Le révélateur rwandais

Si de nouveaux documents d’archives tendent à confirmer le rôle de la France dans le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994, les révélations apportées confirment en filigrane le déclin de l’influence diplomatique de l’Hexagone à l’échelle internationale.

C’est une affaire sale. De celles qui empoisonnent la République, qui tâche la réputation d’un pays qui se veut, et se prétend souvent, un modèle de vertu et de défense des Droits de l’Homme. Cette affaire, le génocide des Tutsis au Rwanda au printemps 1994, ne lâche pas la France, collée à son Histoire comme un bout de sparadrap sur ses doigts (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/afrique). Les faits sont simples : au début des années quatre-vingt-dix, sous la présidence de François Mitterrand, des signaux alarmants proviennent de ce pays d’Afrique centrale, dans la régions des Grands Lacs, mettant en évidence des violences croissantes portées à l’encontre des populations Tutsis et proférées par les Hutus, l’autre ethnie vivant au Rwanda. Les origines de cette haine qui sépare les deux peuples sont anciennes et mal appréhendées par l’ancienne puissance coloniale qu’est la France.

Françafrique et influence

Les frontières du pays, dessinées par des occidentaux totalement ignorants des rivalités existants entre les différents peuples d’Afrique, englobent donc deux ethnies incapables de négocier une cohabitation pacifiée et durable. Le génocide débutera au printemps et se soldera par près de 800.000 victimes Tutsis. Le rôle de la France est alors pointée du doigt, son influence dans la région interrogée, les réseaux de la Françafrique mis sur le grill, son statut d’ancienne puissance coloniale vilipendée, l’Opération Turquoise diligentée par l’Organisation des Nations Unies (ONU) et confiée à la France stigmatisée. Et l’affaire de s’enliser et s’enfoncer dans les remous de l’Histoire, revenant régulièrement à la surface avec son lot de nouvelles révélations accusant toujours un peu plus l’inertie et l’inaction de la France au cours de la période. (Franceinter.fr : https://www.franceinter.fr/monde) Mais au-delà des faits historiques qui deviennent au fil des années un peu plus clairs et précis, se pose aussi la question de l’influence de la France au sein d’un continent qui a longtemps été sa chasse gardée, ses rivalités sourdes avec d’autres nations européennes impliquées de manière sous-jacente dans la région telles que l’Allemagne ou le Royaume-Uni pour le contrôle tacite d’un continent aux richesses convoitées. Cette influence, que la France cherchait alors à maintenir, au lendemain de la disparition de l’affrontement Est-Ouest qui avait paralysée le Monde pendant près de 45 ans, allait démontrer toute sa faiblesse et son inanité en laissant le drame s’accomplir. Alors que s’achevait dans la douleur de la maladie incurable le deuxième septennat de François Mitterrand, que la cohabitation battait son plein et que le pays tentait de se frayer un chemin dans le nouvel ordre mondial placé sous le sceau du libéralisme le plus débridé, le génocide des Tutsis passa en France presque à la trappe de l’Histoire.

Inefficacité et médiocrité diplomatique

Incapable de tenir un rang diplomatique qu’elle avait perdu depuis la défaite de mai-juin 1940 et l’illusion de la victoire en 1945 la faisant passer, par un tour de passe-passe du Général De Gaulle, comme une grande puissance, la France s’est donc laissée embarquer dans une opération militaire qui devait établir les bases préliminaires d’une paix à venir mais qui s’est surtout révélée être d’une inefficacité aberrante. Au rôle mal défini par l’ONU, la force Turquoise, ainsi baptisée, n’a donc pas su, ou pas voulu selon la version rwandaise des évènements d’alors, enrayer le drame génocidaire. Devenue une puissance moyenne, à la sphère d’influence et à l’autorité limitées, la France a révélé, via le génocide Tutsi, toute sa médiocrité diplomatique d’alors. Concurrencé à l’échelle européenne et mondiale, à la peine dans la bataille économique de la mondialisation qui s’affirmait, l’Hexagone, soucieux de faire valoir une position internationale de second, voire de troisième rang, a abîmé son image par un rôle encore contesté. Mais 25 ans après, dans un contexte international transformé, alors que les relations entre la France et le Rwanda sont toujours tendues, que les révélations régulières sur son rôle pendant le conflit discréditent la thèse officielle du non-soutien au gouvernement rwandais d’alors, persistent des réalités qui renvoient la nation de Voltaire et de Rousseau à la liste des tâches que son Histoire lui a laissée.

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