Le covid, la croissance et des questions

Entre reprise d’activité économique et réouverture des frontières, le Monde semble avoir repris le mode de fonctionnement qui prévalait avant la crise sanitaire. Mais ce réflexe interroge sur la pertinence d’une croissance porteuse de progrès et la soumission de l’Homme aux lois économiques.

D’aucuns le pensaient et le pensent certainement encore : la crise sanitaire actuelle doit être la passerelle vers un nouveau monde. La rhétorique commence pourtant à sentir le rance tant l’expression est utilisée pour tout et n’importe quoi. Mais admettons que la crise liée au covid-19 soit le moyen de passer d’un monde à un autre. Le confinement, le retour sur soi, la méditation, l’introspection, la dé-mondialisation,…bref ! Tout est prétexte à demander autre chose que ce que nous vivons depuis près de deux siècles, à savoir une course effrénée au profit, porteuse de confort et de progrès. D’ailleurs, nombre de dirigeants politiques de la planète ont appelé de leurs vœux, à commencer par le Président Macron, un changement de modèle économique, à une prise de conscience plus large et profonde des enjeux sociaux, humains et environnementaux. Certes !

Frontières et croissance

L’intention est louable mais force est de constater que la réalité est tout autre autre. Preuve en est, parmi tant d’autres, la réouverture des frontières de l’Italie aux voyageurs de l’Union européenne. La raison : le tourisme représente près de 17 % du Produit intérieur brut italien (PIB) ce qui, sans être un économiste de grand talent apparaît comme une part vitale de l’économie transalpine. En France, la réouverture des espaces touristiques (certes sous conditions) en attendant que vienne le tour des restaurants, des bars, des hôtels,…est actée car première destination touristique mondiale et pesant 7,5 milliards d’euros dans le PIB français, le tourisme fait figure de secteur vital. Et que dire de la réouverture des établissements scolaires sensée libérer les parents de leurs enfants pour mettre fin au chômage partiel indemnisé par l’Etat. En Allemagne, usines et services ont repris leur activité quand d’autres pays attendent impatiemment la date de leur déconfinement. Et la France, l’Italie ou l’Allemagne ne sont pas les seules à vouloir sauver leur économie. Le réflexe est humain et naturel mais interroge. La croissance économique est-elle aussi porteuse de progrès et de bien-être que l’on peut l’imaginer ? Un collectif d’intellectuels mobilisés depuis longtemps sur ces questions, le FAIR (Forum pour d’autres indicateurs de richesse) a jeté un pavé dans la mare pour questionner la doxa libérale (Le monde.fr : https://www.lemonde.fr/idees/article)

Main invisible et mondialisation

Ce même réflexe continue à interroger si l’on questionne l’Humanité devenue esclave de son économie et de ses impératifs alors que l’inverse devrait prévaloir. L’ancien monde, que beaucoup croyaient mis à mal par le coronavirus, est finalement en train de refaire surface, de reprendre ses droits et ses prérogatives. La main invisible décrite par Adam Smith, chantre de l’école classique économique, est sur le point d’avoir reposé son empreinte sur le quotidien. «La vie d’avant serait elle alors en train de reprendre? » s’étonnent certains. Il est encore trop tôt pour l’affirmer mais aborder la crise sanitaire comme une simple incident de parcours dans des économies intégrées pourrait aussi être un mode de pensée que certains n’écarteront pas. Ainsi et par exemple, la relocalisation des activités clefs, de certaines en tous cas, avancée par plusieurs dirigeants en réaction à la mondialisation débridée qui a privé une partie du monde de produits essentiels pendant la crise (masques, respirateurs,…) ne pourra s’effectuer avant plusieurs années qui seront autant d’espaces de négociations et de réflexions à la pertinence du débat suivi des faits. Une chose apparaît certaine à ce jour, la crise sanitaire a bouleversé un monde pétri de certitudes souvent assimilées à des principes fondateurs. (Lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/idees-debats) Reste à savoir si ce bouleversement n’était qu’une vague dans un verre d’eau, agaçante et fugace, ou un vrai bouleversement, profond et radical. Seule l’Histoire le dira… et donc le temps.

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