Echec et…échec à Moscou

Confronté à une escalade militaire et diplomatique qu’il n’avait pas nécessairement envisagé, Vladimir Poutine, se sait désormais pris dans un engrenage dont il ne sortira pas vainqueur. Explications.

Dire que la tension monte entre la Russie et les puissances occidentales, Etats-Unis en tête, est un euphémisme. Ainsi, avec l’annonce du déploiement de 3000 militaires en soutien de l’OTAN en Europe de l’Est, Washington et Joe Biden posent-ils les bases d’un rapport de force amené à s’élever plus encore si Moscou répondait à ce déploiement par de nouvelles arrivées de troupes sur la frontières russo-ukrainienne. (lemonde.fr :https://www.lemonde.fr/international/article/2022/02/02/) La question qui émerge désormais, des plus légitimes, est donc de savoir quand la Russie franchira-t-elle le Rubicon diplomatique au risque de s’exposer aux gémonies de la communauté internationale ? Et l’hubris de Vladimir Poutine sera-t-il dompté par le réalisme pragmatique des Occidentaux ? Voilà aussi une interrogation pleine de sens. Or, le chef du Kremlin sait que pour exister à l’échelle mondiale et sur la scène internationale, la Russie a besoin de dépasser son statut de simple producteur de gaz et de pétrole. Et c’est d’ailleurs là que se trouve l’origine de l’agitation qui prévaut depuis le mois de novembre dernier sur la frontière ukrainienne, agitation ne servant finalement qu’à attester du poids militaire et diplomatique d’un pays marginalisé.

Réaction en chaîne et temporisation

Si l’Ukraine reste un objectif majeur pour Vladimir Poutine, arguant du fait que celle-ci s’inscrit de plain pied dans l’identité russe (bien que martyrisée par Staline entre 1932 et 1933), combattant l’idée que celle-ci puisse intégrer l’OTAN au risque de ramener le camp occidental à ses frontières, il apparaît aussi que toute tentative d’invasion de l’Ukraine se solderait par une réaction en chaîne dont Vladimir Poutine connaît les effets immédiats ou à moyens termes. Pourtant, pour pouvoir se targuer de cette légitimité internationale et enfin profiter des effets de la mondialisation dont la Russie à jusqu’alors été privée, pour enfin exister diplomatiquement, politiquement et économiquement Vladimir Poutine sait que l’invasion de l’Ukraine est essentielle pour la Russie. Pourtant, pris à son propre piège, dénonçant à des fins de victimisation l’hystérie de l’Occident devant les manœuvres russes à la frontière russo-ukrainienne, avançant l’idée que les Occidentaux n’ont pas compris les inquiétudes russes, ce à quoi rien ne les obligeait ceci dit, Vladimir Poutine joue désormais le jeu d’une forme de temporisation qui lui permet surtout à terme de ne pas perdre la partie d’échec engagée, espérant secrètement un match nul synonyme de statu quo (lefigaro.fr : https://www.lefigaro.fr/international/le-poker-de-poutine-face-a-l-occident-20220130). Conscient que l’invasion de l’Ukraine déchaînerait les foudres occidentales sur la Russie fragilisant possiblement sa position de chef de l’État russe, Vladimir Poutine appelle d’une demie-voix à une résolution pacifique en tous cas dialoguée.

Manipulation et fiasco

Sous-estimant la méfiance des Etats-Unis à l’endroit de la Russie et leur intérêt pour les frontières orientales de l’une de leur zone d’influence qu’est l’Europe occidentale, Vladimir Poutine ne pensait certainement pas que ses velléités à l’endroit de l’Ukraine provoqueraient une telle réaction. L’ancien espion du KGB, pourtant si habile dans les procédés de manipulation, a fait preuve d’un manque évident, consciemment ou inconsciemment, de discrétion dans ses manoeuvres visant à annexer l’Ukraine. L’analyse biaisée, voire obsolète, qui a été la sienne, considérant que l’Ukraine, trop éloignée des préoccupations des Etats-Unis se complaisant dans une forme d’isolationnisme non-dit, ne susciterait aucun intérêt de Washington, tout au plus une protestation de pure forme, s’est avérée fausse. Joe Biden, qui a dû en août dernier assumer le fiasco de l’évacuation des troupes et ressortissants américains en Afghanistan, sait aussi que les élections de mi-mandat à venir en 2022 pourraient être influencées par le résultat diplomatique de la crise ukrainienne, fut elle menée sous l’égide de l’OTAN. Pour avoir ainsi mal lu ou mal compris Alexis de Tocqueville (De la démocratie en Amérique), Vladimir Poutine n’a pas nécessairement retenu le fait que la politique étrangère des Etats est souvent commandée par la politique et les exigences intérieures de ces derniers.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.