Vers un nouveau monde…

Les attentats du 11 septembre ont bouleversé une humanité enfermée dans ses certitudes au point d’imaginer que s’ouvrirait aujourd’hui une nouvelle ère.

Les attentats du 11 septembre 2001 ont marqué la mémoire collective au point de bouleverser l’appréhension du monde tel qu’il se présentait alors. Vingt-ans plus tard, une question se pose : ces bouleversements n’ouvrent-ils pas la voie à une nouvelle ère ?

Les commémorations des attentats du 11 septembre 2001 ont donné lieu, tant aux Etats-Unis que dans une grande partie du monde entier, à de nombreux commentaires tant sur les raisons d’un tel acte que sur les conséquences qui en découlèrent. Parmi ces dernières, l’une d’entre-elle est souvent revenue comme un leitmotiv mettant en exergue la fin de l’hyperpuissance nord-américaine, thèse avancée par le diplomate Hubert Védrine. Avérée ou non, il apparaît cependant que les Etats-Unis ont perdu depuis ces attentats une certaine influence mondiale laissant émerger des pôles d’agitation et de contestation à même de déstabiliser les équilibres régionaux et mondiaux. Non que les Etats-Unis avaient la charge de la sécurité du monde, même si les faits pouvaient le laisser penser, mais l’hyperpuissance nord-américaine, fruit de la désintégration de l’Union soviétique en 1989, a masqué une forme d’agacement et d’irritation, parfois menant à une haine profonde, à l’endroit de la patrie des Pères Fondateurs. L’omnipotence politique, économique, militaire et surtout culturelle des Etats-Unis durant la décennie quatre-vingt-dix a généré en des points spécifiques du monde des rancoeurs qui se sont pour certaines tues et éteintes d’elles-mêmes quand d’autres se sont matériellement concrétisées, les attentats du 11 septembre le prouvant.

Monde a-polaire et micro-conflits

Parallèlement, il n’est pas erroné d’avancer que, aveuglés par leur puissance, fruit d’un mode de fonctionnement propre à leur nation, les Etats-Unis n’ont pas su apprécier l’apparition d’un monde a-polaire libéré de la pression idéologique imprimée par l’Union soviétique. Faute politique ou excès de confiance ? Les deux raisons s’avancent et se répondent et ont fini par occulter le drame de septembre 2001. Autre erreur, peut-être plus sous-jacente, qui résiderait dans une interprétation trop manichéenne de l’Histoire. La chute de l’Union soviétique, d’un monde bi-polaire, par certains aspects rassurants, réglé par l’équilibre de la terreur nucléaire, a totalement rebattu les enjeux de la diplomatie internationale laissant les Etats-Unis dans une position dominante faute de rival suffisamment puissant pour les contrarier. L’idée d’une hyperpuissance accouchée de la défaillance de l’Union soviétique exsangue n’est donc pas non plus à exclure ou à totalement écarter. Pour autant, au-delà de l’explication diplomatique, se pose désormais la question de la définition de la réalité dans laquelle ces attentats ont influencé le monde. Qu’il soit occidental ou non, ces actes alors qualifiés en leur temps d’actes de guerre, ont profondément bouleversé notre rapport au XXème siècle. Ainsi, et a contrario, si le XIXème siècle s’est éteint avec la Première Guerre mondiale, le XXème a péri avec le début du XXIème. Temps de conflits, armés ou secrets, de nucléarisation à outrance, le XXème est mort avec ces attentats, faisant basculer l’humanité dans une autre ère, faite de micro-conflits aux répercussions planétaires de part les interactions diplomatiques et politiques induites.

Civilisations et opposition

La menace terroriste, lancinante et continue depuis deux décennies, souvent sous-jacente à ces conflits, a prouvé et prouve encore que la puissance des Etats, fussent-ils auréolés comme les Etats-Unis de la première puissance mondiale, est capable de déstabiliser un ensemble global, finalement fragile et exposé. Les relations internationales, longtemps articulées autour de la notion de guerre ou de choc de civilisations, thèse défendue en 1996 par Samuel Huntington, semble avoir montré ses limites devant la complexité idéologique du siècle en cours. Bréviaire de nombreux diplomates pour expliquer rapidement et justifier dans le même temps des politiques agressives ou des ingérences diplomatiques discutables, le postulat d’une opposition civilisationnelle ne tient plus à l’heure d’une globalisation qui implique parmi les régions les plus isolées de la planète. Force est donc de constater que les attentats du 11 septembre 2001 ont modifié plus que l’appréhension du monde qu’avaient les Etats-Unis. Le bouleversement s’est voulu mondial, diplomatique et politique, mais aussi et surtout culturel renvoyant chacun de nous à des conceptions différentes de l’Histoire, conceptions, (les historiens auront à charge de le confirmer ou non dans plusieurs décennies), ouvrant la page à une nouvelle ère, voire à de nouvelles civilisations.

Primaires, de l’utile à l’inutile ?

Les Primaires se sont longtemps voulues un exercice démocratique novateur dans le paysage politique français. Mais leur lourdeur a lassé des électeurs sans pourtant défaire ce vote interne de sa valeur désormais essentielle.

Présentées depuis leur introduction dans la vie politique comme un élément de revitalisation du débat, les Primaires semblent s’essouffler au point d’en perdre leur intérêt originel. Pourtant, celles-ci s’avèrent presque essentielles. Explications.

A quelques mois du premier tour de l’élection présidentielle et après que sont tenues en ordre dispersé les universités d’été des différentes formations politiques, s’ouvrent désormais le bal des Primaires. L’exercice, qui mêle exigences démocratiques et présentation des multiples sensibilités qui peuvent parcourir tel ou tel parti, s’avère toujours périlleux pour ceux qui s’y prêtent. D’abord car un seul candidat est choisi par les militants et sympathisants mais surtout, conséquence directe, car ce n’est pas toujours le favori des sondages qui sort vainqueur de l’épreuve. Alain Juppé en fit l’amère expérience en 2016 au profit de François Fillon tout comme Manuel Valls, évincé au profit de Benoît Hamon, et ce la même année. A vrai dire les Primaires, importées dans leur forme des Etats-Unis, ont la vertu de dessiner une image plus ou moins précise des contours idéologiques, des grandes orientations ou des idées essentielles pour l’avenir du pays que prendra la future campagne.

Enjeux et réflexion

Or en cette année électorale où les Français sont appelés à voter pour le Président de la République, point d’orgue de la vie politique de la Vème République, les sujets de débats, disons ceux qui ont longtemps charpentés les campagnes précédentes, à savoir, emploi, croissance, dette publique et sécurité ne sont plus véritablement au centre des enjeux. La question centrale qui anime désormais les formations politiques est de savoir comment gérer le pays après l’épisode pandémique et les conséquences induites. Parallèlement, nombre de partis, hormis le sien naturellement, cherchent à articuler un programme susceptible de contrarier le bilan du locataire de l’Elysée en oubliant que les Primaires sont sensées proposer des programmes aboutis, quintessence des réflexions menées par les formations désireuses d’assumer la charge suprême. Les écologistes, qui ont été les premiers à se lancer dans l’exercice de la primaire, articulent leur discours autour de la nécessaire transition écologique, évidence qui confine à la banalité, mais la dite nécessité suffira-t-elle à faire basculer l’électorat en sa faveur ? Les Républicains, toujours gênés par cette solution qu’offre la primaire car depuis longtemps bercés par le culte naturel du chef, doivent aussi composer avec un ancien baron, désormais dissident, Xavier Bertrand. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/politique/article) Et à ce jour, aucun vrai programme n’a vu le jour si ce n’est déclarations d’intentions qui tiennent plus de l’anti-macronnisme que de la réflexion politique de fond. Constat similaire pour le Parti socialiste, lui aussi, pris entre la passion déchaînée de Jean-Luc Mélenchon et le flegme d’Arnaud Montebourg, fraîchement déclaré à la succession d’Emmanuel Macron.

Vivacité et gestion

Ainsi, le parti né à Epinay en 1971, se cherche-t-il une orientation, entre social-démocratie à la française et défense des acquis sociaux, car dénoncer aujourd’hui les seules inégalités sociales ne suffit plus. Quand à l’extrême droite, où l’idée même de primaire s’avère urticante, les thèmes usuels, voire éculés propre à son ADN serviront encore de discours. Ainsi, passée la vertu première de cet exercice démocratique qui atteste aussi à sa manière de la vivacité du débat politique, il n’est pas illégitime de s’interroger sur sa finalité si ce n’est assurer plus de lisibilité entre les candidats et permettre à ces derniers de disposer d’un vrai socle électoral tout en confortant leur image dans l’opinion. Mais à part cela, a fortiori cette année, dominée répétons-le par la nécessité qui s’est imposée à l’exécutif de gérer, la pandémie sous tous ses aspects, qu’ils soient sanitaires, économiques et sociaux, les primaires revêtent presque, sans les offenser un caractère secondaire, tant l’urgence semble se situer ailleurs. Longtemps plébiscitées, ces dernières semblent passées de mode car jugées trop lourdes, trop fastidieuses, inutiles voire culturellement incompatibles au regard de l’histoire politique française. Pourtant, force est de constater, comme le note le politologue Pascal Perrineau, que celles-ci s’imposent comme essentielles au moins pour différencier des candidats en mal de charisme et d’influence au sein d’une opinion de moins en moins encline au débat politique. (lepoint.fr : https://www.lepoint.fr/politique)

Les Talibans pris à leur propre piège ?

Paradoxe, la menace de l’Etat islamique pourrait enfermer les Talibans dans une logique de négociation avec les Occidentaux.

La conquête de l’Afghanistan par les Talibans marque un bouleversement géopolitique avec lequel les nations occidentales devront composer. Mais il contraint aussi le mouvement islamiste à pondérer ses ambitions car menacé par l’État islamique et des réalités sociales et économiques incompressibles.

En annonçant le départ de leurs forces armées d’Afghanistan pour le 31 août, les Etats-Unis, et le président Joe Biden en tête, n’imaginaient en rien, pas si rapidement en tous cas, que l’un des plus grands pays d’Asie centrale puisse si vite sombrer dans le chaos. Les forces talibanes, qui ont ainsi cueilli Kaboul quasiment sans coup férir, ont surpris la première puissance militaire du monde, et avec elle toutes les nations occidentales, sidérées par l’incapacité du pouvoir et de l’armée afghans à contrôler, repousser et écraser les Talibans. Ce pouvoir régalien démocratique, marqué par la mémoire du Commandant Massoud (1953 – 2001), bâti de toutes pièces par les Occidentaux présents sur le sol afghan depuis 20 ans, pouvoir qui avait ouvert une forme salutaire de libéralisation de la société notamment à l’endroit des femmes et l’éducation des filles, s’est soudainement dissous sous les coups de boutoirs de talibans, prompts à rétablir la loi islamique la plus rigoriste qui soit. (lefigaro.fr : https://www.lefigaro.fr/international) La panique engendrée par cette faillite institutionnelle et les conséquences de la prise de pouvoir par les Talibans ont généré ces scènes ubuesques de populations affolées en quête d’un avion pour quitter l’Afghanistan bien que les nouveaux maîtres du pays aient déclaré ne vouloir aucun mal à celles et ceux qui avaient coopéré avec les Occidentaux.

Echec et menace terroriste

Et alors que l’État islamique, fort de 500 à 1000 partisans sur le sol afghan, a revendiqué les derniers attentats ayant causé la mort de 85 personnes et plus de 150 blessés, plusieurs constatations s’imposent et questionnent quand semble se tourner une nouvelle page de l’Afghanistan. (la-croix.com : https://www.la-croix.com/Monde) En premier lieu, l’intervention en Afghanistan illustre l’échec de l’importation de la démocratie. Non que les Afghans n’aient jamais voulu de ce régime mais l’imposition de celui-ci par les nations occidentales s’est finalement soldée par un fiasco. Car si pendant 20 ans, des élites sociales et politiques se sont constituées, cultivées et éduquées, appelées à gouverner, mais composant pour l’essentiel aujourd’hui celles et ceux qui fuient le pays, il apparaît bien que la démocratie ne peut être que la volonté d’un peuple qui l’appelle majoritairement de ces vœux ce qui, dans une nation telle que l’Afghanistan, culturellement et socialement clanique, reste une interrogation. Deuxième point, la parenthèse démocratique qui se referme aujourd’hui avec la prise du pouvoir par les Talibans et la – menace grandissante de l’État islamique, semble accréditer l’idée que l’Afghanistan, où nombre de) puissances se sont enlisées (URSS et Etat-Unis tour à tour), est un pays charpenté, voire structuré par la guerre et l’affrontement. L’échec des Occidentaux dans l’entreprise démocratique engagée tient aussi de cette réalité sous-estimée et liée à une forme de méconnaissance, peut-être teintée de mépris pour l’Histoire du peuple afghan.

Structure et pondération

Troisième point, non négligeable pour les mois qui s’annoncent, la fragilité structurelle du mouvement taliban. Bien qu’ayant repris sans mal le contrôle du pays, les Talibans restent exposés à de nombreuses faiblesses telles qu’une opposition politique pour l’heure isolée mais qui finira par ressurgir, une économie des plus précaires aux recettes limitées et douteuses car articulée autour de la culture du pavot et surtout une fragilité évidente au regard de l’État islamique dont les ambitions et le discours dépassent largement celles des Talibans. Pour autant, ne faut-il pas voir dans cette fragilité inattendue une source, relative et limitée certes, d’espoir qui amènerait les Talibans à modérer leurs ambitions. Ainsi, pour éviter la fuite des élites intellectuelles afghanes, nécessaires pour construire l’Afghanistan de demain, les Talibans ont-ils déclaré l’amnistie pour ceux qui avaient coopéré avec les Occidentaux. Parallèlement, les avoirs financiers afghans, faibles, sont à ce jour bloqués par les nations occidentales car placés dans des banques étrangères. L’application de la loi islamique la plus rigoriste pourrait ainsi être pondérée (notamment les droits accordés aux femmes et aux filles) car pour gouverner un pays exsangue en proie à la guerre civile dans un contexte de menace terroriste prégnant, les Talibans auront besoin des nations étrangères, renvoyant leur prise du pouvoir à un bouleversement géopolitique avec lequel il faudra composer de part et d’autre (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international/article). Encerclée par des pays eux-aussi particulièrement turbulents ou fragiles politiquement, de l’Iran au Pakistan en passant par l’Irak, voire l’Inde, l’Afghanistan rêvée des Talibans pourrait s’achever en compromis politique et religieux dans lequel les Occidentaux auraient peut-être encore un rôle à jouer.

D’opposition en instrumentalisation

Si la multiplication des oppositions à l’obligation vaccinale ne faiblit pas, celle-ci interroge sur l’origine des contestataires et leur capacité à instrumentaliser la crise sanitaire. Essai d’explication.

Alors que se poursuivent de manière perlée ou ouverte les manifestations à l’obligation vaccinale, et ce en dépit de l’examen par le Parlement de la loi sur le Passe Sanitaire devant en préciser les contours et l’application, il n’est pas inintéressant de s’attarder sur la sociologie et l’origine de ces opposants. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/planete/articlel) Venus d’horizon différents, qu’ils soient Gilets Jaunes remobilisés, sympathisants d’extrême droite, salariés ballottés par les effets de la pandémie, tous ont un point commun qui se résume en une opposition farouche au Président de la République. Et ceux qui pensaient, visiblement à tort, que l’épidémie de coronavirus, avait éteint les rancoeurs que l’on jugeait déjà anciennes, d’en être pour leurs frais. A commencer par un Président de la République obligé de revêtir à nouveau le bleu de chauffe en déplacement à Papeete (Tahiti) en fustigeant l’irresponsabilité et l’égoïsme de celles et ceux qui refusent de se faire vacciner.

Démocratie et débat

Car si désormais plus de 40 millions de Français ont reçu une ou deux injections et que la supplique du locataire de l’Elysée, le 12 juillet dernier, qui appelait chacun de nous à se faire vacciner dans les meilleurs délais, à porté ses fruits, il persiste dans le pays, preuve s’il en était besoin que la démocratie fonctionne encore à plein, des individus non seulement opposés à la vaccination mais aussi au Président de la République et à sa gestion passée et actuelle de la pandémie. (Lepoint.fr : https://www.lepoint.fr/societe) L’occasion faisant le larron, ces opposants en viennent donc à instrumentaliser la crise sanitaire afin de faire valoir leur opposition. La tactique n’est pas nouvelle et relève du marronnier politique tant de fois celle-ci a été utilisée mais au moins a-t-elle le mérite de prouver que passées trois vagues de contamination, et en attente de la quatrième, la vie démocratique, faite de contradictions et d’oppositions, de désaccords et de débats, a repris le dessus. D’aucuns s’en réjouiront mais là où émerge une question d’essence cornélienne est de savoir si l’on peut transiger, débattre et s’opposer sur des questions d’ordre sanitaire qui relèvent de la santé publique ? N’y a-t-il pas chez ces opposants une forme de négation de la réalité pandémique au profit d’une opposition totale qui les autoriserait à se dédouaner d’imaginer les conséquences de leurs actes. Il n’est pas ici question d’avancer une réponse tranchée qui tiendrait de vérité mais de laisser une place raisonnable au doute en se demandant s’il est toujours pertinent de s’opposer aux décisions exprimées par le premier représentant de la nation, élu, au regard des circonstances ?

Sophisme et fractures

Arguer d’une atteinte aux libertés individuelles ou d’une décision à caractère autoritaire, voire dictatorial, est un postulat ambitieux, qui demande à être solidement étayé par des éléments concrets d’ordre historique et sociologique, mais qui se révèle aussi précaire et dangereux car, baigné de sophisme, il peut être accusé de travestir à dessein une réalité tout autre. Les cortèges d’opposants qui se sont ainsi formés depuis quelques jours ne posent finalement pas la question intrinsèque d’une adhésion ou d’un refus au principe de la vaccination mais mettent en évidence des fractures sociales et politiques que la pandémie avait masqué sans les réduire. Ces mêmes fracture sociales qui émergent à quelques mois de l’élection présidentielle, sont évidemment des plus contrariantes pour la majorité tout comme pour l’opposition car ni l’une ni l’autre ne sait, ou ne saurait réellement comment les réduire et donner satisfaction à ceux qui les portent. Une réalité s’impose cependant : derrière les anti-vax réémerge une frange de la population déconnectée du discours républicain unificateur jugé trop péremptoire sans pour autant en proposer un autre car les revendications, floues et déstructurées, masquent leurs faiblesses derrière un refus de la vaccination de masse, pour le coup présentée comme une revendication commune bienvenue.

A tous mes lecteurs, assidus ou occasionnels, à ceux à venir et qui seront les bienvenus, cette chronique était la dernière de la saison. Je vous donne rendez-vous début septembre. Bel été à vous et bonnes lectures !

Le vaccin, le droit et la liberté

Les anti-vaccins avancent l’idée d’une entrave à la liberté individuelle devant la possible obligation. Mais l’obligation est-elle réellement la première entrave ?

La possible obligation vaccinale avancée par le président de la République a déchaîné les anti-vaccins qui dénoncent une atteinte aux libertés individuelles. Mais cette réaction interroge aussi sur le sens donné à ces derniers aux notions de libertés et de biens communs.

Contenue jusqu’alors, la véhémence des anti-vaccins, communément appelés antivax, est montée d’un cran au lendemain de l’intervention du président de la République, le 12 juillet dernier, quand celui-ci ouvrait la voie à une possible obligation vaccinale à l’endroit de certaines branches professionnelles. Dès lors, nombreuses furent, et sont, les manifestations de contestation à l’égard de la décision présidentielle, manifestants et opposants arguant du fait que cette obligation entravait la liberté individuelle et plus largement les libertés fondamentales. (Franceinfo.fr : https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus) Or, les arguments avancés par ces groupes d’opposants, globalement minoritaires dans la population, mettent en évidence deux lignes de forces que le développement de la pandémie, et les conséquences qui l’accompagnent, ont révélé. La première est la crainte, que l’on croyait dans l’ensemble apaisée, voire éradiquée, nourrie à l’endroit de la vaccination. Ainsi, il apparaît que le principe d’une protection immunitaire, via l’injection d’une souche virale à la virulence atténuée pour combattre cette dernière par la production d’anti-corps, n’est pas partagée par tous et que la pédagogie mais aussi l’information sur les bienfaits de cette pratique sont encore à travailler.

Rapport à la démocratie et la liberté

Entre ignorance, préjugés, idées reçues et relents conspirationnistes, le principe de la vaccination s’est trouvée, à l’occasion de cet épisode pandémique de farouches opposants prêts à en découdre avec les autorités, des menaces de mort ayant été proférées à l’endroit de députés ou des symboles à la pertinence des plus douteuses et contestées utilisés. (youtube.fr : https://www.youtube.com/watch?v=063wFqeoDTA). Si cette opposition restera anecdotique au regard de l’Histoire, le second point que relève l’agitation des antivax est plus inquiétante et interroge sur le rapport de ces individus à la notion de démocratie et plus précisément de liberté. D’aucuns ont ainsi avancé le principe qu’une possible obligation vaccinale entravait leur liberté individuelle. L’argument est valable mais d’essence tautologique donc à la portée limitée et dénuée de toute réflexion à caractère civique, voire philosophique : toute obligation est d’évidence une forme de restriction ou d’entrave. Mais en développant plus avant la contre-argumentation, il n’est pas interdit de soulever deux éléments corollaires. Tout d’abord, il appartient à chacun de se laisser vacciner ou non, les conséquences sanitaires et juridiques qui en découlent relèvent de la responsabilité personnelle qu’il conviendra alors d’assumer. C’est un des premiers pans de la liberté individuelle. La seconde renvoie à la conception de la liberté dans la sphère publique.

Entraves et droit individuel

A ce jour et factuellement, ce qui entrave la liberté de chacun ce n’est pas l’obligation de se faire vacciner, c’est le virus lui-même qui oblige à des restrictions en série vécues comme autant d’entraves. Or le refus de se laisser vacciner peut être assimilé à une forme d’égoïsme qui se moque du bien collectif exposant la majorité à la décision arbitraire d’une minorité. (lefigaro.fr : https://www.lefigaro.fr/actualite-france/) Et le phénomène alors de s’inverser : les non-vaccinés demandent aux vaccinés d’assumer un choix qui est étranger à ces derniers car dicté par des convictions qui s’extraient de la norme sociétale qui veut que chacun apporte sa part au bien-être de la collectivité. Cette montée en puissance des anti-vaccins révèle aussi une tendance devenue désormais récurrente dans les sociétés occidentales et qui met en exergue la suprématie du droit individuel au détriment de celui de la collectivité et de ses intérêts. In fine, il n’est pas interdit de penser que si refuser de se laisser vacciner est un droit inaliénable en démocratie, droit qu’il appartient de respecter, arguer du fait que la possible obligation de s’y soumettre relève d’une entrave aux libertés individuelles renvoie à une méconnaissance des enjeux sanitaires mais aussi, et surtout, des liens qui unissent collectivité, démocratie et liberté.

Un sacrifice afghan 

Le risque d’une prise de contrôle de l’Afghanistan par les forces talibanes remet au centre du jeu diplomatique la menace terroriste islamiste qui s’était atténuée depuis plusieurs mois. Et la question d’une position commune face à une situation en évolution constante de se poser pour nombre de pays occidentaux.

L’Afghanistan risque d’être livrée à elle-même une fois les troupes des Etats-Unis parties. Et le risque de voir à nouveau émerger la menace terroriste de refaire surface.

L’avancée des Talibans en Afghanistan, désormais aux portes de Kaboul, la capitale d’un pays en proie à des troubles quasi-chroniques depuis plus de quarante ans, ne manque pas d’inquiéter la communauté internationale. Alors que les Etats-Unis ont annoncé le retrait de leurs troupes, puisque celui-ci sera effectif le 31 août, les chancelleries s’agitent et scrutent au quotidien la situation afghane pour des raisons qui renvoient à une crainte : la résurgence d’une menace terroriste qui avait été sinon éradiquée du moins écartée depuis quelques temps à travers le monde en dépit de foyers encore virulents en Afrique subsaharienne notamment au Mali et au Burkina-Fasso. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international/article). La potentielle chute de Kaboul et de l’Afghanistan aux mains des talibans représentent donc pour nombre de nations occidentales, y compris pour la Russie, un risque qui pourrait dans une échéance encore inconnue se matérialiser sous la forme d’attentats divers et variés qui prendraient pour épicentre l’Afghanistan.

Désengagement et maturité étatique

Tout comme le fut la Syrie avec l’État islamique, l’Afghanistan pourrait ainsi redevenir un espace incontrôlé assimilable à une base arrière du terrorisme islamique international où entreraient et sortiraient des individus aux intentions malveillantes. Aujourd’hui soutenu par les Etats-Unis, qui cherchent depuis l’arrivée de Joe Biden au pouvoir à se désengager de plusieurs théâtres d’opération coûteux à tous points de vue, l’Afghanistan et son président Ashraf Ghani, sait que ce soutien ne sera en rien éternel et qu’il faudra à terme affronter plus qu’une menace talibane. (vingtminutes.fr : https://www.20minutes.fr/monde/) Epreuve politique qui attend ce pays d’Asie du Sud car repousser et vaincre la menace talibane suppose une maturité étatique qui pour l’heure fait défaut à l’Afghanistan. A l’extérieur, et pour l’ensemble de la communauté internationale, la tentation d’isoler l’Afghanistan est grande, ou pourrait le devenir, mais comporte aussi un risque majeur. Isoler une nation fragile et exposée comme l’est l’Afghanistan reviendrait à laisser un blanc-seing aux Talibans qui pourraient dés lors agir en toute impunité dans un pays à leur merci. Mais dans le même temps, l’idée de sacrifier l’Afghanistan, l’abandonner aux Talibans serait aussi une solution visant à circonscrire la menace islamiste dans un unique territoire autour duquel serait dressé une sorte de cordon sanitaire. Cordon toutefois très relatif et tentation des plus dangereuses car, situé entre la Pakistan et l’Iran, l’Afghanistan est encerclé par des voisins des plus bouillonnants. Pour l’heure, les conjectures, certainement posées de part et d’autres des chancelleries internationales, ne répondent en rien à la situation actuelle : comment endiguer la progression des Talibans ? Peu de réponses viennent contrarier le discours d’une réalité considérée tacitement comme actée, à savoir que les Talibans vont certainement prendre le contrôle du pays. Pour beaucoup désormais, il ne convient plus de gérer l’instant mais d’anticiper demain.

L’OPEP, entre puissance et faiblesse

Le pétrole connaît une flambée de ses cours qui inquiète les pays consommateurs. Mais l’OPEP est-elle réellement gagnante dans cette phase haussière?

L’augmentation continue des cours du pétrole préoccupe les pays industrialisés soucieux de voir ralentir la croissance mondiale post-covid annoncée soutenue. Mais cette flambée des cours met aussi en exergue le rôle de l’OPEP, acteur et victime de la puissance de l’or noir.

D’un point de vue géopolitique et géostratégique, les dissensions qui déchirent l’Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP) sont riches d’enseignement sur l’état des relations entre les membres du cartel pétrolier mais aussi sur les attentes nourries par les pays consommateurs et non producteurs d’or noir. A ce jour, une seule préoccupation hante ces derniers : qu’une flambée des cours ne viennent compromettre la reprise économique mondiale attendue. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/economie/article) Car une augmentation du prix du baril (Brent ou WTI) pourrait mobiliser, plus que de raison ou plus qu’attendu, le pouvoir d’achat des consommateurs via les carburants carbonés encore massivement utilisés. Et voir émerger de nouvelles tensions entre pays producteurs et pays consommateurs n’est pas exclus tant la dépendance à l’or noir reste encore très forte de par le monde, ce qui n’est pas d’ailleurs sans interroger sur l’avancement des politiques environnementales et la transition énergétique à l’échelle globale. Pour autant, ces tensions sur le pétrole qui s’étaient atténuées depuis de début de la pandémie, voire auparavant, remettent au goût du jour les divergences existants entre les pays producteurs, certains plaidant pour une hausse de la production, d’autres pour le statu quo de prix élevés liés à une restriction ou à un maintien de la production actuelle. Les deux orientations présentent des avantages opposés que les partisans de l’une ou l’autre ont bien saisi.

Profits et acteur

La première génère des profits à long terme, le prix du baril affichant un tarif jugé acceptable (50 à 60 dollars), les pays industrialisés étant ainsi assurés de pouvoir maintenir leur croissance économique sans être handicapé par une facture pétrolière trop lourde. La seconde, jugée plus retorse, entraîne des profits élevés et rapides pour les pays producteurs, séduits par l’idée de se financer sur le marché de l’énergie, mais présente le risque d’entraver la croissance mondiale en raison d’une facture énergétique trop lourde ce qui au final pourrait se retourner contre les pays producteurs, la demande s’affaiblissant du fait des tarifs pratiqués. Voilà un constat dont pourrait aussi tirer parti les pays consommateurs car ces dissensions, anciennes et profondes, au sein du cartel pétrolier ont longtemps empêché, et empêchent encore, l’OPEP d’être l’acteur énergétique tout-puissant qu’il aurait pu devenir, même s’il en présente déjà de nombreux atours. Dépendante de la demande et de la croissance mondiales, concurrencée par la production de pétrole de schiste aux Etats-Unis, l’exploitation de sables bitumineux au Canada (Province de l’Alberta), ou par des carences en terme d’investissement qui pénalisent sa rentabilité, la production de pétrole est peut-être aujourd’hui plus que jamais otage des économies industrialisées. (tradingstat.com : https://www.tradingsat.com/petrole-brent-MP0000000BRN/actualites)

Effet répulsif et transition

De la Chine aux Etats-Unis en passant par l’Europe, un baril affichant un prix trop élevé aurait dans un premier temps un effet répulsif puis politiquement dévastateur car l’OPEP serait accusée de saper les prémices de la croissance dont elle serait à terme victime. Si la pandémie a renforcé le poids stratégique de l’Organisation, elle a aussi mis en évidence ces faiblesses elles-mêmes nourries par les carences de pays producteurs largement dépendants de la manne pétrolière. Constat qui pourrait amener l’OPEP a réfléchir sur son rôle et sa place dans l’économie mondiale post-covid et de plus en plus séduite par les énergies renouvelables. Repenser le modèle de fonctionnement de l’OPEP, en la faisant passer d’un statut d’association de pays producteurs à celui d’acteur susceptible d’accompagner la transition énergétique mondiale via le financement d’initiative durable n’est pas à exclure.

L’abstention, un goût amer de faillite citoyenne

Les taux d’abstention interrogent sur les notions de citoyenneté partagée ou non par les électeurs.

L’abstention record qui a marqué le rendez-vous électoral régional et départemental interroge sur les raisons qui poussent les citoyens à fuir les urnes. Désormais s’imposent l’identification des causes et les solutions à proposer.

D’aucuns, et à raison, se sont émus du taux d’abstention qui a marqué les deux tous des élections régionales et départementales tenus lors des deux derniers dimanches du mois de juin. D’aucuns, souvent les mêmes, ont crié à la crise de la démocratie, au rejet par l’électorat de la classe politique dans son ensemble, alors que ce scrutin a été l’espace d’une forme de résurrection des partis politiques anciens tels que le Parti Socialiste et Les Républicains (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/06/27/) et de la politique en général. Le constat dressé au lendemain de cette échéance électorale que beaucoup ont vu comme un galop d’essai, voire un échauffement, en vu de l’élection présidentielle, interroge cependant non pas sur la valeur du personnel politique frappé d’une médiocrité qui se traduit elle aussi dans les urnes mais par une perte croissante du sens de la notion de citoyenneté. Le confort politique que confère la démocratie à chacun de nous, le cadre juridique stable de la République, loin d’être aujourd’hui en danger comme elle put l’être à la fin du XIXème siècle ou au début du XXème siècle, tend ainsi en enfermer les citoyens dans une bulle qui se détache doucement, élections après élections, de la réalité sociale et citoyenne du pays.

Sens, ambitions personnelles et intérêt général

Concrètement et pratiquement, l’ignorance des principes élémentaires qui sous-tendent la République et la démocratie est devenue le principal moteur de l’abstention. Accuser les électeurs de fuir les différents scrutins n’auraient de sens que si ces derniers avaient conscience du poids de leur vote, du devoir civique que celui-ci revêt et de la valeur démocratique qu’il endosse. La méconnaissance de l’histoire de la démocratie, des combats qui l’ont accompagnée pour que celle-ci s’impose, des principes égalitaires et libertaires qu’elle appelle ne sont en rien aujourd’hui entendus par un corps électoral désabusé et engoncé dans le confort de régimes libres que beaucoup croient aboutis. Or, il n’est en rien car le combat masqué mené contre la démocratie et la République que représente l’abstention travaille à chaque rendez-vous électoral manqué à sa perte. Reste donc à savoir comment renvoyer l’électorat dans les urnes ? Plusieurs solutions pourraient humblement être avancées à commencer par une amélioration intellectuelle du personnel politique trop souvent habité par des ambitions personnelles que par l’intérêt général. Le second tour du scrutin régional ayant mis en évidence cette réalité. (lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/politique-societe/politique/exclusif-xavier-bertrand-maintenant-la-presidentielle-est-un-match-a-trois-1327322) Travailler à une société de l’intelligence et non de la superficialité peut aussi être un vecteur de responsabilisation de l’électorat. Cette notion de responsabilité défaillante qui nourrit ces taux d’abstention records apparaît certainement comme le nœud gordien de cette situation qui plus qu’une crise de la démocratie se révèle être une crise sociétale profonde et ouverte.

Paradoxe et libertés fondamentales

La scission consommée entre électeurs imprégnés, minoritaires, des principes démocratiques et républicains et ceux, aujourd’hui majoritaires, détachés de la vie politique, est telle que les solutions avancées ici ou ailleurs risquent d’apparaître comme dérisoires afin de résorber le problème constaté. Paradoxe grotesque ou ironie du sort, dans une société qui revendique tous les jours plus de droits à des fins de satisfaction et de protection individuelles, le droit fondamental de s’exprimer par le vote, est aujourd’hui bafoué et méprisé. Est-ce à dire que les combats qui ont prévalu afin d’établir le droit de vote n’ont plus de prise sur une part grandissante de la société ? Est-ce à dire finalement que l’histoire de la démocratie n’a plus de sens ? Il appartiendra à chacun d’apporter une réponse à l’une et l’autre réponse mais le taux d’abstention du scrutin désormais passé laisse à penser que nombre d’électeurs ont tourné le dos à nombre de libertés fondamentales certes acquises mais à défendre au quotidien. Si la République n’est pas en danger, loin s’en faut, le déni des principes fondamentaux qui la soutiennent participe de manière sous-jacente à sa dévalorisation et sa décrédibilisation alors que se profile une élection présidentielle plus ouverte que jamais. (lefigaro.fr : https://www.lefigaro.fr/politique/benjamin-morel-la-presidentielle-de-2022-est-plus-que-jamais-imprevisible-20210627)

Vintage diplomatique ?

La rencontre entre Joe Biden et Vladimir Poutine révèle la volonté de contenir les tensions existantes entre les deux pays tout en posant les jalons diplomatiques qui s’imposent afin de se concentrer sur un autre objectif : la Chine.

En choisissant de se rencontrer à Genève, en Suisse, par essence espace des plus neutres qui soit, Joe Biden, le président des Etats-Unis et Vladimir Poutine, son homologue russe, donnent à ce rendez-vous diplomatique scruté de toutes parts des airs de Guerre Froide. Tout y concours : des relations diplomatiques des plus fraîches, des désaccords multiples, des ambitions divergentes et même un lieu de discussion en terrain neutre. Alors qu’attendre de ce sommet ? Pour de nombreux observateurs, il est peu probable que cette halte helvétique accouche de quelques décisions fondamentales à même de bouleverser l’équilibre actuel. (Lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international/article) Tant Joe Biden que Vladimir Poutine n’ont ni envie, ni intérêt à céder quoi que ce soit et ce pour plusieurs raisons qui tiennent avant tout de la géopolitique. Les Etats-Unis qui viennent, par la voix de leur président, de réaffirmer leur attachement à l’Union Européenne, savent pertinemment que ce type de déclaration marginalise une Russie qui peine à se réhabiliter sur le plan international. Du côté russe, l’idée d’endosser le rôle de nation-victime de l’alliance Etats-Unis / Europe n’est pas totalement écartée car elle serait un moyen de légitimer les actions futures du régime de Vladimir Poutine, notamment en terme de politique extérieure.

Multi-polarité et alliances

Pour autant, le jeu de la bi-polarité avancé par Joe Biden et tacitement accepté par Vladimir Poutine, peut-être, avec du recul, un avantage pour les deux géants russe et nord-américain. En renouant avec une opposition de la sorte, Etats-Unis et Russie tendent à étouffer la multi-polarité puis l’a-polarité que les relations internationales avaient mises en évidence au lendemain de la chute du Mur de Berlin. Ensuite, d’un point purement diplomatique, cette bi-polarité fixe, par définition, deux blocs autour desquels gravitent des puissances moyennes (Angleterre, Allemagne, France,…) ou clairement affidées à une puissance définie (Bielorussie, Ukraine russophone,…). Cette fixation permet ainsi aux deux grands de s’affirmer comme puissances globales non pas ouvertement mais de manière indirecte, commandées qu’elles sont, ou seraient, par les intentions de l’un ou l’autre camps. De la Guerre Froide dans le texte. Désireux de ne pas s’immiscer dans les relations internationales mondiales plus qu’ils ne le sont déjà, les Etats-Unis ont ainsi le moyen de bâtir un ensemble d’alliances qui servent leurs intérêts au sens large du terme : diplomatique, économique et financier. Pour la Russie, la volonté de se poser en puissance unique en Europe de l’Est et caucasienne, se trouve satisfaite par la carte du monde diplomatique telle que dessinée à ce jour.

Union Européenne et Chine

D’aucuns s’en étonneraient voire s’en étrangleraient d’indignation mais tant Joe Biden que Vladimir Poutine sont tous les deux des enfants de la Guerre Froide. Tous deux ont connu cette opposition toute à la fois terrifiante, car reposant sur l’équilibre de la terreur, deux arsenaux nucléaires de masse se faisant face (ce qui est d’ailleurs toujours le cas), et rassurante car figée dans la parfaite connaissance des conséquences dramatiques et irréversibles d’une opposition diplomatique amenée à dégénérer en affrontement militaire. Le nouvel équilibre mondial qui se dessine après les années de complaisance envers la Russie de Donald Trump et la volonté de ce dernier de s’extraire des relations internationales laissent pourtant deux acteurs, l’un poliment, sur la touche, l’Union Européenne (en dépit d’un soutien répété de la part de Joe Biden), l’autre volontairement marginalisé, la Chine, officiellement érigée en deuxième préoccupation nord-américaine via l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord). D’ailleurs, in fine, il n’est pas interdit de penser que derrière l’antagonisme américano-russe, maîtrisé et sous contrôle (La Russie ayant de nombreux avantages à ne pas s’agiter sur le plan diplomatique alors que remontent allègrement les cours du pétrole dont elle tire de substantiels profits), ne se cache pas une opposition bien plus profonde et plus inquiétante entre la Chine et les Etats-Unis…(courrierinternational.fr : https://www.courrierinternational.com/article)

Un président giflé, une démocratie humiliée

La gifle reçue par le Président de la République illustre la violence jusqu’alors contenue de certaines franges de la population ainsi que les défaillances de la culture de la démocratie qui a longtemps prévalu dans notre société.

Dire que la vie politique est, par essence et pour ceux qui la vivent, violente est un euphémisme. Et la gifle reçue par le Président de la République lors d’un déplacement dans la Drôme illustre à un point inédit la déliquescence dans laquelle sombre doucement notre société et plus largement les sociétés contemporaines. Car on peut naturellement, et c’est le principe fondamental de toute démocratie, ne pas être en accord avec les représentants de la Nation, on peut exprimer ces désaccords par voie de presse, par celle des urnes voire même oralement quand l’occasion s’en présente. Mais frapper le premier représentant de la Nation tout comme le dernier, qu’il soit maire, conseiller municipal au autre, témoigne de l’absence du plus élémentaire respect pour les règles démocratiques qui régissent nos sociétés. Ces agissements, forme de Loi du Talion, qui se veulent les réactions épidermiques de prétendues atteintes portées à l’on ne sait qui réellement, enfoncent un plus la démocratie dans l’obscurantisme et l’ignorance de régimes sombres et funestes que l’on pensait révolus. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/idees/article)

Espace et méfiance

Clairement, si la violence prend le pas sur l’échange et la discussion qu’appellent toutes démocraties, il n’y a plus d’espace pour ces dernières. D’aucuns argueraient qu’un vent mauvais souffle sur les démocraties modernes, tiraillées de toutes parts par des extrémismes de plus en plus virulents et revendicatifs, se présentant comme les porte-voix de peuples opprimés ou brimés dans leur expression. Si le populisme en est le premier aspect, le déchaînement de violence à laquelle nous assistons depuis peu, qu’elle soit verbale ou physique, invite à la réflexion. Qu’est-ce qui aujourd’hui peut générer de tels comportements ? La méfiance envers des élites, ou prétendues comme telles, politiques ou sociales ? Des inégalités, certes croissantes et par essence, injustes ? Un absence de culture du débat posé et respectueux ? Une avalanche de propos incendiaires, tapageurs polémiques via nombre de relais d’opinion telles que les chaînes d’information en continue ? Des carences éducatives ? Ou bien une forme de libération de la pensée suivie dans les faits par une libération des actes qui s’exprime par la violence ? Les questions sont multiples et se veulent rhétoriques car chacune d’elles correspondent à une réalité sociétale factuelle. (lefigaro.fr : https://www.lefigaro.fr/vox/societe)

Frustrations et réponse collective

Un constat s’impose : la violence est devenue consubstantielle à nos sociétés, elle les ronge et les déstructure. La gifle reçue par le Président Macron n’est peut-être que la première de nombreuses autres manifestations tout aussi violentes, voire plus, qui pourraient émailler les années à venir. Frustrations, déceptions, incompréhension, exclusions et pertes de repères sont des facteurs explicatifs de cette montée en puissance de la violence mais là encore, il convient aussi de s’attarder sur les causes qui génèrent ces frustrations et autres incompréhensions. La perte de la culture de la démocratie, à savoir que tout système politique et sociétal, ne progresse que par le dialogue concerté et la confiance accordée aux représentants élus de la Nation, semble avoir ainsi disparu. Il est inutile de chercher un ou plusieurs coupables : les boucs-émissaires des uns seront les victimes des autres. La réponse ne pourra être que collective ou ne sera pas.