L’Union européenne dans le mur

Face à une pression migratoire aujourd’hui exprimée sur sa frontière orientale, l’Union européenne se retrouve encore une fois confrontée à ses contradictions dans un jeu géopolitique mené par Vladimir Poutine toujours plus cynique.

En décidant la construction d’un mur entre sa frontière et la Biélorussie, la Pologne, illustre tous les paradoxes et toutes les ambiguïtés de l’Union Européenne face à la question migratoire. (lexpress.fr : https://www.lexpress.fr/actualite/monde) Car, même si en l’état, la crise en question est en sous-main agitée par la Russie et Vladimir Poutine, afin de semer plus encore la zizanie au sein de l’Union, l’afflux de réfugiés à la frontière biélo-polonaise pousse Bruxelles dans ses retranchements. Officiellement terre d’accueil et de partage, l’Union Européenne se voit ici confrontée à des nécessités, en tous cas présentées comme telles, de sauvegarde de son territoire, arguant du fait que ces réfugiés ont vocation à repartir dans leur pays d’origine car rien ne peut les attendre dans l’Union européenne. Terre cible de migrants désireux d’échapper à des conditions de vie indignes et à des existences précaires, régulièrement amenée à gérer des flux par les voies méridionales de son espace (Espagne et Italie) ou septentrionales (Nord de la France), l’Union européenne ne sait plus désormais comment aborder la question si ce n’est en cautionnant la position polonaise de construire un mur entre son territoire propre et la Biélorussie, ce qui revient à dire un mur entre l’Union européenne et la Biélorussie, accessoirement satellite de la Russie.

Murs et instrumentalisation

Il n’est d’ailleurs pas inutile de s’arrêter sur cette volonté, quand les peuples se sentent menacés, qu’ils le soient réellement ou pas, de recourir à un mur pour se protéger. Athènes, au Vème siècle av. J.-C. construisit elle aussi un mur allant de la ville au Pirée pour la protéger en cas de siège ou de guerre, l’Allemagne de l’Est vit s’ériger une nuit d’août 1961 un mur coupant Berlin en deux quand l’empereur romain Hadrien, au IIème siècle après J.-C. fit construire une muraille éponyme dans le nord de l’Angleterre pour protéger l’Empire des Scots, redoutables guerriers celtes opposés à l’omnipotence romaine. L’Histoire regorge d’exemple et la décision polonaise s’inscrit dans cette veine où coulent tout à la fois la peur d’une submersion et la volonté de protéger leur territoire. (cafes-thucydide.com : http://cafes.thucydide.com/Les-murs-dans-l-histoire.html) Pour autant, que ce soit dans l’Antiquité ou dans un passé plus récent, la question relative à la construction d’un mur ne peut s’appréhender que dans une optique géopolitique. Instrumentalisés à des fins purement et bassement politiques, au point d’en confiner au cynisme le plus glacial, la misère et le désespoir qui animent ces réfugiés ne sont en rien considérés comme tels mais écartés pour ne voir en eux qu’un moyen de pression visant à déstabiliser l’Union européenne, prise en étau entre ses fondements humanistes, ses réalités politiques, économiques et diplomatiques. Ainsi, en imaginant l’Union européenne comme une entité unique, défaite de frontières souveraines qui organisent chaque nation la composant, commence à se détacher le voile d’une matérialité il y a longtemps décrite par Tocqueville qui voulait que la politique extérieure des Etats était commandée par leur politique intérieure.

Espace et cynisme

Conscient de cela, la Russie et la Biélorussie savent par un jeu habile et pervers renvoyer l’Union à ses contradictions d’autant plus criantes en temps de pandémie car dans l’obligation de limiter les flux à des fins sanitaires, même si cette nécessité peut aussi servir de prétexte crédible. Pour autant, les Etats auront à terme raison de la pandémie et viendra le jour où il sera malaisé de se réfugier derrière elle pour justifier la fermeture de l’espace européen. Mais à Moscou et à Minsk, d’où partent les oléoducs remplis de gaz, si vitaux pour l’Union européenne, la question sanitaire ne semble pas être une préoccupation essentielle. Vladimir Poutine, agacé par la présence de l’Union Européenne à ses portes, via la Pologne, et par le traitement accordé à Alexandre Loukachenko, son allié biélorusse, par les Européens, prompts à le stigmatiser au nom de droits de l’homme bafoués, s’amuse avec cynisme, devant la situation, sachant pertinemment qu’aucun membre de l’Union n’osera décrocher son téléphone pour le tancer vertement. De son côté, Bruxelles au fait de la situation, laisse discrètement la Pologne construire son mur en protestant pour la forme contre les agissements d’Alexandre Loukachenko, tout en sachant les frontières de l’Europe de l’Est sont aussi poreuses que celles du sud et qu’il sera difficile, pour ne pas dire impossible d’entraver les flux migratoires, même en se claquemurant derrière de prétendues frontières hermétiques.

Un secret de Polichinelle

Dans un suspense qui tourne à l’évidence, le polémiste d’extrême droite Eric Zemmour trace son chemin à travers une classe politique terrorisée par sa percée alors que tous les indices concourent à une future candidature de celui-ci.

Il est des suspenses haletants, d’autres qui se veulent intenables et qui tiennent in fine du secret de Polichinelle, éculé et pathétique. Ainsi pourrait-on qualifier celui qui entoure la possible candidature d’Eric Zemmour à l’élection présidentielle. Il n’est pas ici question de revenir sur la teneur du discours de l’ancien journaliste mais plutôt de s’attarder sur les raisons qui aujourd’hui concourent à sa future candidature. Indépendamment de propos tapageurs, polémiques, sexistes, misogynes et xénophobes où l’approximation et la déformation historiques se disputent avec une exagération grossière de phénomènes sociaux mal appréhendés dont le seul objectif est de péniblement crédibiliser une thèse générale fondamentalement creuse et erronée, la non-campagne, mais qui en a pourtant tous les aspects, d’Eric Zemmour tend à surfer sur la vague d’une potentielle candidature. Et l’homme de s’en amuser avec cynisme et mépris.

Auteur en tournée

Affolante pour la droite libérale et républicaine, épineuse pour l’extrême droite qui s’est trouvée un rival idéologique, effarante pour la gauche en mal de reconnaissance dans les couches sociales modestes habituellement tournées vers elle, cette potentielle candidature n’est pas pour déplaire à l’intéressé qui sait combien la non-officialisation de sa position lui est toujours plus profitable. Car s’il est difficile d’attaquer un auteur qui, de salons du livre en séances de dédicaces, d’interviews agitées en témoignages sulfureux défend son dernier opus sans jamais donner d’indication ou de signes interprétables comme le témoin d’un début de campagne ou de candidature, il est plus aisé de s’attaquer à un candidat déclaré. Pourtant à ce jour, il apparaît évident que l’ancien journaliste du Figaro revêt tous les atours d’un futur candidat et ce pour plusieurs raisons. Point d’informations exclusives mais simple déduction au regard des évènements qui se multiplient. Plusieurs raisons travaillent donc à cette candidature. La première est que si Eric Zemmour ne se déclarait pas, alors sa popularité et sa notoriété s’évaporeraient sans autre forme de procès. Ne nous y trompons pas, la fascination malsaine qu’exerce actuellement Eric Zemmour tient tout autant à un discours prétendant refléter l’état psychologique et social de la nation qu’à l’ambiguïté qui entoure sa potentielle candidature.

Pourfendeur de système

A défaut, Eric Zemmour retomberait dans une forme d’anonymat flasque et mou pour redevenir le trublion médiatique qu’il a toujours été alors que ce rôle ne semble plus lui convenir, celui-ci aspirant à une autre dimension. Deuxième raison qui pousse l’homme à se déclarer, le risque de perdre tout le crédit politique relatif acquis, ou supposé comme tel, au cours des derniers mois, au péril, en cas de non candidature d’être affublé de tous les qualificatifs désignant les veules et les pleutres. Or, le discours défendu par Eric Zemmour tend à le présenter comme le pourfendeur d’un système, à ses yeux vicié et obsolète, que lui seul est capable de régénérer. Troisième raison enfin celle qui relève de l’ego de la personne. Cet ego surdimensionné associe vanité et prétention de croire que la nation, présentée par Eric Zemmour comme assiégée et accablée par la pire des adversités, attend son homme providentiel, lui en l’occurrence. Au vue de ces trois raisons qu’il appartiendra à chacun de contester, d’agréer ou de compléter, il semble désormais clair que l’homme en question se portera candidat à la présidence de la République, convaincu de la pertinence de son combat perçu comme une mission salvatrice. Une dernière question s’impose désormais. Ces quelques lignes se révèleront-elles divinatoires ? Il ne reste qu’à attendre…

La Nature de l’Homme

Si l’ensemble des pays participants à la COP26 s’accorde sur la nécessité d’agir au regard de l’urgence climatique, l’enjeu du sommet relève plus de l’obligation d’élaborer un texte d’action commun, acceptable et réalisable par tous, que dans un constat dépassé et connu de tous de la situation environnementale.

Alors que se tient à Glasgow (Ecosse) jusqu’au 12 novembre la conférence internationale sur le climat (COP 26) d’aucuns s’interrogent sur ce qui a été fait ou sera fait pour limiter la hausse des températures mondiales afin d’éviter une situation climatique mondiale irréversible. Et si ces interrogations sont légitimes, la question à poser cependant n’est pas tant de savoir ce qui été ou sera fait mais plutôt de savoir qui aura envie de faire quelque chose. Il apparaît désormais bien inutile, et au demeurant bien hypocrite, d’administrer les bons et les mauvais points à telles ou telles nations qui brillent par leur action en faveur du climat (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/planete/article). Tout au plus peut on louer leur implication qui témoigne de leur prise de conscience et de leur volonté d’agir. Mais sur près de deux cents pays réunis en Ecosse, il faut admettre sans fard et sans détour que hormis de fracassantes et catastrophiques déclarations entendues par un auditoire poli et silencieux associées à de timides déclarations d’intention, c’est bien la volonté d’agir qui manque à ce jour. Dédain pour la cause environnementale ? Sous-estimation de l’urgence climatique ? Voilà deux questions qui pourraient expliquer la discrétion des pays représentés mais qui finalement ne figurent qu’en dernière place dans le classement de l’inertie de ces mêmes nations.

Révolutions vertes et monde post-industriel

La réalité est tout autre et la flambée, entre autre, des prix des énergies fossiles, en sont la parfaite illustration. Les pays développées, essentiellement occidentaux ou situés dans l’hémisphère nord, ne peuvent, en l’état, se permettre d’amorcer de révolutions vertes. Si les Etats-Unis, l’Europe et la Chine représentent à eux trois la moitié des émissions de gaz carbonique sur la planète (soit les trois zones commerciales mondiales majeures Europe – Etats-Unis – Façade asiatique), tous trois savent que leur prospérité commune et individuelle repose sur des logiques et des mécaniques industrielles carbonées et qu’engager un processus de transition écologique, même limité, serait porteur de ruptures économiques extrêmement risquées. Evoluant dans un monde post-industriel, où l’industrie lourde a cédé le pas à une tertiarisation des économies doublée d’une domination croissante des nouvelles technologies de l’information et de ses porte-étendards (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft), les grandes puissances économiques mondiales se retrouvent acculées à un ensemble de réalités qui mettent en balance leur survie et celle de la planète, sachant que l’avenir de la seconde conditionne celui de la première.

Sacrifice et réponse

Plus qu’un nœud gordien, il s’agit très certainement du pire dilemme que l’Humanité ait jamais eu à trancher. Et pourtant, il faudra choisir ! Mais ce lourd sacrifice, et il l’est, renvoie l’Homme dans ses retranchements ultimes et vitaux, affranchis de tout confort prompt à garantir une existence bercée au rythme d’un progrès technique plébiscité mais ô combien destructeur d’un point de vue environnemental. Aussi, qu’attendre de ce sommet ? Les plus optimistes avanceront qu’un compromis sera trouvé ; les plus pessimistes que le point de non-retour est déjà atteint. Inutile encore de croire que la vérité est entre les deux. (lesechos.fr :https://www.lesechos.fr/monde) Car si une réponse à l’urgence climatique doit être proposée, elle doit être conçue pour et par tous, pays développés et non développés, chacun ayant des intérêts différents, parfois divergents voire opposés. C’est peut-être là que réside le véritable enjeu de ce sommet qui pour l’heure n’aura jamais fait qu’enfoncer des portes ouvertes. Elaborer une réponse commune dans un monde divisé, aux écarts de développement tels que pour certains la question climatique passe au rang des préoccupations secondaires, voire tertiaires. Faut-il les en blâmer… ?

Avoir ce que l’on mérite

Alors que les Etats-majors politiques sont pleinement entrés dans la campagne présidentielle, la question de la crédibilité et de la compétence de nombreux candidats se pose. Essai d’explication.

Pour débuter cette chronique, replongeons-nous, une fois n’est pas coutume au milieu des années quatre-vingt-dix, lorsque les idéologies encore empreintes de parfums d’utopie avaient encore cours. Ainsi, il y a presque trente ans, le paysage politique français se décomposait-il simplement, entre une droite libérale et une gauche progressiste qui se disputaient régulièrement le pouvoir, titillés l’un et l’autre par une extrême droite montante mais qui ne semblait pas réellement inquiéter les deux grands partis d’alors, le RPR et le PS. Chacun pouvaient, légitimement, présenter des candidats crédibles, compétents, cultivés et empreints du sens de l’Etat lors des grandes échéances électorales, notamment l’élection présidentielle. En 1995, les différents Etats-majors avançaient donc leurs pions et sondaient l’opinion afin de savoir quel candidat proposer aux électeurs en vue de l’élection devant se tenir la même année. Pour le RPR, ce fut, sans surprise, Jacques Chirac, qui sera d’ailleurs élu après une remontada restée dans l’histoire face à Edouard Balladur. Pour le Parti socialiste, ce fut, en revanche, à la grande surprise de nombreux électeurs, Lionel Jospin, arrivé en tête au soir du premier tour. On connaît la suite de l’Histoire.

Succession et faiblesse

Et trente ans plus tard, si le paysage politique a considérablement changé, il en est aussi de même pour ceux qui se sont déclarés candidats à la charge suprême. Les grandes figures de la politique nationale, Jacques Delors, Alain Juppé, Robert Badinter, Philippe Seguin et tant d’autres… se sont retirés ou ont simplement disparus, laissant derrière eux un désert que leurs héritiers, réels ou auto-proclamés ont du mal à fertiliser. Et dans l’attente de savoir si le président actuel sera candidat à sa propre succession, ce qui laisse peu de doute cependant, force est de constater que les forces en présence brillent par une affligeante médiocrité. Absence de vision, programmes économiques et sociaux flous, atermoiements et approximations sur la question environnementale poussent à s’interroger sur la qualité intrinsèque de chacun d’entre eux. Car s’il est devenu commun d’affirmer que chaque pays dispose de la classe politique qu’il mérite, cette allégation n’a jamais été aussi pertinente qu’en ce début de XXIème siècle. De toutes parts, l’échiquier politique ploie sous la faiblesse de candidats obsédés par les sondages et pétris de rancoeurs cuites et recuites. A telle enseigne que l’on pourrait aisément se demander si certains candidats n’ont pas été choisis par défaut. A gauche, Anne Hidalgo, s’est imposée face à Stéphane Le Foll, fidèle lieutenant de François Hollande, mais qui était un relatif inconnu pour l’ensemble des électeurs. Vainqueur d’une primaire sans valeur, Anne Hidalgo est aujourd’hui crédité de 5 % des intentions de vote. A vaincre sans péril,…

Inertie et incapacité

A droite, terrorisée par la montée en puissance de l’agitateur d’extrême droite, Eric Zemmour, Les Républicains ambitionnent, via un congrès national, de choisir un candidat capable de l’emporter tout en muselant l’attraction Zemmour. Mais avec quel candidat ? Valérie Pécresse, présidente de la région Île de France, Michel Barnier, ex-négociateur du Brexit, Xavier Bertrand, Président des Hauts de France ? Tous à couteaux tirés, pétris d’egos surdimensionnés, écartelés entre la nécessité de s’opposer à Emmanuel Macron mais sans trop pour éviter de froisser l’électorat de centre-droit mais tenus de porter un discours ferme pour éviter de nourrir la campagne de Marine Le Pen et d’Eric Zemmour, si celui-ci se présente, la droite française brille par son inertie et ses contradictions idéologiques quand la gauche lui dispute une incapacité désormais chronique à tenir un discours social et progressiste nouveau. Dans un quinquennat qui s’achève sur fond de pandémie, il semble que les élites politiques françaises peinent à s’imposer dans un électorat fatigué de discours éculés et anachroniques au regard des enjeux actuels essentiellement liés à la transition énergétique. Alors qu’elles solutions apporter pour tenter de redynamiser une classe politique en panne d’idées, dépassée il y a cinq ans par le phénomène Macron et aujourd’hui l’incongruité Zemmour ? Peut-être que se focaliser sur les vides de nos sociétés plus que les pleins, qui le sont déjà depuis longtemps, pourrait faciliter cette redynamisation. Car c’est sur les vides que prospèrent les extrêmes. Donc…

L’Europe à la recherche d’une énergie nouvelle

Articulée autour des énergies carbonées, l’économie européenne souffre de la hausse des prix de l’énergie renforçant sa dépendance et attentant à son influence internationale. Photo : Floréalréal – DR.

Alors que la hausse des prix de l’énergie a mis en exergue la dépendance de l’Europe en la matière, les solutions pour réduire cette faiblesse ne semblent en rien immédiates. Et le Vieux Continent d’acter sa perte d’influence, otage de réalités à la dimension géopolitique.

La flambée des cours du gaz et du pétrole ont confirmé une réalité qui semblait s’être estompée alors que faisait rage l’épidémie de covid-19 mais sans pour autant totalement disparaître : la dépendance de l’Europe du point de vue énergétique. La faiblesse de la consommation pendant la pandémie avait relégué la question au second plan. Mais la reprise de l’activité et de la croissance notamment chinoise a relancé le débat non sans un certain cynisme. S’abreuvant de gaz russe (lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyse), et s’exposant par la même aux caprices de Vladimir Poutine qui use de la question énergétique comme levier d’influence géopolitique, victime de la hausse des cours du pétrole à l’échelle mondiale, prise en otage par les pays producteurs de pétrole (OPEP) tous aussi attachés que la Russie, qui fait d’ailleurs partie de l’OPEP, à l’influence que génère la production et la vente de pétrole, l’Europe se retrouve aujourd’hui acculée et obligée de recourir à des solutions internes coûteuses pour amortir l’emballement des cours. En France, chèque énergie, allègement des taxes et autres solutions existantes ou à venir sont désormais avancées pour éviter tout ralentissement économique dû à une facture énergétique trop lourde libellée en dollars et non euros.

Transition et impulsion

Pour autant, passé ce constat qui relève plus du leitmotiv que de la proposition de solutions, il convient désormais de s’interroger sur la position de l’Europe face aux producteurs d’énergie dans un contexte de transition énergétique et écologique acté. D’aucuns avancent que le nucléaire présente tous les atouts pour assurer une transition réussie tout en s’affranchissant des fluctuations des énergies fossiles. Certes mais que faire des déchets nucléaires, véritables poisons, dans tous les sens du terme ? L’éolien ? Là encore des levées de boucliers sont à craindre car bien qu’efficaces, les éoliennes se révèlent bruyantes et seulement adaptées à de faibles concentrations de populations. Reste l’hydrogène. Inépuisable, facilement concevable productible et sans résidus carbonés dans l’atmosphère, il se présente comme une solution miracle mais les chaînes de fabrication susceptibles d’en accueillir ne sont en rien encore adaptées et sont loin de l’être tant qu’une impulsion globale ne sera pas donnée dans ce sens. Esseulée dans la compétition énergétique et désarmée face à des Etats-Unis peu enclin à se lancer dans la bataille, face à une Russie et des pays producteurs de pétrole qui voient là l’opportunité de s’affirmer et d’exister à l’échelle internationale dans le jeu géopolitique, l’Europe est contrainte de subir une situation pour l’heure insoluble si aucune solution pérenne de substitution n’est pas trouvée dans les années à venir.

Influence et divergences

Perdant par la même une partie de sa crédibilité et de son influence, déjà l’une et l’autre faibles, à l’échelle mondiale, l’Europe se révèle bien plus passive qu’active sur ce dossier pourtant crucial au carrefour de l’économie, de la diplomatie et de la géopolitique. Sauf à imaginer une remise en question mondiale des intérêts de chacun au regard de la question énergétique, il est peu probable que l’Europe en devienne un acteur majeur. Avancer, comme le fait actuellement le président de la République, Emmanuel Macron, la solution nucléaire renvoie à des problématiques obsolètes de plus de quarante ans alors que la situation appelle à se projeter vers des solutions d’avenir pourtant elle-même discutables (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/economie/article/2021/10/18l) Et évoquer une remise en question mondiale des intérêts de chacun au regard de la question énergétique supposerait que soit aplanies toutes les divergences politiques, financières et diplomatiques qui éloignent les acteurs du marché de l’énergie. Ainsi, la dépendance énergétique de l’Europe n’est en réalité que l’arbre qui cache la forêt d’une impérieuse décarbonation de l’économie mondiale et ce dans les meilleurs délais. Poussés par cette nécessité désormais acquise, les pays producteurs de pétrole, de gaz ou de charbon entretiennent des cours élevés certes à des fins de rentabilité immédiates mais aussi à long terme, qui par procédé capitalistique d’accumulation, permettra de financer leur propre transition énergétique. Or, à cette heure, la question qui se pose n’est pas tant de savoir qui financera la transition énergétique mais plutôt qu’elles solutions seront à financer. Et pour l’instant….

Le pardon ne suffira pas

La confession ne pourra plus servir de rempart à l’Eglise pour se protéger des souffrances des victimes.

La publication du rapport Sauvé impose à l’Église catholique de France plus que la reconnaissance des abus sexuels commis pendant des décennies. Une réforme complète de l’institution, de son rôle et de ses objectifs est désormais impérative.

Il est peut de dire que la publication du rapport Sauvé révélant les abus sexuels commis par des religieux ou des prêtres religieux catholiques en France entre 1950 et 2020 a causé une véritable déflagration tant au sein de l’Église catholique qu’au sein de la société civile. (huffingtonpost.fr : https://www.huffingtonpost.fr/entry/) Déflagration tout d’abord en raison de l’ampleur du nombre d’abus et des conséquences juridiques et judiciaires qui en découleront. Mais déflagration aussi peut-être, et surtout, sans naturellement minimiser ou reléguer au second rang la gravité des abus et des violences commis, en raison des changements auxquels l’institution catholique devra, bien qu’elle fasse preuve pour l’heure de réticence en la matière, engager. Ce changement passera, d’aucuns l’auront compris, par une refonte totale des instances dirigeantes de l’Église de France, sans épargner le Vatican, qui, silencieux pendant des décennies, a de fait cautionné ces agissements, mais aussi par un aggiornamento des objectifs, du rôle de l’Église et de ces serviteurs.

Troisième ordre et sélection drastique

Le chantier qui s’ouvre devant l’institution, trop longtemps engoncée dans l’idée que son histoire lui conférait encore le rôle tacite de troisième ordre (ndlr : allusion faite aux trois ordres qui prévalaient avant la Révolution française, le Clergé, la Noblesse et le Tiers état), est gigantesque car à même de bousculer son seulement la hiérarchie catholique mais plus encore le rapport que celle-ci entretenait avec les fidèles. La pédocriminalité qui a ainsi prévalu au sein de l’Église catholique de France a donc jeté l’opprobre sur une institution que l’on pouvait croire sans tâche mais qui devra désormais composer avec la honte et la culpabilité qu’elle n’hésitait pas à imposer à ses fidèles. Trop déconnectée de la société contemporaine, en dépit d’une sécularisation de façade, l’Église catholique a désormais le devoir se se plier à une sélection des plus drastiques de ses serviteurs. Ouvrir le mariage aux prêtres peut apparaître comme une première étape mais celle-ci répond plus à une modification du dogme qu’à une réelle nécessité sociale. Certainement plus que toute autre institution amenée à côtoyer du public, a fortiori jeune, fragile et influençable, d’où le silence qui a régné sur la question pendant des années, l’Église doit engager une vraie politique de recrutement et se muer en Directeur des Ressources humaines afin de choisir les bons candidats , laïcs ou religieux. Souvent prompte à se réfugier derrière le secret de la confession, arguant de son aspect sacré et divin, imposant de fait la primauté du droit canon sur le droit civil, de la justice de Dieu sur la justice des Hommes, l’Église a volontairement niée les évolutions culturelles, sociales et politiques de la société qu’elle était sensée spirituellement, et rien d’autre, servir. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/societe/article/)

Conviction et péchés

En bafouant l’intégrité de jeunes enfants, filles ou garçons, elle salit et traumatise simultanément l’individu amené par choix personnel vers la foi par conviction qui n’y trouve in fine que honte et culpabilité. Le message subliminal de l’Église où se tutoient écoute et pardon a ainsi été détourné, pour ne pas dire dévoyé, non pas au profit du croyant mais au profit de l’institution qui s’est trop longtemps appuyée sur le silence de ses victimes, trop effrayée pour dénoncer les abus, pour laisser ses prêtres et laïcs agir en toute impunité. Enfin, il n’est pas inopportun de s’interroger sur le poids des évolutions sociétales de ces dernières années, véhiculées et parfois amplifiées par les réseaux sociaux, tels que le mouvement MeToo, qui visaient à briser la chape de plomb qui protégeaient certaines pratiques désormais dénoncées et punies. Dès lors un constant s’impose : l’Église de France a péché par excès de confiance dans sa position de prétendue autorité morale à même de masquer les abus commis et dénoncés, par manque de réactivité de ses dirigeants trop occupés à défendre l’image de l’institution tout en étant conscients et informés des abus perpétrés et par incapacité, ou manque de volonté, de réformer une institution dépassée et loin d’être en phase avec la société dans laquelle elle veut s’inscrire.

Le passé…Simplement.

Affronter objectivement son histoire, tel est l’objectif de toutes politiques mémorielles.

Engager une politique mémorielle visant à replacer dans une réalité historique objective la place d’un Etat, tel est l’enjeu des politiques mémorielles. La France s’y est lancée et non sans difficulté.

C’est un fait, passager certes, mais la France et l’Algérie sont en léger froid. La cause ? Les propos du président de la République Emmanuel Macron qui, le 20 septembre dernier à l’Elysée, affirmait que le système politico-militaire algérien s’était construit sur une rentre mémorielle sciemment entretenue par les différents gouvernants qui se sont succédé à la tête de l’État d’Afrique du Nord. Tollé de l’autre côté de la Méditerranée suivi d’un rappel de l’ambassadeur d’Algérie en France et d’une interdiction de survol par les avions militaires français du territoire algérien. Pourtant, les propos du président français, partagés par une grande part des Algériens, ont heurté un régime qui cherche encore à masquer son inertie et ses échecs en prétextant des conséquences d’une colonisation jugée, à raison, injuste et inique. Pour autant, passée l’émotion des propos du président français et de la brouille ponctuelle qui finira par s’apaiser sous peu, se cache la difficile tâche pour chaque Etat, et pas seulement la France ou l’Algérie, de mener une politique mémorielle juste, cohérente et en phase avec la réalité historique. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/afrique/article)

Roman national et remise en question

L’exercice peut se révéler périlleux car il met en jeu des notions délicates telles que celles de l’identité, du regard, du sens et de l’écriture de l’Histoire. Or, le quinquennat d’Emmanuel Macron a tenté, chaque fois que l’occasion se présentait, de mettre en avant ou de nourrir cette politique mémorielle avec un seul objectif : remettre la France à sa juste place dans l’Histoire. Le roman national, cher à la IIIème République, a vécu et ne peut plus servir aujourd’hui de bréviaire encore moins de pilier fondateur à ceux qui souhaitent utiliser l’histoire de la France comme argument politique. Une politique mémorielle intelligemment menée saura s’affranchir des excès et des passions qui peuvent aisément l’envahir au point de la pervertir. Et encore une fois, l’exercice n’est en rien aisé car il suppose une remise en question d’acquis historiques dès lors ouverts à débats et une potentielle réécriture de ces derniers afin de proposer une lecture responsable et responsabilisante de l’Histoire et des faits qui la compose.

Nécessité et gageure

Il ne s’agit en rien d’accabler ou de vénérer qui que ce soit, de minimiser tel ou tel fait, mais de recontextualiser les composantes historiques afin de proposer un espace de réflexion dénué de scories nées d’interprétations hasardeuses. (courrierinternational.com : https://www.courrierinternational.com/article/) Le chantier est immense mais nécessaire. Et accepter d’ouvrir une réflexion, aussi douloureuse puisse-t-elle, sur le passé d’une nation relève de la gageure qui, achevée, ouvre le champ à de nouvelles relations diplomatiques et de nouveaux rapports sociaux. Si regarder son histoire en face assure d’un présent et d’un futur plus serein, il est aussi le gage pour les nations périphériques ou liées d’une manière ou d’une autre, d’un espace de dialogue défait de toutes ambiguïtés malsaines ou de non-dits cuits et recuits. Et si dans l’absolu, une démarche de cet ordre est salutaire, encore convient-il que celle-ci soit acceptée par tous et fasse l’objet d’une logique similaire dans les nations impliquées.

Berlin a le choix

Le nouveau chancelier devra choisir entre une relance de l’Union européenne ou l’enracinement de la position dominante de l’Allemagne en Europe.

Quel qu’il soit, le nouveau chancelier allemand aura devant lui deux options : renforcer la position de l’Allemagne afin de servir ses propres intérêts ou travailler au renforcement de l’Union européenne en qualité d’acteur géopolitique de demain en fondant la puissance allemande dans ce dessein.

Rarement les élections législatives outre-Rhin n’auront suscité autant d’intérêt. Et pour cause, appelés à voter pour élire une nouvelle majorité au Bundestag, les Allemands tiennent dans leurs bulletins de vote plus que l’avenir de la nation de Schiller. Car celui ou celle qui sera choisi par le Président de la République fédérale allemande, une fois le scrutin entériné, pourrait, ou pas, donner à l’Union européenne une nouvelle orientation. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international/live) Fer de lance de la construction européenne avec la France, l’Allemagne, première économie du continent, première puissance démographique européenne avec près de 83 millions d’habitants (2019), dispose de toutes les cartes en main pour donner à l’Europe politique un second souffle. L’affaire des sous-marins australiens, qui a récemment mis en exergue la fragilité diplomatique de la France et plus largement celle de l’Union européenne, incapable de proposer un front uni et solidaire, a laissé de profondes traces dans les relations Etats-Unis / Europe en dépit de l’atlantisme affiché d’Angela Merkel, peu pressée de monter au créneau afin de défendre Paris et Bruxelles.

Orientation et solidarité

Il appartiendra donc au successeur de la chancelière d’affirmer ses convictions européennes, quelles qu’elles soient. Angela Merkel, qui avait fait de la question économique la priorité de ses mandats, s’est peu penchée sur les questions géostratégiques et géopolitiques, plus préoccupée par la place de l’Allemagne sur le continent en qualité de puissance économique que d’acteur géopolitique. (lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/weekend/business-story) Cette orientation, qui a longtemps satisfait outre-Atlantique, faisant ainsi passer en premier lieu les intérêts de Berlin avant ceux de l’Union européenne, a pour autant déstabilisé ou plus précisément déséquilibré l’Europe politique qui ne trouvait pas, ou plus, dans l’un des ses premiers membres fondateurs l’enthousiasme nécessaire à la croissance de l’Union ver une forme de maturité politique et géostratégique. L’atlantisme tacite de l’Allemagne, qui se rapprochait par certains aspects de celui des Britanniques, a quelque peu plombé un ensemble politique qui avait plus besoin du soutien et de la solidarité de tous ses membres que de pays jouant des partitions isolées dédiées à leurs seuls intérêts. Est-ce à dire que la France était seule dans cette entreprise face à l’égoïsme allemand ? Loin s’en faut mais la réussite économique allemande autorisait, et autorise encore aujourd’hui Berlin à décider, parfois à coup de négociations âpres et que d’aucuns jugeraient péremptoires, sans réellement se préoccuper de l’avis de ses partenaires L’exemple grec en 2008, face à un Alexis Tsipras, otage de la dette souveraine hellène, en est la parfaite illustration.

Germany First et tensions géopolitiques

Que faut-il donc attendre du nouveau chancelier ? Les plus pessimistes diront qu’il n’est utile de nourrir d’espoirs particuliers. L’Allemagne, forte de sa position dominante en Europe, cautionnée par les Etats-Unis, n’aurait pas de raisons évidentes de changer de politique sans pour autant négliger son rôle dans la construction européenne à achever, du moins à poursuivre. Une forme de Germany First, édulcoré et moins agressif que celui promu par Donald Trump, pourrait dès lors se poursuivre sans excès ni débordement afin de ne heurter ni la France ni l’Union européenne. Les plus optimistes avanceront que Berlin, cherchera en revanche et très certainement à s’engager plus encore dans l’entreprise européenne pour épauler une France bien isolée dans un attelage certes efficace mais qui pourrait l’être davantage. La vérité est finalement peut-être entre les deux. Forte de son image et de son statut avéré de puissance continentale, l’Allemagne a tout intérêt à d’abord jouer le jeu européen alors que se profilent des tensions géopolitiques et géostratégiques lourdes notamment en Asie-Pacifique ou en Indo-Pacifique où la seule puissance économique ne suffira plus.

Se penser grand ne signifie pas l’être

Par ce contrat prévoyant la livraison de plusieurs sous-marins d’attaque à l’Australie, la France pensait maintenir son influence industrielle et diplomatique dans la zone indo-pacifique.

Si la crise franco-américaine constitue un des multiples aléas de la relation entre la France et Etats-Unis, celle-ci met surtout en évidence la faiblesse diplomatique de l’Hexagone tant à l’échelle mondiale que régionale. Essai d’explication.

D’un point de vue industriel, c’est une désillusion. Mais d’un point de vue diplomatique, c’est un camouflet, presque une gifle. La rupture du contrat liant la France et l’Australie et portant sur la livraison de douze sous-marins conventionnels à l’horizon 2030 au profit d’une alliance diplomatico-industrielle dirigée par Washington avec l’aide du Royaume-Uni (AUKUS) a plongé les alliés historiques, France et Etats-Unis dans une crise qui laissera, des traces. Pour autant, si la colère du gouvernement français et du Président de la République est légitime et justifiée, arguant d’une trahison incompatible avec le statut d’allié, celle-ci ne sera que passagère et se réglera dans les prochains mois par des réparations financières imputées à l’Australie. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international) Car derrière cette décision qui marginalise la France dans la région indo-pacifique, se profilent aussi des enjeux de pouvoirs lourds qui échappent à l’Hexagone, non par méconnaissance des réalités géopolitiques (rivalités australo-chinoise, tensions sino-américaines, domination de la mer de Chine,…) mais par faute d’influence et d’aura suffisante à l’échelle mondiale. Ainsi, la ire du gouvernement français et plus spécialement d’Emmanuel Macron tient plus à une prise de conscience de la faiblesse diplomatique de la France qu’autre chose. Concrètement, l’alliance qui lie désormais l’Australie, les Etats-Unis et le Royaume-Uni met en évidence le rang de puissance de second rang, voire de puissance moyenne, la France.

Rivalité et romantisme

La réalité, difficile à accepter tant par le Quai d’Orsay que par l’Elysée est pourtant mise à l’épreuve des faits : La France, toute puissance économique mondiale qu’elle soit, ne peut rivaliser avec Etats-Unis, première puissance mondiale et seule capable de contrarier les ambitions chinoises dans la région. Cette réalité, jetée à la face de Paris et du monde, renvoie ainsi la France au rang de puissances subalterne, humiliée par l’indélicatesse australienne et le pragmatisme nord-américain. Encore bercée par l’illusion d’une alliance empreinte de romantisme éthéré où La Fayette se poserait en sauveur et libérateur des anciennes colonies outre-atlantique écrasées par une Angleterre omnipotente, vivant dans l’illusion d’une puissance retrouvée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale quand le Général De Gaulle réussit le pari d’imposer la France comme l’un des vainqueurs du conflit et se targuant d’une relation privilégiée nourrie par l’Histoire avec Washington, la France ne peut que constater, nue et démunie, la faiblesse de son influence devant des Etats-Unis indifférents aux gesticulations hexagonales. Dans un monde à l’économie intégrée, où géopolitique, géostratégie, stratégie militaire, raison d’État et nécessités économiques, se mêlent et se répondent dans un concert d’intérêts que chacun souhaite défendre sans scrupules, fut-ce au prix de trahisons, la France a naïvement et honnêtement cru que sa place dans l’échiquier mondial suffirait à lui assurer aura et respect. La colère qui prévaut aujourd’hui n’est ainsi qu’une réaction de circonstance car celle-ci occulte plus la difficile acceptation par Paris d’une réalité diplomatique internationale où se conjuguent marginalisation et indifférence que la rupture de contrat qui n’en reste pas moins le symptôme premier.

Etre et se penser une puissance

Certes, le président Macron doit s’entretenir dans les jours à venir avec son homologue américain, Joe Biden, par ailleurs demandeur de cet entretien (lemonde.fr : https://www.lefigaro.fr/international). Mais qu’attendre de ce rendez-vous téléphonique si ce n’est un rappel poli de la part du locataire de la Maison Blanche de la solidité de la relation franco-américaine, de la nécessité d’une relation claire, nette et pacifiée entre les deux pays mais aussi et surtout des enjeux géopolitiques, stratégiques et économiques qui se jouent dans la zone indo-pacifique au sein de laquelle la France est invitée à jouer sa partition mais sans interférer sur celle des Etats-Unis. Plus globalement, si l’orgueil français a été égratigné dans cette crise, et il l’a été, celui-ci survivra car passée la vexation, d’aucuns parleraient d’humiliation, la France, consciente des risques qu’ouvrent une brouille durable avec le Etats-Unis, se drapera dans le linceul de l’indignation, question d’honneur, sans pour autant continuer à pousser des cris d’orfraie qui pourraient vite irriter outre-atlantique. Car, in fine être une grande puissance et se penser une grande puissance sont deux choses différentes.

Vers un nouveau monde…

Les attentats du 11 septembre ont bouleversé une humanité enfermée dans ses certitudes au point d’imaginer que s’ouvrirait aujourd’hui une nouvelle ère.

Les attentats du 11 septembre 2001 ont marqué la mémoire collective au point de bouleverser l’appréhension du monde tel qu’il se présentait alors. Vingt-ans plus tard, une question se pose : ces bouleversements n’ouvrent-ils pas la voie à une nouvelle ère ?

Les commémorations des attentats du 11 septembre 2001 ont donné lieu, tant aux Etats-Unis que dans une grande partie du monde entier, à de nombreux commentaires tant sur les raisons d’un tel acte que sur les conséquences qui en découlèrent. Parmi ces dernières, l’une d’entre-elle est souvent revenue comme un leitmotiv mettant en exergue la fin de l’hyperpuissance nord-américaine, thèse avancée par le diplomate Hubert Védrine. Avérée ou non, il apparaît cependant que les Etats-Unis ont perdu depuis ces attentats une certaine influence mondiale laissant émerger des pôles d’agitation et de contestation à même de déstabiliser les équilibres régionaux et mondiaux. Non que les Etats-Unis avaient la charge de la sécurité du monde, même si les faits pouvaient le laisser penser, mais l’hyperpuissance nord-américaine, fruit de la désintégration de l’Union soviétique en 1989, a masqué une forme d’agacement et d’irritation, parfois menant à une haine profonde, à l’endroit de la patrie des Pères Fondateurs. L’omnipotence politique, économique, militaire et surtout culturelle des Etats-Unis durant la décennie quatre-vingt-dix a généré en des points spécifiques du monde des rancoeurs qui se sont pour certaines tues et éteintes d’elles-mêmes quand d’autres se sont matériellement concrétisées, les attentats du 11 septembre le prouvant.

Monde a-polaire et micro-conflits

Parallèlement, il n’est pas erroné d’avancer que, aveuglés par leur puissance, fruit d’un mode de fonctionnement propre à leur nation, les Etats-Unis n’ont pas su apprécier l’apparition d’un monde a-polaire libéré de la pression idéologique imprimée par l’Union soviétique. Faute politique ou excès de confiance ? Les deux raisons s’avancent et se répondent et ont fini par occulter le drame de septembre 2001. Autre erreur, peut-être plus sous-jacente, qui résiderait dans une interprétation trop manichéenne de l’Histoire. La chute de l’Union soviétique, d’un monde bi-polaire, par certains aspects rassurants, réglé par l’équilibre de la terreur nucléaire, a totalement rebattu les enjeux de la diplomatie internationale laissant les Etats-Unis dans une position dominante faute de rival suffisamment puissant pour les contrarier. L’idée d’une hyperpuissance accouchée de la défaillance de l’Union soviétique exsangue n’est donc pas non plus à exclure ou à totalement écarter. Pour autant, au-delà de l’explication diplomatique, se pose désormais la question de la définition de la réalité dans laquelle ces attentats ont influencé le monde. Qu’il soit occidental ou non, ces actes alors qualifiés en leur temps d’actes de guerre, ont profondément bouleversé notre rapport au XXème siècle. Ainsi, et a contrario, si le XIXème siècle s’est éteint avec la Première Guerre mondiale, le XXème a péri avec le début du XXIème. Temps de conflits, armés ou secrets, de nucléarisation à outrance, le XXème est mort avec ces attentats, faisant basculer l’humanité dans une autre ère, faite de micro-conflits aux répercussions planétaires de part les interactions diplomatiques et politiques induites.

Civilisations et opposition

La menace terroriste, lancinante et continue depuis deux décennies, souvent sous-jacente à ces conflits, a prouvé et prouve encore que la puissance des Etats, fussent-ils auréolés comme les Etats-Unis de la première puissance mondiale, est capable de déstabiliser un ensemble global, finalement fragile et exposé. Les relations internationales, longtemps articulées autour de la notion de guerre ou de choc de civilisations, thèse défendue en 1996 par Samuel Huntington, semble avoir montré ses limites devant la complexité idéologique du siècle en cours. Bréviaire de nombreux diplomates pour expliquer rapidement et justifier dans le même temps des politiques agressives ou des ingérences diplomatiques discutables, le postulat d’une opposition civilisationnelle ne tient plus à l’heure d’une globalisation qui implique parmi les régions les plus isolées de la planète. Force est donc de constater que les attentats du 11 septembre 2001 ont modifié plus que l’appréhension du monde qu’avaient les Etats-Unis. Le bouleversement s’est voulu mondial, diplomatique et politique, mais aussi et surtout culturel renvoyant chacun de nous à des conceptions différentes de l’Histoire, conceptions, (les historiens auront à charge de le confirmer ou non dans plusieurs décennies), ouvrant la page à une nouvelle ère, voire à de nouvelles civilisations.