L’UE plutôt que l’OTAN

La candidature de l’Ukraine en qualité de pays membre de l’Union européenne offre à cette dernière une solution diplomatique qui contente tout à la fois Kiev et Moscou, la Russie restant encore très allergique à l’OTAN et indifférente à l’Union Européenne.

En acceptant la candidature de l’Ukraine en qualité de pays membre de l’Union européenne, Commission et Parlement européens s’engagent dans une voie, au regard de la situation géopolitique et diplomatique actuelle, des plus prudentes. Plusieurs raisons poussent à cette analyse qui met en évidence, alors que la crise ukrainienne tendait à prouver le contraire, une forme de frilosité de la part des vingt-sept. Ainsi, en acceptant l’intégration de l’Ukraine dans l’Union européenne dans un protocole d’adhésion qui s’étale sur dix ans durant lequel devront être engagés la reconstruction du pays et la lutte contre la corruption endémique qui ronge le pays, Bruxelles s’offre une solution à moindre coût. Concrètement, intégrer l’Ukraine dans l’Union vaut toujours mieux que de l’intégrer dans l’OTAN à laquelle l’Ukraine est aussi candidate.

Opportunité ou problème

Les conséquences de l’adhésion programmée et effective de l’Ukraine seront moindre qu’une entrée dans l’OTAN à même de hérisser Vladimir Poutine véritablement allergique à l’Organisation de défense atlantique. L’absence de risque militaire et d’escalade liée ne sont pas sans rassurer des Européens qui tablent sur une fin prochaine du conflit. Certes il est fort probable qu’une issue ne soit trouvée que dans le courant de l’année 2023 mais il est quasiment certains que le volet militaire et actif du conflit sera clos d’ici 2032. En parallèle, l’Union Européenne sait aussi que tout puissant et dangereux soit-il, Vladimir Poutine n’est en rien éternel et que sa succession finira bien par se poser un jour. Le successeur de l’actuel maître du Kremlin aura devant lui la nécessité de rétablir des relations diplomatique saines avec l’Union européenne et les Etats-Unis, l’entrée de l’Ukraine dans le marché unique apparaissant alors plus comme une opportunité économique frontalière que comme un problème. Dans le même temps, intégrer l’Ukraine dans l’Union européenne permet aussi à cette dernière de s’affranchir d’une nouvelle crise politique et diplomatique. Politique car l’Union démontre sa capacité à s’élargir y compris face à la menace du géant russe, diplomatique car elle prouve qu’elle sait contourner l’obstacle de l’OTAN pour s’assurer une certaine sécurité car jamais la Russie de Vladimir Poutine ou ses successeurs n’oseront s’en prendre à un pays de l’Union européenne. Dernier point, et non des moindre, qui ouvre à l’Union une sorte de boulevard, le fait que Vladimir Poutine se moque en tous points de l’Union européenne qui n’est à ses yeux qu’un espace économique où vendre son gaz et son pétrole. Préoccupé à ce jour par l’annexion des républiques ukrainiennes pro-russes, Vladimir Poutine ne cache pas son mépris pour un ensemble, l’Union européenne, à ses yeux quasi-insignifiant sur le plan diplomatique car toujours secondé par les Etats-Unis. Reste à savoir cependant si cette adhésion, pour l’instant à l’état de projet, sera toujours appréciée par la Russie comme un avatar sans effet direct dans les années à venir. Avec ou sans Vladimir Poutine.

Ainsi vécu la Pax Europea

L’invasion de l’Ukraine a bouleversé l’équilibre géopolitique continental qui reposait depuis 1945 sur le postulat d’une Pax Europea. Confronté à son premier conflit depuis près de 80 ans, l’Europe doit se préparer à essuyer de futurs micro-conflits régionaux à même de mobiliser les alliances internationales passées avec les trois grands : Etats-Unis, Chine et Russie.

Depuis 1945, prévalait en Europe l’idée qu’aucune crise majeure ne viendrait briser la paix voulue durable par les acteurs qui avaient animé le Second Conflit mondial. Certes, des évènements, tels la construction du Mur de Berlin (1961), la crise de Budapest (1956) ou l’invasion de la Tchécoslovaquie (1968) ont effrayé la planète qui tremblait devant les chars soviétiques. Mais jamais pourtant ces crises ne dégénérèrent. Beaucoup figèrent la géopolitique européenne pendant des décennies mais aucune ne parvint à sérieusement altérer le consensus pacifique qui régissait les rapports Est-Ouest. Plusieurs raisons peuvent l’expliquer. D’abord la dissuasion nucléaire fut l’un des éléments majeurs de cette Pax Europea. La peur de l’arme nucléaire a tétanisé des générations d’Européens qui préféraient pourtant la posséder mais sans l’utiliser. Cet équilibre par la terreur qui reposait sur le risque que l’une des puissances détentrices de la Bombe ne l’utilise à ses dépends a longtemps servi de pilier diplomatique. Second élément, la volonté pour les peuples d’Europe de construire, à l’Ouest au moins, un ensemble politique géographiquement dense et continu que l’on nomme aujourd’hui Union Européenne. Passons sur les critiques qui s’abattent sur les institutions européennes mais force est de constater que l’Union européenne constitue un ensemble pacifié, sécurisé et globalement respecté dans le monde.

Vocation et points chauds

Pourtant, la guerre en Ukraine semble avoir rebattu les cartes de cet ordonnancement désormais bouleversé par les ambitions d’un homme Vladimir Poutine soucieux, pour des raisons qui lui sont propres, de rendre à son pays la Russie, l’aura et la puissance dont elle jouissait par le passé, ici au XIXème siècle. En parallèle, ont émergé des nations, fruits de l’éclatement de l’Union soviétique, désireuses aujourd’hui de rallier l’Europe de l’Ouest, non d’un point de vue géographique mais économique et culturel. Le processus amorcé en 2004 par l’entrée de nouveaux pays dans l’Union européenne, avait vraisemblablement vocation à se poursuivre mais s’est vu interrompu par l’invasion de l’Ukraine. En créant une zone de conflit au coeur du continent européen, la Russie, puissance nucléaire reconnue, a totalement déstabilisé les fondations d’un espace géographique construit depuis près de 80 ans autour de la notion de paix. Est-ce à dire que cette ère est révolue ? Il semble bien que oui car si le conflit ukrainien, appelé à durer, finira par s’arrêter, il est à craindre que d’autres émergeront dans les années à venir. Les points chauds ne manquent pas. Turquie, Géorgie, Kurdistan,…Sont autant de sources de conflits certes en périphérie de l’Europe mais qui sont par les pays qui sont impliqués, pleinement liés à l’Europe, à l’Union européenne et ses principes pacifiques ou à l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord)

Havre de paix

Si les historiens sont encore trop prudents pour l’admettre, et leur position est compréhensible, il apparaît que la crise ukrainienne a marqué un tournant dans l’appréhension des futures relations internationales, géopolitiques et géostratégiques. L’Europe n’est plus le havre de paix qu’elle était, preuve en est la volonté la Suède et de la Finlande, bastions de neutralité depuis des décennies, de rejoindre les rangs de l’OTAN pour se protéger de la Russie. La question qui agite désormais les nations européennes n’est même plus d’ordre énergétique car le pétrole, voué à être remplacé, ne figurera qu’un temps au chapitre des préoccupations essentielles. La question est avant tout sécuritaire au point que les chancelleries vont toutes, si ce n’est pas déjà le cas, entrer dans des phases de négociations actives afin de trouver dans les meilleurs délais des accords de coopération défensifs efficaces. De terre globalement pacifiée de l’Atlantique à l’Oural, l’Europe menace de devenir un espace de micro-conflits, extrêmement violents et destructeurs, qui n’embraseront pas la planète mais qui solliciteront les alliances internationales articulées autour des Etats-Unis, de la Chine et de la Russie. Et pour qui en douterait, il semble désormais certain que le monde a définitivement basculé pour entrer dans une ère de conflictualités nouvelles basées sur le poids et l’influence des alliances plus que sur la pertinence des principes ou prétextes avancés pour conquérir tel ou tel territoire. La raison du plus fort en somme.

Une Assemblée de circonstances

La nouvelle Assemblée Nationale sera soumise au règne de la compromission et des coalitions de circonstances si chaque parti d’opposition souhaite imprimer sa marque sur telle ou telle loi. Ou comment transformer une gifle électorale en victoire silencieuse pour une majorité relative devenue incontournable. Explications.

Parmi tous les commentaires et analyses qu’ont amenés les résultats des élections législatives, nombre d’entre elles ont mis en évidence l’impossibilité pour le Président de la République de s’asseoir sur une majorité fiable, l’émergence de l’alliance de gauche, la poussée du Rassemblement National, autant d’éléments qui donnaient, et donnent encore à l’Assemblée Nationale un aspect inédit sous la Cinquième République. Et parmi les multiples avatars liés à ce scrutin si particulier, la volonté pour chaque parti en présence et non majoritaire de vouloir conserver son indépendance. Ce dernier aspect est par ailleurs intéressant à plus d’un titre car il met en évidence la nécessité pour les partis historiques (Les Républicains, Parti Socialiste, Europe Ecologie – Les Verts, Rassemblement national) de continuer à exister dans un paysage politique bouleversée par cinq de macronisme. Les résultats inespérés en terme de voix et de sièges pour ces mêmes partis s’apparentent presque aujourd’hui à une forme de revanche face à un Emmanuel Macron touché au flanc. Or la volonté de conserver une identité politique en dépit de réalités comptables qui finiront par s’imposer lors du vote des lois, témoigne aussi du désespoir et de la faiblesse de formations qui peinent à survivre. Pour autant, retournons un instant les résultats obtenus.

Compromission et coalition

Certes la majorité présidentielle n’est forte que d’une majorité relative mais reste la première formation de France d’un point de vue électoral. Les partis d’opposition, tels qu’ils se présentent et se revendiquent, puissants, mais en proie à de possibles divisions, sont l’expression d’un électorat contestataire ou conservateur, qui pris individuellement, sont minoritaires à l’échelle nationale. (lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/) La nécessité pour le parti présidentiel de négocier et de nouer des alliances choisies et pertinentes s’impose tout comme s’impose la nécessité d’édulcorer les projets de loi que portait le candidat Macron. De cette quête d’existence des partis historiques, le parti présidentiel pourrait tirer avantage car il est peu probable que Nupes et Rassemblement National soient capables de s’entendre sur un quelconque texte, fût-il d’essence sociale, préoccupation partagée par les deux partis. La crise démocratique que vit ainsi le pays et qui s’illustre par l’extrême fragilité des équilibres au sein de l’Assemblée Nationale peut aussi être interprétée comme une solution à ladite crise. En jouant le jeu de la coalition et du compromis exigeant, comme c’est souvent le cas en Allemagne, et afin de ne pas bloquer le pays, la majorité présidentielle disposerait alors d’un atout de poids d’abord par son nombre ensuite, ironie de la situation, en se rendant indispensable à des oppositions soucieuses d’imprimer leur marque dans les projets ou propositions de lois, ces dernières se voyant dans l’obligation de composer avec l’incontournable majorité relative. (Lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international/article/) Dès lors, la nouvelle configuration de l’Assemblée nationale constitue un véritable cas d’école de sciences politiques, entre réalisme et compromissions ou comment transformer une gifle électorale en une très fragile victoire silencieuse. Car en donnant une influence plus large, certes factice et superficielle, aux partis d’opposition que celle que leur présence initiale au sein de l’Hémicycle leur confère par leur nombre de siège, la majorité pousserait ces mêmes partis à une obligation d’excellence et d’exigence à l’endroit de leurs électeurs qui attendront des résultats fidèles aux engagements pris lors de la campagne. Et de là pourrait naître désillusion et décalage entre électeurs convaincus et députés devant se plier au compromis. Que cette mandature promet d’être riche en rebondissements !

L’Ukraine et Machiavel

Alors que s’éternise le conflit le plus violent que l’Europe ait connue depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les opinions publiques mondiale tendent à montrer progressivement des signes de lassitude face à une crise jugée lointaine, désormais préoccupées par d’autres thématiques de nature sociale ou économique.

Entre taux d’abstention, hausse progressive des taux d’intérêt, possible cohabitation et canicule, l’Hexagone, et avec lui une grande partie de l’Occident, semble s’être quelque peu désintéressé du conflit qui oppose l’Ukraine à la Russie. Plusieurs raisons expliquent cette perte d’attention à commencer par l’enlisement d’une guerre que d’aucuns pensaient rapide, voire éclair, arguant à voix basse que l’opposition ukrainienne, certes valeureuse et courageuse, ne résisterait guère à la puissance russe. Pourtant, si chaque jour qui passe est un rappel au conflit, ne serait-ce que par la part de cette guerre dans l’envolée des prix, il apparaît simplement qu’une forme de lassitude touche nombre d’entre nous au regard de cette crise aux effets pourtant essentiels dans l’équilibre diplomatique et géostratégique de l’Europe. De là à penser qu’une actualité chasse l’autre, le pas est vite franchi mais s’avère vrai tant le conflit ne paraît plus être une priorité, supplanté par d’autres thèmes érigés en urgence. La proximité de la période estivale, les épreuves du baccalauréat ou les destinations choisies pour les vacances sont autant de thématique plus heureuses et moins anxiogènes pour nombre d’entre nous.

Devoir négocier

Le sort des Ukrainiens, qui nous avaient tant ému lors des premiers jours du conflit où se multipliaient analyses politiques et géopolitiques, manifestations de soutien, campagne de dons et autres gestes de solidarité, passe désormais au second, voire au troisième rang des préoccupations. Preuve en est, les déclarations du Président de la République, Emmanuel Macron, qui annonçait le 15 juin que l’Ukraine devait se préparer à négocier avec la Russie de Vladimir Poutine (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/politique/article). Cette dernière annoncée moribonde des dizaines de fois et son président avec, ont pourtant encore pied en Ukraine. Alors vers quelle partition ce dirige le pays de Volodymyr Zelensky ? Passée l’émotion du conflit et celle liée aux dizaines de victimes militaires, ou innocentes, car civiles du conflit, l’Ukraine devra certainement accepter de céder les territoires sous influence russe depuis 2014 ainsi que le port de Marioupol et peut-être celui d’Odessa. Ces prises de guerre aussi symboliques que stratégiques pour Vladimir Poutine constitueront le coeur des négociations entre les deux belligérants. Loin de France et d’une grande partie du monde, ces buts de guerre, aux yeux des Ukrainiens impossibles à abandonner, ne sont pour le reste de la planète que des confettis dans l’immensité des problèmes à venir.

Rivalités mobilisées

« Lâcheté ! » crieront certains et à raison quand d’autres argueront du fait que l’Europe et le camp occidental ont déjà fait beaucoup pour une Ukraine dévastée. Face à un conflit finalement régional aux conséquences mondiales car prompt à mobiliser les anciennes ou actuelles rivalités entre les Etats-Unis, la Chine et la Russie, il apparaît aussi que cette guerre échappe dans ses motifs profonds à nombre d’entre nous. Certes l’hégémonie russe, la volonté de créer un cordon sanitaire entre l’Occident et l’Europe orientale, l’expansion de l’OTAN sont autant de prétextes avancés par Vladimir Poutine pour justifier ce conflit, mais ces-derniers compris, sans pour autant être acceptés, renvoient à des rancoeurs, et à des haines cuites et recuites entre les deux peuples qui sont étrangères aux Occidentaux, pressés de leur côté de passer à autre chose, en tous cas ne plus avoir à se préoccuper d’un conflit de plus en plus lointain. Légitime ou non, ce sentiment qui pousse à s’éloigner des maux des Ukrainiens renvoie à des instincts humains jugés comme parfois les plus vils : égoïsme et individualisme. Certes. Mais comme le rappelait Machiavel, non sans réalisme, “Les hommes ne savent être ni entièrement bon, ni entièrement mauvais.”

De vide et d’opposition

L’appauvrissement du paysage politique français ne pouvait qu’aboutir à l’émergence d’une opposition idéologique frontale entre les tenants d’un libéralisme teinté de social-démocratie et ceux d’un progressisme revendicatif dont chacun sait tirer profit. Explications.

Quel que soit le résultat des élections législatives (12 et 19 juin prochains), un constat s’impose déjà : le paysage politique français déstructuré au lendemain de la première élection d’Emmanuel Macron est désormais clairement fracturé, ou sur le point de l’être, en deux pôles. Le premier articulé autour de la personne du président réélu, entre libéralisme assumé et social-démocratie à géométrie variable ; le second autour de Jean-Luc Mélenchon et la France Insoumise, mu par la volonté de réformes et de refontes sociales imaginées afin de réduire les inégalités creusées au fil des années. Pertinents ou pas, ces deux blocs, qui éludent les partis historiques, y compris le Rassemblement national qui semble s’être éteint au soir du 24 avril, occupent la scène politique nationale avec l’espoir de dominer à terme l’Assemblée Nationale. Pour autant, sans s’arrêter sur les programmes de chacun, leur simple présence tend à prouver combien au fil des années le paysage et les propositions politiques se sont affaiblis et appauvris. Convaincus, l’un et l’autre, d’incarner les désirs et les souhaits profonds des Français, ce qui est en partie vrai, ces deux blocs tendent surtout à s’affronter, certes d’un point de vue idéologique, mais surtout dans une logique d’opposition qui se nourrit de la détestation de l’adversaire politique.

Progressisme et ego démesuré

Première victime de cette tactique, le contenu politique et idéologique des programmes de la majorité présidentielle sortante et du premier adversaire, ici la Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale (NUPES). Articulées autour de revendications ou de propositions qui tendent, pour l’une, d’assurer une forme de continuité politique amorcée en 2017, et pour l’autre de rebattre les cartes de la gauche historique en convoquant un progressisme actif et exclusif, Majorité présidentielle et Nupes ne sont en réalité que les bras armés de deux hommes que tout oppose, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. Le premier réélu dans des circonstances qui invitent à l’humilité, le second qui ambitionne ouvertement d’endosser les habits de Premier ministre, se posent en pierre angulaire d’un univers politique qu’ils occupent de toute leur personne. Ainsi, quel que soit les résultats du scrutin, la majorité qui se fera jour à l’Assemblée servira certes une politique mais aussi un homme à l’égo quelque peu démesuré quand la situation générale du pays tout comme celle qui prévaut à l’échelle internationale poussent à la retenue et à la pondération. Ce duel à distance, féroce et acharné, s’il n’est en rien inédit dans l’Histoire de la politique française, n’a peut-être pourtant jamais été aussi clivant tant les deux protagonistes incarnent à leur tour tout ce que l’un et l’autre peuvent détester chez chacun d’eux. Cette bi-polarisation, qui prête à sourire ou à irriter devant les outrances commises de par et d’autre, n’est pourtant en rien rassurante car elle met en évidence, comme indiquée plus haut, la vacuité et la pauvreté, au mieux, des organisations politiques actuelles, incapables de proposer une alternative crédible.

Fourre-tout et nuances

Vidé de toute substance, l’environnement politique qui avait survécu tant bien que mal entre 2017 et 2022, se retrouve désormais asséché pour laisser place à une opposition binaire, presque manichéenne, qui prend les allures de fourre-tout électoral selon ses sensibilités personnelles. A Emmanuel Macron les socio-démocrates, à l’aise avec le libéralisme économique et la mondialisation heureuse ; à Jean-Luc Mélenchon, les progressistes déçus de la gauche traditionnelle, en mal de réformes sociales d’envergure. En renouant avec une forme de socialisme imprégné d’accents que Jean Jaurès, Jules Guesde ou Auguste Blanqui n’auraient pas renié, Jean-Luc Mélenchon se pose en tribun populaire et charismatique face à un intellectuel froid et mécanique. L’opposition, aisée à intégrer pour nombre d’électeurs épuisés par les nuances qui ont longtemps fait figure de différences érigées en fractures entre les partis d’antan, revêt finalement des effets bénéfiques pour les deux acteurs du moment. Face à un appauvrissement culturel et politique du corps électoral, il est devenu plus facile de convaincre que de séduire et ce à coups de mesures phares ou de promesses mirobolantes. Voilà l’aspect du paysage politique contemporain de l’Hexagone qui rappelle tant celui qui prévalait dans l’ancienne, et pourtant si instructive, République romaine (509 à 27 av. J.-C.), où les Optimates, parti des aristocrates et du patriciat s’opposait aux Populares, parti du peuple, chacun ayant son champion. Pour le premier Pompée, pour le second César, tous deux sacrifiés sur l’autel de leur ambition.

La potiche européenne

Le renforcement de l’aide accordée à l’Ukraine par les Etats-Unis condamne l’Union Européenne et les Européens à un rôle de faire-valoir. Ne pouvant rivaliser avec les moyens nord-américains, l’Europe se borne à engager contre la Russie des sanctions économiques aux effets pour l’instant incertains.

En annonçant son intention d’accroître son aide à l’Ukraine sans vouloir toutefois s’engager dans une logique de confrontation directe avec la Russie, le président des Etats-Unis, Joe Biden, met l’Europe occidentale et l’Union européenne dans une situation des plus délicates en escamotant l’une et l’autre des négociations actuelles ou à venir. Ainsi, en isolant les Européens du processus de règlement du conflit, les Etats-Unis se posent-ils en unique interlocuteur face à une Russie finalement trop heureuse de renouer avec une confrontation classique est-ouest qui lui offre une certaine substance diplomatique inespérée. Car les efforts menés par la Maison Blanche depuis le début du conflit ne sont en rien désintéressés. L’occasion pour les Etats-Unis de reprendre la tête des relations internationales après le fiasco afghan en 2021 et le trouble occasionné par le traité Aukus (alliance Australie, les États-Unis et le Royaume-Uni) portant sur les sous-marins nucléaires leur est ici servi sur un plateau. Jouant son meilleur rôle, à savoir celui de gendarme du monde volant au secours d’une nation agressée et outragée, les Etats-Unis, renvoient les Européens aux mesures de rétorsions dont ils sont seulement capables, de banales sanctions économiques qui ne semblent pas effrayer la Russie de Vladimir Poutine. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international/article/2022/06/01/)

Cristallisation du conflit

Ce double-jeu qui consiste ainsi à aider l’Ukraine tout en isolant les Européens pour affaiblir leur influence sur le continent pourrait être considéré comme classique, voire banal, de la part de la première puissance économique et militaire du monde. Sauf que ce jeu, voulu par Joe Biden, pourrait aussi considérablement rafraîchir les relations américano-européennes et ce pour plusieurs raisons. En premier lieu, le conflit, qui a provoqué une hausse brutale des prix du pétrole dans un pré-contexte d’inflation larvée lié à la pandémie, expose à tous points de vue les Européens qui voient à leur porte une guerre nourrie en sous main par les Etats-Unis. Ce même conflit, sur le point de se cristalliser sur la seule région du Donbass, est donc à même de créer un foyer de tensions sur le continent européen, loin des Etats-Unis, épargnés dans une certaine mesure par les conséquences économiques et humaines d’une guerre amenée à durer encore longtemps. Ainsi, d’aucuns verraient dans l’attitude des Etats-Unis la volonté, non avouée, d’affaiblir une puissance économique aussi rivale à l’échelle mondiale. Alors que la Chine tente de se débarrasser sur son sol des derniers foyers de Covid, (francetv.fr : https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/) faisant planer sur les marchés mondiaux l’incertitude liée à cette tentative, les Etats-Unis tentent à leur tour de sécuriser une aire politique et économique, ici l’Europe quand les relations sino-américaines tendent à se maintenir dans un statu-quo dégradé.

Alliés de circonstances

Et de là à dire que les Etats-Unis développent une approche pragmatique, presque cynique, de la situation diplomatique en Europe, en vue de maintenir ou protéger leurs intérêts, il n’y a qu’un pas. Est-ce à dire qu’il n’y a en matière de relations internationales que des alliés de circonstances dont la fidélité évolue au gré des évènements et surtout des intérêts que chacun entend protéger ? Il ne serait pas incongru de le penser au regard de la situation actuelle où l’Ukraine et son président Volodymyr Zelensky tancent régulièrement les Européens afin que ces derniers accentuent la pression sur Vladimir Poutine, encouragés en cela par la position des Etats-Unis habiles à jouer des obligations et des principes défendus par les Européens. Nouvelle partie d’échec à l’échelle européenne mais aux répercussions mondiales, la crise ukrainienne a révélé toutes les errances et les failles de la diplomatie européenne, toute la capacité d’adaptation des Etats-Unis dans un contexte mondial bouleversé et surtout toute la fragilité d’un continent, ici l’Europe, encore exposée aux affres d’une démoctature telle que la Russie.

Point de rupture

Si l’escalade diplomatique et militaire entre la Russie et l’Occident se poursuit au risque d’atteindre le point de rupture, la question qui se pose désormais est de savoir quand ce point sera atteint. Et l’Ukraine d’incarner l’espace ultime des frustrations russes. Non sans danger.

Avec l’annonce par la Russie de l’expulsion de trente quatre diplomates français, l’Union Européenne a répondu par une proposition d’aide supplémentaire à l’Ukraine d’un montant de neuf milliards d’euros. Sans être spécialiste de géopolitique ou de relations internationales, n’importe quel quidam comprendrait que l’escalade entre la Russie et l’Union européenne prend une tournure que d’aucuns qualifieraient d’inquiétante. Car une question se pose désormais. Une fois que tous les diplomates étrangers, considérés par Moscou comme représentants de nations cobelligérantes ennemies et que tous les ressortissants relevant du même qualificatif, quels qu’ils soient, auront été priés de quitter le sol russe, qui restera-t-il à expulser ? Là se posera une impasse diplomatique qui ne pourra se résoudre que par deux options : Soit l’arrêt de l’escalade, soit la poursuite de ladite escalade avec des conséquences que personne n’ose encore imaginer mais qui peuvent être de l’ordre de la rupture des relations diplomatiques puis, dans le pire des cas, une déclaration d’état de guerre.

Contribution indirecte

Parallèlement, les efforts engagés par l’Union européenne pour soutenir l’Ukraine travaillent aussi à cette logique d’escalade et de point de rupture. Non qu’il faille cesser de soutenir le peuple ukrainien agressé depuis le 24 février mais il est clair que toute aide est aujourd’hui interprétée par Moscou comme une contribution indirecte à la résistance ukrainienne. Et à ce jour, rien ne laisse supposer un apaisement des tensions. Si les forces ukrainiennes font face et reprennent chaque jour un peu plus de terrain face à des forces russes concentrées sur le Donbass, la crise diplomatique ne semble pas faiblir entretenue de part et d’autre par les deux blocs en présence : Russie et Union européenne, elle-même soutenue par les Etats-Unis, trop heureux de pouvoir défier à distance Vladimir Poutine. Toute comparaison avec ce qui fit le miel de la Guerre Froide serait pourtant anachronique car si le monde a frôlé à de multiples reprises au cours de cette période le conflit planétaire, l’Europe d’alors, torturée par le Rideau de fer et le Mur de Berlin, n’avait abrité aucun conflit armé sur son sol, la zone ayant été jugée explosive par toutes les parties. En outre, les ressorts, essentiellement idéologiques et qui sous-tendaient la Guerre Froide, sont à l’opposé de ceux qui animent aujourd’hui la confrontation Russie / Occident. Entre impérialisme et désir de reconnaissance internationale, la Russie se heurte aux velléités démocratique de peuples, ici ukrainien, qui dépassent les schémas tyranniques obsolètes, héritées du XIXème siècle, de Vlaidmir Poutine.

Sanctions économiques

Ce conflit, dans un premier temps spectaculaire par la stupeur et la sidération qu’il a provoqué, s’est désormais enlisé dans une forme de conflit, non pas larvé mais dans une confrontation appelée à s’inscrire dans la durée qui remodèlera les relations internationales à venir. La Russie, soucieuse de réintégrer la scène internationale diplomatique, qui s’agite via ce conflit et les coups d’éclat successifs marqués par l’expulsion de diplomates étrangers, est aujourd’hui totalement décrédibilisée, isolée et certainement bien plus affectée que prétendu par les sanctions économiques prises à son endroit. La Chine, engluée à son tour dans un rebond épidémique, obsédée par sa survie économique car dépendant de celle des Etats-Unis et de l’Europe, semble s’être quelque peu désintéressée du conflit ukrainien comprenant qu’un soutien diplomatique ou politique à la Russie trop visible pourrait entraver son avenir. Quant aux Etats-Unis, la possibilité de contrarier une Russie en quête de puissance, n’est pas faite pour que ces derniers interrompent leur aide au pays agressé. In fine, l’impression que ce conflit que l’on pourrait aisément qualifier de local mais aux ramifications mondiales, présente toutes les facettes d’une crise qui, si elle n’était pas maîtrisée dans les mois à venir, ne manquerait pas de dégénérer de manière beaucoup violente et globalisée. Mais quand… ?

Le président et le cambouis

Les élections législatives (12 et 19 juin) s’avèrent à risque pour le Président de la République. Si Emmanuel Macron a compris l’enjeu d’un scrutin qui doit conditionner son quinquennat en s’impliquant personnellement dans la campagne, celui-ci sait aussi pouvoir s’appuyer sur les réticences des Français à l’idée une nouvelle cohabitation.

Si, notamment ceux qui ambitionnent de se voir proposer, pour l’accepter, le poste de Premier Ministre, d’aucuns s’impatientent devant le délai pris par le Président de la République dans la nomination de la seconde tête de l’exécutif, l n’est finalement pas interdit d’affirmer que rien ne presse le nouveau locataire de l’Elysée. Certes les institutions imposent que la charge soit pourvue mais ce qui semble désormais occuper Emmanuel Macron n’est pas tant celui ou celle qui logera à l’Hotel de Matignon mais plutôt les élections législatives. Et pour cause : de leur résultat dépendra l’orientation du quinquennat balbutiant. Car les obstacles sont nombreux, entre l’alliance des Insoumis avec le Parti Socialiste et les écologiques (NUPES) et le Rassemblement national galvanisé par le score de Marine Le Pen lors des deux tours de l’élection présidentielle, le scrutin s’annonce serré, voire risqué si le parti présidentiel, rebaptisé Renaissance, ne parvenait pas à décrocher la majorité absolue ou même une majorité relative.

Hyper-président et Jupiter

Et de voir planer l’ombre de la cohabitation, identique à celle qui avait paralysé Jacques Chirac lors de son second mandat entre 1997 et 2002. Anticipant la volonté des Français considérés comme peu désireux de renouer avec ce modus vivendi gouvernemental, Emmanuel Macron cherche donc à tous prix à conserver les coudées franches au sommet de l’État quitte à être taxé, comme le fut Nicolas Sarkozy, hyper-président ou plus récemment de président jupitérien. Et visiblement, l’homme en a cure, s’appuyant sur les résultats du second tour de l’élection présidentielle mais sans pour autant négliger le combat qui s’annonce où la diversité politique qu’il recouvre. D’où l’implication physique du néo-président dans la campagne qui tranche avec cette forme de langueur qui avait prévalu lors de la campagne présidentielle. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/elections-legislatives-2022/) Conscient des enjeux du scrutin et de ses conséquences s’il devait se priver d’une majorité à même de le servir, Emmanuel Macron recentre désormais son action politique sur une échéance qui n’est en rien le troisième tour de l’élection présidentielle mais se veut être tout à la fois la marque de son emprise sur l’échiquier politique et la garantie, fort d’une majorité large et solide, de pouvoir mener son action dans la durée. De là à penser qu’Emmanuel Macron était plus concentré depuis plusieurs semaines sur les élections législatives que le scrutin présidentiel, il n’y a qu’un pas que les faits tendent à confirmer.

Civilisation et couleur

En fin connaisseur des institutions, le Président de la République a successivement orienté le débat autour du choix de civilisation pendant la campagne électorale présidentielle pour désormais l’orienter vers celui d’une nouvelle méthode n’hésitant pas à brocarder ses adversaires qu’il sait rugueux et combatifs. (lefigaro.fr : https://www.lefigaro.fr/elections/legislatives) Le choix du Premier ministre sera en cela déterminant mais pas nécessairement définitif car en fonction des résultats des élections législatives, ledit Premier Ministre sera amené à changer y compris si Emmanuel Macron dispose d’une majorité. La couleur de celle-ci important au plus haut point et le parti Renaissance étant composé de diverses sensibilités, il conviendra alors de regarder avec précision lesquelles d’entre elles seront le plus représentées, gauche, centre-gauche, centre-droit, droite et autres transfuges. Ainsi, en entrant de plain-pied dans la séquence électorale des législatives, le nouveau président se veut certainement bien plus politique qu’il ne l’avait été avant les 10 et 24 avril. Ce qui laisserait à penser que même Jupiter met parfois les mains dans le cambouis.

Nouvelle frontière

Le risque d’enlisement du conflit russo-ukrainien cristallisé dans le Donbass met en évidence l’apparition d’une nouvelle frontière en Europe que l’Ukraine incarne. Loin de se décourager, la Russie poursuit par les armes sa politique de réhabilitation à l’échelle mondiale. Et peu importe les conséquences.

Entre entêtement russe, héroïsme ukrainien, sanctions européennes et interventionnisme nord-américain, le conflit qui secoue l’Europe depuis le 24 février ouvert suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie semble sur le point de s’enliser. (lefigaro.fr :https://www.lefigaro.fr/conjoncture/) Tant du point de vue militaire que diplomatique, l’opposition entre le bloc oriental composé de la Russie et de la Biélorussie, et dans une certaine mesure de la Chine, et le bloc occidental composé de l’Union Européenne, de l’OTAN et des Etats-Unis paraît aujourd’hui fixé sur le Donbass, espace stratégique revendiqué par l’une et l’autre partie. Pourtant, au-delà de l’aspect géographique, ce conflit impose à l’Europe une nouvelle dimension géopolitique qui avait disparu depuis 1989. L’Ukraine est ainsi devenue en quelques semaines la nouvelle frontière entre Europe Occidentale et Europe orientale. Il serait anachronique d’évoquer un nouveau rideau de fer mais il est clair que l’ancienne république soviétique affamée par Staline en 1933, constitue un nouveau point géopolitique qu’il conviendra, le conflit achevé, de surveiller avec attention.

Adhésion et glacis

Car si Vladimir Poutine finira immanquablement par disparaître un jour, les tensions qui agitent désormais le continent, et en particulier les espaces frontières entre Europe de l’Est et Europe de l’Ouest, seront l’objet de revendications nouvelles nées de la volonté, entre autres, d’adhérer à l’OTAN ou à l’Union Européenne. A ce jour, rien n’indique de surcroît que l’Ukraine restera la seule cible de la Russie car d’autres pays frontaliers ou proches de la Russie (Pays Baltes, Pologne, Finlande, Norvège, Suède,…) peuvent très bien un jour être convoité par Moscou dont les objectifs sont multiples. Tout d’abord, créer un glacis de territoires neutres, si possibles non affiliés à l’OTAN qui lui permettrait de restaurer sans soi-disant sécurité perdue ou mise à mal. Une sorte de no-man’s land pro-russe ou à défaut, non allié à l’Occident. Deuxième objectif, faible à l’échelle mondiale car dénuée d’une influence politique suffisante pour infléchir sur les décisions globales (une forme de soft power russe), la Russie de Vladimir Poutine souhaite alors peser en Europe en usant de l’arme énergétique, point faibles des nations occidentales pour tenter de retrouver à nouveau son aura politique et diplomatique.

Pax americana

Dernier point, s’opposer frontalement aux Etats-Unis et mettre à mal la Pax Americana (lemonde.fr :https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/05/02 ) voulue et imposée par les différents gouvernements nord-américains depuis plus de trente ans. Et peu importe si ces objectifs laissent échapper un parfum de Guerre Froide ou mettent à mal les difficiles relations sino-américaines, Moscou entend à tout prix redevenir une puissance de premier rang. Le pari de Vladimir Poutine est d’ailleurs presque réussi car si l’opération en Ukraine ne répond en rien aux attentes initiales, le même pari est parvenu à replacer la Russie dans le jeu diplomatique mondial jusque-là dominé par l’opposition sino-américaine et les avatars qui en découlent (Influence en zone Indo-pacifique, pression sur Taïwan). Mais comme tout pari, celui-ci peut s’avérer des plus risqués car lentement affaiblie par les sanctions économiques mondiales à son endroit, progressivement privée des ressources financières véhiculées par la vente de pétrole et de gaz aux Européens, la Russie de Vladimir Poutine prend le risque d’imploser comme ce fut le cas pour l’Union soviétique. Pour l’heure, loin de désarmer, la Russie poursuit son offensive animée de buts visibles de tous sans que s’impose clairement une orientation sur l’avenir du conflit.

Un pompier à l’Elysée

La réélection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République ne masque pas les fractures d’un pays divisé en blocs trop hermétiques pour assurer à l’avenir la concorde d’une nation qui cherche à éteindre l’incendie social que l’extrême droite a allumé. Pour l’instant sans résultat. Explications.

Quelques jours après la réélection d’Emmanuel Macron en qualité de Président de la République, nombreux sont les commentaires qui déjà s’attardent sur les difficultés qui attendent celui-ci dans l’exercice du pouvoir. Des tensions internationales aux conséquences économiques nationales et internationales, à la résurgence de l’inflation qui ampute le pouvoir d’achat des Français et à l’opposition politique que son mandat précédent et à venir suscite, les obstacles semblent périlleux dans leur franchissement. Pour autant, au-delà, et dans la perspective des élections législatives (12 et 19 juin), c’est véritablement l’opposition politique qui demeure la plus inquiétante. Ainsi, clairement, la réélection d’Emmanuel Macron ouvre la voie à une possible cohabitation qui, par essence, risquerait d’entraver l’action du président. Ce qui pour l’heure n’est qu’une hypothèse qui s’infirmera ou se confirmera, n’enlève rien aux tensions sociales qui règnent aujourd’hui en France.

Paysage instable

Il apparaît désormais nettement que le pays est désormais fracturé en trois blocs, qui pour le résumer à grands traits, s’articuleraient autour d’élites sociales et économiques satisfaites de la politique menée par le Président Macron, un bloc réfractaire et ouvertement enclin à s’adonner aux thèses extrémistes de droite et un troisième ensemble, peut-être plus diffus, composé d’individus soucieux de préserver la démocratie sans pour autant défendre l’action menée par le Président de la République, mais qui par conviction démocratique et libertaire, a voté pour le président sortant. (lefigaro.fr : https://www.lefigaro.fr/politique/) Ce paysage morcelé, instable, difficile à appréhender car mouvant et indécis pour le troisième, se veut donc le terreau électoral qui prévaut avant le scrutin législatif qui s’annonce risqué pour l’exécutif. En six semaines, l’ancien et le nouveau locataire de l’Elysée, devra faire preuve d’audace, chère à Danton, en tenant un cap économique à même de satisfaire sa base, en lançant un paquet de réformes sociales et écologiques à même de séduire la frange la plus progressiste de l’électorat sans oublier celles et ceux qui ont choisi l’extrême droite. Ce sera certainement la composante de l’électorat la plus difficile à conquérir tant Emmanuel Macron incarne l’anti-thèse des valeurs défendues par les tenants d’une France convaincue d’être méprisée, abandonnée, victime des avatars de la mondialisation et d’une immigration plus fantasmée que réellement fondée. Difficile encore car cette frange de la population, bercée par un discours approximatif et teinté de sophisme, de propositions et de réformes séduisantes mais impossibles à mettre en œuvre, n’accorde aucune confiance aux institutions de la République.

Force politique

Entre victimisation et complotisme, ces électeurs poreux au manichéisme des extrêmes, peu versés dans la culture, par choix, par manque de temps ou manque d’habitude, constitue aujourd’hui une force politique d’autant plus dangereuse car non seulement celle-ci est en augmentation, (42 % des votants s’étant rendus aux urnes dimanche 24 avril s’en réclament), d’un scrutin présidentiel à l’autre mais elle pourrait aisément encore croître si rien n’était engagé dans les années à venir, et pas seulement durant le quinquennat qui s’ouvre, pour essayer de la contenir. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2022/) Plusieurs solutions existent naturellement commencer par l’éducation qui dans le cadre scolaire doit encore et encore expliquer le sens de la démocratie et non pas banaliser celle-ci comme un fait acquis. Economiquement, en relançant l’ascenseur social souvent vanté mais plus souvent en panne. Politiquement, en démontant point par point les thèses extrémistes de manière rationnelle. Sera-ce suffisant ? Rien ne le démontre car si l’adhésion, qui relève de la volonté, de ces électeurs à ces quelques solutions n’est pas entière ou acquise, alors le chantier s’avérera des plus ardus. Face à ces réalités sociales et politiques, le quinquennat qui s’ouvre verra le chef de l’État exercer son mandat sur le fil du rasoir. Au risque de ne pas voir les lendemains qui chantent et de s’y couper…