manichéenne et appelle un réponse par trop déterministe. Mais avancer l’idée que nos démocraties n’ont pas su s’adapter à la mouvance terroriste n’est pas nécessairement erroné. Rien naturellement n’effacera la douleur des familles des victimes présentes ou à venir, mais repenser les arcanes du droit sans altérer les valeurs fondamentales et les libertés individuelles permettraient peut-être d’appréhender avec plus d’assurance la question terroriste.

De l’Affaire Kennedy à la raison d’Etat

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La mort du président Kennedy restera-t-elle encore longtemps un mystère irrésolu ? (Crédit photo : wikimédia.org)

Un motif est à l’origine du renoncement de Donald Trump à publier la totalité des documents concernant l’affaire Kennedy : La raison d’Etat. Puissante et discrète, elle alimente tous les fantasmes mais s’exprime ici avec force. Explications.

Evidemment, nombreux étaient ceux qui attendaient beaucoup de la publication des archives relatives à l’assassinat du président John Kennedy le 22 novembre 1963. (Lire l’article sur lemonde.fr : Dossiers Kennedy : Donald Trump renonce à la publication de certains documents « sensibles » ) Mais le soufflé est retombé, le président Donald Trump ayant cédé devant l’insistance, pour ne pas dire la pression exercée sur lui, par le Bureau Fédéral d’Investigation (FBI) et l’Agence centrale du renseignement (CIA). Et la déception d’être à la hauteur du mystère et de l’énigme que revêt cette affaire qui pourrait bien ne jamais être résolue. Tout, ou presque, a été dit. Complot d’Etat, Mafia, KGB, Cubains, Oswald, Les Martiens (Qui sait ?)…Tout le gotha de la Guerre Froide a été passé en revue sans que jamais n’émerge la seule vérité. Pour autant, indépendamment de l’enquête et des théories qui l’entourent, il convient de s’attarder aujourd’hui sur ce qui a réellement poussé Donald Trump à renoncer à la publication totale des documents.

Transgresser la Loi

La réponse réside peut-être dans une expression forgée à la Renaissance et développée avec talent et, avouons-le, une forme de cynisme par Machiavel : la raison d’Etat. Qu’est-ce que la raison d’Etat ? Un principe simple in fine qui fait valoir les intérêts de l’Etat quitte à transgresser la Loi et la souveraineté du peuple pour assurer la conservation ou la pérennité de l’Etat en question. Et il semble bien que ce soit le motif qui a motivé le président américain à ne pas publier la totalité des documents dont certains contiennent, peut-être, des informations susceptibles de contrarier l’autorité ou d’atteindre l’aura du FBI et de la CIA. Certes. Mais quid en ce cas là des libertés fondamentales que sont la liberté d’information et le droit inaliénable d’un peuple en démocratie d’être tenu au fait des agissements de l’Etat ? Visiblement, la question ne touche pas les deux agences concernées. L’Affaire John Kennedy, qui ne ressemble à aucune autre, renvoie ainsi aux fondements même de la démocratie en mettant sous les feux de la rampe les contradictions d’un système politique – ici la démocratie américaine – où le peuple est présenté comme souverain mais finalement otage d’institutions ou d’organes d’Etat extrêmement puissants. Inutile de crier au complot. Point de complot dans la volonté d’un Etat de se protéger. Juste le constat d’une dérive des pouvoirs accordés à certains organes publics (FBI et CIA). Preuve aussi que le Président américain quel qu’il soit, ne dispose pas de tous les pouvoirs et reste faible face à deux agences tentaculaires et soucieuses de préserver leur image et leurs champs d’action respectifs. La raison d’Etat souvent invoquée, souvent appliquée a, une fois encore, prévalu sur la volonté d’un homme, fut-il président de la première puissance du monde. Car la question qui se pose désormais est : que recèle les documents non divulgués ? Sont-ils réellement si lourds de secrets que CIA et FBI seraient menacés d’implosion ? Les Etats-Unis, si prompts à dispenser au Monde entier des leçons de démocratie appliquée, seraient-ils à leur tour au cœur d’un immense scandale à la lecture de ces ultimes documents ? La porte à tous les commentaires est ouverte et les complotistes de tous horizons ne manqueront pas de s’y engouffrer. Mais leurs propos (ou délires) ne resteront pas dans l’Histoire comme des éléments de réflexion. A ce jour prévaut le constat : les Etats-Unis n’ont toujours pas digéré l’assassinat de leur 35ème président.

Donald Trump l’apprenti-sorcier n’est pas Harry Potter !

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L’inexpérience et l’inconséquence du Président américain tendent des relations diplomatiques avec des pays implantés dans des zones explosives. (Crédit photo : flick.fr)

Si l’inexpérience diplomatique de Donald Trump accroît la dangerosité du Monde par une ligne de conduite aussi incompréhensible qu’incohérente, il est aussi le frein aux processus de pacification amorcés, ou amorçables, dans des régions sous tension. Explications.

A force de jouer avec les allumettes de la diplomatie internationale sous couvert de défendre les intérêts américains dans le Monde, Donald Trump finira par se brûler. Si encore il était le seul à assumer les frais d’une politique internationale marquée par le sceau de l’incohérence la plus complète et de l’ignorance la plus inquiétante qui soit des ressorts des relations internationales, alors le mal serait moindre, à tout cas limité. Mais en persistant dans une ligne dure et difficilement compréhensible, le président américain expose la planète entière à des risques sinon majeurs, du moins franchement compliqués à affronter. L’exemple coréen tout comme l’exemple iranien en sont de parfaites illustrations. Car non seulement Donald Trump agit, au regard de la question coréenne, de manière totalement irraisonnée face à un dirigeant Kim Jung Un plus préoccupé par la volonté de faire exister son pays à l’échelle internationale via l’arme nucléaire, que par la volonté réelle de déclencher un conflit mondial (ce qui n’exonère en rien la dictature coréenne et les provocations du dirigeant coréen), mais en plus il participe à une forme de surenchère diplomatique sans issue. Idem dans le cas iranien.

Contentieux ancien

Justement conseillé par ses collaborateurs qui précisent que l’Iran respecte dans les grandes lignes l’accord signé en 2015 (lire l’article sur lemonde.fr : Accord historique sur le nucléaire iranien ) avec les membres permanents du Conseil de Sécurité de l’Organisation des Nations Unies plus l’Allemagne (Groupe du P5+1), Donald Trump préfère jouer la carte de la dureté, ici excessive, à l’endroit des Gardiens de la Révolution. Certes le contentieux entre l’Iran et les Etats-Unis est ancien mais les efforts accomplis par l’Iran et le président Rohani, d’ailleurs salués par l’accord international cité précédemment, avaient engagé les relations entre les différentes parties sur la voie de la concertation et de l’apaisement. Preuve en est, et à titre d’exemple, les différents projets de coopération économique lancés entre la France et l’Iran. Mais la position de Donald Trump qui semble n’être que la sienne au demeurant, l’isolant plus encore au sein de sa propre administration et de son propre pays, vient handicaper des relations encore fragiles et qui ne demandaient en rien de telles prises de positions aussi tranchées. Donald Trump aurait voulu saboter la réinsertion de l’Iran à l’échelle internationale qu’il ne s’y serait pas pris autrement. Parallèlement, son cavalier seul face à la question iranienne est aussi de nature à complètement bafouer ses alliés alors qu’au regard des traités en vigueur, la coopération prévaut. Entre bravades et mépris, Donald Trump tend à rendre le Monde plus dangereux encore qu’il ne l’est devenu en créant d’inutiles tensions avec des acteurs locaux, en particulier l’Iran, qui pourraient, bien accueillis et bien accompagnés par la communauté internationale, jouer un rôle de pivot au sein de leur sphère d’influence (Lire l’article sur lemonde.fr : Trump rend le monde encore plus dangereux ). Quant à la Corée, son isolement, qu’elle tente de rompre en se donnant une substance diplomatique, se rompra de lui-même lorsque le régime, épuisé par une politique uniquement animée par le fantasme de puissance que génère la possession de l’arme atomique, implosera. Mais pour l’heure le Monde continue de s’interroger sur les intentions de Donald Trump tout en regrettant le temps perdu à tenter de pacifier des régions explosives.

De la crise identitaire à la crise institutionnelle

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Les revendications des séparatistes catalans mettent en évidence les limites du système d’autonomie des régions. Mais quelle solution apporter ? Crédit photo : pixabay.com

La revendication indépendantiste catalane pose aussi la réalité d’une démocratie espagnole dépassée par le modèle d’autonomie régionale. A Madrid de choisir : le statu quo ou l’évolution vers un autre système institutionnel.

Alors que la Catalogne espagnole occupe aujourd’hui le devant de la scène, il n’est pas interdit de s’interroger désormais, non pas sur les revendications des séparatistes catalans mais plutôt sur les limites posées par le modèle espagnol d’autonomie des régions. Car c’est peut-être bien là que réside aussi le malentendu qui n’a cessé de croître depuis des années entre Madrid et une partie de la population catalane (comme il s’était posé, plus violemment encore, avec le Pays basque). Si la Constitution, approuvée par les urnes en 1978, prévaut encore aujourd’hui, force est de constater que le régime validé il y a près de quarante ans ne semble plus satisfaire une partie de la dite population. Pourtant, le système dont voudrait se détacher une partie des Catalans offrent à ces derniers une liberté d’action somme toute assez large, identique à celle dont jouissent les autres régions d’Espagne. Ainsi, comme le précise la Constitution de 1978, seule l’indépendance judiciaire (art. 149 de la Constitution alinéa 5 et art. 150) échappe au contrôle des régions.

Croissance et options

Parallèlement, de nouvelles modifications d’ordre fiscal ont aussi été introduites en 2009 précisant que si les communautés autonomes ne disposaient pas de ressources propres, l’État central reversait le produit des impôts nationaux proportionnellement à la population de chaque communauté. Ainsi, même si la somme totale payée par les Catalans au titre de l’impôt est la deuxième somme la plus élevée d’Espagne, et celle payée par les Andalous l’avant-dernière, les deux communautés autonomes reçoivent environ autant de subventions de la part de l’État central (la population de la Catalogne et de l’Andalousie étant comparables en nombre). Au-delà de la présentation des articles de lois, il semble bien aujourd’hui que la démocratie espagnole traverse une crise de croissance qui la pousse, bon gré mal gré à clarifier ses textes institutionnels. Dès lors plusieurs options se posent à l’Espagne. Le maintien de la Constitution actuelle avec le risque de voir s’enliser la crise sans en connaître l’issue et de pousser d’autres régions à revendiquer leur complète autonomie (éventualité peu probable) ; Décider une refonte totale ou partielle de sa Constitution ce qui pourrait alors entraîner aussi la chute de la monarchie constitutionnelle au profit d’une République. La question qui se pose alors est : Les Espagnols le souhaitent-ils ? L’Histoire a montré que l’expérience avait tourné court pour s’achever dans le sang de la guerre civile. Mais l’Histoire n’est pas nécessairement faite pour se reproduire. Opter pour la solution républicaine serait un bouleversement considérable pour l’Espagne et reste à savoir si les indépendantistes catalans, voire d’autres (au risque de réveiller des passions endormies) accepteraient de passer sous le joug d’une République, fut-elle fédérale à l’image de la République allemande ?

Réalité et dilemme

Autre question posée par les velléités catalanes, le poids de l’Union européenne. Même si le mot n’est que rarement prononcé par les indépendantistes, la Commission et le Parlement européens suivent avec attention l’évolution de la crise appelant au dialogue. Mais lequel ? Car autour de quel compromis est-il possible aujourd’hui de négocier ? Madrid entend, au nom de l’unité espagnole, conserver la Catalogne dans son giron pour de multiples raisons ; Une partie de la Catalogne souhaite s’en défaire. Le champ de la négociation est donc étroit. Et quand bien même la crise se tasserait-elle d’elle même, notamment au lendemain du coup de force des partisans de l’unité avec Madrid (Lire l’article sur lemonde.fr : Catalogne : démonstration de force des opposants au référendum, à Barcelone) , la question de l’indépendance ne s’éteindra pas définitivement. Elle resterait discrète mais prégnante dans un pays qui compte autant de particularismes culturels (langues, traditions, identité…) que de régions. Aussi, mettre fin à la crise catalane aujourd’hui ou demain résoudrait temporairement le problème posé sans nécessairement mettre Madrid face à la réalité institutionnelle actuelle, d’évidence défaillante. Car en y regardant de plus près, la démocratie espagnole est encore très jeune, sujette, preuve en est à de violents soubresauts, celle-ci n’étant sortie du franquisme qu’en 1975 après la disparition du dictateur. Et évoquer, comme précédemment une crise la démocratie espagnole n’est en rien un effet de manche car rien n’empêche l’Espagne de changer ou de modifier son régime institutionnel. Dilemme ô combien cornélien car si l’autonomie actuelle est plébiscitée par une majorité d’espagnols, il conviendra de proposer un système différent mais qui ne rognera en rien les libertés régionales actuelles, qui accordera sa place aux identités locales mais sans leur laisser un espace de contestation trop large susceptible de se retourner contre le pouvoir central.

Les Ultras, fossoyeurs du football professionnel

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Souvent impressionnantes, les actions des Ultras peuvent prendre des allures de violences qui discréditent le football et effraient un public en quête de divertissement. (Crédit photo : wikipédia.org)

La question de la violence dans les enceintes sportives à nouveau relancée par les incidents survenus à Amiens, se pose un impératif de gestion des groupes ultras. Sous peine de voir les stades désertés et le football professionnel discrédité.

D’aucuns pensaient la question sinon définitivement réglée, du moins largement dominée. Mais l’incident survenue le 30 septembre dernier lors du match de football de Ligue 1 opposant Amiens à Lille au stade la la Licorne dans la capitale Picarde a relancé la question de la sécurité dans les stades au regard de la présence de groupes Ultras. Naturellement, l’enquête diligentée par le Parquet d’Amiens déterminera les responsabilités de chacun mais demeure la question prégnante de la gestion de ces groupes de supporteurs. Ces individus, rarement présents dans les enceintes sportives dédiées à la pratique du football pour la beauté du sport ou la candeur innocente du soutien bon enfant que l’on peut apporter à son équipe favorite, atteignent à l’image (déjà très écornée ! ) du football professionnel. Et il s’agit aujourd’hui d’un fait acquis, qui ne relève plus de l’épiphénomène : le football professionnel, voire amateur, génère des comportements violents et totalement asociaux. La question à se poser désormais, passé le constat, est de savoir comment dans un premier temps juguler cette violence, pour ensuite la faire totalement disparaître. Vaste tâche que celle-ci car la violence, majoritairement contenue au plus plus profond de chacun de nous, est pourtant affleurante chez certains et qui n’hésitent pas à l’exprimer lors des rencontres sportives. Et chacun de se renvoyer parmi les dirigeants de clubs la responsabilité des incidents ou des actes en prétextant une mauvaise gestion des groupes, d’insuffisantes mesures de sécurité, d’incomplètes installations à l’intérieur des enceintes afin d’isoler ces supporteurs qui n’en ont que le nom….

Subir et redouter ?

Que faire alors ? La réponse policière et judiciaire peut certes être avancée mais est-il possible de poser un agent des forces de l’ordre derrière chaque individu jugé ou supposé violent ? La multiplication des mesures, y compris les plus restrictives comme l’interdiction de stade finiraient par se heurter aux fondamentaux de la liberté individuelle. Donc question compliquée, juridiquement, matériellement et financièrement. Dès lors, ne reste-t-il plus qu’à subir et redouter le pire ? Si l’interrogation n’est pas en soi insupportable, la réponse pourrait déplaire et être jugée impensable. Pour autant, ne convient-il pas aussi de prendre la question de la violence des groupes ultras de biais et non plus frontalement ? Explications. Qu’es-ce qui génère cette violence ? La bêtise. C’est une réponse mais le terme est trop générique. Plus précisément, l’envie d’en découdre pour satisfaire un ensemble de frustrations propres à chacun des supporteurs appartenant à ces groupes. Il n’est pas ici question de transformer ces individus en victimes d’un société contemporaine dure et cruelle, loin s’en faut. Mais aborder plus encore la sociologie des groupes de supporteurs ultras ne serait pas inutile non plus. L’étude permettrait, peut-être, de dessiner les raisons et les origines de cette violence, condamnable naturellement, amplifiée par l’exposition médiatique du football professionnel. Parallèlement, nombreux arguent de l’omniprésence de l’argent dans le football professionnel pour expliquer cette violence. Cependant, le lien entre violence gratuite et flux financiers, ceux qui traversent le football professionnel aujourd’hui, n’est pas si direct et évident.

Hypocrisie du fair-play

La violence des groupes ultras cible généralement d’autres groupes de supporteurs ou l’équipe adverse et la dimension financière et économique ne semble pas être une des origines de cette violence. En témoigne l’observation d’Antoine Boutonnet, Commissaire chef de la Division de la lutte contre le hooliganisme (DNLH)* : « La définition d’un ultra est la suivante : Les ultras sont des supporters qui aiment se retrouver en groupe pour encourager leur équipe, qui créent des animations, des tifos, chantent… C’est le douzième homme. Ils aiment être autonomes par rapport à leur club et à sa gouvernance. Ils rejettent le fair-play qu’ils considèrent comme une véritable hypocrisie puisqu’ils considèrent le football comme un affrontement entre deux camps. Ils veulent avoir leur esprit critique et pouvoir peser sur un certain nombre de décisions. Ils ne sont pas forcément adeptes de la violence mais sont prêts à en user pour défendre leur groupe envers et contre tout. Ils ont d’ailleurs des relations très ambiguës avec les actes de violence. Ça peut être de la violence verbale mais aussi physique. Ils se chambrent entre eux et cela peut déboucher malheureusement sur des bagarres. » (Lire le dossier complet sur : Le mouvement ultra en France ) Passées toutes les analyses, demeure une réalité. Il est devenu, à des degrés divers, risqué, voire dangereux de se rendre au stade, seul ou accompagné, compte tenu de la présence de groupes de supporteurs, incontrôlables car indépendants des clubs qu’ils soutiennent. Néanmoins, tant pour des questions de survie du football professionnel que pour des questions de sécurité publique, la gestion de ces groupes devra être abordée sans tarder afin de rendre les enceintes sportives sûres pour tous.

In Foot365, décembre 2015.

Jean-Luc Mélenchon, une énigme en politique

Entre lyrisme et culture politique, Jean-Luc Mélenchon se pose aujourd’hui comme le seul opposant à Emmanuel Macron. Mais cette opposition, souvent violente, masque des ambitions difficiles à cerner dans un environnement politique où le clivage gauche-droite semble rejeté.

Que cherche Jean-Luc Mélenchon ? Ou, plus précisément, que veut-il ? Si l’objectif du président du groupe parlementaire de la France insoumise à l’Assemblée Nationale est de s’imposer comme premier opposant à Emmanuel Macron, l’objectif est atteint. Devant des Républicains et un Parti socialiste amorphes et démembrés, l’un et l’autre au bord de l’implosion après avoir été siphonnés par La République en marche, il apparaît que l’ancien ministre délégué à l’Enseignement professionnel de Lionel Jospin est effectivement devenu le seul scrupule dans la chaussure du Président de la République. Reste à savoir désormais si le locataire de l’Elysée redoute l’homme et les dénonciations quasi-quotidiennes de celui-ci à l’endroit du pouvoir. Pour l’heure, rien ne semble indiquer, officiellement, qu’Emmanuel Macron tremble. Les prochaines échéances électorales nationales prévues en 2017 laissent à l’un et à l’autre le temps, pour l’un de fourbir ses armes, pour le second de peaufiner son mandat en se se dotant d’un bilan sensé le reconduire à l’Elysée. Mais tout cela ne répond en rien à la question originelle. Que veux Jean-Luc Mélenchon ? Son objectif ultime est-il de conquérir le pouvoir suprême ou simplement d’agiter la sphère politique en gênant et déstabilisant Emmanuel Macron et la majorité parlementaire qui l’accompagne pour influer sur la politique sociale menée ou à venir.

Jules César et Pompée

A ce jour, Jean-Luc Mélenchon crie, s’insurge, vitupère contre la politique d’Emmanuel Macron engrangeant ainsi, du moins est-ce l’un des objectifs, un nombre inconnu de déçus du Parti socialiste ou de La République en marche et qui voit en Jean-Luc Mélenchon une nouvelle alternative anti-libérale et progressiste (lire l’article sur lemonde.fr : Bataille idéologique entre MM. Macron et Mélenchon ). Or cette tactique, peut effectivement, à terme porter ses fruits ; a fortiori si l’homme stigmatise ses critiques sur la politique pro-patronnale ou libérale du président élu. Mais en l’absence d’échéances nationales proches, il sera impossible à Jean-Luc Mélenchon de mesurer la portée de son discours. Profitant de la déconfiture du Parti socialiste pour grossir les rangs de ses soutiens, Jean-Luc Mélenchon ne propose aujourd’hui en terme politique guère plus que ce que sa campagne présidentielle a laissé entrevoir. Celui qui, de Proudhon à Blanqui, de Jaurès à Blum, présente, dans un syncrétisme original et inédit, tous les contours de ses prédécesseurs progressistes en leur empruntant thématiques et héritages, agite plus qu’il n’agit. Et est-ce suffisant pour mobiliser un électorat qui a massivement voté pour Emmanuel Macron, électorat visiblement usé par le clivage gauche-droite qui prévalait jusqu’alors sans pour autant interdire moults collusions devenues insupportables au dit électorat ? Dès lors Jean-Luc Mélenchon, et peut-être est-ce son objectif in fine, ne chercherait-il pas à agréger à gauche de l’échiquier un ensemble hétéroclite, progressiste, plutôt eurosceptique, à même de peser sinon dans les urnes du moins socialement, quitte à battre le pavé aussi souvent que nécessaires à ses yeux ? Créer une masse d’opposition, semblable à celle que représentait la classe ouvrière au XIXème siècle ne serait-il pas le but de Jean-Luc Mélenchon ? Lui le populares*, défenseur officiel du peuple, à l’image de Jules César il y a vingt-deux siècles, face à Emmanuel Macron, l’optimates*, présenté comme le défenseur d’une oligarchie arrogante et égoïste, comme le fut Pompée, a tout à gagner dans cette entreprise où les adversaires ont déclaré forfait par K-O. Pour autant, la route que s’est tracé Jean-Luc Mélenchon, difficile à imaginer, devra tenir compte de cette recomposition du paysage électoral français où prévaut une forme de volonté de changement dénuée d’empreintes libérales ou marxistes trop lourdes. Si l’homme rêve aujourd’hui d’une République du peuple pour le peuple, à l’image de celle de 1848, celui-ci sait aussi que les institutions de la Cinquième République restent pour le moins coercitives à qui voudrait s’émanciper de leurs natures et de leurs origines.

* Les Populares formaient une tendance politique populiste qui marqua la République romaine, notamment au IIème siècle av. J.-C. , en s’appuyant sur les revendications des couches les plus pauvres de la société romaine et des non-citoyens. (Source : wikipédia.org)

*Les Optimates constituaient une tendance politique conservatrice qui marqua le dernier siècle de la République romaine, par son opposition aux Populares. (Source : wikipédia.org)

Réinventer l’Humanité

Aube
Les changements climatiques à venir pousseront nécessairement l’Humanité à créer et à inventer de nouveaux mode de vie, de pensée et de fonctionnement. Mais lesquels ? Crédit photo : Pixnio.com – Libre de droits

Si le changement climatique présente aujourd’hui des aspects visibles et évidents, les bouleversements qu’il engendrera dans les décennies à venir pousseront l’Humanité à se réinventer. Explications.

Les catastrophes naturelles qui ravagent actuellement les Caraïbes et le Golfe du Mexique confirment, à tous le moins une évolution du climat tendant non pas à modifier la fréquence des ouragans ou des tornades mais plutôt leur violence intrinsèque, au pire un réel changement du climat en question et ce à l’échelle mondiale. (Lire l’article sur lachainemeteo.com :  Climat : Les ouragans sont-ils plus nombreux à cause du réchauffement ?) n’est nul besoin de rappeler les dévastatrices coulées de boues qui ont frappé en août dernier la Sierra Leone (lire article sur liberation.fr : La Sierra Leone enterre ses morts après des coulées de boue dévastatrices ), coulées qui s’ajoutent à la liste des fléaux naturels passés. Pour autant, ce constat effectué et acquis, la question qui se pose à ce jour est donc de savoir si l’Humanité est prête aux changements qui ne s’amorcent plus pour la simple et bonne raison qu’ils sont déjà là. Certains argueront que le Monde est prêt. D’autres avanceront le contraire. Au vu des derniers événements, il semble que ce sont les seconds qui ont raison. Mais là encore se pose la question de savoir ce que signifie être prêt ? S’il s’agit de prévoir matériellement une catastrophe en stockant denrées et médicaments, en préparant les infra-structures à subir de lourdes intempéries ou en alertant les populations que les cieux vont se déchaîner alors, soyons honnêtes, il est excessif d’évoquer une quelconque préparation. Tout au plus s’agit-il d’un ensemble de de précautions certes louable mais qui ne peut s’inscrire dans la durée.

Bouleversements culturels et économiques

Préparer l’Humanité aux changements climatiques appelle d’autres obligations que les pouvoirs publics, légitimés par les peuples qu’ils dirigent, vont devoir amorcer au plus vite et de manière extrêmement large. Car l’augmentation globale des températures, la montée des eaux de mers liée à la fonte des glaces et glaciers, la multiplication des catastrophes du type Irma ou Harvey vont tous et entre autres demander des efforts considérables d’adaptation tant au niveau politique, économique que culturel. La remise en question à laquelle l’Humanité est aujourd’hui confrontée est gigantesque, la nier relevait de l’aveuglement. A titre d’exemple, et d’un point de vue économique, esclaves du pétrole et des dérivés que nous sommes, l’industrie automobile devra nécessairement bouleverser ses chaînes de production pour ne produire à terme (la durée est à déterminer) que des véhicules électriques ou autre mais en tous cas qui ne seront plus propulsés via une énergie fossile. L’entreprise BMW a d’ailleurs annoncé qu’elle s’y préparait dès à présent (Lire l’article sur lusinenouvelle.com : BMW revoit son modèle de production pour sa i3 électrique) Politiquement, il est probable que l’Humanité soit obligée de faire le deuil des grands affrontements idéologiques qui ont nourri son Histoire pour ne se consacrer qu’à la préservation de l’intérêt général qui se muera rapidement en intérêt écologique. Mais c’est certainement d’un point de vue culturel que la révolution idéologique sera la plus profonde. Comment en effet, changer des siècles, voire deux millénaires d’habitudes.

Nouvelle histoire

Concrètement, qui imagine aujourd’hui abandonner sa voiture pour, dans l’hypothèse de trajets courts, opter pour le vélo ou un transport en commun (écologique naturellement!) ? Qui s’imagine abandonner de porter des vêtements en fibre synthétiques parce que conçus à base d’énergie fossile ? Il existe pléthore d’exemples à même d’engendrer les changements culturels auxquels nous serons fatalement confrontés. Alimentation, santé, médecine, déplacements, logements…La liste est longue et non-exhaustive tant l’Humanité a collectionné et collectionne encore rites et habitudes dont elle croit ne pouvoir se passer. Et pourtant, il faudra bien sortir la tête du sable ! Et c’est ce qui sera certainement le plus difficile à accepter. Les différents peuples qui ont habité les multiples régions du monde, qui y on fait souche pour développer des cultures propres adaptées à l’environnement qui a longtemps été le leur devront désormais accepter l’idée que leur propre histoire n’est en rien finie ou bornée par leur univers proche. Au contraire, le changement climatique et les changements géographiques induits vont pousser l’Humanité à s’interroger sur ces actes, à se responsabiliser en créant de nouveaux mode de vie. Bref ! A se réinventer une nouvelle Histoire.

L’impossible dilemme

Dilemme
Quelle que soit la décision prise par Donald Trump, celui-ci sortira toujours perdant. L’humiliation par le silence et l’inaction ; La responsabilité du chaos de la guerre par une intervention armée. Crédit photo : Pixabay.com

Les provocations nord coréennes poussent Donald Trump dans ses derniers retranchements au point de révéler le vrai caractère du locataire de la Maison Blanche et la véritable teneur de son mandat. In fine, le président américain sortira toujours perdant de cette crise diplomatique. Explications.

Si la probabilité pour que la crise nord-coréenne débouche sur un conflit armé reste faible, et ce en dépit des événements qui pourraient laisser penser, voire augurer, le contraire, celle-ci a au moins le mérite de révéler, en partie du moins, la vraie nature de Donald Trump. Arrivé à la Maison Blanche, auréolé de son franc-parler et de sa prétendue capacité à rendre à l’Amérique sa grandeur passée et révolue (Make America great again !), il apparaît pourtant aujourd’hui que Kim Jong Un, le dictateur trentenaire de Pyong Yang soit parvenu à acculer et à déstabiliser le président américain dans ses derniers retranchements en lui lançant cyniquement : « Chiche ! » (Lire l’article sur lepoint.fr : Donald Trump face au révélateur nord-coréen) . Certes, à ce jour, l’option militaire pour mettre fin aux provocations de Kim Jong Un est clairement posée sur la table comme une alternative possible. Mais possible seulement. Et c’est toute la question, Donald Trump franchira-t-il le cap ? Osera-t-il lancer contre la Corée du Nord une attaque militaire, conventionnelle ou non, en assumant de fait et par conséquence les retombées diplomatiques, politiques et géostratégiques qui en découleraient ?

Silence ou action

Le dilemme auquel est confronté Donald Trump est par essence cornélien. Concrètement, soit il laisse Kim Jong Un poursuivre ses essais, tout en agitant le spectre d’une intervention précédée d’une résolution de l’Organisation des Nations Unies, ensemble qui équivaudrait à faire volte-face ; soit le président américain, motivé par diverses raisons qui tiennent tant de la nécessité politique et internationale que de l’ego et de l’orgueil blessés, engage un conflit avec l’une des dernières dictatures communistes du Monde avec des conséquences dantesques. Cornélien problème donc : le silence de la soumission ou l’action aux effets encore mal définies. Car en multipliant les essais balistiques et nucléaires, Pyong Yang est parvenu à tenir la dragée haute, voire à humilier la communauté internationale en la renvoyant à ses contradictions tout en prouvant les limites, si besoin était, de l’ONU. A ce jour, il est évident que Kim Jong Un ait cure des protestations internationales et américaines se moquant avec ironie des sanctions actuelles ou à venir. Preuve en est : il multiplie les provocations sans que quiconque n’agisse physiquement. (Lire l’article sur leparisien.fr : L’implacable ascension de Kim Jong Un) Certes Donald Trump fulmine et enrage mais est bien contraint d’avaler la ciguë. Idem pour l’ONU qui ne tardera pas à voter une résolution prônant plus de sanctions contre la Corée du Nord. Mais lesquelles ? Et la Maison Blanche de se tourner vers Pékin, certes prompt à condamner Pyong Yang mais moins enclin à voir s’effondrer le régime Nord-Coréen au profit de la Corée du Sud ou d’une présence étrangère, américaine probablement, à ses frontières. Donald Trump est donc pris dans l’étau du chantage et de la terreur du feu nucléaire.

Défiance et responsabilité

Un chantage des plus cyniques car toute intervention américaine visant à destituer Kim Jong Un serait très mal apprécié par Pékin ; une terreur nucléaire assimilée à un cercle vicieux car le premier qui l’emploierait serait naturellement amené à en subir à son tour les conséquences. L’infranchissable serait alors dépassé et le monde basculerait dans une incertitude lourde, voire chaotique. Voilà comment, un trentenaire au sourire glacé, est parvenu à défier la plus grande puissance du monde et son président en testant l’un et l’autre afin de savoir quel était le niveau de courage et de responsabilité du second. Combien l’image internationale et nationale de Donald Trump, déjà largement écornée, serait-elle encore plus ternie si la crise devait s’enliser dans une multiplication de provocations nord-coréennes sans réponse américaine . Et combien serait lourde la responsabilité de Donald Trump d’ouvrir le feu, quel qu’il soit, contre la Corée du Nord, sans connaître précisément la nature armée de la réponse et tout en ignorant la réaction de Pékin. Périlleux dilemme auquel est donc aujourd’hui confronté Donald Trump. Reclus dans son pays prison, Kim Jong Un se sait ô combien en sécurité et ne doit certainement pas manquer de se gausser des gesticulations américaines, si lointaines, si inoffensives.

Une conférence ! Et après ?

Emmanuel Macron '
La conférence voulue par Emmanuel Macron apparaît comme inspirée par le bon sens et la nécessité. Mais sera-t-elle suffisante pour endiguer la menace terroriste ?

L’annonce par le Président Macron de la tenue d’une conférence internationale dédiée à la lutte contre le financement du terrorisme islamiste se veut méritoire. Mais endiguera-t-elle la menace qui pèse sur les sociétés contemporaines ? Sauf aussi à engager une lutte intérieure contre le fanatisme.

La volonté affichée par le Président Macron de lutter contre le financement du terrorisme via une conférence internationale organisée à Paris en début d’année prochaine est certes louable et objectivement bienvenue (Lire l’article sur lesechos.fr : La lutte contre le terrorisme, priorité diplomatique d’Emmanuel Macron ) . A tous le moins permettra-t-elle, on peut l’espérer en tous cas, d’identifier officiellement les pays et les organisations amenées à financer les groupes terroristes islamistes. Dans un second temps, elle sera l’opportunité pour le président Macron de confirmer, d’essayer au moins, sa stature internationale. La tentative est risquée car le défi est grand, d’ampleur mondiale en réalité. Pour autant, aussi louable que soit cette intention, accompagnée en France par la présence concrète des forces de l’ordre et des forces armées sur le terrain, cette conférence ne permettra pas, ni dans l’intervalle de sa tenue, ni au lendemain de sa clôture d’immédiatement endiguer la menace qui pèse sur nombre de nations exposées aux coups de folies d’une organisation, Daesh, aujourd’hui agonisante.

Cynisme et paradoxe

Car là est le paradoxe. Alors que l’Etat islamique recule jour après jour sous les coups de boutoir des forces de la coalition en Irak et en Syrie ainsi qu’au Liban (lire l’article sur slate.fr : La victoire du Liban signe-t-elle le début de la fin pour Daech? ), que son existence même et son futur proche s’écrivent en pointillés, jamais les attentats n’auront été si violents, en tous cas aussi nombreux dans un espace temps très court et rapproché. Barcelone, Londres, Levallois,…Pour ne citer que les dernières attaques mettent en évidence une organisation désormais aux abois, mais qui par tous les moyens possibles, tente de survivre en propageant la mort et la terreur. Pourtant, ce chant du cygne d’un cynisme et d’une cruauté sans égal renvoie aussi nos sociétés contemporaines à des réalités qu’il convient et conviendra d’assumer, à savoir qu’il existe ici ou là une ou plusieurs minorités d’individus susceptibles d’être encore fascinés par les thèses de l’Etat islamique. Le débat est ancien. La fragilité économique et intellectuelle, toutes deux associées, de certaines franges de la population, en France ou ailleurs, figurent au rang des premiers terreaux sociaux à même de générer des comportements dangereux pour la collectivité.

Obscurantisme et ignorance

Aussi, s’il convient de lutter contre le financement international du terrorisme, il est tout aussi impératif de lutter contre les facteurs sociaux et économiques à même de pousser parmi les plus faibles dans les bras de la propagande de Daesh. Mais ce combat s’avérera certainement plus long que celui qui sera engagé au lendemain de la conférence voulue par le président Macron. Ainsi, les attaques à la voiture bélier, les agressions au couteau ou tout autre type d’attentats continueront très certainement – bien que nous souhaitons tous ici comme ailleurs que cela ne soit pas le cas – à se multiplier tant que les racines du mal terroriste n’auront pas été éradiquées. Voeux pieux ? Pas réellement car il appartient aussi aux sociétés contemporaines de combattre l’obscurantisme et l’ignorance par l’éducation et la culture, de travailler au bien être de tous par le développement de sociétés altruistes et non individualistes. « Compliqué et difficilement réalisable ! » argueront certains. « Vraiment ? » répondront d’autres. La réponse est entre les deux mais la nécessité d’y travailler impérative car une fois Daesh mort et enterré, à défaut d’avoir éradiqué les racines du mal, celles-ci germeront à nouveau pour encore contaminer ceux qui se sentiront exclus de la collectivité.