Explication de texte

Accusés de transformer l’information ou de contribuer à alimenter de sombres complots, les médias doivent affronter la méfiance de leurs concitoyens et d’une certaine frange du monde politique. Et si cette crainte était liée à l’incapacité de nos sociétés à accepter leurs propres reflets. Explications.

Il est fréquent en démocratie de s’en prendre ouvertement aux journalistes et aux médias. La proie est facile et si elle peut mordre, la morsure sera toujours interprétée comme la réaction à une vérité que la victime aura eu le malheur et le courage de dire. Ainsi, depuis quelques semaines, de nombreux acteurs du monde politique, Laurent Wauqiez, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et outre atlantique, Donald Trump lancent à l’envi attaques et critiques contre les médias de leurs pays respectifs. Répétons-le il est classique dans une démocratie de s’en prendre aux vecteurs d’information accusés de pervertir, transformer, dénaturer ou interpréter selon ses envies ou ses orientations cette dernière. D’ailleurs la critique des médias n’est pas le seul apanage des acteurs de la vie politique ; le commun des mortels au café du commerce, sur internet ou sur les réseaux sociaux ne s’en prive pas, rendant les journalistes responsables de tous les maux. La question à cette heure n’est donc pas de savoir si les journalistes sont responsables de la faim dans le monde (rappelons aussi que certains d’entre eux exercent leur activité professionnelle dans la plus grande précarité) ou de la défaite à l’élection présidentielle de François Fillon mais plutôt de savoir pourquoi ils sont la cible de nombre de nos concitoyens.

Grandeur et décadence
Jouissent-ils de privilèges indus ? Non. Sont-ils au cœur de complots visant à déstabiliser l’ordre mondial ? Non. Et à ce propos un homme comme Donald Trump est certainement plus à même de bouleverser les équilibres internationaux plus que les journalistes qu’il honnit ouvertement. La réalité est peut-être finalement bien plus simple qu’il n’y paraît et renvoie à l’essence même de l’activité journalistique. Qu’es-ce qu’un journaliste ? Un transmetteur d’information, un individu qui s’abreuve de faits, qui absorbe les composantes complexes et multiples d’une tendance pour la restituer à ses lecteurs, ses auditeurs ou ses téléspectateurs. Voilà tout. Et le halo de crainte qui entoure cette profession est tout compte fait lié à l’incapacité pour ses détracteurs d’accepter la vérité simple et froide, aride et dépassionnée que les journalistes et médias s’évertuent avec conscience et éthique à diffuser. Certes cette acte de transmission est parfois maladroit, malheureux, malvenu…Bref ! Tous les qualificatifs n’y suffiraient pas mais il n’en reste pas moins que le métier de journaliste n’est pas celui de communicant et sa fonction première reste de montrer le monde dans sa beauté comme dans sa laideur, dans sa grandeur comme dans sa décadence. Critiquer à l’excès les journalistes et les médias au point de les insulter et de dévaloriser leur métier revient à renier et à refuser d’assumer notre monde. Evoquer les bidonvilles de Lagos ou de Buenos Aires n’est pas se vautrer dans le sensationnalisme ou le voyeurisme, c’est montrer aussi et avant tout que notre monde, voulu aseptisé, est aussi facteur de déséquilibre sociaux lourds et dont il faut accepter l’existence. Accuser les médias, comme nombre d’acteurs politiques, aux accents volontiers populistes et animés pas de basses fins électoralistes, de n’accorder la parole qu’à un panel choisi d’individu relève de la manipulation d’opinion quand ce n’est pas de la simple bêtise. « Mais les journalistes transforment tout ! » entend-t-on régulièrement ici ou là Mais que transforment-ils ? Le plomb en or ? Ne serait-ce pas la vérité qu’ils diffusent qui dérange ceux qui les accablent ? Pour conclure un débat qui n’aura certainement jamais de fin, rappelons, incidemment, qu’une presse libre et indépendante est un pilier de la démocratie. Lieu commun certes mais qu’il est bon de rappeler à l’heure où la superficialité et la médiocrité des rapports humains tendent à écarter toute réflexion au profit de raccourcis intellectuels fermés et hermétiques aux évolutions nécessaires auxquelles presse et journalistes contribuent aussi.

La mémoire du web

Poussée à se retirer du télé-crochet The Voice, Mennel incarne une catégorie d’individus, jeune et baignée d’insouciance, prompte à s’exprimer sur internet mais oublieuse de la notion de conséquence et de responsabilité. Sauf qu’Internet n’oublie pas.

Que retenir in fine de l’affaire Mennel ? Que TF1, chaîne consensuelle s’il en est, a voulu étouffer tout commentaire susceptible de nourrir de quelconques polémiques qui auraient attenté à l’un de ses programmes phares, ici The Voice. (Lire l’article sur : lexpress.fr : Messages complotistes: face à la polémique, Mennel quitte The Voice) Certes à ce jour l’affaire est close. Pourtant en y regardant de plus près, si cette affaire, en particulier, est derrière nous, d’autres en revanche pourraient dans les semaines, les mois ou les années à venir littéralement exploser. Comment ? Et bien tant que celles et ceux qui se rendent sur les réseaux sociaux continueront à s’exprimer sans réfléchir aux conséquences de leurs propos, les affaires Mennel ne cesseront d’émerger. Tant que les utilisateurs de Facebook, Tweeter ou autres s’exprimeront en toute insouciance sans la moindre notion du poids de leurs contributions, alors les archéologues du web, (ceux qui, patiemment et méthodiquement, écument les pages à la recherche du mot, de la phrase ou du commentaire jugé maladroit, pire xénophobe, homophobe, raciste ou complotiste, pour les livrer en pâture à des internautes friands de sordide), continueront, sans scrupule, à exhumer de quoi stopper net une ascension ou une carrière naissante, voire à ternir une réputation.

Traces et circonstances

Et là de constater le paradoxe d’internet, cet extraordinaire outil où chacun peut évoluer dans l’anonymat le plus complet pour devenir un jour peut-être une icône des réseaux sociaux. Des milliards de données souvent à l’intérêt secondaire, voire nul, qui peuvent soudainement à la faveur d’une circonstance se retrouver projetés sur le devant de la scène au point, et la jeune Mennel en a fait l’expérience, de briser les reins de son auteur. Car ce que semble avoir oublié bon nombre d’utilisateurs d’internet (y compris l’auteur de ces lignes) est qu’Internet est un gigantesque dépôt d’archives, où toutes traces numériques restent ancrées et imprimées au plus profond de serveurs informatiques lointains qui ignorent tout des contenus déposés mais qui les conserveront ad vitam. Y compris ce que certains nomment, à tort ou à raison, des erreurs de jeunesse. (Lire l’article sur liberation.fr : Mennel, une française ordinaire) Oui ! Internet à la mémoire longue. Que faire alors ? Premièrement, peut-être serait-il judicieux de rappeler que la notion de responsabilité incombe aussi aux utilisateurs du web et qu’aussi dépassée qu’elle puisse paraître, la responsabilité individuelle reste la clef de voûte de la complexité des rapports sociaux. Elle nourrit le respect d’autrui et de ses convictions. La liberté qu’offre Internet n’est qu’une liberté de façade car chacun y est surveillé et épié. Nul, derrière son écran, naviguant paisiblement sur Internet, n’est à l’abri des regards. Et chacun de nous s’y construit, volontairement ou involontairement, à coups de commentaires ou de sites fréquentés, une histoire et un passé que les circonstances de l’Histoire pourraient facilement interpréter.

Liberté d’expression ou bannissement

Ensuite et techniquement, comprendre que tout aussi libertaire que soit internet, cet outil suppose aussi d’apprendre à l’utiliser. Un jour, peut-être, pouvoirs publics et acteurs du web légiféreront sur la question pour éviter que des propos licencieux à tout le moins puissent être déposés sur la toile. La science mathématique est certainement assez avancée pour imaginer des algorithmes capables de détecter des commentaires déplacés ou susceptibles de heurter l’opinion. « Atteinte aux libertés fondamentales ! A la liberté d’expression ! Retour de l’ordre moral ! » s’écrieraient certains. A raison ? Il appartient à chacun de répondre à cette interrogation à l’aune de ses convictions mais objectivement tout propos appelant à la haine, faisant l’apologie du terrorisme ou voulant instaurer le doute sur des vérités avérées par des faits intangibles et reconnus peuvent être bannis de la toile. L’histoire d’internet ne s’écrit finalement que depuis une vingtaine d’années et les réseaux sociaux, aujourd’hui portés au pinacle du débat participatif seront peut-être dans plusieurs années rangés au rang d’avatars même si pour l’heure leur poids et leur influence, certainement surestimés, restent prégnants. Alors comme un homme averti en vaut deux…

La Corse, nouveau fruit de la discorde

Entre dialogue et fermeté affichée, Emmanuel Macron doit à son tour affronter la question corse. Pourtant, plus que le risque d’attenter à l’image de l’exécutif, c’est un risque de fracture au sein de la majorité qui pourrait se dessiner. Explications.

Il est bien des sujets sur lesquels la majorité parlementaire sera susceptible au cours du mandat du Président de la République de se quereller voire de se briser. Et la question corse figure au rang de celles qui présentent des risques sinon élevés du moins probables. Car en voulant incarner un changement attendu, du moins si l’on s’en réfère aux résultats des urnes, Emmanuel Macron a fait naître sur l’ensemble du territoire, Île de Beauté comprise, l’idée que nombre de choses étaient désormais possibles. Certes il peut y avoir un pas, quand ce n’est pas un gouffre, entre ce que l’on imagine réalisable et ce qui le devient réellement. Et la majorité parlementaire d’incarner le pouvoir capable de matérialiser les aspirations exprimées. Et là encore la question corse de s’inviter au débat qui n’a rien de nouveau.Voilà plus de quatre décennies – la création du Front de libération nationale corse (FLNC) datant de 1976 – qu’une partie de la population de l’Île appelle à l’indépendance ou à une très large autonomie. Passons sur les moyens employés, souvent violents comme l’assassinat du Préfet Erignac en février 1998, par le passé pour faire valoir cette revendication qui ne peut être niée.

Fruit et République

Plus pacifiquement et démocratiquement, l’automne dernier a vu Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni respectivement portés, suite à des élections locales, à la tête du conseil exécutif et à la présidence de l’Assemblée de Corse confirmant la volonté de ceux qui se sont rendus aux urnes de voir la Corse basculer dans le champ de l’autonomie. Et il sera désormais très difficile à Emmanuel Macron de négliger, comme l’on longtemps fait ses prédécesseurs, les doléances de ses interlocuteurs. Jusqu’alors la fermeté dans le cadre de la République prévalait : La République française est une et indivisible. Or la Corse faisant entièrement partie de la Métropole et de la République, elle ne pouvait en être exclue, y compris sous les coups de boutoir d’une revendication nationaliste, pacifique ou violente. Parallèlement et a contrario, les nationalistes avancent aujourd’hui comme argutie juridique à leur revendication l’article 74 de la Constitution qui régit le statut des collectivités d’outre-mer. Dilemme des plus épineux et contradiction des plus patentes quant l’on sait aussi que la Corse a élu, au sein de l’Assemblée territoriale, des représentants de La République en Marche qui ont signé le 7 février dernier une résolution émanant de l’Assemblée de Corse appelant le président de la République « à ouvrir avec les représentants élus de la Corse un dialogue sans préalable ni tabou » (Lire l’article sur lemonde.fr: En Corse, les élus territoriaux LRM rappelés à l’ordre par Paris: ). Certes rappelés à l’ordre par l’exécutif, il n’en reste pas moins que les six députés en question s’inscrivent désormais en faux avec la ligne défendue par l’Elysée.

Intégrité et velléités

Pour combien de temps, la question se pose aussi. Quelle sera leur position au sein de l’Assemblée nationale et quelle sera la position du groupe parlementaire à l’endroit de leur positionnement identitaire ? Christophe Castaner, le délégué général de LRM a précisé que cette position « n’était pas celle LRM ». Certes. Mais le vers est dans le fruit et la fracture se profile. (Lire l’article sur hufftingtonpost.fr : Corse: en attendant Macron, La République En Marche cherche encore sa voix) Ainsi, Emmanuel Macron, comme ses prédécesseurs, est donc confronté à la question corse, partagé entre la volonté de préserver l’intégrité territoriale de la République et l’envie de résoudre un problème par le choix d’une autonomie des plus larges qui ouvrirait cependant la voie à de plus grandes velléités nationalistes corses ou issus d’autres régions de France. Car s’il est possible sans trop de dommages de refuser la construction d’un second aéroport à Notre Dame des Landes, il est plus difficile et plus risqué de contester la volonté d’une assemblée élue démocratiquement et qui entend porter la voix d’un peuple, fut-il contesté, moqué ou brocardé dans son identité.

Et ainsi naquit l’Homo consomminus

Confrontées à une crise de leurs modèles économiques, nos sociétés contemporaines devront inventer de nouveaux modes de consommation en adéquation avec le XXIème siècle. Explications.

L’annonce par Alexandre Bompart, Président-Directeur-Général du Groupe Carrefour, de la suppression prochaine de 2.400 emplois associée à la fermeture de plusieurs sites de distribution et le lancement d’investissements à venir dans le e.commerce (lire l’article dans lesechos.fr : Carrefour : les mesures phares de Bompard) traduit nombre de mutations à même de s’interroger sur le devenir de nos modes de consommation. Inutile ici de s’attarder sur les détails de ce plan propre au neuvième distributeur mondial mais intéressons nous plutôt aux évolutions sous-jacentes qui ont poussées le distributeur à de telles décisions. D’aucuns argueraient, et à raison, de la toute puissance d’internet qui a révolutionné le commerce dans son ensemble. D’autres, toujours à raison, invoqueraient la crise réelle de l’hypermarché car trop grand, trop anonyme,..etc. Les plus pessimistes y voient la fin programmée à longue échéance de la grande distribution (pourtant inventée par les Français dans les années soixante pour ensuite se répandre à la surface du globe).

Obsolètes et débilitantes

Tous ces arguments sont valables et pertinents mais à l’heure où la superficialité et la médiocrité (dont pourrait aussi aisément traiter ces quelques lignes) semblent être devenues des modes de fonctionnement récurrents pour une grande partie de nos sociétés contemporaines, la crise traversée par le distributeur français, et d’autres certainement qui préfèrent peut-être taire pour l’heure leurs difficultés, illustre peut-être la volonté de rompre avec des pratiques jugées désormais obsolètes et débilitantes mais aussi la crise de modèles économiques désormais dépassés. Rassurant ? Oui et non. Oui car le rituel du pèlerinage hebdomadaire dans les grandes enseignes de distribution qui prévaut encore aujourd’hui est devenu pour nombre d’entre nous aussi épuisant que vide de sens. A l’heure où le commerce en ligne offre tout, pourquoi encore se rendre dans les temples de la consommation aveugle où s’entasse un public blasé et dont l’imagination a été sapée par l’abondance de biens (même si celle-ci ne nuit pas !) ? Parallèlement, les crises sanitaires à répétition (l’exemple Lactalis en est le dernier exemple en date) poussent le citoyen-consommateur à la prudence, voyant peut-être dans la grande distribution un acteur peu regardant sur le contenu de ses rayonnages. En outre, le romantisme qui entoure le principe du circuit-court (absence d’intermédiaires entre consommateurs et producteurs) au point d’en faire une réalité, sinon dangereuse pour la grande distribution du moins un élément à ne plus négliger (lire l’article sur l’expansion.l’express.fr: Les hypers lorgnent le marché naissant des « locavores ») , a fini par convaincre un nombre croissant de consommateurs soucieux de s’extraire de la logique abrutissante de la consommation de masse.

Civilisation et innovation

Mais tous ces arguments ont aussi leurs pendants négatifs. Au premier rang d’entre eux une question : si la grande distribution marque le pas (sans être amenée à mourir demain) qu’est-ce qui la remplacera ? Les circuits-courts aussi séduisants soient-ils ne sont pas capables de nourrir la planète entière. Le bio ? Trop limité dans ses capacités de productions même si elles restent à étudier. Les crises sanitaires ? Tout aussi déplorables et inquiétantes qu’elles puissent être, elles se reproduiront fatalement tant la masse alimentaire à pourvoir est gigantesque. Alors se pose la question simple de la création d’un nouveau modèle de consommation qui peut certes passer par internet ou les circuits-courts mais pas uniquement. « Lesquels alors ? » questionneraient certains. Et bien c’est le propre de chaque civilisation, aux heures clefs de son histoire d’inventer, de créer, et d’innover, ici de générer de nouveaux modes de consommation. En un mot repenser un homo consomminus du XXIème siècle.

Crash démocratique

L’abandon du projet de Notre-Dame-des-Landes interroge sur le fonctionnement démocratique d’institutions où l’expression populaire se retrouve bafouée par un exécutif omnipotent. Explications.

Nombre de commentaires ont ponctué la décision de l’exécutif d’abandonner le projet aéroportuaire de Notre Dame des Landes. Certains saluent la décision prise, d’autres la condamnent, crient au déni de démocratie, d’autres au principe de réalité,…Bref ! Tous les avis sont en l’état valables pour légitimer le choix fait. Pour autant, la décision en question, indépendamment de son orientation, interroge certes sur le fonctionnement de notre démocratie, mais aussi et surtout sur des institutions pour le moins, et en l’état, particulièrement radicales. Ces institutions, celles de la Vème République en l’occurrence, bien que révisées au cours de la décennie passée (la dernière révision constitutionnelle sa été validée en juillet 2008), laissent encore au Président de la République, ici Emmanuel Macron, le choix de bafouer une expression populaire qui s’était, rappelons-le, exprimée pour la création du site aéroportuaire en 2016 dans le cadre d’un référendum local (55% de votes favorables contre 45% de votes défavorables). Quoi de plus démocratique que cela !

L’expression et la négation

Car ce qui choque dans cette affaire désormais close de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, ce n’est pas tant la décision prise que la possibilité pour le premier représentant de l’Etat, élu au suffrage universel, donc partiellement par ceux qui se sont exprimés lors du référendum local, de nier sans scrupule une expression populaire, légale et démocratique. Et la situation de nous interroger sur la possible nécessité de se pencher, une fois encore (car le débat n’est pas clos) sur notre constitution qui autorise la tenue de référendums locaux mais autorise le Président de la République à s’en laver les mains quel que soit le résultat. Et avec l’Enquête d’utilité publique et les 189 décisions de justice validant le projet lancé en 1963 ! Cette décision, qui confirme une fois encore la verticalité de nos institutions, en dépit du processus de décentralisation engagé depuis bientôt quatre décennies, n’est en rien encourageante pour les grands projets d’aménagements lancés depuis de nombreuses années à l’image des ligne à grande vitesse qui pourraient voir là le préambule à une fin programmée à défaut d’être officiellement enterrées. Que convient-il alors de penser au regard de ce choix ? Que la raison l’a emportée sur la passion, que le courage a cédé le pas à la lâcheté ? Chacun apportera sa réponse à l’aune de ses propres convictions. Mais peut-être qu’il serait opportun en parallèle de s’interroger sur la pertinence d’institutions par trop jacobines et centralisatrices et ce au détriment de l’expression démocratique. Sans cela, il sera difficile dans les années à venir de pourvoir évoquer tout en restant crédible le fonctionnement démocratique de nos institutions.

Lettre à nos très chères bagnoles…

L’abaissement la vitesse autorisée sur les routes départementales et nationales génère déjà ires et commentaires. Mais si la mesure s’avère in fine anecdotique, la grogne suscitée traduit aussi une inquiétude réelle sur l’avenir de l’automobile et sur son rôle central à nécessairement repenser.

L’annonce du prochain abaissement de la vitesse autorisée sur voie départementale et nationale sans séparation de 90 à 80 km/h n’a pas manqué, loin s’en faut, de provoquer moult commentaires, notamment chez les partisans du maintien de la vitesse autorisée actuelle. Plusieurs raisons ont été invoquées par ces même partisans : inutilité de la mesure au regard d’autres causes plus flagrantes d’accidents telles que l’usage du téléphone mobile au volant, l’absorption d’alcool ou de substances illicites (voire les trois conjuguées), distances de sécurité non respectées,…Bref ! Autant de raisons certes audibles mais qui trouveraient sans mal des contradicteurs, forts, qui plus est, de statistiques accablantes sur la responsabilité de la vitesse excessive dans la mortalité routière. D’autres argueront en revanche que la proposition du Gouvernement ne repose pas sur une étude sérieuse car menée sur une période d’observation trop courte. Là encore le débat s’annonce sans fin et c’est bien là que la bât blesse car cette joute verbale infinie tourne autour d’une réalité plus simple et plus pragmatique.

Puissance et mobilité

Les Français n’aiment pas que l’on touche à leur bagnole ! C’est ainsi. Naturellement, il ne s’agit pas d’un motif suffisant pour cesser toute politique visant à réduire le nombre d’accidents, bénins ou mortels, sur les routes mais il pousse à s’interroger sur le rapport que nous entretenons avec nos voitures. Pour l’immense majorité d’entre nous, elle est un outil indispensable pour se rendre sur notre lieu de travail (quand ce n’est pas un outil de travail à part entière), pour assurer des déplacements quotidiens impérieux et nécessaires. A cela s’ajoute aussi un dimension égotiste et un sentiment de puissance et de supposée réussite sociale propre à la voiture. Pour autant, aussi indispensable soit-elle devenue, est-elle nécessairement le seul moyen de locomotion existant ? Non évidemment. Mais elle reste le moyen central de locomotion, celui autour duquel tout gravite et qui s’assimile tant au sésame qu’à la solution unique censée résoudre le problème de mobilité. Et n’évoquons même pas son rôle économique ! Si, folle utopie que l’allégation qui va suivre, la voiture n’était plus le premier moyen de déplacement des Français (et de bien d’autres populations) d’aucuns n’auraient cure de ce futur abaissement de la vitesse autorisée. L’exacerbation des tensions autour de la question automobile est le fruit d’une l’incapacité actuelle de nombre d’entre nous de se projeter dans un avenir sans voiture et plus largement dans un avenir totalement différent où la voiture autonome et connectée aura remplacée la voiture soumise à la volonté de l’homme.

Le bouclier et l’iceberg

Ainsi, derrière la levée de bouclier qui s’annonce et qui finira par se dégonfler, se cache tout à la fois un sentiment d’agression mu par une inquiétude et une ignorance sur ce que sera le futur de l’automobile et du futur tout court. Car changer de mode de transport n’est que la partie immergée de l’iceberg. La révolution automobile, qui passera par la disparition à grande échelle du moteur à explosion et par l’émergence du véhicule connecté, électrique et autonome (donc libéré de toute influence humaine), ne sera que la portion congrue d’une révolution bien plus large qui modifiera nos habitudes culturelles, sociales, culturelle et économiques. Et que dire de la contrainte environnementale (réduction des émissions de CO² notamment) qui dicte aujourd’hui, et qui dictera plus encore demain, nombre de décisions à prendre même si l’usage de la voiture électrique pose d’autres questions d’essence environnementales à étudier aussi. Alors oui l’abaissement de la vitesse autorisée de 90 à 80km/h va générer grognes et mécontentements mais au regard du vent de l’Histoire, il ne seront que zéphyrs effacés par la modernité qui prendra tôt au tard le dessus. Et ni l’un ni l’autre ne parviendront à éviter la condamnation irrémédiable de la voiture à propulsion thermique.

Au tour du Père Fouettard…

L’idée avancée par le Président de la République de renforcer le suivi des demandeurs d’emploi dans une logique de flexisécurité comparable à celle prévalant dans les pays scandinaves renvoient les Français à la réalité d’un système admiré mais fantasmé. Explications.

Longtemps les Français ont envié, voire admiré, le système de gestion scandinave des demandeurs d’emplois. Ces derniers, suivis et formés pendant toute leur période d’inactivité, choisie ou non, semblaient, vu de l’Hexagone, comme choyés par une économie et une société prêtes à tout pour qu’ils retrouvent au plus vite un emploi. Cette admiration, par certains aspects fondée, révélait aussi une critique sous-jacente de notre propre système dont la gestion a d’abord été confiée à l’Agence nationale pour l’Emploi (chère à Jacques Chirac puisque c’est lui qui en 1967 a présidé sa création) puis à Pole Emploi. Pour autant, cette critique se voulait bien plus orientée contre une élite politique en charge des responsabilités nationales, dont celle de la résorption du chômage, et incapable d’en freiner ou d’en inverser la croissance que contre un système, en l’état celui de l’assurance-chômage globalement confortable et peu contraignant.

Revers et ignorance

Mais voilà que depuis quelques jours flotte dans l’air la rumeur d’une possible réforme du suivi des demandeurs d’emploi en France. Certes entre la dinde et la bûche, la rumeur a vite été oubliée mais pour autant la note qui circule entre l’Elysée et le Ministère du Travail n’en reste pas moins une réalité, donnant ainsi corps à ce qui était jusqu’alors une hypothèse. L’idée est simple. Il s’agirait de contrôler les recherches effectives des demandeurs d’emploi en privant ces derniers de leurs droits (partiellement et temporairement) s’ils devaient refuser plus de deux offres d’emplois. La mesure avait été annoncée par le candidat Macron, et au regard des réformes menées jusqu’ici, il est probable que l’affaire suive le même parcours que celles engagées depuis l’élection du président de la République. La flexisécurité scandinave arriverait donc en France, toute droit venue du pays du Père Noël ! Toute plaisanterie mise à part, il est vrai aussi que le choc produit par une telle mesure, si celle-ci devait être engagée, laisserait nombre de nos concitoyens pantois et interdits. Certes. Mais ils subiraient aussi le revers de la médaille de la flexisécurité qui a été pendant tant d’années plébiscitée et fantasmée sans réellement en connaître les principes fondateurs. (Lire l’article sur lemonde.fr : Aux Pays-Bas, « les effets pervers » de vingt ans de « flexisécurité ») Se pose aussi, en parallèle, une forme d’inquiétante ignorance d’une grande majorité d’entre nous sur le principe de la dite flexisécurité, majorité qui pense, pour une partie en tous cas, que le changement de système va automatiquement résoudre la question du chômage de masse.

Certitudes, système et archaïsmes

Il est vrai que les pays scandinaves présentent des taux de chômage inférieurs (voir ci-dessous) au nôtre mais les structures économiques sont différentes et offrent, peut-être, plus de souplesse. Mais les demandeurs d’emploi sont loin d’être les privilégiés que nous imaginons : contrôle hebdomadaire de recherches effectives d’emploi, obligations de formation, suivi individuel strict, sanctions financières en cas de manquements aux obligations,…) (Lire l’article sur leschos.fr : Equilibrer la flexisécurité) Pour autant, cette douche froide qui pourrait s’abattre sur le pays traduit d’abord la volonté d’un homme de briser des lignes et des certitudes, (ici un système) jugées à ses yeux archaïques, ensuite que le même homme semble résolument décidé à transformer le pays en une social-démocratie sinon exemplaire du moins de premier rang. Et la question qui se pose alors est de savoir si le pays en a réellement envie…Peut-être qu’a trop envier le système scandinave assimilé à une sorte de Père Noël moderne empreint de science économique nous avons oublié que la réalité offrait peut-être plus d’opportunités au Père fouettard qu’à son homologue….Sur ce Bonne Année….

Quelques chiffres :

Danemark : Taux de chômage : 5,7% – Pop. : 5,7 millions

Suède : Taux de chômage : 6,8% – Pop. : 9,9 millions

Norvège : Taux de chômage : 4,2% – Pop. : 5,2 millions

France : Taux de chômage : 9,2 % – Pop. 66,9 millions

Sources : Eurostat – Août 2017

Donald Trump : d’ignorance en inconscience

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La reconnaissance par Donald Trump de Jérusalem comme capitale de l’Etat hébreu ne répond à aucune logique de règlement de la crise du Proche-Orient mais à une simple nécessité de politique intérieure. Crédit photo : staticflickr.com

La reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par Donald Trump répond d’abord à un impératif de politique intérieure plus qu’à une logique de règlement de la crise qui secoue le Moyen-Orient. Car aucun plan de négociations n’a été avancé par le président américain.

Qu’il est compliqué de satisfaire sa base ! Politiquement parlant, Donald Trump sait ce qu’il en est et l’a prouvé voilà quelques jours en reconnaissant unilatéralement Jérusalem comme capitale d’Israël. (Lire l’article sur lemonde.frJérusalem : pourquoi la reconnaissance par Donald Trump pose-t-elle problème ?) D’aucuns, et à raison, évoquent aujourd’hui une faute politique et géostratégique grave, empreinte d’ignorance crasse de la situation délétère qui prévaut au Moyen-Orient. L’avenir le plus proche dira si cette décision changera la donne actuelle marquée par un blocage net des négociations israélo-palestiniennes depuis 2014. Pour autant, en effectuant un pas de côté, il est aussi intéressant de savoir pourquoi Donald Trump a pris une telle décision. Les raisons qui la justifient ne sont pas à chercher sur la terre d’Israël ou de Palestine mais plutôt sur le sol américain. Là Donald Trump y traverse actuellement une crise confiance lourde, qui par endroit tourne au regret d’avoir porté le tycoon de l’immobilier au sommet de l’Etat. Le Président des Etats-Unis est seul. Les soupçons de collusions avec la Russie lors de la campagne électorale de 2016 tendant à se confirmer en preuves de plus en plus tangibles, Donald Trump devait sortir de l’ornière. Alors pour essayer de reconquérir un électorat en proie au doute, voire plus, Donald Trump tranche dans le vif, au prétexte de tenir les promesses électorales et quitte à provoquer une énième crise au Moyen-Orient.

Inconscience et mépris

Car à vrai dire, les préoccupations de Donald Trump à l’endroit du Moyen-Orient sont secondaires, pour ne pas dire nulles, tant l’homme a acquis la conviction que l’intérêt des Etats-Unis ne passaient pas par Gaza ou la Cisjordanie mais plutôt par l’Arabie Saoudite, ennemi proclamée de l’Iran. En négligeant, avec un mépris avéré, les sensibilités exacerbées et les réalités politiques de la région, Donald Trump a fait preuve tout à la fois d’inconscience (sauf si celui-ci dispose d’un plan de paix crédible pour la résolution de la crise qui perdure depuis des décennies chose qui semble peu probable) et d’imprudence. Si reconquérir l’électorat populaire qui l’a porté au pouvoir en novembre 2016 passe par la reconnaissance de Jérusalem en qualité de capitale d’Israël, et bien soit ! Donald Trump n’hésite pas ! Fidèle à sa doctrine isolationniste, celle qui veut que les Etats-Unis ne se soucieront des intérêts du Monde qu’à condition que ceux-ci soient en interaction directe avec les leurs, Donald Trump fait, en l’état, du Moyen-Orient un argument politique et non une question à résoudre. Cette instrumentalisation de l’une des régions les plus explosives du Monde ne semble en rien émouvoir l’homme de la Maison Blanche qui ne risque, au pire qu’une litanie de condamnations de la communauté internationale, chose dont il a cure, au pire d’être accusé d’avoir relancé les violences au Proche-Orient ce dont il se défendra, arguant du fait que sa seule signature ne peut en être l’unique responsable dans une zone déjà gangrenée par la violence depuis des décennies.

Un Proche-Orient lointain et complexe

En reconnaissant Jérusalem comme capitale de l’Etat hébreu, Donald Trump sait qu’il légitime la politique de colonisation engagée par Israël, réduit à néant les espoirs des Palestiniens d’être pleinement reconnus comme ensemble souverain et assoit sa posture, du moins l’imagine-t-il, internationale en se présentant comme un dirigeant ferme et déterminé. L’erreur réside cependant dans l’idée d’utiliser les affaires internationales à des fins de politiques intérieures. Pour nombre d’Américains, pro-Trump ou non, le Proche-Orient reste une région lointaine et dangereuse, complexe et mal appréhendée. Et l’Europe dans tout cela ? Et bien ne serait-ce pas à elle désormais de s’affirmer et de s’afficher comme le premier négociateur de la crise ? La fragilité actuelle de la politique extérieure des Etats-Unis s’y prête et lui en offre l’opportunité. Reste à savoir si l’Europe en question fera, à son tour, preuve de suffisamment de détermination et d’unité.

Les indépendantistes jouent l’union

Si les mouvements indépendantistes européens s’avèrent très virulents à l’endroit de leurs Etats de tutelle, les velléités envers l’Union européenne sont moindre. Erreur de cible ou fin calcul politique ?

Et si les indépendantistes, ceux qui à ce jour, dénoncent le poids devenu insupportable de leurs états de tutelles respectifs se trompaient d’ennemis ? Précision faite que la question s’adresse aux indépendantistes européens, il n’est donc pas inutile de s’interroger sur cette hypothèse. Ainsi, qu’ils soient Basques, Catalans, Corses, Flamands ou autres, tous rejettent généralement en bloc les gouvernements qui les dirigent et les Etats dans lesquels ils sont inclus. En dépit d’avancées démocratiques locales, qui passent par des statuts d’autonomie très avancés à des assemblées territoriales aux pouvoirs élargis, la contestation envers l’Etat de tutelle reste entière, souvent virulente comme l’a récemment montré l’exemple catalan. Jugés inhibiteurs d’identité locale, castrateurs économiquement et à même d’étouffer tout sentiment d’appartenance à une histoire jugée par les intéressés comme remarquable (ce qui est d’ailleurs souvent le cas), ces gouvernements sont donc devenus la cible favorite et unique des velléités indépendantistes.

Eloignement et velléités

Et c’est peut-être bien là que le bât blesse. Car si les indépendantistes ont, à leurs yeux, d’excellentes raisons d’honnir leurs gouvernements respectifs, ils oublient (ou préfèrent-ils en donner l’impression), aussi que ces mêmes gouvernements sont aujourd’hui grandement liés à l’Union européenne. Elle-même souvent critiquée pour sa technocratie et son éloignement des réalités contemporaines locales, l’Union européenne, qui n’a de cesse de surveiller ces mouvements locaux réclamant plus d’autonomie en insistant sur l’unité des pays concernés, n’est jamais réellement attaquée de front par les indépendantistes. Pourtant, les directives de la Commission européenne et les lois promulguées par le Parlement européen travaillent elles aussi à façonner, et ô combien, l’univers des régions animées de velléités indépendantistes. Est-ce à dire que les potentielles régions d’Europe amenées à être un jour peut-être indépendantes voient l’Union européenne comme un partenaire ? Il n’est pas interdit de le penser, ce qui reviendrait aussi à croire que les autonomistes, quels qu’ils soient, ont intelligemment articulé leur réflexion démentant ainsi l’idée de s’être trompé de cible. Mais parallèlement, pourquoi faire le choix d’une superstructure telle que l’Union européenne et rejeter une infrastructure nationale certainement plus souple en matière de négociation que ne le sont les institutions bruxelloises ?

Politique et fiscalité

La réponse réside peut-être aussi dans le fantasme de grandeur supposée des autonomistes, fantasme empreint d’une forme de romantisme qui aurait cependant tendance à déteindre en nationalisme parfois inquiétant. Les Etats de tutelle, jugés castrateurs, sont donc considérés comme les seuls responsables des tentations indépendantistes du fait d’institutions politiques ou fiscales jugées trop écrasantes économiquement, culturellement ou socialement, telle que la République française ou la Constitution espagnole de 1978 qui régit le fonctionnement des régions. Ces rouleaux-compresseurs institutionnels, jugés comme tels en tous cas, seraient donc les responsables de ces envies de liberté qui semblent finalement conciliables avec l’Union européenne qui, rappelons-le, est aussi une addition d’Etats répondant tous à des critères d’adhésion définis. Et rien ne dit que les futurs et potentiels nouveaux Etats ne seront pas enclins à vouloir intégrer le giron bruxellois…

Un ambitieux futur factieux ?

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Fidèle mais ambitieux, Benjamin Griveaux pourrait vite irriter un président attaché à son aura et son pouvoir. Crédit photo : wikipedia.org

En nommant Benjamin Griveaux porte parole du gouvernement, Emmanuel Macron récompense un fidèle et muselle aussi un ambitieux reconnu pour éviter que celui-ci ne devienne un factieux difficile à contrôler. Mais s’il n’y avait que celui-ci…

Ambition et goût du pouvoir pourraient facilement résumer Emmanuel Macron. D’ailleurs l’homme ne s’en cache pas spécialement et cultive à ce titre une forme de hauteur que d’aucuns jugent empreinte de prétention et de vanité. Emmanuel Macron a outre fait le choix de s’entourer de ministres non issus (à l’exception de Gérard Collomb), de la sphère politique mais aussi préféré choisir des hommes et des femmes fruits de l’entreprise, de la société civile pour employer une dialectique commune à tous. Le choix est judicieux dans la mesure où il permet au Président de rayonner et de trancher à l’aune de son expérience politique, certes limitée. Cette tactique, novatrice pour beaucoup, qui ne l’est d’ailleurs pas tant que cela in fine, permet ainsi à des individus forts de parcours professionnels divers, souvent brillants, généralement accomplis dans le secteur privé ou la très haute fonction publique de donner libre cours à leurs compétences. L’espace ministériel s’y prête, l’instant Macron le permet, le Président ayant à ses côtés des hommes et des femmes prêts à s’engager pour l’intérêt général sans compter et sans arrières-pensées. Certes.

République et Défense

Mais majoritairement issus du secteur privé, royaume de l’ambition et de la culture du résultat, ces hommes et ces femmes, n’en déplaise au Président golden boy, nourrissent ouvertement ou silencieusement, à l’abri des regards de l’Elysée, des ambitions personnelles. Le contraire serait étonnant et quoi de plus naturel. Dernier exemple en date : Benjamin Griveaux. L’ambitieux quadragénaire, qui avait manqué jusqu’alors son entrée au gouvernement se voit offrir un poste et non des moindre, celui de porte parole du gouvernement, tâche jusqu’alors échue à Christophe Castaner. Benjamin Griveaux, fidèle lieutenant du Président Macron avait attiré à lui bien des foudres lors de la campagne Présidentielle, jugé « brillant mais cassant » par beaucoup (Lire l’article sur le lemonde.fr : Le retour en grâce de Benjamin Griveaux, nommé porte-parole du gouvernement) l’homme n’a jamais manqué d’annoncer la couleur en précisant que son avenir se dessinerait sous les ors de la République plus que dans les bureaux du quartier de la Défense. Alors certes, nombreux seront à penser, et à raison, que pour museler les ambitions de personnages trop remuant et trop velléitaires, rien ne vaut un poste ministériel ou proche de l’Elysée. Le calcul est fin, peu original, d’autres Présidents de la République ayant agi de la même manière afin de ruiner l’avenir de prétendants trop gênants ou peu appréciés…Ce n’est pas Michel Rocard qui le démentirait…

Paradoxe et liberté

Seulement éloigner, paradoxe absolu, un individu de ses ambitions en le rapprochant au plus près du pouvoir pour qu’il s’y brûle les ailes ne peut être une politique à long terme. Elle peut le cas échéant briser dans l’oeuf une aspiration de puissance mais elle ne pourra contenir une vague plus profonde. Car c’est bien à cela que s’expose le Président de la République. En ouvrant les portes des ministères à des non-politiques, peu rodés aux arcanes du genre, habitués à une liberté de mouvement et de parole que le secteur privé autorise au nom de l’ambition, le Président risque souvent au cours de son mandat de se retrouver face non pas à un Benjamin Griveaux mais plusieurs Benjamin Griveaux prêts à saisir leur chance, tant le bouleversement social que la France connaît à ce jour offre à ces prétendants aux dents longues un très large champ de possibilités. Car celles et ceux qui ont suivi Emmanuel Macron lui ressemblent ou tendent à le faire comprenant que l’ère et l’aire du politique traditionnel a changé. Désormais la politique se joue aussi dans l’entreprise et non plus à l’Assemblée nationale, dans les start-up et non plus dans les fédérations de partis, renvoyées au rang de réservoirs à militants (parfois désabusés) éloignés des ambitions des jeunes loups. Le Président de la République devra donc, et ce n’est pas en soi réellement nouveau, se méfier d’abord de ses amis pour éviter que ces derniers ne lui fassent ce que lui a fait à François Hollande. D’aucuns appellent ça de l’opportunisme heureux, d’autres de la trahison.