Quand la Police perd son bon sens

La multiplication des violences policières en France interrogent sur la mission des forces de l’ordre qui ne pourront pas s’affranchir d’une réflexion sur leur rôle et le sens de celui-ci. Et l’idée d’une refondation de la Police Nationale d’émerger dans une logique de reconquête de l’universalisme républicain.

Il est des institutions, en tous cas présentées comme telles, qui ne sont en France jamais remises en cause au premier rang desquelles la Police Nationale. Elle n’est pas la seule dans ce cas là puisque l’Armée française ou l’Education Nationale jouissent du même traitement. Souvent décriée ou critiquée, a fortiori récemment, la Police Nationale apparaît pour beaucoup comme intouchable, et de là en partie les crispations à son endroit qui l’entourent dans l’opinion. Plusieurs raisons expliquent ce statut d’intouchable. Sa vocation à protéger et servir les populations et son rôle de garante de l’ordre républicain permettent à la Police Nationale de figurer parmi les institutions à part dans l’organigramme de la République. Pour autant, les dernières semaines, voire les dernières années, ont été éprouvantes pour l’institution qui dépend de la Place Beauvau. Interpellations et pratiques jugées trop musclées, dérapages verbaux, parfois xénophobes, de plusieurs policiers dans l’exercice de leurs fonctions ont atteint l’image d’exemplarité voulue par l’État. (leparisien.fr : https://www.leparisien.fr/politique)

Bouleversement et idéal républicain

Il convient donc désormais de dépasser la simple critique pour oser avancer ce qui il y a encore une trois mois, avant le bouleversement du confinement et de la pandémie de coronavirus, paraissait impensable : refonder la police. L’idée pourra être jugée saugrenue mais l’est-elle réellement ? Et avant de pousser des cris d’orfraie, il convient déjà de définir avec précision ce que l’on entend par refondation ? Les mots ont leur poids et leur sens surtout quand ces derniers conditionnent l’action de l’une des institutions les plus anciennes de France. Il est clair que la Police de Georges Clemenceau, fondateur de la police moderne en 1906 n’a rien de commun avec celle de 2021, actuellement dirigée par Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur. Et d’ailleurs ont-elles encore des points communs ? En se penchant sur la question, la Police Nationale de 1906, empreinte de folklore et de nostalgie dans la conscience collective, pouvait se prévaloir d’une forme de gène républicain qui semble aujourd’hui faire défaut à celle de 2021. Non que les fonctionnaires de police contemporains soient dénués d’esprit ou d’idéal républicains (latribune.fr : https://www.latribune.fr/opinions), loin s’en faut, mais à l’image de la société française, il apparaît que l’universalisme républicain qui fondait nombre de nos institutions et constituait une des bases de notre modèle social s’est étiolé au point d’en devenir banal et secondaire pour finir galvaudé alors qu’il devrait être le noyau constitutif de celui-ci.

Concorde et contestation légitime

La refondation avancée consisterait donc dans une première étape à renouer avec cet idéal républicain, fait de concorde et de bien commun. Les récentes polémiques accablant les fonctionnaires de police accusés d’inspirer la peur sont pour d’aucuns jugées comme excessives mais doivent-elles être pour autant balayées d’un revers de main…A partir du moment où une institution sensée protéger et servir une population inspire la crainte, que cette dernière soit fondée ou non, exagérée ou non, alors se pose la question du sens, du rôle et de l’image des dépositaires de l’ordre public qui ne peut accepter les excès. Cet ordre public, vanté par le Président de la République, ne peut ainsi servir, en démocratie d’autant plus, de passeport à la mise au pas d’une contestation légitime, quelle qu’elle soit, reconnue par la Constitution. Souvent employé comme fourre-tout, l’ordre républicain, apanage de la Police Nationale, est ainsi peut-être en passe de devenir l’alibi à la multiplication de violences qui interrogent. Car en République l’usage de la force, fût-il employé par la Police nationale, doit d’abord s’appuyer sur l’intérêt général et non pas la volonté de certains d’étouffer la critique. Et en cas, on ne plus prétendre vivre en démocratie.

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