Un péril extrême

Les atermoiements qui ont présidé à l’élection du Speaker de la Chambre des Représentants aux Etats-Unis mettent en évidence l’influence croissante des mouvements radicaux dans des démocraties établies mais finalement fragiles.

Il aura fallu quinze tours de scrutin pour élire le speaker de la Chambre des Représentants (l’équivalent du Président de l’Assemblée Nationale en France), premier organe parlementaire des Etats-Unis d’Amérique. La faute à qui ? A d’interminables négociations, revendications, compromis et autres débats houleux où l’aile radicale du Parti Républicain à joué les arbitres. Alors, certes à la fin des fins c’est le républicain Kevin McCarthy qui a été élu avec les voix des radicaux républicains encouragés en ce sens par un Donald Trump absent de l’Hémicycle mais pourtant omniprésent. Pour autant, ces tergiversations, qui démontrent aussi combien la première démocratie du monde est malade et divisée (elle n’est certainement pas la seule), mettent en évidence une réalité autre : celle du poids grandissant des mouvements ou des élus radicaux présents dans les différentes assemblées et ce à l’échelle mondiale.

Intégrées au paysage politique

Que ce soit aux Etats-Unis, en France, en Italie, aux Pays-Bas, en Hongrie ou encore au Brésil, les mouvements dits de droite extrême, ou d’extrême-droite selon que l’on se trouve d’un côté ou de l’autre de l’Atlantique, sont désormais des parties intégrantes et intégrées du paysage politique. Et que les partis traditionnels s’en trouvent perturbés n’a rien d’étonnant car ces-derniers, par la présence de groupe radicaux, se retrouvent face à leurs erreurs accumulées ou l’inertie dont certains ont fait preuve pendant des années. Doit-on pour autant se satisfaire de cette montée en puissance de partis à la rhétorique connue mais ô combien séduisante pour des franges de populations animées d’un sentiment d’abandon et d’incompréhension ? Tout démocrate qui se respecte répondra que non tout en analysant avec sagacité que la démocratie offre, par le contingent de libertés fondamentales qu’elle porte, un tapis rouge aux mouvements radicaux qui savent user et abuser de leur liberté de parole pour justement décrier et vilipender la démocratie. Tautologie aberrante que l’on ne saurait pourtant rompre qu’en rejetant la démocratie qui, constat de fait, a toujours plus profité aux extrêmes qu’aux partis républicains ou libéraux.

Dissolution et gangrène

Que faire donc face à des élus et des mouvements qui tendent, comme l’expérimente le Rassemblement National en France, à se fondre dans la masse pour revêtir les oripeaux d’un parti de gouvernement conventionnel propre à respecter les institutions et les règles qu’imposent le jeu démocratique. L’autre danger est donc certainement là : assister à une dissolution de façade des mouvements extrêmes et de leurs discours politiques exclusifs afin d’acquérir une respectabilité et une notabilité nouvelle et séduisante, longtemps apanage de ses concurrents politiques. Si, pour reprendre un adage populaire, le loup est déjà entré dans la bergerie, comprenez qu’élus et mouvements extrémistes ont intégré les organes parlementaires des démocraties les plus connues du monde, ces-derniers se trouvent encouragés par des régimes eux-mêmes clairement anti-démocratiques tels que la Russie, la Chine ou la Corée du Nord pour ne citer qu’elles. C’est donc un péril à multi-facettes auquel les démocraties, fussent-elles gangrenées par des oppositions radicales ou extrémistes, doivent faire face. Un constat s’impose, le monde d’après, bercé par une prétendue mondialisation heureuse, se révèle in fine rongé par un rétrécissement de la pensée et l’émergence de nouvelles peurs qui tendent désormais à se normaliser.

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