La tactique et le vide

Accusé d’avoir préparé son opposition à Marine Le Pen pendant son quinquennat, Emmanuel Macron s’est surtout appuyé sur son sens tactique politique et la faiblesse des programmes des partis historiques. Explications.

Au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle, plus que le résultat qui n’aura en réalité surpris personne, c’est surtout la déroute des partis historiques, Parti socialiste et Les Républicains qui aura marqué le scrutin. Car c’est désormais un fait, les partis qui ont structuré la Vème République sont quasiment en état de mort cérébrale tant la débâcle des deux candidates, à savoir Anne Hidalgo (PS) et Valérie Pécresse (LR) a été lourde et humiliante. Reste dès lors à esquisser les raisons de cette déroute. D’aucuns se sont empressés de porter la responsabilité de la présence de l’extrême droite au second tour de l’élection présidentielle sur Emmanuel Macron, accusant celui-ci d’avoir ourdi pendant cinq ans un plan qui lui permettrait de retrouver un adversaire suffisamment clivant pour in fine s’imposer au second tour. Le raisonnement n’est en réalité pas si erroné que cela, risqué au demeurant, car Emmanuel Macron, fin tacticien, a su ainsi user de la dangerosité des propos de Marine Le Pen et de l’histoire de son parti pour fédérer autour de lui tous les démocrates, qu’ils fussent de son bord ou pas, avec le désir d’apparaître comme l’ultime recours. En faisant preuve de pragmatisme politique, presque de cynisme, en adaptant sa position et son discours aux circonstances, en utilisant les crises successives (Gilets Jaune, Pandémie, crise ukrainienne) comme autant de support à son bilan, le président sortant a stigmatisé l’extrême-droite au point d’en faire le seul vrai adversaire et l’ennemi de la démocratie.

Inspiration et conversion

Second point qui peut aussi expliquer la déroute des partis historiques, la faiblesse, voire la vacuité, des programmes proposés. Si à gauche, l’inspiration social-démocrate n’a pas su se concrétiser dans un ensemble de propositions modernes et à même de séduire un électorat de gauche en mal de reconnaissance et de figure de proue aussi charismatique qu’efficace, à droite, le programme élaboré apparaissait comme une vague émanation des propositions du président Macron. Pour le résumer, l’offre politique, fade et médiocre, n’a su peser face à la radicalité de Marine Le Pen. La gauche française qui a manqué le tournant de la social-démocratie au profit d’une conversion à l’économie libérale teintée de mesures sociales afin de ne pas y perdre son âme n’a pas su concurrencer avec une droite républicaine incapable de s’extraire de son logiciel libéral dépassé par une mondialisation qu’elle ne comprend plus. La voie était donc toute tracée pour les deux protagonistes que sont Emmanuel Macron et Marine Le Pen se retrouvent un jour d’avril pour briguer la charge suprême. Renvoyées à leurs contradictions, leur dogmatisme, voire leur immobilisme, ainsi que leurs errances et leurs approximations idéologiques, Les Républicains et le Parti socialiste ont gaspillé tout le crédit que des années de luttes politiques avaient permis d’acquérir. (lopinion.fr : https://www.lopinion.fr/politique)

Recomposition et Convention

Face à un électorat changeant, prompt à l’abstention, (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2022) reflet d’une société marquée par des mutations perpétuelles et continues, désormais éloigné des combats jugés obsolètes du XXème siècle, les partis historiques se sont épuisés à renouveler des discours depuis longtemps éculés et basés sur la fidélité de sympathisants et de militants aujourd’hui partis. La recomposition du paysage politique français amorcé il y a cinq ans se poursuit avec d’autant plus de violence qu’il douche des partis trop longtemps convaincus de leur aura et de leur puissance. Et que dire du phénomène Jean-Luc Mélenchon, porteur d’une voie populaire que les Montagnards de la Convention n’auraient pas renié ? Habité d’une autre radicalité, parfait contraire de celle portée par Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon s’est imposé comme le tribun et le héraut d’un électorat progressiste que Républicains et Parti socialiste ont négligé. Ainsi, se recompose le paysage politique national, entre un pragmatisme démocratique teinté de libéralisme sous-jacent incarné par Emmanuel Macron et la radicalité anti-démocratique de Marine Le Pen et celle révolutionnaire populaire de Jean-Luc Mélenchon. Et cette forme de tri-partisme qui règle désormais la vie politique française pourrait bien être celui des trente ou quarante prochaines années.

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