Quand Moscou fait monter la pression

En accentuant à dessein la pression sur les frontières de l’Ukraine, Vladimir Poutine entend non seulement entraver l’intégration de l’Ukraine dans l’OTAN mais aussi restaurer la sphère d’influence de l’Union soviétique. Instinct de protection ou course à l’omnipotence ?

Entre nostalgie de l’URSS et volonté affichée d’instaurer une sphère d’influence autour de la Russie, Vladimir Poutine a l’art, comme tout ancien membre du KGB, d’irriter ses partenaires internationaux. Ainsi, en massant depuis plusieurs mois aux abords de la frontière ukrainienne des milliers de soldats et leur matériel, le chef du Kremlin a doucement mais sûrement fait monter la tension entre lui et son homologue nord-américain Joe Biden. Car il s’agit bien de la question ukrainienne qui est au coeur des débats, question qui renvoie dans le même temps au rôle de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN – 1949) et de l’Union Européenne. Précisons synthétiquement la réalité géopolitique. L’Ukraine, pays fertile, composé d’une majorité pro-européenne et pro-atlantiste (comprenez proche de l’OTAN) s’oppose à une minorité russophone, proche de Moscou par définition et donc soutenue par Vladimir Poutine qui voit dans cette situation le moyen d’asseoir son influence en Europe orientale. Deux éléments clefs émergent de cette situation dont Européens et Nord-Américains sont totalement conscients : les limites de l’OTAN conçue pour lutter contre l’Union soviétique et les limites de l’Union européenne totalement écartée des négociations visant à éviter toute invasion possible mais peu probable de l’Ukraine par la Russie.

Défense commune et épicentre de tensions

Si cette éventualité est balayée par Vladimir Poutine, elle reste toutefois la hantise des Occidentaux qui ne sauraient comment réagir tant du point de vue diplomatique que militaire. De son côté, Vladimir Poutine, au fait de l’embarras des Européens, incapables de mettre sur pied une défense commune à même de peser diplomatiquement et militairement, incapacité d’ailleurs témoin des limites politiques d’une Union qui n’est pas une fédération mais une association d’Etats, sait aussi que l’OTAN présente des limites dans son action car inadaptée à la situation géopolitique actuelle. Les Etats-Unis, longtemps préoccupés par la puissance croissante de la Chine, voit ainsi se cristalliser en Europe orientale un nouvel épicentre de tensions dont ils auraient aimé s’affranchir. Ne pouvant compter sur l’Union européenne, ignorée et humiliée, les Etats-Unis se retrouve donc seul à affronter la Russie de Vladimir Poutine, soucieux d’éviter l’entrée de l’Ukraine dans l’OTAN et dans l’Union européenne. Si l’Union soviétique disposait de pays satellites, destinés avant tout à jouer le rôle de cordon sanitaire, cordon dans lequel l’Ukraine était entièrement intégrée car considérée comme une République soviétique, Vladimir Poutine entend désormais, et ce depuis de nombreuses années, restaurer cette aire d’influence qui était celle de Moscou avant 1989. Sa position discutée et certainement discutable répond à celle de Pékin et de Washington qui l’une et l’autre disposent de leur propre aire d’influence, les Etats-Unis et la Chine étant d’ailleurs en confrontation directe sur la zone pacifique et indo-pacifique, la VIIème flotte de l’US Navy naviguant régulièrement en Mer de Chine (asyalist.com : https://asialyst.com/fr/2021/02/11).

Expansion chinoise et bloc occidental

Preuve en est, le ralliement de l’Australie dans l’alliance militaro-stratégique (AUKUS) initiée par les Etats-Unis, avec l’aide du Royaume-Uni, et portant sur la fabrication de sous-marins pour contrarier l’expansion chinoise dans la zone indo-pacifique. (lemonde-diplomatique.fr : https://www.monde-diplomatique.fr/mav/178/LEYMARIE/6334) Plus simplement, il apparaît désormais évident que la Russie de Vladimir Poutine entend figurer au rang des puissances mondiales au même titre que la Chine ou les Etats-Unis, que la dépolarisation du monde dans les années quatre-vingt-dix et l’apparition d’un monde a-polaire a déstructuré les relations internationales au point de laisser le champ libre à de nouvelles ambitions, moins coûteuses que pendant la Guerre Froide mais basées sur les mêmes principes d’intimidation et de tensions soigneusement nourries. En menaçant l’Ukraine et par conséquent le bloc occidental, Vladimir Poutine détourne les points d’attention essentiellement orientés pendant près de vingt-ans vers l’Asie (Afghanistan, Pakistan, Chine) et le Proche Orient (Israël, Territoires occupés, Syrie) vers l’Europe orientale, territoire familier à celui-ci, aux réflexes connus et à la proximité suffisante pour exprimer pleinement son influence. Et n’en déplaise aux Européens et aux Etats-Unis, il semble qu’il faille désormais compter avec un nouvel acteur longtemps en sommeil, à savoir la Russie.

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