De vide et d’opposition

L’appauvrissement du paysage politique français ne pouvait qu’aboutir à l’émergence d’une opposition idéologique frontale entre les tenants d’un libéralisme teinté de social-démocratie et ceux d’un progressisme revendicatif dont chacun sait tirer profit. Explications.

Quel que soit le résultat des élections législatives (12 et 19 juin prochains), un constat s’impose déjà : le paysage politique français déstructuré au lendemain de la première élection d’Emmanuel Macron est désormais clairement fracturé, ou sur le point de l’être, en deux pôles. Le premier articulé autour de la personne du président réélu, entre libéralisme assumé et social-démocratie à géométrie variable ; le second autour de Jean-Luc Mélenchon et la France Insoumise, mu par la volonté de réformes et de refontes sociales imaginées afin de réduire les inégalités creusées au fil des années. Pertinents ou pas, ces deux blocs, qui éludent les partis historiques, y compris le Rassemblement national qui semble s’être éteint au soir du 24 avril, occupent la scène politique nationale avec l’espoir de dominer à terme l’Assemblée Nationale. Pour autant, sans s’arrêter sur les programmes de chacun, leur simple présence tend à prouver combien au fil des années le paysage et les propositions politiques se sont affaiblis et appauvris. Convaincus, l’un et l’autre, d’incarner les désirs et les souhaits profonds des Français, ce qui est en partie vrai, ces deux blocs tendent surtout à s’affronter, certes d’un point de vue idéologique, mais surtout dans une logique d’opposition qui se nourrit de la détestation de l’adversaire politique.

Progressisme et ego démesuré

Première victime de cette tactique, le contenu politique et idéologique des programmes de la majorité présidentielle sortante et du premier adversaire, ici la Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale (NUPES). Articulées autour de revendications ou de propositions qui tendent, pour l’une, d’assurer une forme de continuité politique amorcée en 2017, et pour l’autre de rebattre les cartes de la gauche historique en convoquant un progressisme actif et exclusif, Majorité présidentielle et Nupes ne sont en réalité que les bras armés de deux hommes que tout oppose, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. Le premier réélu dans des circonstances qui invitent à l’humilité, le second qui ambitionne ouvertement d’endosser les habits de Premier ministre, se posent en pierre angulaire d’un univers politique qu’ils occupent de toute leur personne. Ainsi, quel que soit les résultats du scrutin, la majorité qui se fera jour à l’Assemblée servira certes une politique mais aussi un homme à l’égo quelque peu démesuré quand la situation générale du pays tout comme celle qui prévaut à l’échelle internationale poussent à la retenue et à la pondération. Ce duel à distance, féroce et acharné, s’il n’est en rien inédit dans l’Histoire de la politique française, n’a peut-être pourtant jamais été aussi clivant tant les deux protagonistes incarnent à leur tour tout ce que l’un et l’autre peuvent détester chez chacun d’eux. Cette bi-polarisation, qui prête à sourire ou à irriter devant les outrances commises de par et d’autre, n’est pourtant en rien rassurante car elle met en évidence, comme indiquée plus haut, la vacuité et la pauvreté, au mieux, des organisations politiques actuelles, incapables de proposer une alternative crédible.

Fourre-tout et nuances

Vidé de toute substance, l’environnement politique qui avait survécu tant bien que mal entre 2017 et 2022, se retrouve désormais asséché pour laisser place à une opposition binaire, presque manichéenne, qui prend les allures de fourre-tout électoral selon ses sensibilités personnelles. A Emmanuel Macron les socio-démocrates, à l’aise avec le libéralisme économique et la mondialisation heureuse ; à Jean-Luc Mélenchon, les progressistes déçus de la gauche traditionnelle, en mal de réformes sociales d’envergure. En renouant avec une forme de socialisme imprégné d’accents que Jean Jaurès, Jules Guesde ou Auguste Blanqui n’auraient pas renié, Jean-Luc Mélenchon se pose en tribun populaire et charismatique face à un intellectuel froid et mécanique. L’opposition, aisée à intégrer pour nombre d’électeurs épuisés par les nuances qui ont longtemps fait figure de différences érigées en fractures entre les partis d’antan, revêt finalement des effets bénéfiques pour les deux acteurs du moment. Face à un appauvrissement culturel et politique du corps électoral, il est devenu plus facile de convaincre que de séduire et ce à coups de mesures phares ou de promesses mirobolantes. Voilà l’aspect du paysage politique contemporain de l’Hexagone qui rappelle tant celui qui prévalait dans l’ancienne, et pourtant si instructive, République romaine (509 à 27 av. J.-C.), où les Optimates, parti des aristocrates et du patriciat s’opposait aux Populares, parti du peuple, chacun ayant son champion. Pour le premier Pompée, pour le second César, tous deux sacrifiés sur l’autel de leur ambition.

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