Primaires, de l’utile à l’inutile ?

Les Primaires se sont longtemps voulues un exercice démocratique novateur dans le paysage politique français. Mais leur lourdeur a lassé des électeurs sans pourtant défaire ce vote interne de sa valeur désormais essentielle.

Présentées depuis leur introduction dans la vie politique comme un élément de revitalisation du débat, les Primaires semblent s’essouffler au point d’en perdre leur intérêt originel. Pourtant, celles-ci s’avèrent presque essentielles. Explications.

A quelques mois du premier tour de l’élection présidentielle et après que sont tenues en ordre dispersé les universités d’été des différentes formations politiques, s’ouvrent désormais le bal des Primaires. L’exercice, qui mêle exigences démocratiques et présentation des multiples sensibilités qui peuvent parcourir tel ou tel parti, s’avère toujours périlleux pour ceux qui s’y prêtent. D’abord car un seul candidat est choisi par les militants et sympathisants mais surtout, conséquence directe, car ce n’est pas toujours le favori des sondages qui sort vainqueur de l’épreuve. Alain Juppé en fit l’amère expérience en 2016 au profit de François Fillon tout comme Manuel Valls, évincé au profit de Benoît Hamon, et ce la même année. A vrai dire les Primaires, importées dans leur forme des Etats-Unis, ont la vertu de dessiner une image plus ou moins précise des contours idéologiques, des grandes orientations ou des idées essentielles pour l’avenir du pays que prendra la future campagne.

Enjeux et réflexion

Or en cette année électorale où les Français sont appelés à voter pour le Président de la République, point d’orgue de la vie politique de la Vème République, les sujets de débats, disons ceux qui ont longtemps charpentés les campagnes précédentes, à savoir, emploi, croissance, dette publique et sécurité ne sont plus véritablement au centre des enjeux. La question centrale qui anime désormais les formations politiques est de savoir comment gérer le pays après l’épisode pandémique et les conséquences induites. Parallèlement, nombre de partis, hormis le sien naturellement, cherchent à articuler un programme susceptible de contrarier le bilan du locataire de l’Elysée en oubliant que les Primaires sont sensées proposer des programmes aboutis, quintessence des réflexions menées par les formations désireuses d’assumer la charge suprême. Les écologistes, qui ont été les premiers à se lancer dans l’exercice de la primaire, articulent leur discours autour de la nécessaire transition écologique, évidence qui confine à la banalité, mais la dite nécessité suffira-t-elle à faire basculer l’électorat en sa faveur ? Les Républicains, toujours gênés par cette solution qu’offre la primaire car depuis longtemps bercés par le culte naturel du chef, doivent aussi composer avec un ancien baron, désormais dissident, Xavier Bertrand. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/politique/article) Et à ce jour, aucun vrai programme n’a vu le jour si ce n’est déclarations d’intentions qui tiennent plus de l’anti-macronnisme que de la réflexion politique de fond. Constat similaire pour le Parti socialiste, lui aussi, pris entre la passion déchaînée de Jean-Luc Mélenchon et le flegme d’Arnaud Montebourg, fraîchement déclaré à la succession d’Emmanuel Macron.

Vivacité et gestion

Ainsi, le parti né à Epinay en 1971, se cherche-t-il une orientation, entre social-démocratie à la française et défense des acquis sociaux, car dénoncer aujourd’hui les seules inégalités sociales ne suffit plus. Quand à l’extrême droite, où l’idée même de primaire s’avère urticante, les thèmes usuels, voire éculés propre à son ADN serviront encore de discours. Ainsi, passée la vertu première de cet exercice démocratique qui atteste aussi à sa manière de la vivacité du débat politique, il n’est pas illégitime de s’interroger sur sa finalité si ce n’est assurer plus de lisibilité entre les candidats et permettre à ces derniers de disposer d’un vrai socle électoral tout en confortant leur image dans l’opinion. Mais à part cela, a fortiori cette année, dominée répétons-le par la nécessité qui s’est imposée à l’exécutif de gérer, la pandémie sous tous ses aspects, qu’ils soient sanitaires, économiques et sociaux, les primaires revêtent presque, sans les offenser un caractère secondaire, tant l’urgence semble se situer ailleurs. Longtemps plébiscitées, ces dernières semblent passées de mode car jugées trop lourdes, trop fastidieuses, inutiles voire culturellement incompatibles au regard de l’histoire politique française. Pourtant, force est de constater, comme le note le politologue Pascal Perrineau, que celles-ci s’imposent comme essentielles au moins pour différencier des candidats en mal de charisme et d’influence au sein d’une opinion de moins en moins encline au débat politique. (lepoint.fr : https://www.lepoint.fr/politique)

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