Le pardon ne suffira pas

La confession ne pourra plus servir de rempart à l’Eglise pour se protéger des souffrances des victimes.

La publication du rapport Sauvé impose à l’Église catholique de France plus que la reconnaissance des abus sexuels commis pendant des décennies. Une réforme complète de l’institution, de son rôle et de ses objectifs est désormais impérative.

Il est peut de dire que la publication du rapport Sauvé révélant les abus sexuels commis par des religieux ou des prêtres religieux catholiques en France entre 1950 et 2020 a causé une véritable déflagration tant au sein de l’Église catholique qu’au sein de la société civile. (huffingtonpost.fr : https://www.huffingtonpost.fr/entry/) Déflagration tout d’abord en raison de l’ampleur du nombre d’abus et des conséquences juridiques et judiciaires qui en découleront. Mais déflagration aussi peut-être, et surtout, sans naturellement minimiser ou reléguer au second rang la gravité des abus et des violences commis, en raison des changements auxquels l’institution catholique devra, bien qu’elle fasse preuve pour l’heure de réticence en la matière, engager. Ce changement passera, d’aucuns l’auront compris, par une refonte totale des instances dirigeantes de l’Église de France, sans épargner le Vatican, qui, silencieux pendant des décennies, a de fait cautionné ces agissements, mais aussi par un aggiornamento des objectifs, du rôle de l’Église et de ces serviteurs.

Troisième ordre et sélection drastique

Le chantier qui s’ouvre devant l’institution, trop longtemps engoncée dans l’idée que son histoire lui conférait encore le rôle tacite de troisième ordre (ndlr : allusion faite aux trois ordres qui prévalaient avant la Révolution française, le Clergé, la Noblesse et le Tiers état), est gigantesque car à même de bousculer son seulement la hiérarchie catholique mais plus encore le rapport que celle-ci entretenait avec les fidèles. La pédocriminalité qui a ainsi prévalu au sein de l’Église catholique de France a donc jeté l’opprobre sur une institution que l’on pouvait croire sans tâche mais qui devra désormais composer avec la honte et la culpabilité qu’elle n’hésitait pas à imposer à ses fidèles. Trop déconnectée de la société contemporaine, en dépit d’une sécularisation de façade, l’Église catholique a désormais le devoir se se plier à une sélection des plus drastiques de ses serviteurs. Ouvrir le mariage aux prêtres peut apparaître comme une première étape mais celle-ci répond plus à une modification du dogme qu’à une réelle nécessité sociale. Certainement plus que toute autre institution amenée à côtoyer du public, a fortiori jeune, fragile et influençable, d’où le silence qui a régné sur la question pendant des années, l’Église doit engager une vraie politique de recrutement et se muer en Directeur des Ressources humaines afin de choisir les bons candidats , laïcs ou religieux. Souvent prompte à se réfugier derrière le secret de la confession, arguant de son aspect sacré et divin, imposant de fait la primauté du droit canon sur le droit civil, de la justice de Dieu sur la justice des Hommes, l’Église a volontairement niée les évolutions culturelles, sociales et politiques de la société qu’elle était sensée spirituellement, et rien d’autre, servir. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/societe/article/)

Conviction et péchés

En bafouant l’intégrité de jeunes enfants, filles ou garçons, elle salit et traumatise simultanément l’individu amené par choix personnel vers la foi par conviction qui n’y trouve in fine que honte et culpabilité. Le message subliminal de l’Église où se tutoient écoute et pardon a ainsi été détourné, pour ne pas dire dévoyé, non pas au profit du croyant mais au profit de l’institution qui s’est trop longtemps appuyée sur le silence de ses victimes, trop effrayée pour dénoncer les abus, pour laisser ses prêtres et laïcs agir en toute impunité. Enfin, il n’est pas inopportun de s’interroger sur le poids des évolutions sociétales de ces dernières années, véhiculées et parfois amplifiées par les réseaux sociaux, tels que le mouvement MeToo, qui visaient à briser la chape de plomb qui protégeaient certaines pratiques désormais dénoncées et punies. Dès lors un constant s’impose : l’Église de France a péché par excès de confiance dans sa position de prétendue autorité morale à même de masquer les abus commis et dénoncés, par manque de réactivité de ses dirigeants trop occupés à défendre l’image de l’institution tout en étant conscients et informés des abus perpétrés et par incapacité, ou manque de volonté, de réformer une institution dépassée et loin d’être en phase avec la société dans laquelle elle veut s’inscrire.

Le passé…Simplement.

Affronter objectivement son histoire, tel est l’objectif de toutes politiques mémorielles.

Engager une politique mémorielle visant à replacer dans une réalité historique objective la place d’un Etat, tel est l’enjeu des politiques mémorielles. La France s’y est lancée et non sans difficulté.

C’est un fait, passager certes, mais la France et l’Algérie sont en léger froid. La cause ? Les propos du président de la République Emmanuel Macron qui, le 20 septembre dernier à l’Elysée, affirmait que le système politico-militaire algérien s’était construit sur une rentre mémorielle sciemment entretenue par les différents gouvernants qui se sont succédé à la tête de l’État d’Afrique du Nord. Tollé de l’autre côté de la Méditerranée suivi d’un rappel de l’ambassadeur d’Algérie en France et d’une interdiction de survol par les avions militaires français du territoire algérien. Pourtant, les propos du président français, partagés par une grande part des Algériens, ont heurté un régime qui cherche encore à masquer son inertie et ses échecs en prétextant des conséquences d’une colonisation jugée, à raison, injuste et inique. Pour autant, passée l’émotion des propos du président français et de la brouille ponctuelle qui finira par s’apaiser sous peu, se cache la difficile tâche pour chaque Etat, et pas seulement la France ou l’Algérie, de mener une politique mémorielle juste, cohérente et en phase avec la réalité historique. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/afrique/article)

Roman national et remise en question

L’exercice peut se révéler périlleux car il met en jeu des notions délicates telles que celles de l’identité, du regard, du sens et de l’écriture de l’Histoire. Or, le quinquennat d’Emmanuel Macron a tenté, chaque fois que l’occasion se présentait, de mettre en avant ou de nourrir cette politique mémorielle avec un seul objectif : remettre la France à sa juste place dans l’Histoire. Le roman national, cher à la IIIème République, a vécu et ne peut plus servir aujourd’hui de bréviaire encore moins de pilier fondateur à ceux qui souhaitent utiliser l’histoire de la France comme argument politique. Une politique mémorielle intelligemment menée saura s’affranchir des excès et des passions qui peuvent aisément l’envahir au point de la pervertir. Et encore une fois, l’exercice n’est en rien aisé car il suppose une remise en question d’acquis historiques dès lors ouverts à débats et une potentielle réécriture de ces derniers afin de proposer une lecture responsable et responsabilisante de l’Histoire et des faits qui la compose.

Nécessité et gageure

Il ne s’agit en rien d’accabler ou de vénérer qui que ce soit, de minimiser tel ou tel fait, mais de recontextualiser les composantes historiques afin de proposer un espace de réflexion dénué de scories nées d’interprétations hasardeuses. (courrierinternational.com : https://www.courrierinternational.com/article/) Le chantier est immense mais nécessaire. Et accepter d’ouvrir une réflexion, aussi douloureuse puisse-t-elle, sur le passé d’une nation relève de la gageure qui, achevée, ouvre le champ à de nouvelles relations diplomatiques et de nouveaux rapports sociaux. Si regarder son histoire en face assure d’un présent et d’un futur plus serein, il est aussi le gage pour les nations périphériques ou liées d’une manière ou d’une autre, d’un espace de dialogue défait de toutes ambiguïtés malsaines ou de non-dits cuits et recuits. Et si dans l’absolu, une démarche de cet ordre est salutaire, encore convient-il que celle-ci soit acceptée par tous et fasse l’objet d’une logique similaire dans les nations impliquées.

Berlin a le choix

Le nouveau chancelier devra choisir entre une relance de l’Union européenne ou l’enracinement de la position dominante de l’Allemagne en Europe.

Quel qu’il soit, le nouveau chancelier allemand aura devant lui deux options : renforcer la position de l’Allemagne afin de servir ses propres intérêts ou travailler au renforcement de l’Union européenne en qualité d’acteur géopolitique de demain en fondant la puissance allemande dans ce dessein.

Rarement les élections législatives outre-Rhin n’auront suscité autant d’intérêt. Et pour cause, appelés à voter pour élire une nouvelle majorité au Bundestag, les Allemands tiennent dans leurs bulletins de vote plus que l’avenir de la nation de Schiller. Car celui ou celle qui sera choisi par le Président de la République fédérale allemande, une fois le scrutin entériné, pourrait, ou pas, donner à l’Union européenne une nouvelle orientation. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international/live) Fer de lance de la construction européenne avec la France, l’Allemagne, première économie du continent, première puissance démographique européenne avec près de 83 millions d’habitants (2019), dispose de toutes les cartes en main pour donner à l’Europe politique un second souffle. L’affaire des sous-marins australiens, qui a récemment mis en exergue la fragilité diplomatique de la France et plus largement celle de l’Union européenne, incapable de proposer un front uni et solidaire, a laissé de profondes traces dans les relations Etats-Unis / Europe en dépit de l’atlantisme affiché d’Angela Merkel, peu pressée de monter au créneau afin de défendre Paris et Bruxelles.

Orientation et solidarité

Il appartiendra donc au successeur de la chancelière d’affirmer ses convictions européennes, quelles qu’elles soient. Angela Merkel, qui avait fait de la question économique la priorité de ses mandats, s’est peu penchée sur les questions géostratégiques et géopolitiques, plus préoccupée par la place de l’Allemagne sur le continent en qualité de puissance économique que d’acteur géopolitique. (lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/weekend/business-story) Cette orientation, qui a longtemps satisfait outre-Atlantique, faisant ainsi passer en premier lieu les intérêts de Berlin avant ceux de l’Union européenne, a pour autant déstabilisé ou plus précisément déséquilibré l’Europe politique qui ne trouvait pas, ou plus, dans l’un des ses premiers membres fondateurs l’enthousiasme nécessaire à la croissance de l’Union ver une forme de maturité politique et géostratégique. L’atlantisme tacite de l’Allemagne, qui se rapprochait par certains aspects de celui des Britanniques, a quelque peu plombé un ensemble politique qui avait plus besoin du soutien et de la solidarité de tous ses membres que de pays jouant des partitions isolées dédiées à leurs seuls intérêts. Est-ce à dire que la France était seule dans cette entreprise face à l’égoïsme allemand ? Loin s’en faut mais la réussite économique allemande autorisait, et autorise encore aujourd’hui Berlin à décider, parfois à coup de négociations âpres et que d’aucuns jugeraient péremptoires, sans réellement se préoccuper de l’avis de ses partenaires L’exemple grec en 2008, face à un Alexis Tsipras, otage de la dette souveraine hellène, en est la parfaite illustration.

Germany First et tensions géopolitiques

Que faut-il donc attendre du nouveau chancelier ? Les plus pessimistes diront qu’il n’est utile de nourrir d’espoirs particuliers. L’Allemagne, forte de sa position dominante en Europe, cautionnée par les Etats-Unis, n’aurait pas de raisons évidentes de changer de politique sans pour autant négliger son rôle dans la construction européenne à achever, du moins à poursuivre. Une forme de Germany First, édulcoré et moins agressif que celui promu par Donald Trump, pourrait dès lors se poursuivre sans excès ni débordement afin de ne heurter ni la France ni l’Union européenne. Les plus optimistes avanceront que Berlin, cherchera en revanche et très certainement à s’engager plus encore dans l’entreprise européenne pour épauler une France bien isolée dans un attelage certes efficace mais qui pourrait l’être davantage. La vérité est finalement peut-être entre les deux. Forte de son image et de son statut avéré de puissance continentale, l’Allemagne a tout intérêt à d’abord jouer le jeu européen alors que se profilent des tensions géopolitiques et géostratégiques lourdes notamment en Asie-Pacifique ou en Indo-Pacifique où la seule puissance économique ne suffira plus.

Se penser grand ne signifie pas l’être

Par ce contrat prévoyant la livraison de plusieurs sous-marins d’attaque à l’Australie, la France pensait maintenir son influence industrielle et diplomatique dans la zone indo-pacifique.

Si la crise franco-américaine constitue un des multiples aléas de la relation entre la France et Etats-Unis, celle-ci met surtout en évidence la faiblesse diplomatique de l’Hexagone tant à l’échelle mondiale que régionale. Essai d’explication.

D’un point de vue industriel, c’est une désillusion. Mais d’un point de vue diplomatique, c’est un camouflet, presque une gifle. La rupture du contrat liant la France et l’Australie et portant sur la livraison de douze sous-marins conventionnels à l’horizon 2030 au profit d’une alliance diplomatico-industrielle dirigée par Washington avec l’aide du Royaume-Uni (AUKUS) a plongé les alliés historiques, France et Etats-Unis dans une crise qui laissera, des traces. Pour autant, si la colère du gouvernement français et du Président de la République est légitime et justifiée, arguant d’une trahison incompatible avec le statut d’allié, celle-ci ne sera que passagère et se réglera dans les prochains mois par des réparations financières imputées à l’Australie. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international) Car derrière cette décision qui marginalise la France dans la région indo-pacifique, se profilent aussi des enjeux de pouvoirs lourds qui échappent à l’Hexagone, non par méconnaissance des réalités géopolitiques (rivalités australo-chinoise, tensions sino-américaines, domination de la mer de Chine,…) mais par faute d’influence et d’aura suffisante à l’échelle mondiale. Ainsi, la ire du gouvernement français et plus spécialement d’Emmanuel Macron tient plus à une prise de conscience de la faiblesse diplomatique de la France qu’autre chose. Concrètement, l’alliance qui lie désormais l’Australie, les Etats-Unis et le Royaume-Uni met en évidence le rang de puissance de second rang, voire de puissance moyenne, la France.

Rivalité et romantisme

La réalité, difficile à accepter tant par le Quai d’Orsay que par l’Elysée est pourtant mise à l’épreuve des faits : La France, toute puissance économique mondiale qu’elle soit, ne peut rivaliser avec Etats-Unis, première puissance mondiale et seule capable de contrarier les ambitions chinoises dans la région. Cette réalité, jetée à la face de Paris et du monde, renvoie ainsi la France au rang de puissances subalterne, humiliée par l’indélicatesse australienne et le pragmatisme nord-américain. Encore bercée par l’illusion d’une alliance empreinte de romantisme éthéré où La Fayette se poserait en sauveur et libérateur des anciennes colonies outre-atlantique écrasées par une Angleterre omnipotente, vivant dans l’illusion d’une puissance retrouvée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale quand le Général De Gaulle réussit le pari d’imposer la France comme l’un des vainqueurs du conflit et se targuant d’une relation privilégiée nourrie par l’Histoire avec Washington, la France ne peut que constater, nue et démunie, la faiblesse de son influence devant des Etats-Unis indifférents aux gesticulations hexagonales. Dans un monde à l’économie intégrée, où géopolitique, géostratégie, stratégie militaire, raison d’État et nécessités économiques, se mêlent et se répondent dans un concert d’intérêts que chacun souhaite défendre sans scrupules, fut-ce au prix de trahisons, la France a naïvement et honnêtement cru que sa place dans l’échiquier mondial suffirait à lui assurer aura et respect. La colère qui prévaut aujourd’hui n’est ainsi qu’une réaction de circonstance car celle-ci occulte plus la difficile acceptation par Paris d’une réalité diplomatique internationale où se conjuguent marginalisation et indifférence que la rupture de contrat qui n’en reste pas moins le symptôme premier.

Etre et se penser une puissance

Certes, le président Macron doit s’entretenir dans les jours à venir avec son homologue américain, Joe Biden, par ailleurs demandeur de cet entretien (lemonde.fr : https://www.lefigaro.fr/international). Mais qu’attendre de ce rendez-vous téléphonique si ce n’est un rappel poli de la part du locataire de la Maison Blanche de la solidité de la relation franco-américaine, de la nécessité d’une relation claire, nette et pacifiée entre les deux pays mais aussi et surtout des enjeux géopolitiques, stratégiques et économiques qui se jouent dans la zone indo-pacifique au sein de laquelle la France est invitée à jouer sa partition mais sans interférer sur celle des Etats-Unis. Plus globalement, si l’orgueil français a été égratigné dans cette crise, et il l’a été, celui-ci survivra car passée la vexation, d’aucuns parleraient d’humiliation, la France, consciente des risques qu’ouvrent une brouille durable avec le Etats-Unis, se drapera dans le linceul de l’indignation, question d’honneur, sans pour autant continuer à pousser des cris d’orfraie qui pourraient vite irriter outre-atlantique. Car, in fine être une grande puissance et se penser une grande puissance sont deux choses différentes.

Vers un nouveau monde…

Les attentats du 11 septembre ont bouleversé une humanité enfermée dans ses certitudes au point d’imaginer que s’ouvrirait aujourd’hui une nouvelle ère.

Les attentats du 11 septembre 2001 ont marqué la mémoire collective au point de bouleverser l’appréhension du monde tel qu’il se présentait alors. Vingt-ans plus tard, une question se pose : ces bouleversements n’ouvrent-ils pas la voie à une nouvelle ère ?

Les commémorations des attentats du 11 septembre 2001 ont donné lieu, tant aux Etats-Unis que dans une grande partie du monde entier, à de nombreux commentaires tant sur les raisons d’un tel acte que sur les conséquences qui en découlèrent. Parmi ces dernières, l’une d’entre-elle est souvent revenue comme un leitmotiv mettant en exergue la fin de l’hyperpuissance nord-américaine, thèse avancée par le diplomate Hubert Védrine. Avérée ou non, il apparaît cependant que les Etats-Unis ont perdu depuis ces attentats une certaine influence mondiale laissant émerger des pôles d’agitation et de contestation à même de déstabiliser les équilibres régionaux et mondiaux. Non que les Etats-Unis avaient la charge de la sécurité du monde, même si les faits pouvaient le laisser penser, mais l’hyperpuissance nord-américaine, fruit de la désintégration de l’Union soviétique en 1989, a masqué une forme d’agacement et d’irritation, parfois menant à une haine profonde, à l’endroit de la patrie des Pères Fondateurs. L’omnipotence politique, économique, militaire et surtout culturelle des Etats-Unis durant la décennie quatre-vingt-dix a généré en des points spécifiques du monde des rancoeurs qui se sont pour certaines tues et éteintes d’elles-mêmes quand d’autres se sont matériellement concrétisées, les attentats du 11 septembre le prouvant.

Monde a-polaire et micro-conflits

Parallèlement, il n’est pas erroné d’avancer que, aveuglés par leur puissance, fruit d’un mode de fonctionnement propre à leur nation, les Etats-Unis n’ont pas su apprécier l’apparition d’un monde a-polaire libéré de la pression idéologique imprimée par l’Union soviétique. Faute politique ou excès de confiance ? Les deux raisons s’avancent et se répondent et ont fini par occulter le drame de septembre 2001. Autre erreur, peut-être plus sous-jacente, qui résiderait dans une interprétation trop manichéenne de l’Histoire. La chute de l’Union soviétique, d’un monde bi-polaire, par certains aspects rassurants, réglé par l’équilibre de la terreur nucléaire, a totalement rebattu les enjeux de la diplomatie internationale laissant les Etats-Unis dans une position dominante faute de rival suffisamment puissant pour les contrarier. L’idée d’une hyperpuissance accouchée de la défaillance de l’Union soviétique exsangue n’est donc pas non plus à exclure ou à totalement écarter. Pour autant, au-delà de l’explication diplomatique, se pose désormais la question de la définition de la réalité dans laquelle ces attentats ont influencé le monde. Qu’il soit occidental ou non, ces actes alors qualifiés en leur temps d’actes de guerre, ont profondément bouleversé notre rapport au XXème siècle. Ainsi, et a contrario, si le XIXème siècle s’est éteint avec la Première Guerre mondiale, le XXème a péri avec le début du XXIème. Temps de conflits, armés ou secrets, de nucléarisation à outrance, le XXème est mort avec ces attentats, faisant basculer l’humanité dans une autre ère, faite de micro-conflits aux répercussions planétaires de part les interactions diplomatiques et politiques induites.

Civilisations et opposition

La menace terroriste, lancinante et continue depuis deux décennies, souvent sous-jacente à ces conflits, a prouvé et prouve encore que la puissance des Etats, fussent-ils auréolés comme les Etats-Unis de la première puissance mondiale, est capable de déstabiliser un ensemble global, finalement fragile et exposé. Les relations internationales, longtemps articulées autour de la notion de guerre ou de choc de civilisations, thèse défendue en 1996 par Samuel Huntington, semble avoir montré ses limites devant la complexité idéologique du siècle en cours. Bréviaire de nombreux diplomates pour expliquer rapidement et justifier dans le même temps des politiques agressives ou des ingérences diplomatiques discutables, le postulat d’une opposition civilisationnelle ne tient plus à l’heure d’une globalisation qui implique parmi les régions les plus isolées de la planète. Force est donc de constater que les attentats du 11 septembre 2001 ont modifié plus que l’appréhension du monde qu’avaient les Etats-Unis. Le bouleversement s’est voulu mondial, diplomatique et politique, mais aussi et surtout culturel renvoyant chacun de nous à des conceptions différentes de l’Histoire, conceptions, (les historiens auront à charge de le confirmer ou non dans plusieurs décennies), ouvrant la page à une nouvelle ère, voire à de nouvelles civilisations.

Primaires, de l’utile à l’inutile ?

Les Primaires se sont longtemps voulues un exercice démocratique novateur dans le paysage politique français. Mais leur lourdeur a lassé des électeurs sans pourtant défaire ce vote interne de sa valeur désormais essentielle.

Présentées depuis leur introduction dans la vie politique comme un élément de revitalisation du débat, les Primaires semblent s’essouffler au point d’en perdre leur intérêt originel. Pourtant, celles-ci s’avèrent presque essentielles. Explications.

A quelques mois du premier tour de l’élection présidentielle et après que sont tenues en ordre dispersé les universités d’été des différentes formations politiques, s’ouvrent désormais le bal des Primaires. L’exercice, qui mêle exigences démocratiques et présentation des multiples sensibilités qui peuvent parcourir tel ou tel parti, s’avère toujours périlleux pour ceux qui s’y prêtent. D’abord car un seul candidat est choisi par les militants et sympathisants mais surtout, conséquence directe, car ce n’est pas toujours le favori des sondages qui sort vainqueur de l’épreuve. Alain Juppé en fit l’amère expérience en 2016 au profit de François Fillon tout comme Manuel Valls, évincé au profit de Benoît Hamon, et ce la même année. A vrai dire les Primaires, importées dans leur forme des Etats-Unis, ont la vertu de dessiner une image plus ou moins précise des contours idéologiques, des grandes orientations ou des idées essentielles pour l’avenir du pays que prendra la future campagne.

Enjeux et réflexion

Or en cette année électorale où les Français sont appelés à voter pour le Président de la République, point d’orgue de la vie politique de la Vème République, les sujets de débats, disons ceux qui ont longtemps charpentés les campagnes précédentes, à savoir, emploi, croissance, dette publique et sécurité ne sont plus véritablement au centre des enjeux. La question centrale qui anime désormais les formations politiques est de savoir comment gérer le pays après l’épisode pandémique et les conséquences induites. Parallèlement, nombre de partis, hormis le sien naturellement, cherchent à articuler un programme susceptible de contrarier le bilan du locataire de l’Elysée en oubliant que les Primaires sont sensées proposer des programmes aboutis, quintessence des réflexions menées par les formations désireuses d’assumer la charge suprême. Les écologistes, qui ont été les premiers à se lancer dans l’exercice de la primaire, articulent leur discours autour de la nécessaire transition écologique, évidence qui confine à la banalité, mais la dite nécessité suffira-t-elle à faire basculer l’électorat en sa faveur ? Les Républicains, toujours gênés par cette solution qu’offre la primaire car depuis longtemps bercés par le culte naturel du chef, doivent aussi composer avec un ancien baron, désormais dissident, Xavier Bertrand. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/politique/article) Et à ce jour, aucun vrai programme n’a vu le jour si ce n’est déclarations d’intentions qui tiennent plus de l’anti-macronnisme que de la réflexion politique de fond. Constat similaire pour le Parti socialiste, lui aussi, pris entre la passion déchaînée de Jean-Luc Mélenchon et le flegme d’Arnaud Montebourg, fraîchement déclaré à la succession d’Emmanuel Macron.

Vivacité et gestion

Ainsi, le parti né à Epinay en 1971, se cherche-t-il une orientation, entre social-démocratie à la française et défense des acquis sociaux, car dénoncer aujourd’hui les seules inégalités sociales ne suffit plus. Quand à l’extrême droite, où l’idée même de primaire s’avère urticante, les thèmes usuels, voire éculés propre à son ADN serviront encore de discours. Ainsi, passée la vertu première de cet exercice démocratique qui atteste aussi à sa manière de la vivacité du débat politique, il n’est pas illégitime de s’interroger sur sa finalité si ce n’est assurer plus de lisibilité entre les candidats et permettre à ces derniers de disposer d’un vrai socle électoral tout en confortant leur image dans l’opinion. Mais à part cela, a fortiori cette année, dominée répétons-le par la nécessité qui s’est imposée à l’exécutif de gérer, la pandémie sous tous ses aspects, qu’ils soient sanitaires, économiques et sociaux, les primaires revêtent presque, sans les offenser un caractère secondaire, tant l’urgence semble se situer ailleurs. Longtemps plébiscitées, ces dernières semblent passées de mode car jugées trop lourdes, trop fastidieuses, inutiles voire culturellement incompatibles au regard de l’histoire politique française. Pourtant, force est de constater, comme le note le politologue Pascal Perrineau, que celles-ci s’imposent comme essentielles au moins pour différencier des candidats en mal de charisme et d’influence au sein d’une opinion de moins en moins encline au débat politique. (lepoint.fr : https://www.lepoint.fr/politique)

Les Talibans pris à leur propre piège ?

Paradoxe, la menace de l’Etat islamique pourrait enfermer les Talibans dans une logique de négociation avec les Occidentaux.

La conquête de l’Afghanistan par les Talibans marque un bouleversement géopolitique avec lequel les nations occidentales devront composer. Mais il contraint aussi le mouvement islamiste à pondérer ses ambitions car menacé par l’État islamique et des réalités sociales et économiques incompressibles.

En annonçant le départ de leurs forces armées d’Afghanistan pour le 31 août, les Etats-Unis, et le président Joe Biden en tête, n’imaginaient en rien, pas si rapidement en tous cas, que l’un des plus grands pays d’Asie centrale puisse si vite sombrer dans le chaos. Les forces talibanes, qui ont ainsi cueilli Kaboul quasiment sans coup férir, ont surpris la première puissance militaire du monde, et avec elle toutes les nations occidentales, sidérées par l’incapacité du pouvoir et de l’armée afghans à contrôler, repousser et écraser les Talibans. Ce pouvoir régalien démocratique, marqué par la mémoire du Commandant Massoud (1953 – 2001), bâti de toutes pièces par les Occidentaux présents sur le sol afghan depuis 20 ans, pouvoir qui avait ouvert une forme salutaire de libéralisation de la société notamment à l’endroit des femmes et l’éducation des filles, s’est soudainement dissous sous les coups de boutoirs de talibans, prompts à rétablir la loi islamique la plus rigoriste qui soit. (lefigaro.fr : https://www.lefigaro.fr/international) La panique engendrée par cette faillite institutionnelle et les conséquences de la prise de pouvoir par les Talibans ont généré ces scènes ubuesques de populations affolées en quête d’un avion pour quitter l’Afghanistan bien que les nouveaux maîtres du pays aient déclaré ne vouloir aucun mal à celles et ceux qui avaient coopéré avec les Occidentaux.

Echec et menace terroriste

Et alors que l’État islamique, fort de 500 à 1000 partisans sur le sol afghan, a revendiqué les derniers attentats ayant causé la mort de 85 personnes et plus de 150 blessés, plusieurs constatations s’imposent et questionnent quand semble se tourner une nouvelle page de l’Afghanistan. (la-croix.com : https://www.la-croix.com/Monde) En premier lieu, l’intervention en Afghanistan illustre l’échec de l’importation de la démocratie. Non que les Afghans n’aient jamais voulu de ce régime mais l’imposition de celui-ci par les nations occidentales s’est finalement soldée par un fiasco. Car si pendant 20 ans, des élites sociales et politiques se sont constituées, cultivées et éduquées, appelées à gouverner, mais composant pour l’essentiel aujourd’hui celles et ceux qui fuient le pays, il apparaît bien que la démocratie ne peut être que la volonté d’un peuple qui l’appelle majoritairement de ces vœux ce qui, dans une nation telle que l’Afghanistan, culturellement et socialement clanique, reste une interrogation. Deuxième point, la parenthèse démocratique qui se referme aujourd’hui avec la prise du pouvoir par les Talibans et la – menace grandissante de l’État islamique, semble accréditer l’idée que l’Afghanistan, où nombre de) puissances se sont enlisées (URSS et Etat-Unis tour à tour), est un pays charpenté, voire structuré par la guerre et l’affrontement. L’échec des Occidentaux dans l’entreprise démocratique engagée tient aussi de cette réalité sous-estimée et liée à une forme de méconnaissance, peut-être teintée de mépris pour l’Histoire du peuple afghan.

Structure et pondération

Troisième point, non négligeable pour les mois qui s’annoncent, la fragilité structurelle du mouvement taliban. Bien qu’ayant repris sans mal le contrôle du pays, les Talibans restent exposés à de nombreuses faiblesses telles qu’une opposition politique pour l’heure isolée mais qui finira par ressurgir, une économie des plus précaires aux recettes limitées et douteuses car articulée autour de la culture du pavot et surtout une fragilité évidente au regard de l’État islamique dont les ambitions et le discours dépassent largement celles des Talibans. Pour autant, ne faut-il pas voir dans cette fragilité inattendue une source, relative et limitée certes, d’espoir qui amènerait les Talibans à modérer leurs ambitions. Ainsi, pour éviter la fuite des élites intellectuelles afghanes, nécessaires pour construire l’Afghanistan de demain, les Talibans ont-ils déclaré l’amnistie pour ceux qui avaient coopéré avec les Occidentaux. Parallèlement, les avoirs financiers afghans, faibles, sont à ce jour bloqués par les nations occidentales car placés dans des banques étrangères. L’application de la loi islamique la plus rigoriste pourrait ainsi être pondérée (notamment les droits accordés aux femmes et aux filles) car pour gouverner un pays exsangue en proie à la guerre civile dans un contexte de menace terroriste prégnant, les Talibans auront besoin des nations étrangères, renvoyant leur prise du pouvoir à un bouleversement géopolitique avec lequel il faudra composer de part et d’autre (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international/article). Encerclée par des pays eux-aussi particulièrement turbulents ou fragiles politiquement, de l’Iran au Pakistan en passant par l’Irak, voire l’Inde, l’Afghanistan rêvée des Talibans pourrait s’achever en compromis politique et religieux dans lequel les Occidentaux auraient peut-être encore un rôle à jouer.

D’opposition en instrumentalisation

Si la multiplication des oppositions à l’obligation vaccinale ne faiblit pas, celle-ci interroge sur l’origine des contestataires et leur capacité à instrumentaliser la crise sanitaire. Essai d’explication.

Alors que se poursuivent de manière perlée ou ouverte les manifestations à l’obligation vaccinale, et ce en dépit de l’examen par le Parlement de la loi sur le Passe Sanitaire devant en préciser les contours et l’application, il n’est pas inintéressant de s’attarder sur la sociologie et l’origine de ces opposants. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/planete/articlel) Venus d’horizon différents, qu’ils soient Gilets Jaunes remobilisés, sympathisants d’extrême droite, salariés ballottés par les effets de la pandémie, tous ont un point commun qui se résume en une opposition farouche au Président de la République. Et ceux qui pensaient, visiblement à tort, que l’épidémie de coronavirus, avait éteint les rancoeurs que l’on jugeait déjà anciennes, d’en être pour leurs frais. A commencer par un Président de la République obligé de revêtir à nouveau le bleu de chauffe en déplacement à Papeete (Tahiti) en fustigeant l’irresponsabilité et l’égoïsme de celles et ceux qui refusent de se faire vacciner.

Démocratie et débat

Car si désormais plus de 40 millions de Français ont reçu une ou deux injections et que la supplique du locataire de l’Elysée, le 12 juillet dernier, qui appelait chacun de nous à se faire vacciner dans les meilleurs délais, à porté ses fruits, il persiste dans le pays, preuve s’il en était besoin que la démocratie fonctionne encore à plein, des individus non seulement opposés à la vaccination mais aussi au Président de la République et à sa gestion passée et actuelle de la pandémie. (Lepoint.fr : https://www.lepoint.fr/societe) L’occasion faisant le larron, ces opposants en viennent donc à instrumentaliser la crise sanitaire afin de faire valoir leur opposition. La tactique n’est pas nouvelle et relève du marronnier politique tant de fois celle-ci a été utilisée mais au moins a-t-elle le mérite de prouver que passées trois vagues de contamination, et en attente de la quatrième, la vie démocratique, faite de contradictions et d’oppositions, de désaccords et de débats, a repris le dessus. D’aucuns s’en réjouiront mais là où émerge une question d’essence cornélienne est de savoir si l’on peut transiger, débattre et s’opposer sur des questions d’ordre sanitaire qui relèvent de la santé publique ? N’y a-t-il pas chez ces opposants une forme de négation de la réalité pandémique au profit d’une opposition totale qui les autoriserait à se dédouaner d’imaginer les conséquences de leurs actes. Il n’est pas ici question d’avancer une réponse tranchée qui tiendrait de vérité mais de laisser une place raisonnable au doute en se demandant s’il est toujours pertinent de s’opposer aux décisions exprimées par le premier représentant de la nation, élu, au regard des circonstances ?

Sophisme et fractures

Arguer d’une atteinte aux libertés individuelles ou d’une décision à caractère autoritaire, voire dictatorial, est un postulat ambitieux, qui demande à être solidement étayé par des éléments concrets d’ordre historique et sociologique, mais qui se révèle aussi précaire et dangereux car, baigné de sophisme, il peut être accusé de travestir à dessein une réalité tout autre. Les cortèges d’opposants qui se sont ainsi formés depuis quelques jours ne posent finalement pas la question intrinsèque d’une adhésion ou d’un refus au principe de la vaccination mais mettent en évidence des fractures sociales et politiques que la pandémie avait masqué sans les réduire. Ces mêmes fracture sociales qui émergent à quelques mois de l’élection présidentielle, sont évidemment des plus contrariantes pour la majorité tout comme pour l’opposition car ni l’une ni l’autre ne sait, ou ne saurait réellement comment les réduire et donner satisfaction à ceux qui les portent. Une réalité s’impose cependant : derrière les anti-vax réémerge une frange de la population déconnectée du discours républicain unificateur jugé trop péremptoire sans pour autant en proposer un autre car les revendications, floues et déstructurées, masquent leurs faiblesses derrière un refus de la vaccination de masse, pour le coup présentée comme une revendication commune bienvenue.

A tous mes lecteurs, assidus ou occasionnels, à ceux à venir et qui seront les bienvenus, cette chronique était la dernière de la saison. Je vous donne rendez-vous début septembre. Bel été à vous et bonnes lectures !

Le vaccin, le droit et la liberté

Les anti-vaccins avancent l’idée d’une entrave à la liberté individuelle devant la possible obligation. Mais l’obligation est-elle réellement la première entrave ?

La possible obligation vaccinale avancée par le président de la République a déchaîné les anti-vaccins qui dénoncent une atteinte aux libertés individuelles. Mais cette réaction interroge aussi sur le sens donné à ces derniers aux notions de libertés et de biens communs.

Contenue jusqu’alors, la véhémence des anti-vaccins, communément appelés antivax, est montée d’un cran au lendemain de l’intervention du président de la République, le 12 juillet dernier, quand celui-ci ouvrait la voie à une possible obligation vaccinale à l’endroit de certaines branches professionnelles. Dès lors, nombreuses furent, et sont, les manifestations de contestation à l’égard de la décision présidentielle, manifestants et opposants arguant du fait que cette obligation entravait la liberté individuelle et plus largement les libertés fondamentales. (Franceinfo.fr : https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus) Or, les arguments avancés par ces groupes d’opposants, globalement minoritaires dans la population, mettent en évidence deux lignes de forces que le développement de la pandémie, et les conséquences qui l’accompagnent, ont révélé. La première est la crainte, que l’on croyait dans l’ensemble apaisée, voire éradiquée, nourrie à l’endroit de la vaccination. Ainsi, il apparaît que le principe d’une protection immunitaire, via l’injection d’une souche virale à la virulence atténuée pour combattre cette dernière par la production d’anti-corps, n’est pas partagée par tous et que la pédagogie mais aussi l’information sur les bienfaits de cette pratique sont encore à travailler.

Rapport à la démocratie et la liberté

Entre ignorance, préjugés, idées reçues et relents conspirationnistes, le principe de la vaccination s’est trouvée, à l’occasion de cet épisode pandémique de farouches opposants prêts à en découdre avec les autorités, des menaces de mort ayant été proférées à l’endroit de députés ou des symboles à la pertinence des plus douteuses et contestées utilisés. (youtube.fr : https://www.youtube.com/watch?v=063wFqeoDTA). Si cette opposition restera anecdotique au regard de l’Histoire, le second point que relève l’agitation des antivax est plus inquiétante et interroge sur le rapport de ces individus à la notion de démocratie et plus précisément de liberté. D’aucuns ont ainsi avancé le principe qu’une possible obligation vaccinale entravait leur liberté individuelle. L’argument est valable mais d’essence tautologique donc à la portée limitée et dénuée de toute réflexion à caractère civique, voire philosophique : toute obligation est d’évidence une forme de restriction ou d’entrave. Mais en développant plus avant la contre-argumentation, il n’est pas interdit de soulever deux éléments corollaires. Tout d’abord, il appartient à chacun de se laisser vacciner ou non, les conséquences sanitaires et juridiques qui en découlent relèvent de la responsabilité personnelle qu’il conviendra alors d’assumer. C’est un des premiers pans de la liberté individuelle. La seconde renvoie à la conception de la liberté dans la sphère publique.

Entraves et droit individuel

A ce jour et factuellement, ce qui entrave la liberté de chacun ce n’est pas l’obligation de se faire vacciner, c’est le virus lui-même qui oblige à des restrictions en série vécues comme autant d’entraves. Or le refus de se laisser vacciner peut être assimilé à une forme d’égoïsme qui se moque du bien collectif exposant la majorité à la décision arbitraire d’une minorité. (lefigaro.fr : https://www.lefigaro.fr/actualite-france/) Et le phénomène alors de s’inverser : les non-vaccinés demandent aux vaccinés d’assumer un choix qui est étranger à ces derniers car dicté par des convictions qui s’extraient de la norme sociétale qui veut que chacun apporte sa part au bien-être de la collectivité. Cette montée en puissance des anti-vaccins révèle aussi une tendance devenue désormais récurrente dans les sociétés occidentales et qui met en exergue la suprématie du droit individuel au détriment de celui de la collectivité et de ses intérêts. In fine, il n’est pas interdit de penser que si refuser de se laisser vacciner est un droit inaliénable en démocratie, droit qu’il appartient de respecter, arguer du fait que la possible obligation de s’y soumettre relève d’une entrave aux libertés individuelles renvoie à une méconnaissance des enjeux sanitaires mais aussi, et surtout, des liens qui unissent collectivité, démocratie et liberté.

Un sacrifice afghan 

Le risque d’une prise de contrôle de l’Afghanistan par les forces talibanes remet au centre du jeu diplomatique la menace terroriste islamiste qui s’était atténuée depuis plusieurs mois. Et la question d’une position commune face à une situation en évolution constante de se poser pour nombre de pays occidentaux.

L’Afghanistan risque d’être livrée à elle-même une fois les troupes des Etats-Unis parties. Et le risque de voir à nouveau émerger la menace terroriste de refaire surface.

L’avancée des Talibans en Afghanistan, désormais aux portes de Kaboul, la capitale d’un pays en proie à des troubles quasi-chroniques depuis plus de quarante ans, ne manque pas d’inquiéter la communauté internationale. Alors que les Etats-Unis ont annoncé le retrait de leurs troupes, puisque celui-ci sera effectif le 31 août, les chancelleries s’agitent et scrutent au quotidien la situation afghane pour des raisons qui renvoient à une crainte : la résurgence d’une menace terroriste qui avait été sinon éradiquée du moins écartée depuis quelques temps à travers le monde en dépit de foyers encore virulents en Afrique subsaharienne notamment au Mali et au Burkina-Fasso. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international/article). La potentielle chute de Kaboul et de l’Afghanistan aux mains des talibans représentent donc pour nombre de nations occidentales, y compris pour la Russie, un risque qui pourrait dans une échéance encore inconnue se matérialiser sous la forme d’attentats divers et variés qui prendraient pour épicentre l’Afghanistan.

Désengagement et maturité étatique

Tout comme le fut la Syrie avec l’État islamique, l’Afghanistan pourrait ainsi redevenir un espace incontrôlé assimilable à une base arrière du terrorisme islamique international où entreraient et sortiraient des individus aux intentions malveillantes. Aujourd’hui soutenu par les Etats-Unis, qui cherchent depuis l’arrivée de Joe Biden au pouvoir à se désengager de plusieurs théâtres d’opération coûteux à tous points de vue, l’Afghanistan et son président Ashraf Ghani, sait que ce soutien ne sera en rien éternel et qu’il faudra à terme affronter plus qu’une menace talibane. (vingtminutes.fr : https://www.20minutes.fr/monde/) Epreuve politique qui attend ce pays d’Asie du Sud car repousser et vaincre la menace talibane suppose une maturité étatique qui pour l’heure fait défaut à l’Afghanistan. A l’extérieur, et pour l’ensemble de la communauté internationale, la tentation d’isoler l’Afghanistan est grande, ou pourrait le devenir, mais comporte aussi un risque majeur. Isoler une nation fragile et exposée comme l’est l’Afghanistan reviendrait à laisser un blanc-seing aux Talibans qui pourraient dés lors agir en toute impunité dans un pays à leur merci. Mais dans le même temps, l’idée de sacrifier l’Afghanistan, l’abandonner aux Talibans serait aussi une solution visant à circonscrire la menace islamiste dans un unique territoire autour duquel serait dressé une sorte de cordon sanitaire. Cordon toutefois très relatif et tentation des plus dangereuses car, situé entre la Pakistan et l’Iran, l’Afghanistan est encerclé par des voisins des plus bouillonnants. Pour l’heure, les conjectures, certainement posées de part et d’autres des chancelleries internationales, ne répondent en rien à la situation actuelle : comment endiguer la progression des Talibans ? Peu de réponses viennent contrarier le discours d’une réalité considérée tacitement comme actée, à savoir que les Talibans vont certainement prendre le contrôle du pays. Pour beaucoup désormais, il ne convient plus de gérer l’instant mais d’anticiper demain.