Une Assemblée de circonstances

La nouvelle Assemblée Nationale sera soumise au règne de la compromission et des coalitions de circonstances si chaque parti d’opposition souhaite imprimer sa marque sur telle ou telle loi. Ou comment transformer une gifle électorale en victoire silencieuse pour une majorité relative devenue incontournable. Explications.

Parmi tous les commentaires et analyses qu’ont amenés les résultats des élections législatives, nombre d’entre elles ont mis en évidence l’impossibilité pour le Président de la République de s’asseoir sur une majorité fiable, l’émergence de l’alliance de gauche, la poussée du Rassemblement National, autant d’éléments qui donnaient, et donnent encore à l’Assemblée Nationale un aspect inédit sous la Cinquième République. Et parmi les multiples avatars liés à ce scrutin si particulier, la volonté pour chaque parti en présence et non majoritaire de vouloir conserver son indépendance. Ce dernier aspect est par ailleurs intéressant à plus d’un titre car il met en évidence la nécessité pour les partis historiques (Les Républicains, Parti Socialiste, Europe Ecologie – Les Verts, Rassemblement national) de continuer à exister dans un paysage politique bouleversée par cinq de macronisme. Les résultats inespérés en terme de voix et de sièges pour ces mêmes partis s’apparentent presque aujourd’hui à une forme de revanche face à un Emmanuel Macron touché au flanc. Or la volonté de conserver une identité politique en dépit de réalités comptables qui finiront par s’imposer lors du vote des lois, témoigne aussi du désespoir et de la faiblesse de formations qui peinent à survivre. Pour autant, retournons un instant les résultats obtenus.

Compromission et coalition

Certes la majorité présidentielle n’est forte que d’une majorité relative mais reste la première formation de France d’un point de vue électoral. Les partis d’opposition, tels qu’ils se présentent et se revendiquent, puissants, mais en proie à de possibles divisions, sont l’expression d’un électorat contestataire ou conservateur, qui pris individuellement, sont minoritaires à l’échelle nationale. (lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/) La nécessité pour le parti présidentiel de négocier et de nouer des alliances choisies et pertinentes s’imposent tout comme s’impose la nécessité d’édulcorer les projets de loi que portait le candidat Macron. De cette quête d’existence des partis historiques, le parti présidentiel pourrait tirer avantage car il est peu probable que Nupes et Rassemblement National soient capables de s’entendre sur un quelconque texte, fût-il d’essence sociale, préoccupation partagée par les deux partis. La crise démocratique que vit ainsi le pays et qui s’illustre par l’extrême fragilité des équilibres au sein de l’Assemblée Nationale peut aussi être interprétée comme une solution à ladite crise. En jouant le jeu de la coalition et du compromis exigeant, comme c’est souvent le cas en Allemagne, et afin de ne pas bloquer le pays, la majorité présidentielle disposerait alors d’un atout de poids d’abord par son nombre ensuite, ironie de la situation, en se rendant indispensable à des oppositions soucieuses d’imprimer leur marque dans les projets ou propositions de lois, ces dernières se voyant dans l’obligation de composer avec l’incontournable majorité relative. (Lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international/article/) Dès lors, la nouvelle configuration de l’Assemblée nationale constitue un véritable cas d’école de sciences politiques, entre réalisme et compromissions ou comment transformer une gifle électorale en une très fragile victoire silencieuse. Car en donnant une influence plus large, certes factice et superficielle, aux partis d’opposition que celle que leur présence initiale au sein de l’Hémicycle leur confère par leur nombre de siège, la majorité pousserait ces mêmes partis à une obligation d’excellence et d’exigence à l’endroit de leurs électeurs qui attendront des résultats fidèles aux engagements pris lors de la campagne. Et de là pourrait naître désillusion et décalage entre électeurs convaincus et députés devant se plier au compromis. Que cette mandature promet d’être riche en rebondissements !

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