L’Union européenne dans le mur

Face à une pression migratoire aujourd’hui exprimée sur sa frontière orientale, l’Union européenne se retrouve encore une fois confrontée à ses contradictions dans un jeu géopolitique mené par Vladimir Poutine toujours plus cynique.

En décidant la construction d’un mur entre sa frontière et la Biélorussie, la Pologne, illustre tous les paradoxes et toutes les ambiguïtés de l’Union Européenne face à la question migratoire. (lexpress.fr : https://www.lexpress.fr/actualite/monde) Car, même si en l’état, la crise en question est en sous-main agitée par la Russie et Vladimir Poutine, afin de semer plus encore la zizanie au sein de l’Union, l’afflux de réfugiés à la frontière biélo-polonaise pousse Bruxelles dans ses retranchements. Officiellement terre d’accueil et de partage, l’Union Européenne se voit ici confrontée à des nécessités, en tous cas présentées comme telles, de sauvegarde de son territoire, arguant du fait que ces réfugiés ont vocation à repartir dans leur pays d’origine car rien ne peut les attendre dans l’Union européenne. Terre cible de migrants désireux d’échapper à des conditions de vie indignes et à des existences précaires, régulièrement amenée à gérer des flux par les voies méridionales de son espace (Espagne et Italie) ou septentrionales (Nord de la France), l’Union européenne ne sait plus désormais comment aborder la question si ce n’est en cautionnant la position polonaise de construire un mur entre son territoire propre et la Biélorussie, ce qui revient à dire un mur entre l’Union européenne et la Biélorussie, accessoirement satellite de la Russie.

Murs et instrumentalisation

Il n’est d’ailleurs pas inutile de s’arrêter sur cette volonté, quand les peuples se sentent menacés, qu’ils le soient réellement ou pas, de recourir à un mur pour se protéger. Athènes, au Vème siècle av. J.-C. construisit elle aussi un mur allant de la ville au Pirée pour la protéger en cas de siège ou de guerre, l’Allemagne de l’Est vit s’ériger une nuit d’août 1961 un mur coupant Berlin en deux quand l’empereur romain Hadrien, au IIème siècle après J.-C. fit construire une muraille éponyme dans le nord de l’Angleterre pour protéger l’Empire des Scots, redoutables guerriers celtes opposés à l’omnipotence romaine. L’Histoire regorge d’exemple et la décision polonaise s’inscrit dans cette veine où coulent tout à la fois la peur d’une submersion et la volonté de protéger leur territoire. (cafes-thucydide.com : http://cafes.thucydide.com/Les-murs-dans-l-histoire.html) Pour autant, que ce soit dans l’Antiquité ou dans un passé plus récent, la question relative à la construction d’un mur ne peut s’appréhender que dans une optique géopolitique. Instrumentalisés à des fins purement et bassement politiques, au point d’en confiner au cynisme le plus glacial, la misère et le désespoir qui animent ces réfugiés ne sont en rien considérés comme tels mais écartés pour ne voir en eux qu’un moyen de pression visant à déstabiliser l’Union européenne, prise en étau entre ses fondements humanistes, ses réalités politiques, économiques et diplomatiques. Ainsi, en imaginant l’Union européenne comme une entité unique, défaite de frontières souveraines qui organisent chaque nation la composant, commence à se détacher le voile d’une matérialité il y a longtemps décrite par Tocqueville qui voulait que la politique extérieure des Etats était commandée par leur politique intérieure.

Espace et cynisme

Conscient de cela, la Russie et la Biélorussie savent par un jeu habile et pervers renvoyer l’Union à ses contradictions d’autant plus criantes en temps de pandémie car dans l’obligation de limiter les flux à des fins sanitaires, même si cette nécessité peut aussi servir de prétexte crédible. Pour autant, les Etats auront à terme raison de la pandémie et viendra le jour où il sera malaisé de se réfugier derrière elle pour justifier la fermeture de l’espace européen. Mais à Moscou et à Minsk, d’où partent les oléoducs remplis de gaz, si vitaux pour l’Union européenne, la question sanitaire ne semble pas être une préoccupation essentielle. Vladimir Poutine, agacé par la présence de l’Union Européenne à ses portes, via la Pologne, et par le traitement accordé à Alexandre Loukachenko, son allié biélorusse, par les Européens, prompts à le stigmatiser au nom de droits de l’homme bafoués, s’amuse avec cynisme, devant la situation, sachant pertinemment qu’aucun membre de l’Union n’osera décrocher son téléphone pour le tancer vertement. De son côté, Bruxelles au fait de la situation, laisse discrètement la Pologne construire son mur en protestant pour la forme contre les agissements d’Alexandre Loukachenko, tout en sachant les frontières de l’Europe de l’Est sont aussi poreuses que celles du sud et qu’il sera difficile, pour ne pas dire impossible d’entraver les flux migratoires, même en se claquemurant derrière de prétendues frontières hermétiques.

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