Quand Wagner fait chanter l’Europe

L’annonce du retrait des forces françaises du Mali dans le cadre de l’opération Barkhane ouvre la voie à la progression du groupe Wagner, entité paramilitaire russe, prompte à endosser le costume de rempart contre le terrorisme sahélien. Au grand dam des Européens ?

Si les prochaines semaines, vraisemblablement les prochains jours, devraient, la prudence s’impose, voir les forces russes stationnées à proximité de la frontière ukrainienne retourner dans leurs bases d’origine, ce retrait ne marquerait pas pour autant l’arrêt de l’influence et de la pression russes. Conscient des enjeux stratégiques en Europe orientale, d’où l’actuelle situation, Vladimir Poutine sait aussi que le jeu diplomatique visant à conférer à la Russie la place dans le concert des nations que lui estime juste ne se borne pas à la présence de forces militaires sur la seule Europe mais sur d’autres continents. Implantée depuis plusieurs mois en Afrique de l’Ouest, habituellement aire d’influence de la France, la force Wagner, composée de militaires russes officiellement détachés de Moscou, tend à s’imposer comme le recours sécuritaire recherché par certains pays de la zone, en particulier le Mali. Secoué en 2020 et 2021 par deux coups d’État qui ont mis au pouvoir une junte militaire peu amène avec les forces françaises de l’opération Barkhane initiée en 2013 par François Hollande puis relayée par la force Takuba créée en 2020 par Emmanuel Macron, le Mali cherche désormais ouvertement à se défaire de la présence de l’ancienne puissance colonisatrice jugée encombrante et source de maux. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/afrique/article/)

Concurrent et omniprésence

Cette position qui a précipité et acté la fin de l’opération Barkhane n’est pas pour déplaire à Moscou qui se retrouve ainsi implantée dans un pays et une région sensibles sans concurrent réel. L’opportunité d’asseoir la réputation de la Russie comme rempart au terrorisme djihadiste qui gangrène le Sahel pourrait donc être saisie sans coup férir par une Russie trop heureuse de jouer un rôle diplomatique tacite au sein d’un continent progressivement placé sous la férule de Pékin. Dans ce jeu de billard à trois bandes où s’affrontent à fleurets mouchetés Russie, Chine et France pour le contrôle du Sahel mais pour des motifs différents, la question de l’influence reste centrale. Si la Russie, via la force Wagner, (Tv5monde.com : https://information.tv5monde.com/video/) cherche à étendre l’aura de la Russie en Afrique afin de donner à Moscou un poids diplomatique plus lourd sur la scène internationale, la Chine y accroît elle sa présence à des fins essentiellement économiques elles aussi liées de manière sous-jacente à des motifs diplomatiques. Quant à la France, les motifs de sa présence au Mali et au Sahel en général étaient avant tout liés à la lutte contre la menace terroriste islamiste, la zone étant réputée pour abriter de nombreux individus aux intentions malveillantes. Ainsi, en déplaçant quelques troupes stationnées sur les bords de la frontière ukrainienne, Vladimir Poutine donne-t-il des gages de bonnes volontés sur le théâtre européen tout en regagnant espace et influence sur autre terrain miné, ici le Mali.

Dirigeant inspiré et Hydre de Lerne

En se plaçant au centre du jeu diplomatique mondial, déplaçant le centre de gravité de l’axe Washington / Pékin vers Moscou, en s’activant sur des zones périphériques aux enjeux stratégiques, Vladimir Poutine cherche à se présenter comme un dirigeant inspiré et conciliant en desserrant l’étau ukrainien tout en endossant le rôle de rempart contre le terroriste sahélien. Ce qui revêt tous les aspects d’une manoeuvre tactique à grande échelle peut aussi être analysé à travers le prisme de la circonstance heureuse : comprenant que le bourbier ukrainien revêtait plus de risques que d’avantages, Vladimir Poutine a peut-être opté pour une autre partition diplomatique à jouer articulée autour de l’Afrique, moins exposée géographiquement pour la Russie. Une certitude semble pour autant aujourd’hui s’imposer : l’homme du Kremlin, tout aussi vilipendé, honni ou détesté qu’il soit s’avère in fine un redoutable adversaire diplomatique, véritable Hydre de Lerne, que rien ne laisse trembler lorsqu’il s’agit de donner à la Russie la place que celui-ci entend lui attribuer.

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