Nouvelle partition

Déclencheur ou accélérateur, le conflit ukrainien a révélé l’émergence de plusieurs pôles géopolitiques travaillant à leur survie et s’appuyant sur les peurs et les faiblesses structurelles de sociétés finalement fragiles et exposées.

N’est pas fin diplomate qui veut. Le Président de la République Emmanuel Macron en a fait l’expérience, baignée de désillusion, alors que le conflit ukrainien tend à s’inscrire dans la durée. Inutile ici de revenir sur les conséquences économiques et énergétiques de cet affrontement. Inflation générale, hausse des coûts de l’énergie, remise en cause forcée et accélérée des modèles carbonés…La liste n’est en rien exhaustive et appelle à une réflexion rapide, juste et pertinente sur les modes de fonctionnement qui doivent être impérativement les nôtres dans les années à venir. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/idees/article/) Passés ce constat alarmant, il en est un autre qui s’impose aussi. Le conflit en Ukraine a jeté les bases d’une nouvelle partition du monde. Jusqu’à alors agité par les soubresauts de conflits locaux et lointains, maîtrisés par quelques résolutions onusiennes ou l’intervention d’une puissance occidentale tiers, le monde est contraint désormais de s’adapter à l’apparition de nouveaux blocs géopolitiques, systèmes avant-coureurs d’affrontement, non pas militaires (même si ces derniers ne sont pas à totalement écarter) mais véritablement idéologiques. Inutile encore une fois de convoquer les modèles obsolètes du marxisme comme moteur de l’Histoire ou la démocratie libérale comme porte-étendard du capitalisme sauvage.

Troïka et dépendance

Par idéologie, il convient d’entendre aujourd’hui la volonté de pays unis au gré d’intérêts et de circonstances communs de créer des espaces politiques, économiques et géostratégiques à même d’assurer leur survie dans un avenir compté. Le rapprochement, fruit du conflit ukrainien, de la Russie, de la Turquie et de la Chine, illustre cette volonté de s’imposer mondialement comme une forme de troïka orientale, et ce même si la Turquie fait ici office de parent pauvre de l’attelage. Idem pour les Etats-Unis, qui, conscients de la faiblesse et des errances de l’Union Européenne face à la Russie et la question énergétique, (latribune.fr : https://www.latribune.fr/economie/) n’aura de cesse de travailler discrètement à l’affaiblissement de l’Euro, à renforcer sa coopération avec l’Arabie Saoudite ou à s’attacher à nouer des alliances particulières avec des membres de l’Union Européenne afin, officieusement, à fissurer un ensemble encore fragile compte tenu de son âge, à peine 65 ans, soit une poussière dans l’Histoire. Habile moyen pour garder l’Union européenne en situation de dépendance sous couvert d’alliance politique réelle au demeurant. La Chine, dont les yeux sont rivés depuis des années sur Taiwan, sait que toute intervention menée seule la conduirait à l’échec mais appuyée diplomatiquement par la Russie, dans un cynique jeu de billards à trois bandes, pourrait aisément dans les années à venir sauter le pas sans que les nations occidentales n’osent intervenir.

Risque et compromis

Car la peur est aussi un des éléments diplomatiques qui entre en jeu. Certes si celui-ci n’a rien de nouveau et reste une des bases fondamentales de toutes négociations, la peur a pris ces dernières années une place majeure dans nos sociétés, faisant de l’espoir et de la confiance des principes dépassés. La peur d’une escalade nucléaire, d’une crise climatique en voie d’accélération, d’un effondrement des sociétés contemporaines et autres sont en passe de devenir le leitmotiv de gouvernements prêts à trancher en faveur du compromis plutôt que du risque. Choix condamnable ? Il appartient à chacune de juger à l’aune de ses propres convictions. Mais, à l’exemple de Vladimir Poutine, convaincu et visiblement à raison, que les nations occidentales n’interviendraient pas directement en Ukraine, celui-ci a mis en évidence combien le compromis, ici accepter un conflit aux portes de l’Europe au prix d’une déstabilisation économique plutôt qu’un conflit frontal avec l’Europe de l’Ouest, restait le choix final de nations apeurées. Si le cynisme a toujours fait partie du jeu diplomatique, Talleyrand ne le démentirait pas, celui-ci atteint désormais des sommets dont on ne connaît pas encore la hauteur.

Lire aussi : lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/09/02/depuis-un-siecle-les-tres-mouvantes-frontieres-des-pays-europeens_6139912_3232.html

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