La diplomatie de la provocation

La décision unilatérale des Etats-Unis de réactiver les sanctions d’essence onusienne contre l’Iran s’inscrit dans la politique sensationnaliste et provocatrice de Donald Trump. Mais le coup d’éclat ne révélerait-il pas une faiblesse du discours de l’actuel président ?

Sans vouloir tomber dans la trivialité facile, il semble, à quelques semaines de l’élection présidentielle et légèrement dépassé dans les sondages par son concurrent démocrate Joe Biden, que Donald Trump essaie de sauver les meubles d’une présidence finissante. Dernier coup d’éclat en date, la décision unilatérale des Etats-Unis de réactiver les sanctions décidées par l’Organisation des Nations Unies contre la République islamique d’Iran (Lemonde.fr :https://www.lemonde.fr/international). L’annonce, qui ne s’appuie sur aucun fondement juridique, a d’ailleurs été rapidement contredite par le Royaume-uni, France et l’Allemagne qui ont de concert souligné l’inanité de la mesure. Alors pour quelle raison, Donald Trump, par la voix de Mike Pompeo, secrétaire d’État, s’est-il fendu d’une telle annonce ?

Nationalisme et convictions

La réponse paraît tout à la fois simple et complexe, du moins dans ses conséquences. Simple car le président Trump sait que chaque coup d’éclat, fut-il inutile ou voué à l’échec, satisfera et rengorgera un électorat, ici le sien, friand de sensationnalisme prêt à flatter le nationalisme nord-américain. Toujours ancré dans son slogan de campagne de 2016, America great again, et convaincu tant de la formule que de son contenu, Donald Trump, en homme d’affaires avisé conscient des effets d’une communication bien rythmée, sait que ce type d’annonce est capable de remobiliser un électorat en mal de convictions ou de certitudes quant aux capacités du président d’assumer un second mandat. Mais complexe car s’aventurer sur le terrain de la politique étrangère, notamment la question du nucléaire iranien implique non seulement les Etats-Unis mais aussi des partenaires européens et internationaux. La question iranienne qui hante la Maison Blanche depuis 1979 ne pourra certainement pas se régler à coup d’annonces cavalières ou va-t-en-guerre comme celle-ci. Pourtant, si cette annonce peut dénoter une forme de méconnaissance des méandres du problème iranien, elle n’en possède que la façade car diplomates et experts nord-américains maîtrisent parfaitement le problème.

Lassitude et pondération

Mais l’art de la provocation et de la bravade font partie intégrante de la politique de Donald Trump qui a habitué son auditoire national et international à ce type sortie toujours médiatique. Habitué certes mais au risque aussi de lasser car la politique du tweet ou de la déclaration à l’emporte pièce comporte des risques que le scrutin du 3 novembre pourrait mettre en exergue. Et une analyse plus fine de renvoyer la dite déclaration à fondre dans un discours électoral qui, sur fond de covid-19, de réunions de campagnes perturbées, de difficultés économiques et de sondages à ce jour défavorables (voir realclearpolitics.com : https://www.realclearpolitics.com/epolls), peine à séduire un peuple américain peut-être soucieux de confier les rênes du pays à un président plus pondéré. In fine, simple ou complexe, la raison qui a poussé Donald Trump à lancer une telle déclaration témoigne peut-être d’une présidence en fin de course, d’un candidat conscient des faiblesses de sa candidature et de son bilan. Mais une élection n’étant jamais jouée, le pari provocateur de Donald Trump sera peut-être payant…ou pas.

De Minsk à Moscou, autre temps et autre Histoire

La contestation qui fait rage depuis des mois en Biélorussie met en évidence la faillite d’un système politique obsolète mais aussi toute la puissance et l’influence diplomatiques du Président russe Vladimir Poutine, dernier soutien d’Alexandre Loukachenko, le dirigeant biélorusse.

Dernier survivant de l’ère soviétique, attaché au passé d’un système politique et idéologique mort et enterré depuis plus de trente ans, Alexandre Loukachenko, Président sans interruption de la Biélorussie depuis 1994 ne se résout pas à abandonner le pouvoir que les Biélorusses lui contestent. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international) A coup d’arrestations massives et de violences politiques, le pouvoir d’un président de plus en plus isolé, tente de sauver un régime qui subit au quotidien la réprobation de l’ensemble de la communauté internationale, notamment de l’Union européenne. Pourtant, Alexandre Loukachenko, peut encore compter sur le soutien de Vladimir Poutine, président de la Russie qui a longtemps vu dans la Biélorussie un allié puissant capable de stabiliser une région encore agitée par les soubresauts ukrainiens.

Géostratégie et double-jeu

Seulement, ce soutien, jusqu’alors indéfectible, pourrait se transformer en compréhension polie pour s’achever en désolidarisation totale tant Vladimir Poutine sait avoir besoin de l’Union européenne et de la communauté internationale pour assurer l’avenir de son pays. Le président russe, fin stratège et au fait des alliances internationales, a depuis longtemps compris que le régime biélorusse, certes utile d’un point de vue géostratégique régional, n’avait guère plus de raison d’être tant les aspirations libertaires qui ont traversé le monde ces dix dernières années étaient suffisamment profondes pour renverser les caciques de l’ordre ancien. Alexandre Loukachenko, qui s’attache à réprimer la contestation au sein de son pays, est certainement conscient du dilemme qui anime son partenaire historique russe mais n’a, à ce jour, guère d’atouts dans sa manche pour s’assurer du soutien éternel de Moscou. Or, fâcher la communauté internationale n’est certainement pas dans les intentions de Vladimir Poutine au regard du double-jeu mené par Moscou à l’endroit de la crise syrienne où le Kremlin s’est toujours montré globalement conciliant avec Bachar El-Assad, au grand dam des Européens. Les condamnations qui frappent le régime biélorusse, certes utiles car promptes à tourner les yeux du monde vers ce pays de 9,5 millions d’habitants, pro-européen et avide d’ouverture à l’international, ne sont cependant pas suffisantes pour infléchir la position d’ Alexandre Loukachenko.

Pression et Etat-Tampon

Celui-ci, en dinosaure de l’ère communiste, attend le signal de Moscou pour céder un pouvoir qui lui échappe pourtant tous les jours un peu plus car seule une position tranchée de Vladimir Poutine le décidera à abandonner ses prérogatives de dictateur. Pour autant, bien que ne disposant pas d’atouts majeurs pour résister à la pression populaire, Alexandre Loukachenko peut encore compter sur la position géographique de la Biélorussie pour pousser Vladimir Poutine à ne pas lâcher un allié fidèle. Frontalière de la Lituanie et de la Pologne, toutes deux membres de l’Union européenne, de l’Ukraine encore rongée par une guerre civile larvée entre groupes pro-russe et pro-Union européenne, la Biélorussie occupe une place d’État tampon entre les pays cités et la Russie qui ne souhaite en aucun cas se retrouver frontalière avec l’Union européenne et par conséquence avec l’Europe occidentale. Alors quel avenir se dessine-t-il pour la Biélorussie ? Soit Vladimir Poutine joue le jeu diplomatique de l’ouverture en abandonnant Alexandre Loukachenko, soit celui-ci reste fidèle à l’histoire de feu l’Union soviétique et du Pacte de Varsovie en tenant ses distances avec le monde occidental. Dans les deux cas, il semble bien que ce soit Moscou qui soit en position d’arbitre, Alexandre Loukachenko occupant celui de pion, et le peuple biélorusse, de victime.

Pragmatisme ou vision 

La pandémie de covid-19 et ses conséquences économiques et sociales ont poussé l’exécutif à dévoiler un plan de relance d’envergure. Clairement pro-entreprise, celui-ci est présenté comme un modèle de pragmatisme. Mais ce-dernier ne s’affranchirait-il pas d’une vision plus ample des décennies à venir ?

Le pragmatisme peut-il tenir lieu de politique ou d’idéologie ? C’est la question qui se pose à ce jour alors que le Président de la République a largement dépassé les trois ans de mandat mais est encore loin de l’échéance de mai 2022. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/idees) Entre croissance économique florissante brisée sur les écueils du coronavirus et plan de relance destiné à sauver l’économie française en donnant un quasi blanc-seing aux entreprises, le Président Macron, a non seulement affiché sa préférence, mais a aussi rompu avec l’idée de vouloir se réinventer comme proposé durant le confinement. Les méthodes et les plans avancés ne rompent guère avec l’ancien monde qu’Emmanuel Macron voulait pourfendre pour donner au pays un souffle nouveau.

Reproche et conséquences

Sauf que le locataire de l’Elysée ne pouvait se douter que le coronavirus anéantirait tous ses espoirs de grandeurs et de puissance tant espérés. On ne peut lui faire le reproche de s’être heurté aux effets de la pandémie, il n’est d’abord par le seul, mais on pourrait cependant lui tenir rigueur d’avoir comme apportée comme seule réponse une option plus libérale que sociale, plus entrepreneuriale que salariale. Certes, d’aucuns argueront que la survie de l’économie est tout aussi impérieuse que nécessaire et que rien ne doit entraver le redémarrage de l’activité. L’argument est valable et séduit un électorat plus proches des thèses libérales que progressistes et à quelques mois de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron a dû juger cette option plus utile. Mais peut-aussi que le pragmatisme aurait-été de s’interroger sur les désirs profonds des Français en ces temps troublés de pandémie, de menaces sur l’emploi et de craintes réelles sur l’avenir ? Sans pour autant négliger l’aspect économique de la situation, un intérêt plus grand apporté aux conséquences sociales et sanitaires générées par la pandémie (mise en évidence de la sous-capacités des hôpitaux, fragilité des établissements d’accueil des personnes âgées, impuissance de l’Education nationale face aux élèves décrocheurs pendant le confinement, inquiétudes des salariés en chômage partiel,….) n’aurait en rien gâché la conception pragmatique de la gestion des affaires de l’État au sens large du terme.

Contraintes et audace

Certes devant le procès fait au Gouvernement suite à l’annonce du plan de relance qui ne demandait in fine aucune contrepartie aux entreprises bénéficiaires du plan en question, le Ministre de l’Economie, Bruno Lemaire, a admis étudier l’idée d’imposer certaines contraintes aux entreprises. (lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/economie-france). Mais est-ce que l’annonce à doubler d’une obligation sera suffisante pour gommer l’impression par trop libérale laissée par la décision initiale. A l’heure, où les Français et bien d’autres peuples à la surface de la Terre tentent de se remettre de la pandémie et de ses conséquences, comprennent que les prochaines décennies ne pourront être envisagées comme les précédentes, le pragmatisme aurait peut-être dû se confondre avec une audace bienvenue. Ainsi, et par exemple, verdir le plan de relance pour se dédouaner de toute indifférence à l’endroit des considérations environnementales n’est pas suffisant. A l’arrivée, si le pragmatisme rime avec gestion de l’urgence, on peut avancer que le plan proposer par le Président de la République et le Gouvernement est globalement, bien qu’imparfait, adapté à la situation. Mais si le pragmatisme se veut plus ample, alors cela se nomme une vision de demain et d’après demain. Et pour l’heure, le compte n’y est pas.

Le Liban entre solutions et guerre civile

Au carrefour du Moyen-Orient, rongé par la corruption et l’incurie, le Liban semble aujourd’hui au bord de la guerre civile. Si des solutions existent pour relever le pays, elles ne peuvent s’imaginer que via l’aide de la communauté internationale.

Implanté dans l’une des régions du monde parmi les plus explosives, le Liban est aujourd’hui confronté à une crise multiforme qui met en péril l’équilibre économique, financier, politique, social et surtout confessionnel d’un pays ravagé par la corruption et un personnel politique incapable de relever une nation aujourd’hui au bord du chaos. La mise à nue de cette crise larvée qui hante le Liban depuis plusieurs années désormais a été l’explosion du complexe chimique le 4 août dernier. Le détonateur, ou plus exactement le révélateur, de l’incurie d’une classe politique perdue dans d’interminables guerres de clans sur fond de rivalités confessionnelles pour certaines totalement irréconciliables, a donc été une catastrophe industrielle et humaine que la pays n’était en rien préparé à gérer. (lire la-croix.com : https://www.la-croix.com/Monde)

Tensions et reconstruction

C’est d’ailleurs ces mêmes rivalités, qui vont jusqu’à gangrener l’appareil d’État qui pourraient faire basculer le Liban dans une nouvelle guerre civile, à l’image de celle qui avait ensanglanté le pays entre 1975 et 1990. Inutile de revenir sur les raisons de cette guerre ou son règlement, ce que retient l’Histoire c’est que ce conflit meurtrier avait mis en exergue toutes les tensions existantes entre musulmans sunnites et chiites, chrétiens druzes et maronites. Pour autant, la paix signée aucune des tensions citées ne s’étaient réellement éteintes, la priorité ayant été donnée à la reconstruction de ce que l’on nommait par le passé la Suisse du Moyen Orient. Reconstruction certes mais à l’aune d’une corruption rampante de la société libanaise, d’une classe politique dispersée au regard des appartenances religieuses de ces composantes, d’une situation diplomatique dictée par la pression exercée par Israël, (soucieuse de se défaire des milices du Hezbollah implantées au sein du Liban Sud et promptes à régulièrement bombarder Israël, celui-ci avait envahi la zone en 1982 et soutenu tacitement les massacres des camps de Sabra et Chatila en septembre 1982) de la Syrie, jalouse de l’exposition méditerranéenne du pays du Cèdre, sans oublier le contexte énergétique puisque le Liban dispose dans ses eaux territoriales de gisements gaziers enviés. In fine, rien ne semblait concourir à ce que le Liban puisse prospérer et vivre en paix dans une région, répétons-le, explosive.

Arbitre politique et géopolitique

Aujourd’hui, une réalité s’impose : les nations occidentales, et la France en tête, devront et devra s’attarder au chevet du Liban qui en dépit de ses difficultés se pose, et pourrait se poser une fois stabilisé, en arbitre politique et géopolitique de la région. Mais le chemin à emprunter pour y parvenir semble long et parsemé d’embûches au regard du contexte actuel. La résolution de la crise politique qui avait éclaté sans solution avancée à l’automne dernier a été démultipliée dans ses effets par l’explosion du 4 août. Aussi, n’est-il peut-être pas excessif d’affirmer que le Liban est aujourd’hui un pays à la dérive presque livré à lui-même. Or la déliquescence dans lequel la nation libanaise s’enfonce ne sera pas sans conséquence pour le Moyen-Orient mais aussi pour l’Occident, les brèches ouvertes par l’effondrement de l’État s’assimilant à autant de portes ouvertes à des solutions politiques extrêmes, démagogiques ou ultra-religieuses. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international) Dès lors, l’avenir du Liban se pose à ce jour comme une priorité diplomatique dans un périmètre rongé de tensions entre les Etats-Unis et l’Iran, le Liban, la Syrie et Israël. Comme si le Liban à lui seul abritait tous les maux de la région….

Paris-Berlin, point de gravité ?

Le plan de relance destiné à redynamiser l’espace économique de l’Union européenne mis à mal par la crise du covid-19 a révélé l’influence du couple franco-allemand au sein d’un ensemble contraint de se ranger à la volonté des deux premières économies de la Zone Euro.

L’adoption du plan de relance d’un montant de 750 milliards d’euros sous forme de bons du trésor européens a surtout confirmé, outre la capacité des membres de l’Union européenne à s’allier pour en assurer la pérennité, la solidité de l’axe franco-allemand. Souvent objet de commentaires mettant en évidence la suprématie de l’Allemagne dans l’espace européen, la coopération particulière affichée par les deux Etats a permis au plan proposé non seulement de voir le jour mais aussi d’être accepté par l’ensemble des Etats membres (Variances.eu : http://variances.eu/?p=4073). Plusieurs raisons expliquent la solidité de cet axe à commencer par l’histoire des deux pays dans le processus de construction européen. France et Allemagne, alors République fédérale d’Allemagne en 1957, font toutes deux parties des pays fondateurs de ce qui était la Communauté économique européenne (CEE), à l’instar de quatre autres pays, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg.

Puissance et tensions

Mais de par leur dimension géographique, leur puissance industrielle restaurée grâce au Plan Marshall (1947) et leur dynamisme démographique, ces deux pays vont très rapidement devenir les moteurs du nouvel ensemble européen au point, sinon d’en éluder les autres pays membres, du moins de gagner une influence telle qui en feront les premières économies locales. Renforcé par l’apparition et la mise en place de l’Euro en 2001, France et Allemagne finissent par dominer l’Union européenne non sans générer plusieurs sources de tensions notamment après l’arrivée de nouveaux pays en 2004 au sein de l’Union. Car cette influence économique va aussi se traduire de fait, dans une logique de mondialisation de plus en plus prégnante, par une influence diplomatique qui poussera souvent à résumer l’Union européenne comme la chasse gardée des deux pays. Nombreux sont ceux qui gardent en mémoire l’épisode grec de 2011, où la Grèce, confrontée à une dette souveraine abyssale, s’était vu sommée par le couple franco-allemand mené par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, d’administrer au pays de Périclès un plan d’austérité d’une extrême sévérité et ce au nom des traités européens régissant l’endettement des Etats. La crise du covid-19, alors inimaginable, a cependant fait reculer les deux tenants de la rigueur financière, plus franche du côté allemand que du côté français, au point d’accepter aujourd’hui de laisser se creuser les déficits publics et par le principes des bons du trésors européens, de mutualiser la dette et le remboursement de cette dernière. (lefigaro.fr : https://www.lefigaro.fr/vox)

Influence et garantie

Preuve encore que le couple franco-allemand dicte une volonté empreinte d’obligation qui n’est pas nécessairement partagée, la position des pays dits frugaux que sont les Pays-Bas, le Danemark, la Suède et l’Autriche bien obligés in fine de se ranger à la solution proposée par la France et l’Allemagne. Pourquoi ? Car isolés diplomatiquement dans un ensemble européen soucieux de privilégier l’intérêt général à l’intérêt particulier et rendu à l’évidence d’une influence limitée. Hégémonie, autoritarisme, influence disproportionnée, coopération privilégiée autant de sentiments qui aujourd’hui peuvent émerger à l’endroit du couple franco-allemand. Il est fort à parier que les commentaires sur cette alliance tacite entre Paris et Berlin continueront à agiter les couloirs du Parlement ou de la Commission européenne sans compter les critiques acerbes de pays membres à l’influence et au poids économique moindres traversés par l’impression de n’être finalement que des faire-valoir de circonstances. Mais dans une économie mondialisée, où la concurrence internationale est devenue âpre, voire violente, certains verront dans le couple franco-allemand une sorte d’assurance ou de garantie à la stabilité européenne quand d’autres y verront un excès d’autorité malvenue à même d’étouffer l’expression politique et économique des Etats membres les plus faibles.

L’Union sauvée des eaux…

Si le plan de relance marque une étape fondamentale dans le processus de la construction européenne, la question de son efficacité en cas de nouvelles vagues pandémique n’est pas à exclure.

Salué par nombre d’Etats de l’Union européenne comme une avancée fondamentale vers la voie du fédéralisme, le plan de relance d’un montant de 750 milliards d’euros adopté par les vingt-sept membres marque à n’en pas douter une étape clef dans la construction européenne. D’abord, parce qu’il prouve que, confronté à l’adversité la plus lourde, ici la pandémie de coronavirus et ses conséquences économiques, l’Union européenne, en dépit de divergences récurrentes en son sein, a su faire face pour sauver l’espace initié en 1957. Ensuite parce que les divergences en question n’ont pas su, alors que souvent ces dernières l’ont été dans le passé, interrompre ou ralentir le processus de sauvetage. Les pays dits frugaux (L’Autriche, le Danemark, les Pays-Bas et la Suède ) ont dû accepter la volonté de l’axe franco-allemand qui plaidait pour un plan de relance ambitieux, considéré comme à la mesure de l’enjeu, à savoir sauver l’Union européenne et l’Euro.

Reconfinement et volontarisme

Pour autant, passé le satisfecit légitime que peuvent éprouver Angela Merkel et Emmanuel Macron, se pose la question simple : ce plan sera-t-il suffisant ? La question n’a rien d’anodine car en cas de résurgence lourde et massive de l’épidémie, loin d’être enrayée à l’échelle mondiale, et la nécessité possible de reconfiner, sous des formes diverses à mêmes d’attenter au dynamisme économique des Etats, il est à craindre que ce plan ne soit qu’une étape et non une fin. Jouer ici les Cassandre confinerait à la mauvaise grâce mais la réalité sanitaire s’impose et ne peut être non plus éludée. Car tout aussi volontariste que puisse être ce plan, il reste aussi otage d’un virus encore actif. Pourtant, l’Union Européenne, d’aucuns l’ont compris, a joué via ce plan de relance, sa survie quand Emmanuel Macron jouait aussi sa potentielle réélection. Mais au-delà de considérations de politiques intérieures qui ne peuvent être totalement écartées, il apparaît aussi que le plan proposé, même partiel ou insuffisant si une deuxième vague pandémique se profilait, se veut un acte de maturité pour une entité européenne longtemps frileuse à passer à l’âge adulte.

Engagement et naissance

La création d’une dette commune par l’émission de Bons du Trésor européen à l’échelle européenne est aussi quelque part l’acceptation par les 27 membres d’un destin unique qui les engage au-delà des traités signés par le passé. C’est, comme le souligne l’historien Sylvain Kahn, la naissance d’un Etat européen (lemonde.fr :https://www.lemonde.fr/idees) et ce plan dédié à résoudre les difficultés économiques à venir, dépasse sa propre dimension et sa propre vocation même si persistent encore quelques désaccords sur l’attribution exactes de fonds. (lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/monde) Certes l’Histoire dira si le sommet européen de juillet 2020 a marqué le tournant tant décrit mais elle ne pourra pas marginaliser ou minimiser ma volonté affichée des Etats de pousser l’Union européenne vers d’autres ambitions. Reste pourtant à savoir si sans Covid-19, un tel plan aurait vu le jour. La question restera sans réponse.

Un autre tour de manège

En France, les risques de rebond de l’épidémie de Covid-19 évoqués par la communauté scientifique révèlent l’incapacité d’une population à faire preuve de sens commun tout en occultant la présence d’un virus devenue un élément constitutif du quotidien.

Alors que la communauté scientifique s’émeut devant la légèreté d’une partie de la population au regard des risques de propagation accrus du coronavirus, nombreuses sont les questions qui émergent. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/planete/article) Non sur la pertinence de cette émotion qui s’avère in fine être une forme de mise en garde prophylactique mais plus sur la réalité que celle-ci découvre. Ainsi, au lendemain du 11 mai, date à laquelle la France a été dans sa quasi-totalité déconfinée, pléthore de comportements insouciants, voire irresponsables, ont été relevés, tous augmentant de fait le risque de contagion. En appeler au civisme et au sens commun n’a donc visiblement pas suffit surtout dans un pays où l’indiscipline est souvent érigée en principe de fonctionnement. Oubliées les bonnes résolutions, le retour sur soi et l’introspection, l’altruisme et la solidarité…Le monde d’avant est redevenu celui d’après.

Utilité et illusion

Pourtant, le problème de fond ne se situe pas nécessairement dans la multiplication de ces comportements, certes répréhensibles et à corriger au plus tôt mais plutôt dans l’idée, fausse au demeurant, que l’Humanité a vaincu, ou sera capable de vaincre le virus, à coup de déconfinement, de progrès technologiques ou de vaccins en cours de conception. Aussi, convient-il de replacer chaque élément cité à l’aune de son utilité. Le confinement permet, ou a permis, de limiter la propagation du virus dans la population sans pour autant causer sa disparition pure et simple. Malgré le confinement, le covid-19 vit et circule encore. La technologie, celle qui accompagne notre quotidien, tout aussi performante soit-elle, ne permet en rien d’éradiquer le virus, tout au plus permet-elle de contourner sa présence. Téléphones mobiles, réseaux sociaux, internet de 5ème génération servent plus à communiquer et à échanger sur la vitesse de propagation du coronavirus qu’à lutter contre celui-ci, tous étant totalement inutiles en la matière. Quant aux vaccins, l’illusion collective qui prévaut aujourd’hui d’en disposer d’ici la fin de l’année entretient la population dans une douce mais coupable insouciance qui sera d’autant plus indigeste quand viendra l’heure d’un nouveau confinement.

Impuissance et menace

Période estivale, déconfinement, consommation et vacances tendent à occulter le fait que le coronavirus est devenu partie intégrante de notre quotidien et qu’il faudra encore composer avec lui pendant de nombreuses années, au pire jusqu’à son éradication naturelle. Faut-il ainsi comprendre que nos modes de vie seront désormais dictés par la propagation du covid-19 ? La réponse ne peut être tranchée de manière si radicale mais elle révèle aussi le fait qu’en dépit de toutes nos avancées technologiques, l’Humanité est quasi-impuissante devant un tel virus comme elle le fut au XIVème siècle lors de la Grande Peste (1346-1353) et que seule la discipline de chacun est à même d’enrayer sa propagation. La Nature sera toujours plus forte. Certes ! Mais quid de l’équation économique car c’est bien elle qui complique grandement la situation. (lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/monde/enjeux-internationaux) Confinement partiel ou généralisé, mesures renforcées sous peine d’amende, adaptation des modes de production afin de limiter l’exposition au virus, généralisation du télé-travail….Autant de solutions qui ont prouvé, et prouveraient encore, leur efficacité mais qui, placées sous le sceau de la doxa économique, ne peuvent être que temporaires. Question cornélienne que pose l’émergence du coronavirus. Sommes-nous capables à l’échelle mondiale de modifier nos modes de vie et de production pour faire face à la menace… ? Si quelqu’un a la réponse….

Intérêt, ambition et ancien monde

La démission du Premier Ministre Edouard Philippe et la nomination de Jean Castex ouvrent tacitement la campagne électorale du Président de la République. Et les questions de fin de l’ancien monde, d’intérêt général et d’ambition personnelle de ressurgir.

Si le président de la République Emmanuel Macron avait voulu, officiellement du moins, mettre fin à son quinquennat, il est fort à parier que le locataire de l’Elysée ne s’y serait pas pris autrement. En nommant Jean Castex, haut fonctionnaire et fin connaisseur des rouages de l’État, le Président de la République assume clairement ses choix : expédier les affaires courantes et les réformes en cours, fussent-elles difficiles à mener, et se consacrer à sa réélection. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/idees/article) La parenthèse de Père de la Nation dans laquelle Emmanuel Macron avait tenté de se glisser, sans succès, dévissant dans les sondages au profit d’Edouard Philippe alors Premier Ministre, pendant le confinement n’aura eu qu’un temps. Pour le Président Macron, l’heure est venu de réinvestir les habits du conquérant car le pouvoir et sa conquête ne se satisfont pas de douceur. Pour autant, une fois encore, le retour à la vie civile d’Edouard Philippe, fraîchement élu maire du Havre, interroge sur la capacité du quinquennat à accélérer le temps politique. 

Rôle et sacrifice

En clôturant l’acte I de son mandat par la démission du Gouvernement d’Edouard Philippe et en ouvrant le second par la nomination de Jean Castex, Emmanuel Macron présidentialise plus encore une fonction décriée pour son omnipotence. Il n’est en rien injurieux d’affirmer, les faits le confirment, que le nouveau Premier Ministre n’aura qu’un rôle des plus mineurs pour s’achever au soir du second tour de l’élection présidentielle (lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/politique-societe). De fait, la situation qui prévaut aujourd’hui tend, et c’est certainement ce qui est le plus inquiétant, à escamoter, voire à spolier, les Français d’une seconde partie de mandat active et efficace car placée à l’ombre de l’élection 2022. L’autoroute électorale qui s’ouvre devant le Président de la République, et que celui-ci compte bien emprunter, n’aura qu’une seule utilité : arriver le premier. Or la crise de la démocratie représentative que nous évoquions il y a de cela quelques jours, passe aussi par cette tendance, devenue habitude, pour les locataires de l’Elysée de sacrifier les dernières années de leur mandat au profit de leur réélection. Et de s’interroger dès lors sur le sens que ces derniers confèrent à l’intérêt général et à l’intérêt supérieur de la nation, l’un et l’autre concurrencés par l’ambition personnelle elle-même mue par le goût et l’attrait du pouvoir.

Campagne et ambition

D’aucuns auraient cependant pensé que le Président attendrait le mois de septembre pour ouvrir les feux de la campagne mais la pandémie de covid-19 a bouleversé un calendrier privé de deux mois et demi de confinement durant lesquels le temps s’est soudainement arrêté. Alors, in fine, est-ce à dire que le Président Macron aura effectivement gouverné pendant trois ans pour consacrer les deux dernières années de son mandat à une potentielle réélection confiant les clefs du pays à un haut fonctionnaire rompu aux arcanes de l’État ? Chacun est libre de le penser et de le dire. Mais il ne faut pas être grand stratège politique pour dessiner les contours de l’ambition du Président de la République, lui qui voulait depuis son élection rompre avec l’ancien monde, emploie, non sans une certaine maladresse, des méthodes qui en ont fait les beaux jours.

Une démocratie 2.0

La faiblesse du taux de participation lors du second tour des élections municipales confirme la désaffection de l’électorat pour les scrutins politique mais révèle encore plus la crise de confiance qui traverse la démocratie d’un pays pourtant attaché à son histoire libertaire.

Lassitude ? Crise du coronavirus? Ou les deux…. ? Les raisons susceptibles d’expliquer la faiblesse du taux de participation (40 % à 41 %) sont multiples et ne se cantonnent pas nécessairement à celles évoquées en préambule (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/politique). Depuis plusieurs années et plusieurs scrutins, la France accuse des taux de participation inquiétants qui interrogent jusqu’à la pertinence de certaines élections au regard du nombre d’électeurs mobilisés. Désormais, la réalité s’impose. Notre démocratie, et elle n’est vraisemblablement pas la seule, est malade et n’apparaît plus comme le vecteur d’expression favori d’électeurs qui nourrissent le sentiment que la chose publique, que le bien commun et l’intérêt général leur échappent au profit d’une classe politique jugée à son tour déconnectée de la réalité. D’aucuns argueront que la crise du covid-19 est en partie responsable de la faiblesse du taux constaté mais, à bien y regarder, cette pandémie et le confinement qui s’en est suivi n’ont été que des accélérateurs, y travaillant à la prise de conscience collective que le système conçu ne répondait plus aux attentes.

Menace et obsolescence

Trop d’inégalités sociales et économiques, trop de lenteurs et de blocages, trop de déclassement social ou encore trop d’impunité envers un trop grand nombre de représentants de l’État. Cette situation explosive qui se traduit d’abord dans les urnes fait naturellement le lit des populismes de tous ordres même si ces derniers ont encore du mal à franchir le plafond de verre qui le sépare du pouvoir suprême. Mais pour combien de temps ? Pour autant la menace est là et gronde à chaque élection comme un coup de semonce que beaucoup font semblant d’entendre. La démocratie, qui se veut le règne de la liberté d’expression et de pensées est pourtant aujourd’hui traversée de spasmes au fil des années de plus en plus violents. Est-ce à dire que le modèle démocratique tant vanté et tant espéré par des peuples longtemps, et pour certains encore, opprimés est devenu obsolète. (liberation.fr : https://www.liberation.fr/debats) Personne n’y songe car chacun de nous est viscéralement attaché aux libertés fondamentales que la démocratie apporte, génère et protège. Caprice d’enfants gâtés alors ? Pourquoi pas ? Mais l’excuse semble trop grossière pour être crédible. Que faire donc ? Réinventer la démocratie ? Certes. Mais comment ? Quand ? Et avec qui ? Quels seront les nouveaux contours de la démocratie 2.0 ?

Faillite et blanc-seing

Personne ne le sait surtout au sein d’une humanité qui se tourne aujourd’hui plus souvent vers les réseaux sociaux que les urnes pour s’exprimer. La faillite du politique, ici dans son sens grec de politis, est à rechercher au coeur même d’institutions qui semblent avoir déçu une majorité d’électeurs convaincus que le monde politique n’est, tout au plus, qu’un électron libre à la faible influence, dans un univers mondialisé où les individus ramenés au rang de chiffre se sentent broyés par un système qui les dépasse. Alors certes, répétons-le, l’humanité est capable du pire comme du meilleur et avancer que la démocratie est à classer dans le meilleur ne fait guère de doute et recueille l’unanimité mais unanimité ne signifie pas blanc-seing. Loin s’en faut. Peut-être serait-il alors temps de comprendre que la démocratie n’est pas un fait arrêté et immobile mais qu’elle peut-être aussi une argile fragile à travailler afin de l’amender pour en assurer la pérennité. Engoncé dans le confort facile de la contemporanéité, les sociétés occidentales, premières à se réclamer démocratiques et, à ce titre, prompte à en faire l’apologie, semblent avoir oublié de travailler à la survie de leur propre modèle.

Quand la Police perd son bon sens

La multiplication des violences policières en France interrogent sur la mission des forces de l’ordre qui ne pourront pas s’affranchir d’une réflexion sur leur rôle et le sens de celui-ci. Et l’idée d’une refondation de la Police Nationale d’émerger dans une logique de reconquête de l’universalisme républicain.

Il est des institutions, en tous cas présentées comme telles, qui ne sont en France jamais remises en cause au premier rang desquelles la Police Nationale. Elle n’est pas la seule dans ce cas là puisque l’Armée française ou l’Education Nationale jouissent du même traitement. Souvent décriée ou critiquée, a fortiori récemment, la Police Nationale apparaît pour beaucoup comme intouchable, et de là en partie les crispations à son endroit qui l’entourent dans l’opinion. Plusieurs raisons expliquent ce statut d’intouchable. Sa vocation à protéger et servir les populations et son rôle de garante de l’ordre républicain permettent à la Police Nationale de figurer parmi les institutions à part dans l’organigramme de la République. Pour autant, les dernières semaines, voire les dernières années, ont été éprouvantes pour l’institution qui dépend de la Place Beauvau. Interpellations et pratiques jugées trop musclées, dérapages verbaux, parfois xénophobes, de plusieurs policiers dans l’exercice de leurs fonctions ont atteint l’image d’exemplarité voulue par l’État. (leparisien.fr : https://www.leparisien.fr/politique)

Bouleversement et idéal républicain

Il convient donc désormais de dépasser la simple critique pour oser avancer ce qui il y a encore une trois mois, avant le bouleversement du confinement et de la pandémie de coronavirus, paraissait impensable : refonder la police. L’idée pourra être jugée saugrenue mais l’est-elle réellement ? Et avant de pousser des cris d’orfraie, il convient déjà de définir avec précision ce que l’on entend par refondation ? Les mots ont leur poids et leur sens surtout quand ces derniers conditionnent l’action de l’une des institutions les plus anciennes de France. Il est clair que la Police de Georges Clemenceau, fondateur de la police moderne en 1906 n’a rien de commun avec celle de 2021, actuellement dirigée par Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur. Et d’ailleurs ont-elles encore des points communs ? En se penchant sur la question, la Police Nationale de 1906, empreinte de folklore et de nostalgie dans la conscience collective, pouvait se prévaloir d’une forme de gène républicain qui semble aujourd’hui faire défaut à celle de 2021. Non que les fonctionnaires de police contemporains soient dénués d’esprit ou d’idéal républicains (latribune.fr : https://www.latribune.fr/opinions), loin s’en faut, mais à l’image de la société française, il apparaît que l’universalisme républicain qui fondait nombre de nos institutions et constituait une des bases de notre modèle social s’est étiolé au point d’en devenir banal et secondaire pour finir galvaudé alors qu’il devrait être le noyau constitutif de celui-ci.

Concorde et contestation légitime

La refondation avancée consisterait donc dans une première étape à renouer avec cet idéal républicain, fait de concorde et de bien commun. Les récentes polémiques accablant les fonctionnaires de police accusés d’inspirer la peur sont pour d’aucuns jugées comme excessives mais doivent-elles être pour autant balayées d’un revers de main…A partir du moment où une institution sensée protéger et servir une population inspire la crainte, que cette dernière soit fondée ou non, exagérée ou non, alors se pose la question du sens, du rôle et de l’image des dépositaires de l’ordre public qui ne peut accepter les excès. Cet ordre public, vanté par le Président de la République, ne peut ainsi servir, en démocratie d’autant plus, de passeport à la mise au pas d’une contestation légitime, quelle qu’elle soit, reconnue par la Constitution. Souvent employé comme fourre-tout, l’ordre républicain, apanage de la Police Nationale, est ainsi peut-être en passe de devenir l’alibi à la multiplication de violences qui interrogent. Car en République l’usage de la force, fût-il employé par la Police nationale, doit d’abord s’appuyer sur l’intérêt général et non pas la volonté de certains d’étouffer la critique. Et en cas, on ne plus prétendre vivre en démocratie.